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La Copa Libertadores diffusée sur Facebook à partir de 2019

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Le réseau social, qui compte 127 millions d’utilisateurs rien qu’au Brésil, a conclu avec la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL) un accord d’une durée de quatre ans, dont le montant n’a pas été dévoilé.  

Il porte sur la diffusion exclusive de 27 matchs disputés le jeudi dans 10 pays sud-américains jusqu’aux quarts de finale. Facebook retransmettra également 19 matchs les mardis et mercredis, sauf au Brésil, jusqu’à la finale, mais les rencontres disputées ces jours-là seront également accessibles sur des chaînes à péage.

Facebook, qui vient de lancer sa nouvelle plateforme de vidéo Watch, parie sur le soccer pour attirer rapidement des utilisateurs.

Ces dernières semaines, le réseau social a déjà annoncé des accords pour la diffusion de la Liga espagnole en Asie du Sud, et plus principalement en Inde, mais aussi de la Ligue des champions et de la Ligue Europa en Amérique du Sud.

« Les sports sont importants pour nous pour deux raisons. D’abord, parce que notre mission est de rapprocher les gens, comme ce que font les sports, notamment le football en Amérique du Sud, et nous avons une vaste communauté de fans de sports sur Facebook », a déclaré à l’AFP Dan Reed, vice-président chargé des sports et des associations chez Facebook.  

« Et deuxièmement, comme nous lançons Facebook Watch, la vidéo est une priorité pour nous », a-t-il ajouté.

Les matchs seront visibles sur la page Facebook officielle de la Copa Libertadores.  

Facebook est loin d’être le seul à voir dans le sport un axe de développement de son offre vidéo, il entre même en concurrence frontale avec d’autres géants du net.

Amazon, par exemple, y voit la possibilité d’attirer des clients vers son abonnement Prime, combinant des contenus numériques et des conditions privilégiées de livraison des produits achetés dans sa boutique en ligne. Au Royaume-Uni en particulier, le groupe propose plusieurs tournois de tennis en exclusivité, dont les internationaux des États-Unis, mais également la retransmission d’une vingtaine de matchs de Premier League par saison à partir de 2019.

De son côté, comme Facebook avec le football américain, Twitter propose aux États-Unis un match du championnat professionnel de baseball par semaine, en attendant peut-être de s’intéresser à son tour à l’Europe.



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Des passionnés de jeux vidéo se réunissent à Moncton pour une bonne cause

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Un texte d’Alix Villeneuve

Le LAN de l’espoir a pour objectif d’amasser des fonds pour le radiothon de l’Arbre de l’espoir. Il s’agit d’une campagne pour améliorer l’accès aux soins.

Cette idée de joindre la passion pour les jeux vidéo à une campagne de financement est née d’un défi que se sont lancé des étudiants il y a quelques années, raconte Andy Couturier, le président de Tomorrow LAN, qui organise l’événement.

Les jeunes apportent leur propre ordinateur pour participer aux compétitions. Photo : Radio-Canada/Alix Villeneuve

Différents départements se sont alors mis au défi de récolter la plus grande somme possible pour l’événement caritatif. C’est là que des étudiants ont entrepris d’organiser leur premier LAN de l’espoir.

En informatique on s’est dit : qu’est-ce qu’on peut faire nous autres ? Qu’est-ce qu’on est bon à faire ? On s’est dit : « on va monter un réseau et on va jouer à des jeux vidéo ».

Andy Couturier, président de Tomorrow LAN

Un LAN?

Tirés de l’anglais, Local Area Network, les réseaux locaux étaient d’abord populaires avant l’avènement du jeu en ligne. Pour jouer entre amis, il fallait alors être physiquement au même endroit, d’où la nécessité de se rassembler.

Le populaire jeu Fortnite était naturellement un jeu à l’honneur au LAN de l’espoir. Photo : Radio-Canada/Alix Villeneuve

Toutefois ce type d’événement continue à gagner en popularité malgré les nouveaux moyens de communication. Car, si les jeux vidéo sont souvent perçus comme un loisir solitaire, il n’en est rien, juge Thomas Mallet, un autre organisateur.

C’est pas juste des jeux vidéo, le monde vient ici pour se rassembler.

Thomas Mallet, le directeur en marketing de Tomorrow LAN

Des compétitions ont lieu, mais le climat se veut surtout convivial et amical. Photo : Radio-Canada/Alix Villeneuve

Quand tu joues à la maison, tu es tout seul. Tu as les réseaux sociaux et tu as peut-être ton système pour parler en ligne comme discord, ajoute pour sa part Andy Couturier.

Mais tu n’as pas le monde à côté de toi qui crie quand il est content qu’il ait gagné une game.

Les joueurs pouvaient s’affronter à Super Smash Bros sur un écran géant. Photo : Radio-Canada/Alix Villeneuve

En 2017, plus de 1000 $ ont été amassés grâce aux frais d’inscriptions. L’organisation souhaite en récolter davantage.

Les amateurs ont joué à des jeux comme League of Legends, Fortnite, Overwatch, Rocket League, Counter Strike et Super Smash Bros.



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Cyberattaques: les municipalités vulnérables | GIUSEPPE VALIANTE

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Afin de retrouver l’accès à ses données, la municipalité régionale de Mékinac a été appelée à déposer huit unités de la monnaie numérique Bitcoin dans un compte bancaire – équivalant à environ 65 000 $.

Le service informatique de Mékinac a finalement négocié avec les cyberextorsionnistes et payé 30 000 $ en Bitcoin, mais les serveurs de la région ont tout de même été désactivés pendant environ deux semaines.

L’attaque met en évidence une faiblesse flagrante des serveurs gouvernementaux au Québec, selon Jose Fernandez, professeur et expert en programmes malveillants à l’école d’ingénieurs de Polytechnique Montréal.

« Le Québec est un embarras », a soutenu M. Fernandez en entrevue, ajoutant qu’il avait tenté sans succès de contacter des représentants du gouvernement pour les alerter du problème.

« Il n’y a pas de véritable avancée sur cette question au cours des 15 dernières années, a-t-il affirmé. J’essaie de parler au (gouvernement), mais il n’y a personne. Qui allez-vous appeler ? Personne. »

Bernard Thompson, préfet de la municipalité régionale de Mékinac, a fait valoir que la demande de rançon posait un véritable dilemme à sa petite organisation. Mékinac regroupe 10 municipalités d’environ 13 00 habitants.

« Il était clairement difficile, du point de vue moral, de payer une bande de bandits », a dit M. Thompson.

Les pirates ont utilisé un logiciel malveillant pour demander de l’argent en échange de clés permettant de déverrouiller les données.

Des mesures dans d’autres provinces et au fédéral

Selon M. Fernandez, il est ironique que le Québec abrite une industrie florissante de la cybersécurité et constitue un pôle émergent pour la recherche en intelligence artificielle, tout en ayant des « décennies » de retard sur les autres provinces en matière de défense contre les cyberattaques.

Pourtant, le Québec n’est pas la seule province à subir des attaques. Plusieurs administrations municipales et entreprises ontariennes ont récemment été touchées par des attaques de logiciel malveillant, ce qui a incité la Police provinciale de l’Ontario à émettre un avis en septembre.

En réponse à ce problème grandissant, le Centre de la sécurité des télécommunications – l’agence de renseignement électronique du ministère de la Défense – a créé le Centre canadien pour la cybersécurité le mois dernier. Il est chargé de surveiller les « nouvelles formes de logiciels malveillants » et de conseiller les gouvernements fédéral et provinciaux.

Le porte-parole Evan Koronewski a précisé que le centre n’avait pas d’équivalent provincial ou territorial.

M. Fernandez a toutefois souligné que certaines provinces prennent des mesures importantes. La Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick ont créé des bureaux dédiés à la protection des données gouvernementales. Au Québec, a-t-il dit, les petites villes ne sont pas protégées.

« J’espère que le nouveau gouvernement fera quelque chose à ce sujet », a-t-il affirmé.

Responsabilité des municipalités

Patrick Harvey, porte-parole du ministère de la Sécurité publique, a contesté l’affirmation selon laquelle le gouvernement du Québec n’était pas préparé aux cyberattaques.

Il a indiqué que le Conseil du trésor a un directeur de l’information chargé de veiller à la protection des données du gouvernement. Le ministère de la Sécurité publique dispose d’une unité chargée de réagir aux cyberattaques au sein de l’administration et de la police provinciale.

Mais les municipalités ne font pas partie du mandat de l’unité. « Les municipalités sont des entités autonomes chargées d’assurer la sécurité de leur infrastructure numérique », a dit M. Harvey.

Les serveurs de Mékinac ont été compromis après qu’un employé eut ouvert et cliqué sur un lien figurant dans un courriel frauduleux envoyé par les pirates.

L’identité et l’emplacement des pirates n’ont jamais été découverts.

M. Thompson a indiqué que la police s’était emparée de certains des ordinateurs à des fins d’analyse et avait demandé à son bureau de ne pas négocier ou transférer de l’argent à des criminels.

Mais M. Thompson a déclaré que sa région ne pouvait pas tenir compte de cet avis, car cela aurait signifié plusieurs mois de nouvelles entrées de données, nécessitant des coûts de plus de 30 000 $.

Les responsables à Mékinac ont donc payé, récupéré leurs données et tiré une leçon précieuse.

« En fin de compte, en termes de sécurité de notre système, (l’attaque) a été réellement positive », a soutenu M. Thompson.

Une entreprise locale de cybersécurité – pour 10 000 $ par an – aide la municipalité régionale à mettre en place des pare-feu et à crypter ses propres données.

« Nous ne sommes pratiquement plus vulnérables », a-t-il affirmé. « Tout est crypté maintenant. Chaque courriel est analysé avant même que nous le recevions. »

Il prévient que les petites villes de la province sont aussi vulnérables aux attaques que sa MRC.

« Chaque jour, notre système détecte les courriels malveillants qui tentent de pénétrer, mais ils sont stoppés, a-t-il déclaré. Mais les attaques se poursuivent. »



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Fausses nouvelles: l’internaute doit faire sa part | PIERRE SAINT-ARNAUD

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Dans un ouvrage qui vient de paraître aux Presses de l’Université Laval intitulé Les Fausses Nouvelles: Nouveaux visages, nouveaux défis, un collectif de 15 auteurs internationaux issus du domaine académique, journalistique et juridique dresse un état de situation et présente quelques pistes pour contrer ce que plusieurs estiment être une menace à la démocratie.


Sous la direction de trois professeurs de journalisme (Florian Sauvageau), de science politique (Simon Thibault) et de droit (Pierre Trudel), l’ouvrage se heurte dès la première page à la définition de cette vague expression fourre-tout qu’est celle de « fausses nouvelles », le terme retenu « faute de mieux », avouent-ils.


Car si les phénomènes de désinformation, de propagande, de canular ou encore de satire – pour ne nommer que ceux-là – n’ont rien de nouveau, l’utilisation du terme « fake news » duquel découle l’expression française ouvre la porte non seulement sur ces derniers, mais aussi sur un discrédit de l’information factuelle et vérifiée par ceux qui n’aiment pas ou ne sont pas d’accord avec l’information en question.


Le président américain Donald Trump est d’ailleurs l’utilisateur le plus connu de la formule à cette fin : « L’accusation de « fake news » est devenue, dans la bouche de Donald Trump, la formule privilégiée pour combattre la vérité des faits », écrit le sociologue Serge Proulx, de l’Université de Montréal.


Pour les besoins de la cause, les auteurs s’en tiennent donc à une définition où ils abordent les fausses nouvelles sous l’angle de « la duperie […] où différents acteurs, pour différents motifs (économiques, politiques, géostratégiques) ont cherché à tromper les internautes en diffusant de l’information semblable au contenu de la presse ».


« Ça nous paraissait vraiment essentiel dans une perspective francophone d’avoir un ouvrage qui commence à perler de cet enjeu-là, qui commence à soulever le débat pour les lecteurs francophones », a fait valoir Simon Thibault en rencontre avec La Presse canadienne, lors du lancement de l’ouvrage.


« Déluge et pollution »


C’est en ces termes que le professeur d’éthique et de droit des médias de l’Université du Minnesota, Christopher Terry, décrit le phénomène contemporain de prolifération des fausses nouvelles.


« Le problème avec les fausses nouvelles vient de leur viralité, et leur viralité vient de leur capacité à exploiter la communication multilatérale des médias numériques pour se propager et muter », explique Tommaso Venturini, chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique de Paris.


Grâce à cette facilité nouvelle de se propager via le web 2.0, les fausses nouvelles bénéficient d’un levier autrefois inexistant : l’appât du gain. Contrairement à l’époque où la propagande et la désinformation circulaient dans les grands médias, les algorithmes des plateformes telles que Facebook et Google attribuent une valeur monétaire à la diffusion, de sorte que le 21e siècle a vu apparaître des personnes qui rédigent des fausses nouvelles dans le seul but de faire de l’argent.


À cela s’ajoutent les robots qui rediffusent massivement de telles informations, et ce, tant à des fins idéologiques que financières, selon leur origine.


Là où le bât blesse, c’est par la rediffusion par les internautes crédules motivés, eux, par la réaction émotive. Des recherches démontrent que le premier vecteur d’engagement sur le web – ce qui motive les gens à intervenir par des « j’aime » ou par un partage – est l’indignation et c’est précisément ce que cherchent à soulever les titres accrocheurs et les articles de désinformation.


Par contre, même lorsque l’argent est le premier motivateur, le résultat demeure le même, comme l’indiquent les chercheurs Samantha Bradshaw et Philip Howard, de l’Oxford Internet Institute au Royaume-Uni : « Les algorithmes et l’analyse des mégadonnées rendent la subversion des processus politiques plus efficace que jamais. La démocratie est menacée », affirment-ils, faisant la démonstration par leurs travaux que les élections ont été perturbées dans les grandes démocraties par les technologies tout au long de 2016 et 2017.


Ce qu’eux appellent les « nouvelles bidon » (junk news) échangées sur les réseaux sociaux ont d’ailleurs surpassé les nouvelles professionnelles dans 12 des 16 états pivots où la lutte était serrée entre Hillary Clinton et Donald Trump et les robots politiques, ces « cybersoldats », ont été largement utilisés pour amplifier certaines nouvelles. Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis : les deux chercheurs ont identifié une telle « manipulation organisée des médias sociaux » dans 28 pays en 2017.


L’information professionnelle débordée


L’internet vient ainsi placer les fausses nouvelles en concurrence directe avec l’information factuelle et vérifiée selon les normes journalistiques professionnelles et les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes qui dirigent vers le lecteur des contenus similaires, aggravent le problème en créant ce qu’il est désormais convenu d’appeler des « bulles informationnelles ».


Comme le dit Serge Proulx, « quand Facebook devient la première source d’information politique, en particulier chez les jeunes, il existe un réel danger pour que les informations qui atteignent les individus enfermés dans leur bulle ne possèdent pas le degré suffisant de précision et de diversité pour que s’enclenchent des débats fructueux entre porteurs d’arguments contradictoires ».


Le sociologue note qu’une autre voix s’ajoute à ce concert déjà discordant, celle du « journalisme soi-disant citoyen » avec lequel on s’éloigne de la rigueur du métier de journaliste qui exige une vérification systématique et un recoupement des sources des faits, une séparation entre faits et commentaires, entre faits et opinion.


Crise de confiance


Toute cette mouvance s’inscrit dans un contexte de crise des médias, souligne Normand Landry, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias de la TÉLUQ (Université du Québec). Cette crise comporte deux aspects, soit l’effondrement des revenus et du modèle d’affaires (qui s’est traduit par la fermeture de nombreux médias et des réductions de personnel importantes dans ceux qui survivent encore) et une précarisation croissante du métier de journaliste.


Cet effondrement, largement documenté, est le résultat du déplacement des dépenses publicitaires qui ont quitté les médias traditionnels pour aller vers le web et particulièrement les plateformes d’échange d’information et les réseaux sociaux qui s’emparent gratuitement des contenus des médias, vampirisant du même coup les revenus dont les médias ont besoin pour produire l’information en question, beaucoup plus coûteuse que la production de fausses nouvelles.


En parallèle, le chercheur décrit une crise de confiance d’une part croissante de la population devenue « méfiante, critique et sceptique » en raison de la croyance que les médias souffrent de biais et sont complices « d’intérêts politiques et économiques », une croyance souvent alimentée par les médias eux-mêmes lorsqu’ils errent sur les sentiers risqués du sensationnalisme ou maintiennent de faibles standards journalistiques.


Selon les données qu’il présente, un Canadien sur deux ne fait pas confiance aux médias et, pire encore, un Québécois sur deux – 59 % chez les 18-34 – présume que les médias diffusent délibérément de fausses informations.


La combinaison de la prolifération des fausses nouvelles et de cette méfiance face à l’information vérifiée mène Normand Landry à reprendre la formulation de l’International Association for Media and Communication Research selon qui les fausses nouvelles « postulent que toutes les positions sont égales en raison de l’abondance de l’information en ligne (faits alternatifs, postfactuels) et menacent l’intégrité du savoir et du raisonnement scientifique ».


LUTTER CONTRE LES « FAKE NEWS »


Les médias


Les médias et journalistes, malgré leur situation financière précaire dans l’environnement actuel, représentent l’un de quatre axes de lutte identifiés dans l’ouvrage.


Florian Sauvageau et Simon Thibault constatent qu’en réaction aux fausses nouvelles, les médias ont multiplié les rubriques de vérification des faits. Certaines fausses nouvelles, « aussi loufoques qu’incroyables » deviennent virales et c’est cette popularité qui « permet de penser que les médias n’ont sans doute pas tort de croire que leur réfutation est utile et fait partie de la nécessaire lutte aux fausses nouvelles ».


Plus encore, ils notent sans complaisance que le public est préoccupé par « la qualité médiocre du journalisme (erreurs factuelles, simplification à outrance, titres trompeurs) », d’où la nécessité pour eux, comme le souligne Serge Proulx, de revoir les pratiques et standards journalistiques, d’instaurer des mesures serrées de validation et de procéder à une révision des politiques éditoriales pour mieux distinguer les opinions et les faits.


L’internaute


Les auteurs qui abordent le problème sont unanimes à réclamer une éducation critique aux médias, mais « cet objectif est plus complexe qu’il n’y paraît », admet d’emblée Serge Proulx.


« D’autres instances que l’individu – tels l’école, la famille, les médias eux-mêmes, les groupes associatifs, les Collectivités et l’État – doivent être mises à contribution dans ce travail d’éducation civique », écrit-il.


Idéalement, selon le sociologue, l’internaute devrait comprendre les technologies, le fonctionnement invisible des médias sociaux, les règles algorithmiques des moteurs de recherche et le système éducatif devrait développer les savoirs et compétences requis pour l’analyse critique de l’actualité, ce qu’il appelle l’« alphabétisation à l’actualité ».


Il déplore l’insuffisance de l’éducation aux médias au Québec, notant que le volet éducation aux médias du curriculum est mal intégré, n’est pas une priorité et présente des carences dans la formation des enseignants.


Le législateur


La question de légiférer ou de réglementer le web est aussi soulevée à maintes reprises et est considérée, avec raison, comme étant extrêmement délicate en raison de ses implications face à la liberté d’expression.


Bradshaw et Howard écrivent à cet effet que « bien que les gouvernements soient impatients de réglementer sur ces questions qui affectent nos démocraties, il existe des raisons de craindre qu’une réglementation excessive puisse étouffer la liberté d’expression et justifier les actions des États non démocratiques », une réserve qui fait toutefois sourire dans le cas des « États non démocratiques » qui, habituellement, ne se soucient guère de la liberté d’expression et encore moins de se justifier.


L’ouvrage aborde les approches législatives tentées en France, en Allemagne et à l’échelle de l’Union européenne, notamment.


Ainsi, la récente loi allemande NetzDG, décrite par le professeur de droit Bernd Holznagel, de l’Université de Münster, prévoit de lourdes sanctions (jusqu’à 50 millions d’euros), mais les manquements doivent être « d’une gravité exceptionnelle » pour être sanctionnés, comme ce fut le cas avec une image de soldat tenant une mitraillette accompagnée de la légende : « La procédure de demande d’asile la plus rapide rejette 1400 requêtes par minute ». Cette image, devenue virale, a valu des sanctions à tous ceux qui l’ont relayée dans les médias sociaux.


Aux États-Unis, Christopher Terry souligne que le premier amendement de la Constitution garantissant la liberté d’expression impose d’importantes contraintes, d’où la suggestion de traiter les fausses nouvelles, sur la base de leur rentabilité, comme un contenu commercial, qui ne bénéficie pas des mêmes protections et sur lequel des contraintes et obligations peuvent être imposées.


Bien que la solution réglementaire soit populaire, il rappelle à son tour le risque de confier le contrôle du processus aux politiciens ou aux fonctionnaires : « Je crains que le désir de contrôler les fausses nouvelles ne donne aux gouvernements le pouvoir de censurer l’information simplement en la déclarant fausse », une tendance à laquelle l’actuelle présidence américaine pourrait facilement succomber si l’on se fie à son comportement jusqu’ici, qui consiste à discréditer l’information en agissant exactement de la sorte.


Au Canada et au Québec, « le cadre réglementaire actuel d’Internet » basé sur les principes du choix des consommateurs « ne comporte pas d’incitations suffisantes à identifier et à supprimer les fausses informations », écrivent Pierre Trudel et Simon Thibault.


Il faut, selon eux, « que la régulation vise les processus algorithmiques et autres qui servent à calculer l’attention des internautes » et que les stratégies de régulation permettent de récupérer une portion des immenses recettes des géants du web pour les remettre aux producteurs d’informations factuelles et vérifiées.


Les géants du web


Finalement, certains auteurs, comme Victoria L. Rubin, spécialiste en information et médias de l’Université Western Ontario, se sont penchés sur les moyens technologiques à développer.


Bien que la détection automatisée des fausses nouvelles soit encore embryonnaire, elle prédit que ces technologies, en s’améliorant, « deviendront indispensables dans notre cyberéconomie textuelle, qui attribue une valeur marchande à l’attention et à la participation des utilisateurs et qui donne priorité à la viralité ».


Elle insiste toutefois elle aussi la nécessité d’accompagner d’éventuelles solutions technologiques d’efforts d’éducation aux médias et d’une réglementation plus stricte des plateformes en ligne : « Les citoyens informés par voie numérique ne sont pas suffisamment conscients ou expérimentés en ce qui a trait à la diversité des modèles de tromperie numérique », fait-elle valoir.


Le paradoxe du Québec


Le journaliste Jeff Yates, spécialisé en détection de fausses nouvelles, dresse pour sa part un état des lieux dans l’univers cybernétique québécois pour en arriver à un curieux constat : si le Québec est trop petit pour susciter une diffusion massive de fausses nouvelles à des fins lucratives, il n’en héberge pas moins deux des plus importantes sources de « fake news » au monde, mais dont le contenu est destiné à un public hors Québec.


Ces deux sources, le World News Daily Report (WDNR) et Mondialisation.ca/Globalresearch.ca, sont en effet gérées par des Québécois et représentent les deux plus importantes raisons pour produire de la fausse nouvelle : le profit dans le cas du premier et la propagande idéologique dans le cas du second.


Le WDNR est géré par deux Québécois (qui sont aussi derrière le site parodique « le Journal de Mourréal »), Olivier Legault et Janik Murray-Hall. Leur seul objectif est de faire de l’argent et cela semble malheureusement trop facile si l’on se fie aux propos d’Olivier Legault rapportés par l’auteur : « Tu peux inventer un peu tout et n’importe quoi et les gens vont y croire. Honnêtement c’est un peu inquiétant quand tu te rends compte de ça […] Tant que tu confirmes ce qu’ils veulent croire, ils vont le partager. Si tu vas à l’encontre de leur opinion, ils vont tout de suite penser que c’est une fausse nouvelle. Mais si tu vas dans le sens de leur opinion, ils vont le partager tout de suite. Ils perdent leur esprit critique. »


Globalresearch.ca (Mondialisation.ca), quant à lui, est le fait d’un ex-professeur de l’Université d’Ottawa qui habite aujourd’hui à Montréal, Michel Chossudovsky, qui a déjà été accusé d’avoir publié du matériel antisémite. Cet homme, dont les motivations sont incontestablement idéologiques, se dit attaqué par les « médias corporatifs pro-Israël ».


Ses écrits évoquent toutes sortes de sinistres théories du complot et son site a servi à maintes reprises à rediffuser des articles de propagande russe, au point d’attirer l’attention de l’OTAN.



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