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Portrait d’Alma Mahler | Miss Pandora

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Texte réalisé en partenariat avec Austrian Airlines

Femme fatale, mangeuse d’hommes, muse puis veuve des quatre arts, épouse effacée et artiste étouffée, mais aussi héroïne iconoclaste, féministe balbutiante et impériale hôtesse de l’un des plus prestigieux salons artistiques de la scène culturelle viennoise, les étiquettes se bousculent lorsqu’est convoquée la figure légendaire de la redoutable Alma Malher. Comme celle de tant de femmes de son temps, son image reste soumise à la dure loi des doubles standards, oscillant sans cesse d’un pôle à l’autre d’une dichotomie qui n’autorisait aux femmes que deux rôles : celui de la muse éthérée, du coeur privé de corps, de la mère et de l’auxiliaire, ou celui, tant exploré par l’art et la littérature, de la goule dévoreuse aux funestes appâts. Au cours de sa longue et tumultueuse existence, Alma fut tour à tour l’un ou l’autre de ces archetypes, et cet esprit brillant, si peu conventionnel pour l’époque, semble même avoir pris un malin plaisir à brouiller les pistes. Bien qu’elle ait évolué dans l’ombre des grands hommes de son siècle -dont l’un lui aura légué son illustre patronyme-, cette femme hors norme ne s’est pourtant pas oubliée, et n’a ainsi jamais cessé de bâtir sa propre légende. De l’audacieuse pianiste qui au tournant du XXème siècle batifolait sur le Prater en compagnie du gratin des artistes de la Sécession, à l’auguste veuve égotique des derniers jours, son destin reste parmi les plus éclatants de cette ère figée et néanmoins riche en mutations que Stefan Zweig nommait le Monde d’Hier…

Avant d’être une séductrice, Alma fut d’abord une aspirante artiste, et cette vocation chez elle tenait assurément d’un atavisme, car elle était la fille du peintre paysagiste Emil Jakob Schindler, un proche ami et collaborateur de Hans Makart, qui était alors le maître incontesté de la scène artistique autrichienne, bien qu’il soit plus ou moins oublié aujourd’hui. Outre son talent de peintre, Emil Jakob Schindler avait été doté d’une très belle voix de ténor, et c’est au cours d’une représentation dans laquelle il figurait qu’il rencontra d’Anna Bergen, une charmante cantatrice qu’il épousa au bout de quelques mois à peine, car celle-ci était tombée très tôt enceinte. Le 31 aout 1879 naquit donc Alma, une vierge mais pas n’importe laquelle, une vierge folle de la fin août, c’est à dire à cheval entre l’exubérance du lion et l’impétuosité de la reine du ciel. Dans les premiers temps, la famille Schindler traversa une période de réelle misère, mais progressivement, les toiles du peintre se mirent à connaître un certain succès et à remporter des médailles dans les expositions, ce qui permit à la famille de vivre plus aisément, mais aussi de côtoyer les grands noms du royaume, à l’instar du prince héritier Rodolphe, qui fut pour le peintre un mécène, avant que son destin ne s’achève tragiquement à Mayerling. De son enfance, Alma devait se souvenir comme d’une bulle de beauté et de privilèges, elle qui très tôt consolida son sens esthétique grâce aux tableaux et aux précieux bibelots dont elle était chaque jour entourée. De plus, son père étant un membre important de l’élite artistique viennoise, il recevait par conséquent les visites fréquentes des grands artistes de son temps, et il est donc certain que cette atmosphère propice à la création dût fortement impacter la jeune fille en devenir. Toutefois, sous ce vernis de bonheur grondait déjà la fatalité, car la mère d’Alma entretenait depuis plusieurs années une liaison avec Carl Moll, l’élève et assistant de son époux. Et en 1892, la lumière s’éteignit brutalement dans le coeur insouciant de la jeune fille, qui avait alors treize ans, lorsque son père adoré succomba à une appendicite, la laissant pour toujours orpheline de cette figure masculine qu’elle avait tant admiré. 

Suite au décès du peintre, le tout Vienne abonda en hommages, on lui dédia une rue et il eût même droit à sa statue. Néanmoins en privé la situation était toute autre, car inévitablement, c’est Carl Moll qui avait remplacé ce dernier en tant que chef de famille, et Alma en était terriblement enragée. Mais elle avait beau haïr ce beau père qui lui avait été imposé, et ne pas manquer une occasion pour le lui faire remarquer, cette nouvelle figure paternelle eût pour elle le rôle de catalyseur, car Carl Moll était lui aussi un artiste reconnu, et c’est par lui qu’elle accéda à l’avant-garde viennoise. En effet, Moll fut le co-fondateur de la Secession, il en devint même le président au tournant du siècle, ce qui offrit à sa belle-fille la chance de pouvoir s’épanouir au plus près de cette génération d’artistes prometteurs. Ainsi, la jeunesse d’Alma est semée de noms illustres : promenades avec Gustave Klimt et Fernand Khnopff sur le Ring, discussions enflammés avec la crème de la Secession, expositions, bals et champagne, en bref, une ébullition de plaisirs dont cette nature exaltée savoura chaque instant. De cette coterie d’artistes, Alma devint vite la reine incontestée, étant à la fois la muse, mais aussi l’amie, la conseillère ou l’amante rêvée. Il faut dire que, belle et enjouée, mais aussi quelque peu dominatrice dans l’âme comme l’était sa mère, Alma cherchait toujours à être au centre de l’attention, ce qui ne lui était pas difficile car son esprit vif, ses tenues originales qu’elle élaborait avec soin, et ses attitudes fantaisistes à la limite de l’insolence en faisait un être à part. Dans les salons comme dans les expositions, Alma était celle dont on cherchait l’approbation, celle à qui l’on montrait ses toiles en premier, et la jeune femme, qui était quelque peu imbue d’elle-même comme le sont parfois les jeunes filles, se gorgeait de cette importance. Je l’imagine un peu comme Scarlett O’Hara dans la scène de bal chez les Wilkes, à la fois cruelle et légère, entourée d’une foule de prétendants à qui elle assène des réparties dévastatrices, tout en papillonnant d’une tête à une autre. Mais si Alma faisait succomber les coeurs, ce n’était pas seulement par vanité, c’est aussi et surtout parce qu’elle était dotée d’une nature passionnée, et n’aspirait qu’à tomber amoureuse d’un homme à sa mesure, qui l’emmènerait tutoyer les sommets.

Gustav Klimt en 1911

Pour protéger la jeune fille de cet amour qu’ils jugeaient déraisonnable, sa mère et son beau-père l’emmenèrent avec eux en Italie, lors d’un voyage itinérant qui dura près de deux mois. Mais, tour de force du destin, Klimt les y suivit, et la fuite se transforma en chassé-croisé. Dans les mémoires qu’elle rédigea vers la fin de sa vie, Alma raconte que le peintre surgissait tel un pantin sur ressort au détour des ruelles de Naples ou de Venise, mais ces confessions sont à prendre avec réserve, la muse ayant comme beaucoup cédé aux sirènes de l’exagération romanesque avec l’âge. En tout cas, une chose est sûre, c’est que Carl Moll parla à Klimt et le ramena à la raison, ce qui ne fut pas très difficile car celui-ci avait quand même vingt ans de plus qu’Alma, que son attirance pour elle était plus charnelle qu’amoureuse, et qu’il était de plus déjà sérieusement engagé dans une relation avec sa belle-soeur par alliance, la créatrice de mode Emilie Flöge. «Je vous apprécie trop pour vous entrainer dans la fange dans laquelle je m’enfonce» lui dît-il, «vous méritez d’être heureuse, soyez-le avec un autre, je n’ai rien à vous offrir». Et c’est ainsi que le couple maudit se sépara place San Marco, et ce dénouement dramatique ne satisfit pas l’âme romanesque d’Alma, qui alla noyer ses larmes dans les eaux sombres de la cité des doges. «La mer est grande, mais qu’est ce qu’au regard de ma souffrance ?» 

En dehors de la douleur sentimentale qu’elle lui causa, cette rupture eut d’autres conséquences sur Alma, car cette fiévreuse chasse de plusieurs mois avait allumée en elle un feu insatiable, celui d’une sensualité bourgeonnante qui ne demandait qu’à éclater au grand jour. Bien qu’auparavant cette dernière avait clamé son dégout de l’acte de chair, qui lui était survenu après qu’elle ait assisté par hasard au spectacle d’ébats canins -«brr s’ils font la même tête que les chiens, c’est vraiment écœurant» avait-elle d’ailleurs écrit dans son journal-, après cette aventure avortée avec Klimt, la donne avait changée : «ma sensualité est sans borne, il faut que je me marie». Et cette hâte était telle que la jeune fille allait même jusqu’à confesser de rêver de se faire violer, ce qui était somme toute assez déroutant. En attendant, à défaut de trouver le parfait candidat au mariage, Alma continuait de se griser de son pouvoir de séduction. Ainsi dans les bals, elle se glorifiait de recevoir des dizaines de bouquets et autant de prétendants, séduisant pour se sentir adorée, prenant, rejetant, puis reprenant, une jeune fille libre en somme, mais toujours célibataire ! Plusieurs découvertes sensuelles devaient toutefois marquer ces années d’expérimentation: d’abord, il y eût la main que le metteur en scène Max Burckhard fit glisser sous sa jupe, et jusqu’en haut de ses cuisses, puis la bosse qu’elle observa sur le devant de son pantalon, et enfin, le baiser qu’ils échangèrent un jour, qui malheureusement la repoussa plus qu’il ne l’attira. «C’est horrible, il m’a embrassée avec la langue» s’indigna-t-elle! D’autres flirts suivront, le ténor Erik Schmedes, l’artiste Koloman Moser, le compositeur Alexander von Zemisky avec lequel elle faillit perdre sa virginité, le co-fondateur de la Sécession Joseph Maria Olbrich, et le peintre Fernand Khnopff. Le tableau de chasse est prestigieux ! Il est surprenant de voir la grande indépendance avec laquelle Alma vécut à l’époque, elle qui semblait se promener librement aux bras d’hommes entreprenants alors que d’ordinaire les jeunes femmes non mariées ne pouvaient sortir sans chaperon, et voyaient leur entrevues extrêmement codifiées. Alma au contraire transgressa largement ce carcan de codes, mais les cercles artistiques dans lesquels elle évoluait n’étaient pas totalement délivrés de la morale bourgeoise, et aussi, fatalement sa réputation se mit bientôt à en souffrir, et l’électron libre fut sommé de se stabiliser. 

Gustav Mahler.

 Alma était de caractère passionné, et ainsi tout chez cette femme fut prétexte à l’exaltation, que ce soit à travers l’art ou l’amour, chaque émotion fut pour elle vécue avec excès. La musique était sa plus grande obsession, et au sommet de son admiration se tenait Richard Wagner, mais aussi Gustav Malher, dont les compositions la bouleversaient, « jamais je n’ai ressenti la musique de cette façon, j’en ai pleuré» écrivait alors la jeune autrichienne. Elle-même pratiquait le piano avec assiduité depuis son adolescence, et composait de la musique, une activité très intime à laquelle elle ne pouvait se livrer que lorsqu’elle était seule. Ses gracieux lieder peuvent aujourd’hui encore être entendus, mais il est regrettable que sa production s’en soit arrêtée là, elle qui pourtant ambitionnait de composer un Opéra : «je voudrais accomplir une grande action. Je voudrais composer un opéra vraiment bon, ce qu’aucune femme n’a encore jamais fait. Oui, c’est ce que je voudrais. En un mot, je voudrais être et devenir quelque chose…». La faute en est au climat misogyne qui régnait en maître sur ce début de siècle, et bien qu’Alma fut par son indépendance assez en avance sur son temps, elle resta néanmoins tristement captive des idées de son époque, ayant entre autres lu Schopenhauer et Weininger. Tour à tour progressiste et conditionnée, la musicienne fut toute sa vie tiraillée entre une intelligence aiguë qui la poussait à questionner le fondement même des conventions, et une certitude que cet ordre patriarcal était juste, ce qui la conduisait à valoriser la position auxiliaire de muse. Dans son journal, il est désolant de la voir se lamenter sur l’infériorité supposée que lui imposait selon elle son cerveau de femme.

A défaut de trouver en elle le génie, c’est par procuration qu’Alma allait le vivre, lorsqu’en 1901 elle fit au cours d’un diner la connaissance du compositeur qu’elle admirait tant, Gustav Malher, le seul avec Wagner qui avait grâce à ses yeux, et qu’elle suivait parfois dans les rues de Vienne tant son engouement était grand. Chose étonnante, à cette soirée étaient également présents Gustav Klimt et Max Buckhard, en somme, le passé, le présent et le futur étaient pour elle réunis en ce jour marquant. Malher, qui était directeur de l’Opéra de Vienne et avait vingt ans de plus que la jeune femme, l’impressionnait considérablement, et si ce dernier n’avait jusqu’ici jamais vraiment fait montre d’intérêt envers les femmes -on suppose qu’il était vierge-, cela changea avec Alma, et il se mit très vite à la prier de l’épouser. Tout à première vue, sembla donc être un conte de fées : être courtisée par un homme célèbre et adulé, pouvoir vivre sa sexualité au grand jour, avoir une place dans le monde, le tableau était séduisant ! Mais, si en apparence elle se montrait séduite, au fond Alma était pétrie de doutes quand à cette union, car elle n’y reconnaissait pas la passion qu’elle attendait. En réalité, cet amour tenait surtout de l’admiration artistique. Autre facteur de doute, Malher se montrait très dominateur, et manifestait le souhait de la voir arrêter totalement sa musique afin de pouvoir consacrer entièrement à la sienne, ce qui bien évidemment la révoltait. Pour cet homme obtus, l’idée d’un couple d’artiste était dégradante, et il confessait sans honte n’admirer en Alma que sa seule beauté, tâchant par ailleurs de lui apprendre que ses opinions n’avaient éveillé un intérêt chez les hommes que parce qu’elle leur avait été agréable à l’œil… Charmant.

Un temps, Alma pensa annuler les fiançailles, une démarche dans laquelle l’encouragea même sa mère, mais, mue par un esprit de sacrifice, et aspirant à élever une nature qu’elle jugeait trop imparfaite et encline à l’orgueil, elle accepta finalement de se soumettre à Malher.«Il a besoin de moi » écrit-elle « je veux m’occuper de lui, lui donner ma jeunesse et mon énergie ». Hélas, ce fut une erreur. «Dès le début il me fut étranger» confia-t-elle, et pire encore, c’est l’odeur même de son époux qui la repoussait, ce qui on s’en doute n’encouragea pas les rapports sexuels timides qui succédèrent à leur hyménée. Les temps bouillants de Klimt étaient loin! Il est regrettable de voir que l’intimité des muses ou épouses est toujours disséquée sans pitié, quand a contrario que celle des « grands hommes » reste soumise à discrétion, et si on ne sait par conséquent pas grand chose sur la vie sexuelle de Malher, quelques échos nous indiquent cependant que le compositeur était quasi-impuissant, et dût ainsi laisser inassouvie sa sensuelle épouse. 

Alma et ses filles

A ce mariage bâclé et trop vite accepté, succéda pour Alma une morne vie de muse soumise. Envolées les insouciantes fêtes viennoises où elle brillait par son panache, désormais son emploi du temps était réglé à la minute près, et chacune de ses minutes centrée autour du sacro-saint travail de Malher. Et pour ne surtout pas perturber sa concentration, il fallait qu’elle veille à accomplir les tâches domestique dans le silence, ce qui n’est pas sans rappeler les préceptes énoncés quelques années auparavant par l’écrivain et néo-mâge Sâr Péladan, qui dans son ouvrage Comment Devenir Fée énonçait le code de conduite de la parfaite femme d’artiste, qui se devait d’être discrète, subordonnée, et consciente de son infériorité afin de mieux accomplir son but suprême, qui était de servir l’artiste. Pour Alma, ce fut donc le temps des désillusions, «Il parlait toujours de sacrifices pour mener son travail, je commence à comprendre… ».  Contrairement à son épouse, Malher n’était pas un esprit libre, et comme bien des hommes de son époque il ne chercha pas à s’intéresser aux aspirations de sa femme, cherchant seulement -et fermement- en elle l’épouse dévouée. «Tu n’as désormais qu’une seule profession – me rendre heureux» lui disait-il.

Au cours de leurs neuf ans d’union, Alma donna deux filles à Gustav, dont l’une mourut en bas âge, mais elle eût du mal à aimer ses enfants, peut-être pour l’entrave à sa liberté qu’ils représentaient à ses yeux. Sans but et sans accomplissement, inévitablement l’ennui la gagna, et Malher se changea en Malheur. Alors, Alma se mit à boire, et excessive comme toujours, ce ne fut pas qu’à moitié, car, quand elle ne «champagnisait» pas ses soirées, celle que l’on surnomma plus tard la «reine de la D.O.M. Bénédictine» allait jusqu’à en consommer une bouteille par jour. Frustration et délaissement furent donc les maîtres mots de ce mariage, maux on pourrait même dire. Le séjour que passa à New York le couple n’y changea pas grand chose, mais le destin finit heureusement par intervenir en faveur de cette Emma Bovary en devenir, lorsque cette dernière eût un coup de foudre pour un jeune architecte de vingt-sept ans qu’elle avait rencontré au cours d’un voyage dans le tyrol, Walter Gropius, le fondateur de l’école du Bauhaus. Comme le dit Françoise Giroud, Alma était attirée par le talent avec la même ferveur que d’autres montrent pour l’argent. Non seulement cette aventure lui rendit son âme de jeune fille, mais elle eût aussi pour effet de réveiller l’attention de son époux, qui fut terrorisé à l’idée de la perdre. Il faut dire que dans une formidable acte manqué, l’amant distrait avait par erreur envoyé à l’époux légitime la lettre qu’il avait écrite à destination de sa femme. Paniqué, Malher fit donc tout pour la reconquérir: il part consulter Freud, l’inonde de cadeaux et lui dédie sa huitième et dernière symphonie, aujourd’hui mythique. Malheureusement, le couple ne devait pas connaître de seconde chance, car à peine un mois après, Malher décédait des suites d’une infection généralisée, laissant Alma avec un rôle nouveau qu’elle allait comme à son habitude habiter avec orgueil et panache, celui de l’imposante veuve. 

Oskar Kokoschka, La fiancée du vent

Si elle se montra éplorée après ce drame, Alma ne le resta cependant pas longtemps, car deux ans plus tard, elle fit la connaissance du peintre Oskar Kokoschka, un excessif comme elle, dont les excentricités laissaient perplexe le milieu artistique viennois. Tous deux furent foudroyés. Grâce à cette passion dévorante, qui fut satisfaisante sur le plan charnel, Alma connut enfin l’amour violent dont elle avait toujours rêvé, mais hélas, cette intensité n’allait pas sans revers, car Oskar avait un tempérament irascible, et était prompts aux plus grands débordements. «Il y a en lui tant que j’aime» dit-elle «mais il me fait souvent peur»,«je ne me suis jamais autant déchirée avec quelqu’un mais je n’ai jamais goûté autant d’instants de bonheur parfait». Inévitablement, la romance à la Belle du Seigneur se transforma en cauchemar, car Alma, enceinte, dût se faire avorter, et Oskar, qui était furieusement jaloux de Malher, bien que celui-ci soit passé depuis longtemps à trépas, embrassait les portraits du défunt pour le conjurer, refusait de se vêtir d’autre chose que du pyjama qu’il avait subtilisé à sa compagne, et lui demandait de le frapper durant leurs ébats. Ce n’est pas tout, car ce dernier ira jusqu’à voler les papiers d’Alma pour publier sans son accord l’annonce de mariage. Pour Alma, cette relation logiquement était devenue invivable, mais elle trouva un exutoire en se plongeant à nouveau dans la composition, et en tenant chez elle un salon qui rassemblait les personnalités artistiques de son choix, au centre duquel elle trônait, vêtue de son éternelle robe de lamé or, comme un habit de guerre.

De plus en plus lassée par les outrances de son amant, Alma finit par quitter Oskar, peut-être précipitée dans son choix par la présence devant son appartement de la mère de ce dernier, qui l’attendait avec un revolver au cas où l’impudente aurait l’idée de revoir son fils. Voilà comment on construit une image de femme fatale! Dévasté par le départ de sa fiancée du vent, du nom de la célèbre toile qu’il avait réalisée pour elle -« je t’épouserais lorsque tu auras peint un chef d’oeuvre », lui avait-elle ordonné-, Oskar trouva un exutoire de plus bizarres à sa douleur, ultime extravagance qui allait couronner cet amour monstre. En effet, c’est pour tenter de conserver auprès de lui celle qu’il surnommait son «idole», qu’il fit confectionner une poupée grandeur nature à son effigie, en insistant lourdement sur son souhait de ressemblance la plus fidèle possible, «parties honteuses» comprises. En somme, une poupée gonflable de luxe, un ersatz illusionniste d’Alma. Hélas, le pantin grossier qu’il reçut ressembla plus à une de ces photographies de fétichistes du mohair en total look qu’à une femme de chair, mais ce raté n’empêcha pas l’artiste d’emmener partout avec lui sa nouvelle conquête, allant même jusqu’à se faire photographier à ses cotés. Heureusement pour la morale, Oskar finira tout de même par détruire ce désolant fac-similé de femme au cours d’une soirée d’ébriété, mais si la poupée de chiffon s’en alla brûler avec les flammes, sa passion pour Alma elle, ne devait malheureusement jamais s’éteindre…

La poupée Alma.

Tandis qu’Oskar glissait lentement sur la pente de la démence érotique, Alma épousait avec son ancien amant Walter Gropius, avec lequel elle avait repris contact lorsque la relation avec Kokoshka commençait à se déliter, mais le démon de l’infidélité ne tarda pas à la reprendre. «Je suis trop multiple pour pouvoir poser mon âme sur un seul cœur », elle qui à près de quarante ans n’entendait toujours pas que l’on lui dicte sa ligne de conduite. La liberté toujours, et bien que sa beauté autrefois superbe avait été quelque peu altérée par les agapes journalières de Bénédictine, cela n’empêcha pas cette Scarlett O’Hara viennoise d’aspirer à jongler avec les prétendants comme au temps de ses premiers succès. En réalité, leurs rangs s’étaient depuis quelques peu décimés, et s’il y eût un flirt réussi avec l’écrivain Franz Werfel, la conquête de Thomas Mann et de Vassily Kandinsky au contraire échoua. Mais qu’importe, un succès valait mieux que rien du tout! Et puis, il y avait la guerre, mais cela ne semblait guère l’affecter, car tandis qu’au loin faisaient rage les combats et que Gropius chaque jour risquait sa vie dans les tranchées, Alma s’enfonçait à rebours dans un égocentrisme forcené, dernière lutte de cet esprit fantasque que la chute du monde d’hier bouleversait. Gropius, on le comprend, ne lui pardonna pas cette désertion et le mariage s’étiola, mais Alma, éternelle séductrice, avait déjà un nouvel amant, il était romancier et s’appelait Franz Werfel…

Et c’est le ballet des amours complexes qui à peine enterré, devait aussitôt ressurgir : Alma trompa Gropius avec l’écrivain Werfel, conçut un enfant avec ce dernier, mais tous deux s’en disputèrent la paternité, aussi proposa-t-elle d’instaurer un ménage à trois, hélas elle était résolument trop anti-conventionnelle pour les mœurs de Gropius, qui divorça, la laissant libre de se marier avec Werfel, ce qu’elle fit, bien sûr. Et cette fois, ce fut Alma qui domina le ménage, car, profitant de son expérience de compagne d’artiste et de ses dix ans de plus, elle eût pour ce troisième époux un rôle déterminant, celui de coach, afin de le mener à l’accomplissement de son art. Un but rêvé pour celle qui se sentait depuis toujours dominatrice-née, et que les hommes successivement avaient tenté d’entraver. Alma étant de base le maître et Franz l’élève, on est heureux de constater que cette fois les rôles étaient bel et bien inversés. L’adage dit qu’on ne change pas, et vous imaginez que si Franz fut le dernier époux d’Alma, peut-être pas celui qu’elle aima le plus, mais celui qui sut en tout cas la respecter le plus, cela n’empêcha pas cette éternelle sensuelle de continuer sa quête de séduction, et son ultime victime fut un prêtre, dont elle s’éprit sans succès. De cette sentimentalité tumultueuse, orageuse presque, sa fille en sera l’héritière, elle qui se maria cinq fois!

Alors Alma, artiste frustrée ou mangeuse d’homme ? Si l’histoire et l’opinion ont principalement retenu d’elle une personnage de femme fatale, que son image des dernières années n’ira pas démentir (son gendre la décrira comme une ogresse terrorisante, monstre d’égoïsme absorbant des quantités pantagruéliques de nourriture et d’alcool), Alma était aussi une femme dotée d’une grande sensibilité artistique, qui fut sans nul doute entravée par une société misogyne. On ne peut donc que regretter qu’elle se soit surtout occupée à construire la gloire de ses époux, pensant à tort se réaliser en tant que compagne d’artiste, tirant dans l’ombre les ficelles du génie.

 

La veuve théâtrale des dernières années.




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Les aventuriers de Kids on the Moon

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Créer des pièces confortables, vivantes et pointues, inspirées de l’imaginaire créatif des enfants : voici le mantra de Kids on the Moon. Pour la collection printemps-été 2019, la marque polonaise dévoile des silhouettes looses, aérées, empreintes de vibes estivales et de souvenirs d’enfance. Avec des imprimés minimalistes, des couleurs douces, du lin et coton pur.

Chaque saison, Kids on the Moon conte des histoires à travers des modèles drôles et conforts pour tous les jours. Cette saison, la collection”Playground” se veut être le compagnon des folles escapades et des rêves en grand. Ambiance sortie de plage et cheveux salés. Des robes et jupes légèrement  tie & dye, des tee-shirts et pulls loose à messages pour laisser place à l’imagination enfantine et leur créativité débordante.

Un collection pensée pour les petits curieux, les rêveurs et avides de nouvelles aventures. Avec comme terrain de jeu, le monde entier.


kidsonthemoon.com



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Pink lady by Karla Jean Davis

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Look crazy pour Olive aujourd’hui. Vêtue d’une robe créateur de Caroline Bosmans associée à des chaussettes sportswear, elle est pile dans la tendance Athleisure!


Karla Jean Davis/ Réalisatrice/ USA

Deux filles: Olive et Ora

Excentrique/ Crazy/ décalé


 



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Bobo Choses – To Make a Garden

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La marque espagnole sort sa nouvelle collection printemps/été 2019 “To Make a Garden”. Et cette saison, elle sensibilise à la protection des abeille. Comment ? En s’occupant de son jardin, en plantant, encore et encore. Un petit pas pour de grands résultats !



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