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Arts Et Spectacles

Serge Fiori, seul ensemble: jouer dans les chansons d’Harmonium | JOSÉE LAPOINTE

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Différentes couleurs

Dix-sept chansons ont été choisies pour faire partie de Serge Fiori, seul ensemble, et après deux mois et demi de travail, 11 d’entre elles sont prêtes. «Il y avait des incontournables et d’autres sur lesquelles tout le monde s’entendait», raconte Louis-Jean Cormier. «Et certaines que j’étais pas capable!», ajoute Serge Fiori. Une fois le tri fait, ils ont commencé à entrer dans le coeur de chaque chanson. «Au début, on est allés avec un instinct musical, raconte Fiori. Une fois que tu as fait le premier pas, ça débloque, tu comprends un autre sens et tu veux développer.» La spontanéité a été une bonne manière de procéder, ajoute Louis-Jean Cormier, le maître d’oeuvre du projet. «Ça fait qu’on pitche des couleurs qui nous surprennent. C’est un répertoire rempli de trésors et de surprises», dit le chanteur. Le plus difficile? Faire passer la durée de Comme un sage de 12 à 6 minutes. «Ç’a été ma grosse peine, dit Fiori. Mais le résultat est intéressant. C’est la même chanson, mais ce n’est plus la même.»

Dans la tête de Fiori

C’est avec la chanson Vert que s’ouvrira le spectacle. «On a travaillé à partir du multipiste des années 70, mais en changeant l’habitat sonore», explique Louis-Jean Cormier. Selon les chansons choisies, des instruments ont été ajoutés – joués par Louis-Jean et ses collègues Guillaume Chartrain et Alex McMahon. Quand c’était possible, certaines pistes ont été enlevées et remplacées par d’autres, mais le jeu entre le passé et le présent a été constant – encore hier en écoutant les extraits, Louis-Jean Cormier et Serge Fiori échangeaient des commentaires sur des détails à modifier. «Quand tu réalises un album acoustique, tu entends des sons dans ta tête que tu ne peux pas faire, lance Serge Fiori, heureux comme un enfant le matin de Noël. Là, on se paie la traite. C’est comme un rêve.» Cormier confirme: «C’est comme si on était dans la tête de Fiori.»

Naturel

Jouer dans le précieux répertoire d’Harmonium n’a pas intimidé outre mesure Louis-Jean Cormier. «Ce qui aurait été intimidant, c’était si on avait été en train de manquer de respect ou de dénaturer les chansons au point d’ébranler un monument.» Ce qui n’est pas le cas, a-t-on pu constater. Et puis le regard bienveillant et émerveillé de Serge Fiori, qui leur avait donné carte blanche, était toujours là. «Dans l’écriture et l’originalité d’une toune, il y a de la place», dit-il. Tout au long de l’après-midi, la complicité entre les deux hommes a été palpable, et leur rencontre artistique semble avoir été tout à fait naturelle. «Il y a différentes écoles musicales, souligne Serge Fiori. Moi, c’est ma démarche: je chante naturel, je chante comme je parle, et Louis-Jean a cette recherche du naturel. C’est là qu’on se rejoint. Je n’aurais pas fait ce projet avec n’importe qui. Sans porter de jugement! Mais il y a une connexion.»

Le spectacle Serge Fiori, seul ensemble sera présenté au Théâtre St-Denis à compter du 6 mars.



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Arts Et Spectacles

James Wan et Aquaman: plongeon dans une superproduction | MARC-ANDRÉ LUSSIER

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Il est grand, arbore des cheveux longs bruns, a le teint basané, et il est musclé comme s’il sortait tout droit de l’univers de la WWE, l’empire de la lutte spectacle. Le nouvel Aquaman, campé par Jason Momoa, ne ressemble en rien au blondinet roi d’Atlantis aux yeux bleus qu’ont créé Paul Norris et Mort Weisinger pour DC Comics en 1941. Et c’est tant mieux, au dire du réalisateur James Wan.

«Je ne voulais pas que ce film ressemble à un film de superhéros classique, a expliqué le cinéaste au cours d’un entretien accordé à La Presse. Jason [Momoa] et moi étions à même de bien comprendre la dimension biculturelle du personnage, étant donné que, comme Aquaman, aussi bien Jason que moi sommes le résultat de deux mondes complètement différents, pratiquement ignorants de l’existence de l’un et de l’autre.»

Croisement de deux mondes

Ayant la faculté de survivre dans les deux mondes, Arthur Curry, futur roi d’Atlantis, peut en effet unir les peuples de la terre et de la mer. Jason Momoa, à demi polynésien, est né à Hawaii, mais il a grandi en Iowa. Quant à James Wan, il a passé les six premières années de sa vie en Malaisie, puis a émigré avec sa famille à Perth, en Australie. C’est d’ailleurs dans le pays de Cate Blanchett que le tout premier contact entre le réalisateur et le cinéma s’est établi.

«Ma mère est une très grande amatrice de cinéma, de films d’horreur en particulier, rappelle James Wan. Le tout premier film que j’ai vu dans ma vie dans une salle avec elle est Blanche-Neige, ce qui est tout à fait dans la norme. Mais le long métrage qu’elle m’a emmené voir tout de suite après est Poltergeist! Ça situe. Je crois que j’avais 7 ans et ce film m’a terrifié. J’ai eu peur des poupées et des clowns pendant très longtemps!»

Malgré ses craintes enfantines, le futur cinéaste a été «contaminé» par le cinéma de genre dès ce bas âge. À 11 ans, James Wan prend conscience que les films qu’il aime tant ne sont pas fabriqués par magie, mais bien par des artisans. Il lit alors tous les ouvrages qui lui tombent sous la main, qui pourraient peut-être lui apprendre ce qu’est le cinéma. À Melbourne, il s’inscrit dans une école où tous les métiers de nature artistique sont enseignés.

Un chef de file

En 2004, Saw, un premier long métrage tourné avec un budget d’à peine un peu plus de 1 million de dollars, lui donne instantanément un statut enviable dans le milieu du cinéma d’horreur. Dead Silence, Insidious, The Conjuring font ensuite de lui l’un des chefs de file du genre. Sa bonne réputation est établie au point où Universal lui confie alors la réalisation du film d’action Furious Seven, septième volet de la populaire franchise Fast and Furious. Il y a trois ans, Warner Bros. lui a donné les clés de l’univers d’Aquaman, un personnage issu de l’écurie DC Comics.

«Je crois que la principale raison pour laquelle les gens de Warner Bros. et DC Comics ont pensé à moi est The Conjuring, un film aussi produit par WB. J’étais déjà sur leur écran radar.»

«Je leur ai dit que je pouvais peut-être m’occuper de l’un de leurs personnages et Aquaman est déjà une icône auprès des amateurs de bandes dessinées, poursuit-il. On savait tous qu’il aurait droit à un traitement cinématographique un jour. Son arrivée sur grand écran n’était plus qu’une question de temps.»

Une vision très concrète

Même si la tâche qui l’attendait était colossale, James Wan n’a pas hésité une seule seconde quand la proposition lui a finalement été faite. «Seulement une poignée d’entre nous a la bonne fortune d’avoir accès au club sélect des cinéastes qui réalisent des films de superhéros, fait-il valoir. Je voulais faire un film de guerre, un film d’action et de science-fiction, et j’avais le sentiment qu’Aquaman allait me permettre d’aborder tous ces genres à la fois. Cela dit, ce n’est vraiment pas évident à tourner!»

À vrai dire, James Wan préfère de loin l’étape de la préparation d’un film, alors qu’avec plusieurs équipes d’artisans, il peut concevoir les décors, imaginer l’allure des personnages, leurs costumes, bref, fantasmer son oeuvre.

«Dès le départ, j’avais déjà une idée assez précise de ce que je voulais voir à l’écran et de la direction que l’histoire devait prendre, explique le cinéaste. J’avais un but à atteindre et des équipes d’artistes incroyables m’ont permis de réaliser cette vision. Créer ce monde incroyable avec eux a été l’étape la plus stimulante du projet. Cela dit, le tournage peut être très éprouvant. Et frustrant. En fait, il est plus amusant de concevoir ce genre de film que de le tourner. Il faut exécuter correctement tout ce qu’on a planifié en préproduction et les échéances ajoutent à la pression. Mais quand on atteint le fil d’arrivée, quel bonheur!»

Des émotions bien humaines

Avec un film aussi lourd sur le plan logistique, James Wan devait aussi s’assurer que tous les acteurs – parmi lesquels plusieurs pointures – soient au diapason. Outre Jason Momoa, Aquaman met en vedette Nicole Kidman, Willem Dafoe, Amber Heard, Patrick Wilson, Dolph Lundgren et plusieurs autres.

«Ma principale préoccupation est de bien connaître tous les personnages et leurs parcours respectifs afin de pouvoir bien en parler aux acteurs. C’est ce que je fais sur tous mes plateaux. Après, mis à part les chorégraphies et les déplacements, le reste leur appartient. À mes yeux, il était important que l’histoire d’Aquaman soit ancrée dans des émotions très humaines. Pourtant, je n’aurais peut-être pas dit ça au début de ma carrière!»

Ils ont dit

Jason Momoa – Aquaman

«La première fois que j’ai enfilé le costume d’Aquaman constitue un beau souvenir, a déclaré Jason Momoa lors d’une conférence de presse tenue à New York. Et je ne l’ai même jamais raconté à James Wan [le réalisateur]. J’ai essayé le costume, il n’y avait pas de miroir, je suis sorti de la loge et là, j’ai vu son visage. James est quelqu’un d’extrêmement passionné et il te fait savoir tout de suite ce qu’il pense. Mais là, il rayonnait d’une joie absolue. Il ressemblait à un enfant. Il était super fier et il n’avait pas besoin de rien dire, car on pouvait tout lire sur son visage. J’ai aussi appris que j’étais le premier comédien métissé à jouer un superhéros. Vraiment ? En 2018 ? J’en suis super honoré!»

Amber Heard – Mera

Ayant aussi fait son entrée dans Justice League, Mera est dotée de pouvoirs encore supérieurs à ceux d’Aquaman. Pour Amber Heard, son interprète, cette héroïne s’inscrit tout à fait dans l’air du temps, dans la mesure où le parcours de ce personnage féminin n’est pas du tout tributaire de celui de son partenaire masculin. «Je crois que cette superproduction était encore plus gigantesque que les autres, a lancé l’actrice. Plusieurs équipes étaient en fonction simultanément. Parfois, j’allais à la tente de la cantine et je pouvais voir là quatre ou cinq versions de moi-même! J’ai travaillé fort, mais je ne peux assez remercier l’équipe de cascadeurs. Et je crois n’avoir jamais été aussi habillée sur un plateau. C’est lui [Jason Momoa] qui était torse nu tout le temps!»

Patrick Wilson – le Roi Orm

Il est le demi-frère rival d’Aquaman, celui qui trône actuellement sur Atlantis. «Je crois n’avoir encore jamais vu un film où autant d’éléments ont été faits après le tournage, à l’étape de la postproduction. C’est comme si le film existait seulement dans la tête de James [Wan, le réalisateur] au moment où nous l’avons tourné. Sur le plan physique, ce fut sans contredit le tournage le plus difficile auquel j’ai participé. Le plus dur est de donner la réplique avec naturel alors que tu es attaché, harnaché, suspendu dans le vide et qu’on te balance d’un côté et de l’autre ! Même les équipes de cascadeurs, déjà rompus aux films de superhéros, nous ont dit que ce film arpentait des territoires inédits!»

Aquaman prendra l’affiche le 21 décembre.

Les frais de voyage ont été payés par Warner Bros. Pictures.



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Arts Et Spectacles

Des humoristes soumis à un contrat de bienséance à Londres | VÉRONIQUE LAUZON

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Des humoristes invités à se produire dans une prestigieuse université de Londres ont dû signer un «contrat de comportement». Cette situation est devenue un sujet chaud en Angleterre, puisque plusieurs s’insurgent contre ce qu’ils perçoivent comme le climat de censure actuel. Des professionnels du milieu de l’humour au Québec réagissent.

L’humoriste anglais Konstantin Kisin faisait partie des cinq humoristes invités à présenter un numéro lors d’une soirée caritative de l’association étudiante UNICEF on Campus de la School of Oriental and African Studies de l’University of London. II a bondi de sa chaise lorsqu’il a pris connaissance du «contrat de comportement».

Dans le courriel envoyé par l’étudiant Fisayo Eniolorunda, il est précisé que ce contrat a pour but d’assurer un environnement de «joie, d’amour et d’acceptation» pour tous.

«En signant ceci, les humoristes acceptent notre politique de tolérance zéro envers le racisme, le sexisme, les discriminations fondées sur la classe sociale, l’âge et le handicap, ainsi que l’homophobie, la biphobie, la transphobie, la xénophobie, l’islamophobie, l’antireligion et l’anti-athéisme». – Extrait du contrat de l’association étudiante

Konstantin Kisin a finalement décidé de ne pas monter sur la scène de cet événement. Et sur Twitter, la semaine dernière, il a publié le contrat en indiquant qu’il avait «presque vomi» en le lisant.

Au quotidien The Guardian, il a expliqué que les humoristes ne devaient évidemment pas être homophobes ou racistes.

«Mais les artistes jouent avec des idées et il se peut, à l’occasion, que nous soyons perçus comme ayant tenu des propos racistes ou homophobes. Il est primordial qu’on ne nous empêche pas de jouer avec ces idées», dit-il.

L’association s’est excusée pour le malentendu qu’elle a créé en s’expliquant dans un communiqué: «Puisqu’UNICEF est une organisation caritative pour les enfants, nous voulions nous assurer que c’était un événement approprié pour la cause.»

Rien de tel au Québec

Toutes les personnes interrogées affirment qu’elles n’ont jamais eu connaissance d’un cas similaire au Québec. Oui, lors d’événements d’entreprises, il peut y avoir des demandes verbales. Mais jamais dans un contrat et avec autant de précisions.

«Spontanément, je me suis dit que c’était un cas où la personne n’a pas l’habitude de produire des spectacles d’humour. J’imagine difficilement que ça pourrait arriver ici. Ça créerait un gros inconfort dans le milieu», dit Émilie Dumas, fondatrice de RITA, une plateforme qui répertorie les soirées d’humour.

L’humoriste Mike Ward est du même avis. 

«C’est un problème britannique et du Canada anglais. Le Québec ne vit pas la même réalité.» – Mike Ward dans une réponse envoyée par courriel

Son agent, Michel Grenier, précise toutefois que des écoles secondaires peuvent avoir des exigences de ce genre. «Ce que je trouve normal… Même si nous savons très bien que, même si l’humoriste utilise un langage inadéquat, il n’apprendra rien aux élèves», a-t-il écrit.

Simple maladresse?

Le président-fondateur de l’agence Agora voit de la maladresse dans le geste de l’association étudiante de Londres. «Je ne crois pas qu’ils ont mis ça pour brimer la liberté d’expression des artistes, mais plus pour se sécuriser. C’est sûr que c’est « too much« , ce qu’ils ont fait, parce qu’on ne veut pas dénaturer les artistes», dit Sébastien Langlois.

Dans un événement d’entreprise ou une soirée privée, il ajoute que le client a la responsabilité de choisir un humoriste en qui il a confiance et que l’artiste a le devoir de bien servir le client. «Parce que ça reste l’événement du client, pas de l’artiste», ajoute celui qui a travaillé plus de 15 ans comme agent de spectacles chez Juste pour rire.

«Tous les artistes dont je m’occupe ont tous un bon jugement. Ils savent comment jouer. C’est comme un joueur de hockey, si tu le laisses aller, c’est là qu’il est au sommet de son art. Si tu commences à lui dire de ne pas faire ceci ou cela, le gars ne jouera plus sa game, parce qu’il n’arrêtera plus de penser.»

«Bande de zouf!»

L’humoriste Guy Nantel a commenté cette petite controverse anglaise en employant ces mots sur Twitter: «Hahaha! Heil! Ça devait être drôle en ta… Bande de zouf!»

En entrevue avec La Presse, il explique qu’il a déjà perdu un contrat lucratif pour une entreprise québécoise, d’une dizaine de représentations, parce qu’on lui avait demandé de ne pas faire de blagues sur l’entreprise et ses patrons. «Je leur ai dit qu’ils n’avaient vraiment pas le bon gars», dit Guy Nantel.

«C’est de la fausse vertu. C’est du mépris bien plus grand de la part de ces personnes-là que de la part de l’humoriste qui fait la joke.»

«C’est comme s’ils t’envoyaient comme message: « Cette personne-là est tellement idiote qu’elle va tout prendre au premier degré et elle va casser en deux. »»

Et pourquoi les artistes devraient-ils craindre ce genre d’exigences dans un contrat?

«Ben, mon Dieu! Parce que c’est le début de la dictature, parce que les peuples qui n’ont pas d’humour sont les peuples les plus dangereux sur la Terre. Il faut surtout pas laisser ces gens-là nous enseigner de quoi on a le droit de parler ou ne pas parler», conclut Guy Nantel.



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Arts Et Spectacles

Art africain: vous avez volé? Rendez maintenant! | JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE

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Le trône du roi Ghézo se dresse fièrement sur un socle rien qu’à lui. Fait de bois et de métal, il domine de ses six pieds tous les objets d’une salle consacrée au Dahomey, nom qu’on donnait jadis au Bénin.

C’est, sans l’ombre d’un doute, l’un des plus beaux morceaux d’art africain appartenant au musée du quai Branly. La pièce a été rapportée d’une expédition française à la fin du XIXe siècle et constituait depuis une véritable attraction pour les amateurs d’art primitif.

Seulement voilà: dans quelques années, si tout se passe comme prévu, on ne pourra plus admirer le trône du roi Ghézo à Paris. Car celui-ci doit être rendu au Bénin, avec une vingtaine d’autres objets datant des guerres de colonisation.

Ce retour, annoncé fin novembre par le président Emmanuel Macron, doit être vu comme un moment «historique». Car c’est la première fois, à de très rares exceptions près, qu’un pays européen accepte de restituer à son pays d’origine des objets pillés lors des guerres coloniales. Qu’on pense au British Museum, qui a toujours refusé de rendre la pierre de Rosette à l’Égypte ou les marbres d’Elgin à la Grèce…

Long processus

Certes, nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres.

En France, tout ce qui appartient aux collections nationales (Louvre, musée d’Orsay, du quai Branly, etc.) est soumis au sacro-saint «Code du patrimoine», selon lequel tout trésor national est «inaliénable et imprescriptible», c’est-à-dire… coincé en France à perpétuité.

Il faudra donc une nouvelle loi ou une modification du Code du patrimoine pour que le trône de Ghézo rentre chez lui. Le processus s’annonce long, lourd et fastidieux, d’autant que le gouvernement français a actuellement d’autres chats à fouetter, notamment la crise des gilets jaunes, qui donne quelques cheveux gris au président Macron.

Si la démarche prend du temps, plusieurs se réjouissent toutefois de cette incroyable avancée, fût-elle pour l’instant théorique. Car la restitution des objets d’art béninois crée une brèche.

«C’est historique parce que cette démarche est une porte ouverte qui ne va pas se refermer. C’est le début d’un mouvement inexorable», indique Corinne Hershkovitch, avocate spécialiste du sujet.

Un patrimoine universel?

De fait, d’autres pays africains ont déjà commencé à réclamer le retour de leur patrimoine culturel.

C’est le cas du Cameroun, du Nigeria, du Gabon, de la Côte d’Ivoire ou du Congo. C’est aussi le cas du Sénégal, qui vient tout juste d’inaugurer son Musée des civilisations noires à Dakar, un espace encore partiellement vide, qui n’attend plus que le retour des objets spoliés.

Mais le combat s’annonce difficile.

L’Allemagne, qui possède des milliers d’objets du Cameroun, du Togo ou de la Tanzanie, ne montre pour l’instant qu’une timide ouverture. La Belgique, de son côté, reste sourde aux demandes de restitution du Congo, malgré l’intense lobby de groupes citoyens afro-belges, qui réclament notamment le retour de 300 crânes, dont celui du chef de guerre Lusinga Iwa Ng’ombe qui se trouve actuellement au Musée royal des sciences naturelles de Bruxelles.

Cette résistance à «rendre» s’exprime de différentes façons. On prétend que l’Afrique ne possède pas les conditions favorables au retour des objets. On évoque le manque de musées adéquats, les conditions de conservation bancales, voire l’instabilité politique. On évoque aussi le caractère «universel» de ce patrimoine de l’humanité, en arguant que ces pièces devraient rester là où elles peuvent être vues par le plus grand nombre de personnes.

«C’est un argument, mais on ne peut rester collé à ça quand on évolue», lance Corinne Hershkovitch en rappelant qu’au moins 80 % (vous avez bien lu) des pièces majeures d’Afrique subsaharienne se trouvent actuellement en dehors de l’Afrique.

«Si on veut qu’un peuple puisse se développer et que la transmission de la culture à la jeunesse puisse se faire, il faut avoir son patrimoine sur place, non?»

Partenariat? Non, merci

Craignant pour l’intégrité des institutions qui ont mis ces objets en valeur depuis plus d’un siècle, certains ont proposé que les restitutions ne soient que temporaires. D’autres suggèrent de créer un partenariat entre les musées occidentaux et africains, de manière à ce que les collections tournent et reviennent régulièrement en Europe.

Une proposition jugée irrecevable par Mireille-Tsheusi Robert, directrice de l’association des Belges afro-descendants BAMKO-CRAN, qui ne voit là qu’un autre geste arrogant et paternaliste.

«Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais si je vous vole votre voiture et qu’après je vous dis : « On fait partenariat et je vais vous la prêter de temps en temps », vous répondez quoi?», demande-t-elle.

Ce point de vue fait écho au rapport de Felwine Sarr et de Benedicte Savoy, publié fin novembre en France, à la demande d’Emmanuel Macron.

Pour les auteurs du document, la restitution ne peut être, sur le principe, que définitive. On y suggère toutefois que seules les oeuvres «mal acquises», c’est-à-dire dans le cadre de pillages, de crimes et de violences, soient restituées, et pas nécessairement l’ensemble du patrimoine.

Vaste sujet

Le dossier, dans tous les cas, est loin d’être clos.

En Belgique, il a même repris de plus belle le 8 novembre, lors de la réouverture du musée royal Tervuren à Bruxelles, construit en 1898 à la gloire du colonialisme belge. La polémique était si féroce que même l’actuel roi de Belgique, Philippe, s’est abstenu d’y assister. Une «grosse victoire», selon Mireille-Tshusi Robert, qui rappelle que les ossements de sept guerriers congolais reposent encore… sur le terrain du musée.

«En ce moment, on sent beaucoup d’énervement», renchérit Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), qui dit suivre le débat de près.

Mme Bondil trouve «normal que cette discussion soit ouverte» et reconnaît qu’il s’agit d’un débat «passionnant», voire nécessaire, tant pour les pays africains, qui cherchent à se reconstruire, que pour les pays occidentaux, qui veulent faire la paix avec les démons de la colonisation.

Mais elle appelle toutefois «à la modération» et espère que le mouvement ne se transformera pas en «vente de feu».

«C’est toute la question de la propriété morale et de la propriété légale, conclut-elle. Du point de vue éthique, quelle est la légitimité de ces objets-là ? C’est un vaste sujet… aussi vaste que le travail qui doit se faire en amont avant de les restituer. Les provenances de ces objets doivent être étudiées, leur traçabilité doit être comprise. Il ne faut rien précipiter. On peut être pour les restitutions, mais il ne faut pas être contre les musées…»

Le Canada, un modèle à suivre?

Parce que la loi y est plus flexible, le Canada a une longueur sur la France et la Belgique en matière de restitution de biens culturels. Dès 1978, le Musée canadien des civilisations prend l’initiative de rendre à deux tribus autochtones des objets à caractère spirituel qui avaient été confisqués. Ce geste ne fait pas l’unanimité, mais ouvre la voie à une série d’accords entre les musées nationaux et les Premières Nations. «On a mis en place des outils qui permettent d’avoir un cadre légal et professionnel plus avancé sur ces questions-là», résume Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal. Dans les dernières années, Mme Bondil a notamment géré deux demandes de restitution venues de la Nouvelle-Zélande et du Cambodge. En vertu de la convention de l’UNESCO de 1970 concernant le retour des biens culturels, les musées publics canadiens ont également restitué des objets à une douzaine de pays depuis 1997, dont la Bolivie, la Bulgarie et la Syrie.



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