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Québec se pense à l’abri de poursuites d’aspirants immigrants

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Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette pense que le gouvernement est à l’abri d’éventuelles poursuites découlant de l’annulation projetée des 18 000 dossiers en attente à son ministère.

Le ministre est confiant pour deux raisons : la victoire en cour d’Ottawa dans une cause similaire et un article prévu spécifiquement pour cela dans le projet de loi 9.

« En 2012, le gouvernement conservateur a fait exactement la même chose que nous faisons et il y a une décision de la Cour fédérale qui s’est rendue aux arguments du fédéral », a signalé M. Jolin-Barrette en entrevue au Devoir lundi.

À l’époque, le gouvernement Harper avait été traîné devant les tribunaux après avoir annoncé l’élimination de 280 000 dossiers en attente. Un groupe d’avocats avait porté la cause devant la Cour fédérale au nom de 1500 aspirants immigrants, mais la Cour avait estimé essentiellement que le gouvernement avait le pouvoir de faire une telle chose.

À Québec, le ministre Jolin-Barrette a aussi inclus une protection dans le projet de loi 9. L’article 20 édicte « qu’aucuns dommages-intérêts ni aucune indemnité [relativement à] une telle demande ne peuvent être réclamés au gouvernement ».

Je ne peux pas obliger quelqu’un à rester au Saguenay–Lac-Saint- Jean, par exemple. Mais je peux le sélectionner plus rapidement s’il a une offre d’emploi en région.

Rappelons que le ministre caquiste a dévoilé jeudi sa première pièce législative en immigration, qui prévoit notamment l’annulation des 18 139 dossiers en attente au ministère. Le gouvernement souhaite ainsi mettre un terme à la règle du « premier arrivé, premier servi » et recruter plus rapidement des immigrants en fonction des besoins du marché du travail alors qu’une importante pénurie de main-d’oeuvre sévit dans plusieurs secteurs.

De ces 18 139 dossiers, 3700 ont été déposés par des gens qui étaient déjà au Québec, a confirmé le cabinet du ministre mardi. Ces derniers sont particulièrement mécontents qu’on jette leur dossier à la poubelle et ils seraient nombreux à envisager des recours, selon des avocats consultés par Le Devoir.

Mardi, le ministre Jolin-Barrette a multiplié les entrevues pour calmer le jeu. Les travailleurs temporaires qui sont au Québec peuvent toujours renouveler leur permis de travail auprès du gouvernement fédéral, a-t-il expliqué. Pour ceux parmi les 3700 qui « travaillent au Québec depuis plus de douze mois et parlent français », il y a une « voie rapide », le programme Expérience québécoise, a-t-il souligné. « Certains se sont peut-être inscrits dans le mauvais programme », laisse-t-il entendre.

Quant aux travailleurs temporaires qui avaient déposé une demande d’immigration au Québec, ils sont invités à présenter une nouvelle demande — gratuite — dans le nouveau système de déclaration d’intérêt, et ce, même si le projet de loi n’a pas encore été adopté. Car il faudra en effet attendre plusieurs mois avant que le projet de loi soit étudié, débattu et adopté par le Parlement, exercice au cours duquel il pourrait faire l’objet d’importantes modifications.

En attendant le test de valeurs

Reste aussi à savoir dans quelles circonstances le gouvernement souhaite retirer la résidence permanente (RP) à des immigrants qui ne respectent pas ses exigences. On sait par exemple que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) veut obtenir du fédéral le pouvoir de la retirer aux immigrants qui ne seraient pas parvenus à maîtriser le français ou auraient échoué à leur test de valeurs.

« Je pourrais imposer des conditions en fonction de l’évaluation des connaissances au test des valeurs québécoises, au niveau de la connaissance du français », a mentionné M. Jolin-Barrette mardi.

Le ministre n’est toutefois pas en mesure de dire quand ou jusqu’à combien de temps après avoir été reçus, les immigrants pourraient perdre leur résidence permanente. « C’est à déterminer », a-t-il dit.

Par contre, le gouvernement ne pourrait pas retirer la résidence permanente à un immigrant simplement parce qu’il a quitté la région du travail pour lequel il avait été sélectionné au départ, indique le ministre, qui souhaite toutefois favoriser la régionalisation en amont. « Je ne peux pas obliger quelqu’un à rester au Saguenay-Lac-Saint-Jean, par exemple. Mais je peux le sélectionner plus rapidement s’il a une offre d’emploi en région. »



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Centenaire de la grève de Winnipeg

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Évènement majeur de la lutte ouvrière au Canada, la grève de Winnipeg de 1919 reste inégalée dans son ampleur. Comment a-t-elle éclaté ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ? Trois universitaires reviennent sur cet épisode unique de l’histoire du Canada.

21 juin 1919. Winnipeg sombre dans le chaos. Près de 30 000 grévistes marchent dans les rues de la ville, contenus tant bien que mal par la police montée et les troupes fédérales. Soudain, les choses tournent mal, la police à cheval charge et deux manifestants sont tués, des dizaines de personnes blessées. C’est le fameux « samedi sanglant ».

Une ville sous haute tension

Plusieurs mois de malaise social grandissant précèdent le drame. Les syndicats des travailleurs du métal et de la construction exigent une augmentation salariale, de meilleures conditions de travail et, surtout, le principe de négociation collective.

Après des mois de discussions infructueuses, la grève est déclarée le 1er mai par les métallurgistes, bientôt rejoints par différentes organisations ouvrières, à l’instar du Congrès des métiers et du travail. La ville tout entière ne tarde pas à gonfler les rangs des grévistes, proclamant la grève générale le 15 mai 1919.

Plusieurs dizaines de milliers de travailleurs quittent ainsi leur poste : opérateurs téléphoniques, ouvriers, vendeurs en magasins, employés postaux… « La ville est complètement paralysée », commente Guillaume Durou, sociologue au Campus Saint-Jean à Edmonton. Quelque 10 000 vétérans de la Première Guerre mondiale se joindront même aux grévistes.

Face aux manifestants, les industriels, employeurs, banquiers et politiciens influents de la ville s’organisent et forment le Citizens’ Committee of 1,000. Rapidement, les ministres fédéraux de l’Intérieur et du Travail viennent leur prêter main-forte, craignant que le mouvement n’enflamme le pays. Leur stratégie : accuser le mouvement de conspiration révolutionnaire bolchévique.

Car la révolution russe de 1917 a fait des émules au sein de la population ouvrière nord-américaine, pour beaucoup composée d’immigrants européens. « La grève de Winnipeg s’inscrit dans la mouvance des lendemains de la révolution bolchévique de 1917, même si on l’a mythifiée. Il ne faut pas croire que les ouvriers pensaient faire la révolution », tempère Marie LeBel, historienne à l’Université de Hearst en Ontario.

Un monde ouvrier en pleine ébullition

Au lendemain de la fin de la Première Guerre mondiale, l’inflation est incontrôlable, les salaires faibles, les conditions de vie laborieuses et les vétérans de retour du front font face au chômage. En parallèle, la guerre a profité aux patrons, l’économie ayant stimulé le complexe militaro-industriel. « La guerre a creusé les inégalités », résume Guillaume Durou.

Surtout, la grève intervient au moment où le déclin économique de Winnipeg est déjà amorcé. La ville était portée depuis les années 1880 par l’expansion du chemin de fer et connaissait des taux de croissance spectaculaires. « On disait que Winnipeg était le Chicago du Nord », illustre Patrick Noël. Mais avec la guerre et l’ouverture du canal de Panama en 1914, qui vient concurrencer le réseau ferroviaire pour le passage de l’Atlantique au Pacifique, la ville entre en récession.

Tandis que la peur de la contagion hante les capitalistes, les ouvriers ont le sentiment que la balance penche en leur faveur. Partout au Canada, des mouvements de revendication ouvrière éclatent. Un large mouvement de syndicalisation s’installe en Amérique du Nord, porté notamment par le puissant Industrial Workers of the World (IWW) de Chicago. « C’est l’âge d’or des luttes ouvrières », décrit le professeur en sociologie.

C’est dans cette époque de croissance et de profondes inégalités que naît à Calgary le One Big Union, le tout premier projet d’union de l’ensemble des syndicats, de l’Ontario jusqu’au Pacifique, inspiré du bagage idéologique des immigrants. La plupart viennent en effet d’Europe de l’Est et de Scandinavie, des pays à tradition syndicale plus radicale. « Les immigrants apportent un savoir-faire syndical qui renouvèle la façon de penser le syndicalisme au Canada », perçoit Patrick Noël, historien à l’Université de Saint-Boniface à Winnipeg, poussant ainsi « le souffle de vent rouge » à travers le pays.

Une réponse coercitive

Face à la grogne, les autorités renforcent la Loi sur l’immigration et élargissent la notion de sédition. Ils menacent de licenciement les employés municipaux s’ils ne retournent pas au travail, « tout en refusant de s’assoir à la table des négociations avec les grévistes », note Patrick Noël.

Le 9 juin, tous les policiers de la ville sont licenciés pour leur sympathie à l’égard des manifestants. Le Committee les remplace alors par une police ‘spéciale’, « sorte de cavalerie sans entrainement au contrôle des foules, bien mieux payée que les policiers municipaux », relève Guillaume Durou. Bientôt rejointe par la Police à cheval du Nord-Ouest, ancêtre de la Gendarmerie royale, leur réaction est violente, car l’État est bien décidé à « neutraliser les forces rouges ».

Outre le samedi sanglant, la quasi-totalité du mouvement se déroule dans la non-violence. « Ça aurait pu mal tourner, mais on a noté le pacifisme des grévistes, leur refus de l’escalade », observe Marie LeBel. À la différence des autres mouvements nord-américains de l’époque, la grève de Winnipeg constitue de ce point de vue « un mouvement organisé et discipliné ».

Le 17 juin, le gouvernement fait arrêter dix chefs de file grévistes. Pour justifier les perquisitions et arrestations arbitraires, « les instances politiques parlent de sédition », commente Guillaume Durou. Cependant, l’évènement provoque une vague de sympathie à travers le pays. D’Amherst en Nouvelle-Écosse à Victoria en Colombie-Britannique, « le souffle de révolte traverse le Canada », observe le sociologue qui dénombre plus de 200 grèves de sympathie entre mai et juillet 1919, mobilisant 19 000 travailleurs solidaires.

Finalement, la grève se conclura par une effusion de sang et peu d’acquis salariaux. « Les avancées sont plus politiques », perçoit ici Guillaume Durou, évoquant la naissance de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF) en 1932, ancêtre du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Certes, les employeurs ne cèdent que quelques centimes de salaire, plusieurs leadeurs syndicaux sont emprisonnés et le principe de négociation collective ne sera approuvé qu’à la fin des années 1920. Malgré tout, les grévistes ont remporté la bataille des consciences en frappant un grand coup : la grève de Winnipeg demeure la seule grève générale de l’histoire du Canada.

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Ensemble Montréal veut des vols uniques entre Montréal et Beyrouth

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Les élus laurentiens d’Ensemble Montréal Aref Salem et Alan DeSousa somment le ministère des Transports fédéral à se prononcer sur l’autorisation de vols directs entre Montréal et Beyrouth, la capitale du Liban.

Les élus indiquent qu’après Shanghaï, Tokyo, Tel-Aviv, Berlin, c’est maintenant au tour de Beyrouth de profiter de vols uniques.

Une motion en ce sens sera déposée au prochain conseil municipal de la Ville de Montréal le 17 juin.

Une telle initiative remplit les deux critères pour un succès assuré, selon le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa.

Étant une première en Amérique du Nord, «tous les gens aux États-Unis, au Canada, qui voudraient aller à Beyrouth, viendraient à Montréal, explique-t-il. Ça deviendrait un hub».

Ces vols permettraient également de développer une base domestique pour les migrants qui veulent traverser l’Atlantique. «[Présentement], on est en train de demander à des familles avec des enfants de se déplacer de façon indirecte [et] ça leur complique la vie», déplore le porte-parole en matière de développement économique et conseiller de la ville à Saint-Laurent, Aref Salem.

Investissements

Un lien direct avec la capitale libanaise ouvrirait la porte à de nombreuses opportunités économiques, soutient le secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie Canada-Liban (CCICL), Fadi Amine.

Il estime que son système bancaire est «solide», ayant survécu à des crises économiques importantes dans le passé.

Si Beyrouth servait de «porte d’entrée» pour l’économie canadienne vers le Moyen-Orient, plusieurs entreprises libanaises ont aussi de l’intérêt pour le secteur agroalimentaire, et l’intelligence technologique.

«Chaque mois, nous avons des dizaines et des dizaines d’appels de gens qui veulent investir en Amérique du Nord ou au Canada», soutient M. Amine.

Les industries touristiques canadienne et libanaise profiteraient aussi de cette nouvelle voie aérienne.

«Il y a beaucoup de potentiel, mais il faut faire attention, il ne se limite pas aux frontières du Liban, il est plus élargi», précise le secrétaire général de la CCICL.

La communauté libanaise de Montréal représente près de 69 000 personnes.

Appui

Aref Salem et Alan Desousa espèrent que le ministère des Transports autorise les vols dans les prochaines semaines.

Sinon, ils invitent les partis politiques à se prononcer sur le sujet au courant de la campagne électorale qui s’amorce dans les prochains mois.

Le gouvernement fédéral n’avait pas fait part de sa position aux Nouvelles Saint-Laurent News au moment de mettre sous presse.

Or, l’Aéroport de Montréal (ADM) et Air Canada ont déjà apporté leur soutien au projet dans le passé.

Une motion d’appui devrait aussi être votée lors du conseil d’arrondissement de Saint-Laurent ce soir.

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Trudeau accepte le constat d’un génocide canadien

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Le premier ministre Justin Trudeau a dit mardi qu’il acceptait les conclusions du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, dont celle qui conclut à la présence d’un «génocide canadien».

Lundi, M. Trudeau avait évité de reprendre cette expression maintes fois employée par les commissaires pour qualifier les violences subies par les femmes, filles et membres de la communauté LGBTQ2 des Premières Nations.

En recevant le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) lors d’une cérémonie à Gatineau, il avait plutôt parlé d’une situation «honteuse» et «inacceptable»

Dans un point de presse tenu à Vancouver, mardi, le premier ministre fédéral est toutefois revenu sur la question en disant qu’il acceptait ce constat de «génocide canadien».

«Il y a plusieurs débats entourant les mots […]. Notre objectif, comme pays, comme leader et comme citoyens doit être de se concentrer sur les étapes à entreprendre pour mettre fin à cette situation», s’est-il toutefois empressé d’ajouter.

Le fait que M. Trudeau ait prononcé le mot «génocide», mardi, n’a pas semblé dissiper le malaise autour du mot chez plusieurs députés croisés dans les couloirs du Parlement, à Ottawa.

«Ce sont les mots qui ont été choisis par les commissaires suite à l’enquête qu’ils ont faite, a dit le ministre de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne. Moi, ce que je regarde c’est surtout ce qu’on doit faire, les recommandations, le travail qu’on a à faire comme société.»

Son collègue aux Ressources naturelles, Amarjeet Sohi a affirmé que la question de savoir comment nommer les choses «est quelque chose sur lequel nous allons continuer de réfléchir au fur et à mesure que nous avançons dans ce dossier».

«Je pense que nous devons reconnaître la marginalisation historique, le racisme et la discrimination auxquelles ont fait face les femmes et filles autochtones dans ce pays», a-t-il ajouté.

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a de son côté déploré l’emploi du mot «génocide» par l’ENFFADA, le qualifiant de terme «extrême».

«Ils ont fait du bon travail […]C’est dommage qu’ils aient utilisé ce mot-là. Ça vient peut-être un peu mettre de l’ombrage sur les recommandations», a-t-il commenté.

Jane Philpott, qui a été ministre des Services aux Autochtones, a quant à elle soutenu faire confiance au jugement des commissaires qui ont entendu une foule de témoignages. «Ils ont fait leur choix de mots et de déclarations avec précaution», a-t-elle dit.

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