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Jeunesse en détresse | Le Devoir

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Ô ironie : le jour où le premier ministre François Legault associait la consommation de cannabis à un potentiel de « problèmes graves comme la schizophrénie », insistant avec excès sur la dangerosité de la substance, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), lui, pointait un véritable problème : des données inquiétantes sur les problèmes de santé mentale dont souffrent les jeunes.

Le portrait est troublant. Il dépeint une jeunesse anxieuse, déprimée, médicamentée, peu traitée, toutes réalités autour desquelles on fait peu de bruit, mais qui demeurent aussi négligées, tant sur le plan de la prévention que du point de vue de l’action et du financement. Voilà des problèmes bien plus préoccupants qu’un infime pourcentage d’adeptes du pot glissant vers la schizophrénie !

L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017, dont la seconde édition était dévoilée mercredi, révèle que les niveaux de détresse psychologique ont augmenté en l’espace de six ans, que les taux d’anxiété vont galopant, que les troubles du déficit de l’attention sont en croissance. Entre 3 et 4 % des élèves sondés ont affirmé avoir pris des médicaments pour soigner anxiété ou dépression. Quelque 15 % de l’échantillon raconte avoir eu recours à une médication prescrite pour « se calmer ou se concentrer ». Les jeunes mangent plus ou moins bien, dorment trop peu, n’abusent pas d’activité physique. Des études ont documenté les effets néfastes et directs de l’utilisation excessive des réseaux sociaux — et son corollaire, la passivité et ses dérives — sur la santé mentale.

Et que faisons-nous ? Selon des données produites par la Commission de la santé mentale du Canada, seuls 20 % des jeunes (1,2 million) vivant un problème de santé mentale au Canada auront reçu un traitement approprié. Trop souvent taboue, la santé de la tête, pourtant si cruciale dans la santé globale de l’humain et par ricochet celle d’une société, est tue, et donc en apparence oubliée.

Dans les budgets, c’est effort minimal. Malgré le consensus international sur la nécessité d’agir tôt, la prévention en ce domaine est peu visible, particulièrement pour les jeunes. Dans les soins de première ligne, l’attente est considérablement plus longue pour ces maux invisibles que l’on imagine moins importants. Des cas pourtant jugés graves à l’hôpital sont relâchés en société sans le moindre suivi. L’occasion est belle d’allier santé, famille et éducation autour de cet enjeu aussi crucial que négligé.



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Les «gilets jaunes» français et nous

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Le mouvement des « gilets jaunes » en France pourrait nous apparaître comme un phénomène purement français. Mais, si l’on y regarde de plus près, il diffère des grèves et autres réactions traditionnelles dans ce pays, avec des racines nouvelles qui se font plus en plus jour ailleurs et qui pourraient bien se développer au Québec. Commençons par expliquer ce cas français pour revenir ensuite chez nous.

Comme l’expliquent les journalistes, ce mouvement provient d’une frange de la population de province dite de la classe moyenne inférieure, soit des petits salariés, alors que c’était à peu près toujours les résidents des grandes villes et, d’abord, les ouvriers syndiqués des grandes entreprises, qui manifestaient en premier. Mais leur ras-le-bol était à prévoir, leurs conditions de vie ayant presque stagné sinon décliné depuis les premières années 2000. Par exemple, l’évolution annuelle moyenne de leur pouvoir d’achat, qui avait pourtant crû de seulement 1,6 % de 2000 à 2007, est tombée à 0,2 % de 2007 à 2017. Mais par ménage, ce ralentissement est encore pire, passant de 1 % dans la première partie à -0,1 % dans ces dernières années. Une des causes serait une croissance trop lente du salaire minimum (à 15 $ l’heure actuellement) pour notamment les ménages monoparentaux. Comme on l’a vu avec ces femmes interviewées qui criaient leur détresse de ne plus pouvoir faire face aux besoins minimums de leurs enfants, tout en ayant de moins en moins les moyens de les faire garder pendant qu’elles travaillent. Sachant aussi que les prix de la nourriture et de l’énergie pour le chauffage ont augmenté respectivement de 23 % et 25 % en France seulement en 2018.

Proche de la pauvreté

Au Québec, 233 200 travailleurs sont employés au salaire minimum, dont 60 % le sont à temps partiel. Ce qui veut dire que ces derniers reçoivent un salaire entre 15 000 $ et 25 000 $ par année. Ce qui est moins ou proche de la limite du revenu considéré comme de la pauvreté (environ 22 000 $ par travailleur) et moins que le revenu de cette classe moyenne inférieure des « gilets jaunes » français. Ajoutons à ces faibles revenus 410 000 travailleurs avec un salaire entre ces 12 $ et 15 $ l’heure, pour un total de près de 650 000 travailleurs qui tirent le diable par la queue pour arriver, surtout avec les hausses de loyer et du prix de la nourriture prévues pour l’an prochain.

En retour, les plus riches deviennent toujours plus riches. Par exemple, en Europe, la part de la cagnotte nationale retenue par les 10 % les plus riches est passée de 33 % à plus de 40 %. Même en Chine, cette part atteint 43 %. Aux États-Unis, c’est encore plus, avec 47 %. Mais ce qui est pire, c’est que la question des paradis fiscaux pour ces derniers évolue extrêmement lentement, faisant en sorte que non seulement ces riches ne paient à peu près pas leur part des services reçus, mais un bon nombre bénéficie de la corruption malgré toutes les enquêtes en cours. Et chez nous, cela donne aussi un bon nombre de grands patrons qui gagnent au moins 3 millions de dollars par année, ce qui veut dire 54 $ la minute de travail, ou 70 000 $ par semaine.

Le pire est que tout cela survient alors que nos dirigeants nous promettaient que l’ultralibéralisme économique et la mondialisation actuelle allaient multiplier la richesse pour tous.

C’est ainsi que les deux questions que l’on doit se poser, avec ce mouvement des « gilets jaunes », sont, d’abord, pourquoi cette colère n’est pas venue plus tôt en France et, ensuite, quand tous ces exclus de la prospérité dans nos murs vont commencer à bouger pour enfin se faire entendre ?



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Un congédiement honteux | Le Devoir

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Le directeur général de la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI), Jean-François Lachance, la présidente Paule Fortier ainsi que le directeur adjoint aux ressources humaines François Grégoire devraient être réprimandés pour le geste odieux qu’ils viennent de poser en décidant de renvoyer l’enseignante Kathya Dufault. Cette dernière a dit la vérité au sujet des conditions scandaleuses dans lesquelles se pratique l’enseignement de l’école publique dans ses programmes réguliers.

Comment peut-on congédier une personne qui témoigne de sa situation au sein d’une institution publique financée par les contribuables ? Son opinion n’est-elle pas d’intérêt public ? Oui, mais les profs, les enseignants et les chargés de cours qui travaillent dans les écoles, les collèges et les universités font face ici comme ailleurs à une dérive entrepreneuriale des établissements d’enseignement.

La conception entrepreneuriale de l’école, du collège et de l’université conduit à une conception étroitement entrepreneuriale des relations entre les dirigeants et les professeurs, enseignants et chargés de cours. On tente depuis plusieurs années d’imposer un devoir de loyauté. Le fameux devoir de loyauté est déjà depuis un certain temps une norme qui pend au-dessus de la tête des profs de collège comme une épée de Damoclès. C’est aussi ce que tente d’imposer la direction de l’Université de Montréal auprès de son corps enseignant en essayant de s’accaparer le plein contrôle du comité de discipline. (Cet enjeu doit être distingué de celui qui concerne les violences à caractère sexuel. Si les profs de l’UdeM contestent les ambitions de la direction concernant la discipline, ils acceptent de s’en remettre à un comité de discipline externe pour ce qui est des violences à caractère sexuel.)

En vertu de ce devoir de loyauté, il est interdit de critiquer le patron de l’établissement sous peine de sanctions pouvant conduire au licenciement. C’est exactement cela qui vient de se produire dans le cas de Kathya Dufault.

Le devoir de loyauté

Le prétendu devoir de loyauté à l’égard des directions de nos établissements d’enseignement va totalement à l’encontre de la liberté d’enseignement. Celle-ci se caractérise non seulement par le fait que les profs sont les seuls maîtres à bord dans leur classe, les seuls qui sont aptes à déterminer le contenu spécifique de leurs cours et les seuls à déterminer la nature spécifique de leurs recherches. Ils ont aussi le droit de jeter un regard critique sur la société, et cela inclut la gestion qui est assumée par les directeurs d’école, de collège ou d’université.

Ce devoir de loyauté va aussi totalement à l’encontre du principe de collégialité. En vertu du principe de collégialité, les directions doivent assumer une gestion qui tient compte des forces créatrices de l’école, du collège et de l’université. Les dirigeants ne sont pas vraiment des patrons créateurs et possesseurs d’une entreprise-école-collège-université, et les profs, enseignants et chargés de cours ne sont pas des employés soumis aux exigences de « patrons », car ce sont ces personnes et non les dirigeants qui sont les véritables chevilles ouvrières au sein de leur établissement respectif.

Les profs sont employés au sein de leurs établissements d’enseignement, mais ce ne sont pas des employés du directeur d’école, du directeur de collège ou du recteur. Les dirigeants qui entretiennent la confusion et qui se prennent pour des patrons trahissent leur propre mission éducative.

Le renvoi de Kathya Dufault est donc un pur scandale. Le ministre de l’Éducation ne doit sans doute pas faire disparaître les commissions scolaires, mais il doit envoyer un message clair en réintégrant la professeure dans ses fonctions, car celle-ci a rendu un grand service à la société québécoise.

Ce sont les dirigeants qui devraient être réprimandés pour avoir manqué de loyauté à l’égard de l’école publique. Le devoir de loyauté, s’il existe, est envers l’institution et non envers les dirigeants de l’établissement. L’enseignante a accompli son devoir en sonnant l’alerte au sujet du délabrement de l’école publique. Elle doit être remerciée au sens de « félicitée », alors que les dirigeants doivent être remerciés au sens de « congédiés ».



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May joue la montre | Le Devoir

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Il était devenu clair depuis un moment, sauf pour la première ministre Theresa May apparemment, que son accord avec l’UE sur le Brexit allait être rejeté par le Parlement britannique lors du vote prévu mardi. Un vote qu’in extremis, elle s’est finalement résolue à repousser, face à l’évidence voulant qu’une défaite lui pende au nez. Grand bien lui fasse. Elle aura joué la montre, calculant peut-être qu’une majorité de députés se rallieraient in fine plutôt que d’avoir à composer avec les risques d’une rupture brutale (un « no deal »). Elle va continuer de la jouer d’ici le 21 janvier, date butoir pour la tenue du vote, en essayant d’obtenir des « garanties juridiquement contraignantes » sur la question exacerbée de la frontière irlandaise, ce à quoi, à Bruxelles, l’Union européenne s’est refusée d’emblée, sauf pour apporter à l’accord quelques « clarifications ».

Avec le résultat que la Grande-Bretagne ne s’en trouve qu’un peu plus plongée dans l’impasse.

Une impasse dont on ne dira jamais assez qu’elle est le résultat des mauvais calculs stratégiques des conservateurs. Soit, le projet européen n’a jamais emballé les Anglais, si ce n’est que pour des raisons pratiques de commerce. Reste qu’ils n’en seraient pas là, à tenter de réinventer la roue, si l’ex-premier ministre David Cameron n’avait pas perdu — de justesse — son pari référendaire de juin 2016, empoisonné par la question migratoire, aux mains des forces du « Leave ».

Que Mme May, fragilisée mais pugnace, parvienne à faire voter l’accord sur le Brexit et la Grande-Bretagne serait encore loin d’en avoir fini avec son psychodrame. Après tout, l’accord de divorce censé entrer en vigueur le 29 mars prochain n’est que transitoire. Tout doit encore être réglé avant le 31 décembre 2020, 21 mois plus tard : frontière irlandaise, sort des expatriés européens, relations commerciales hors UE…

Que le psychodrame ne prenne pas cette forme, alors il en prendra d’autres : pour tenter de recoller les pots, Mme May pourrait à son tour décider, à son corps défendant, de se lancer dans l’aventure hautement risquée d’un référendum, une idée qu’elle exclut pour le moment, mais qui continue de faire son chemin au Royaume-Uni, y compris au sein du cabinet conservateur.

Demeure le scénario d’élections législatives, ce que ne cache pas vouloir le Labour emmené par son chef Jeremy Corbyn, optimiste quant à ses chances de prendre le pouvoir à la faveur des déchirements du Parti conservateur entre les pro-Europe et les pro-Brexit. Mais que M. Corbyn se retrouve à la tête du gouvernement et il se heurterait à son tour aux contradictions des travaillistes : lui, eurosceptique de gauche opposé à l’UE pour son ultralibéralisme, mais chef d’un parti dont une large part des députés et des militants sont europhiles… Si bien que la position du Labour sur le Brexit n’est pas vraiment plus facile à déchiffrer que celle des conservateurs.

 
 

Tout agité qu’il soit, le débat sur le Brexit a ceci de fascinant qu’il met en exergue le dynamisme du parlementarisme britannique. Ce qui tranche avec la tendance à la personnalisation du pouvoir qui se manifeste ailleurs. Et ce qui vient rappeler que le vote référendaire de 2016 était largement porteur, mais pas seulement, d’une exaspération populaire partagée un peu partout dans les pays européens à l’égard d’une EU trop mondialisante, trop élitiste, trop technocratique. Bref, trop peu démocratique.

On voudrait donc qu’à Bruxelles, le psychodrame anglais force à la réflexion et aux réformes la somme de ses gouvernements nationaux. Cette introspection n’a pas lieu, ou si peu, alors que les « crises de gouvernance » se creusent dans le monde occidental — à Londres, à Paris, à Washington.

Des voix tentent pourtant d’articuler cette réflexion, comme l’économiste de premier plan Thomas Piketty, qui vient de publier avec plus de 120 intellectuels et responsables politiques de seize pays un Manifeste pour la démocratisation de l’Europe. Y sont proposées des mesures concrètes — des mesures ambitieuses et réalistes : par exemple, l’augmentation massive du budget social de l’UE et la création d’une assemblée législative européenne « souveraine » pour sortir l’Europe de « l’ornière technocratique ». Pourquoi ces voix ne sont-elles pas plus audibles ? Il faudra bien qu’elles le deviennent.



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