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Cafouillage et insensibilité dans les dossiers d’immigration annulés

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Une semaine après le dépôt du projet de loi no 9, le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, talonné par l’opposition, est toujours emmêlé dans des explications dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles sont évolutives.

Chez les candidats à l’immigration, même pour ceux qui ne sont pas touchés par l’annulation des 18 000 dossiers en attente, c’est l’angoisse, voire la panique. Les groupes communautaires qui viennent en aide aux immigrants sont submergés d’appels de ressortissants étrangers déjà au Québec qui se demandent ce qui va leur arriver. À l’étranger, des candidats qui attendaient des nouvelles de la demande d’immigration qu’ils ont soumise il y a des mois, voire des années, s’inquiètent à juste titre.

Il faut dire que le MIDI, dont l’insensibilité a rivalisé avec son incurie, n’a guère aidé les choses. Au lendemain du dépôt du projet de loi, le ministère envoyait sèchement une lettre annonçant aux candidats qu’il ne rendait plus de décision dans le cadre du Programme régulier des travailleurs qualifiés. Compte tenu du fait qu’il s’agit d’un projet de loi qui n’est pas encore adopté, « le Ministère n’est pas en mesure de vous fournir plus d’information pour le moment », peut-on lire. « À ce stade-ci, aucune action n’est requise de votre part », poursuit-on, en suggérant tout de même aux candidats de s’inscrire dans le nouveau système de déclaration d’intérêt appelé Arrima.

Comme la lettre, contradictoire, soulevait des questions, le MIDI en fut quitte pour envoyer une deuxième lettre aux candidats. Ainsi, il précisait que les travailleurs étrangers temporaires, dont la délivrance des permis de travail relève du gouvernement fédéral, n’étaient aucunement touchés par le projet de loi no 9 ; ils pouvaient même se prévaloir du Programme de l’expérience québécoise et leurs demandes seraient traitées en priorité dans un délai de 20 jours ouvrables.

Le projet de loi encadrant la réforme du système d’immigration a été présenté dans la précipitation et on n’a guère réfléchi aux conséquences humaines de l’annulation des dossiers. Sur le tard, le ministre a indiqué qu’il avait demandé au MIDI d’appeler chacun des candidats pour leur expliquer ce qu’ils doivent faire dans leur situation particulière. C’est la moindre des choses. Après ce cafouillage, le ministre doit en faire davantage et s’engager à accorder la priorité, dans le nouveau système, aux candidatures valables déjà présentées.



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Rencontre entre Kim et Trump, acte II

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À défaut d’écrire l’Histoire lors du sommet des 27-28 février, et de conclure un accord substantiel de désarmement vérifié du stock d’armes nucléaires nord-coréen, le président des États-Unis et le dirigeant de la Corée du Nord monopoliseront l’attention médiatique.

Il faudra peut-être se contenter du fait que, tant qu’ils se parlent et offrent un bon spectacle, ils ne menacent pas mutuellement de se détruire. Car il y a loin de la coupe aux lèvres… à commencer par le fait qu’il n’y a pas pour l’instant de déclaration commune sur l’inventaire du stock dont dispose Pyongyang. Dès lors, à moins d’une surprise de taille, il faut s’attendre à la répétition du premier sommet, à Singapour : une déclaration de principes assortie de séances photo et d’une conférence de presse où les leaders se targueront d’avoir écarté toute menace de guerre, renvoyant à leurs aides le devoir de faire aboutir un hypothétique accord.

D’un côté, le leader nord-coréen est mû par la volonté de faire baisser la pression et d’éliminer les sanctions contre son régime. De l’autre, le président des États-Unis cherche à tout prix à (au moins) donner l’impression de gagner : il pourra aller jusqu’à crier victoire même s’il a concédé des gains à la Corée du Nord… Bref, ce sommet se déroulera entre réalité et monde alternatif — ce qui en soi n’est pas nouveau sous cette présidence. Or la nouveauté du sommet est ailleurs et réside dans le choix du Vietnam.

Le retour du Vietnam ?

L’annonce d’un nouveau sommet entre Trump et le leader nord-coréen au Vietnam a pour effet de remettre à l’avant-scène des relations internationales un pays qui en avait été éclipsé depuis la fin de la guerre dans ce pays et les années 1970. Ce choix est symbolique et loin d’être anodin.

La géographie de la région offre une première explication. Baptisé Chammae 1, du nom de l’autour des palombes (oiseau de proie emblème aviaire de la Corée du Nord), l’Iliouchine 62 à bord duquel Kim Jung-un effectue ses rares déplacements à l’étranger est nommé par dérision « Air Force un ». Les performances de cet appareil vieillissant peuvent expliquer le choix du Vietnam, plus proche de la Corée du Nord que Singapour — où le sommet de juin 2018 s’était tenu alors que la cité État se situait à la limite du rayon d’action de l’avion. Alors que la Corée du Sud, la Chine et le Japon sont plus proches géographiquement, seul le Vietnam présentait l’avantage d’une accessibilité politiquement acceptable.

Certes, le Vietnam est un pays communiste, et à cet égard il est très loin d’être un allié de Washington. Les effets de la guerre qui les a opposés ne se sont pas encore dissipés, mais les deux États ont récemment normalisé leurs relations, et tant Obama que Trump ont visité le Vietnam. De l’autre, sans être un allié officiel de Pyongyang, le régime de Hanoï est loin d’y être farouchement opposé et n’en est que peu critique sur la scène internationale. En acceptant de tenir le sommet dans un pays communiste mais avec lequel les États-Unis ont aplani leurs différences, les protagonistes du sommet cherchent à montrer leur ouverture au dialogue.

L’ombre de la Chine ?

Un autre facteur est lié à la puissance chinoise. Alliée traditionnelle et quasi inconditionnelle de la Corée du Nord, sa présence se fait continuellement sentir à l’arrière-plan de toute négociation entre Pyongyang et Washington. Or les relations de Beijing avec Hanoï sont particulièrement tendues. Le contentieux territorial en mer de Chine méridionale oppose farouchement les deux pays : le Vietnam, s’il n’est pas le seul opposant à la Chine dans ses revendications dans la région, est le seul qui tienne tête à son puissant voisin. Ainsi, alors que les Philippines de Duterte ont choisi la voie du compromis, en dépit d’un jugement qui leur est favorable de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2017, le Vietnam est de plus en plus isolé dans ce dossier. Et cet isolement s’est accru avec l’influence croissante de Beijing au sein de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est. Dans un tel contexte, la tenue du sommet sur son territoire peut être interprétée comme un coup de pouce diplomatique au Vietnam.

Mais il s’agit peut-être bel et bien, plus que d’un appui au Vietnam, d’un positionnement américain qui s’inscrit dans la lignée de la guerre économique que se livrent les États-Unis et la Chine et des récentes critiques formulées par Washington sur les actions de Beijing en mer de Chine du Sud. Plus encore, au-delà de la guerre tarifaire, les États-Unis définissent leur politique asiatique actuelle autour d’une « région Indo-Pacifique libre et ouverte » (free and open Indo-Pacific). Dès lors, la démarche diplomatique envers la Corée du Nord peut être vue comme relevant de cette politique, et le fait de remettre la République socialiste du Vietnam à l’avant-scène va dans le même sens, notamment pour contrer, même minimalement, l’influence de la Chine dans la région.

Ce sommet des 27 et 28 février a donc des implications géopolitiques qui dépassent les questions nucléaires et le sort de la Corée du Nord et, en cela, il comporte autant d’occasions favorables que de risques de dérapage. Car la Chine est l’acteur de fond dans ce dossier, bien plus que les États-Unis ou que la Corée du Sud. Et au final, il se pourrait que le véritable gagnant de ce sommet soit en fait le Vietnam, avec son retour dans l’arène internationale.



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État d’urgence: les illusions de Trump

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Donald Trump a décrété vendredi l’état d’urgence pour obtenir le financement de son mur entre les États-Unis et le Mexique. Sa présidence est un brasier qui menace maintenant l’ordre constitutionnel du pays.

Sur un ton défiant, comme d’habitude lorsqu’il est acculé au mur, le président américain a poussé d’un cran son affrontement avec le Congrès en déclarant l’état d’urgence sous des prétextes fallacieux. La construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique est nécessaire, a-t-il dit, afin de contenir une menace à la sécurité nationale qu’il résume à « l’invasion de notre pays par les drogues, les trafiquants d’êtres humains et tous les types de criminels et de gangs ». Les xénophobes seront ravis.

La crise est bien réelle. Son théâtre ne se situe pas à la frontière, mais au sein de la Maison-Blanche, qui nous a servi encore une fois un vaudeville de mauvais goût. Dans un impromptu erratique, le président a trituré les faits, vilipendé les journalistes qu’il a accusés de poser de « fausses questions », tout en évoquant au passage qu’il était digne d’un prix Nobel de la paix. L’attribution de cette récompense, en échange de sa démission immédiate, constituerait sans doute l’entente du siècle, mais revenons-en aux faits au lieu de rêver.

Donald Trump se prépare déjà aux prochaines élections, et il souhaite accomplir coûte que coûte cette promesse de construire un mur qui fut sans contredit l’un des moments marquants, du moins pour sa base conservatrice désabusée, lors de la dernière campagne présidentielle. Or, il a échoué dans sa tentative de rançonner la majorité démocrate à la Chambre des représentants, à laquelle il a voulu soutirer le financement du mur en échange du retour au fonctionnement normal des activités du gouvernement fédéral. La paralysie de plus d’un mois, un bourbier de son cru imputé maladroitement aux démocrates, s’est retournée contre lui. Sa décision de reprendre les négociations pour trois semaines, le 25 janvier dernier, n’est rien d’autre que l’expression d’un cuisant revers. En décrétant l’état d’urgence, Donald Trump s’emparera de quelque 6,7 milliards $US, qui s’ajoutent à une somme de 1,38 milliard déjà autorisée par le Congrès. Le coût du mur, de 5,7 milliards à l’origine, atteindra les 8 milliards.

La légalité de la manoeuvre est discutable d’un point de vue constitutionnel, ce pour quoi les démocrates sont en droit d’exiger une révision judiciaire. Trump, toujours aussi arrogant, a prédit qu’il perdrait en première instance et en appel avant que la Cour suprême lui donne finalement raison, comme dans le cas des interdictions d’entrée aux États-Unis pour certains pays à majorité musulmane.

C’est la première fois dans l’histoire qu’un président décrète l’état d’urgence pour obtenir des fonds qui lui ont été refusés au préalable par le Congrès, sur la base d’une crise factice. Cet accroc sérieux au principe de la séparation des pouvoirs pose de sérieuses questions sur les limites à imposer à un président qui abuse de son autorité.

Avant que l’affaire se rende jusqu’en Cour suprême, la Chambre des représentants et le Sénat feraient mieux d’annuler cet état d’urgence de pacotille, ce qui est en leur pouvoir.



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Ali Baba, les quarante voleurs et le Venezuela

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Devant le drame qui se joue actuellement au Venezuela, avec un gouvernement qui s’accroche au pouvoir en continuant de se réclamer d’une idéologie qui avait fonctionné du temps de Chávez, quand le prix du pétrole était à son plus haut niveau, sans se préoccuper, quand c’était encore temps, de mettre à niveau cette première source de richesse, on peut faire endosser à ce gouvernement tous les malheurs qui frappent sa population. Population qui n’en peut plus de manquer de denrées, de médicaments et d’autres biens nécessaires pour vivre. Population dont une partie fuit vers les pays voisins en espérant que la pression internationale, avant tout américaine, fera basculer le pouvoir même dans les mains de l’oligarchie traditionnelle qui l’avait pourtant exploitée depuis des décennies.

On peut aussi se demander si, derrière tout ça, il n’y aurait pas ce que Naomi Klein appelle la stratégie du choc ou le capitalisme du désastre. Stratégie où l’on retrouve systématiquement les Chicago Boys et ainsi l’idéologie économique de l’Université de Chicago qui proclame que seuls les riches sont capables de gouverner les peuples plus ou moins ignorants.

Cette idéologie a fonctionné, par exemple, au Chili, en Russie, en Indonésie et en Irak. Quand on sait, dans ce dernier cas, comment le gouvernement américain encouragea le régime de Saddam Hussein à envahir une partie du Koweït, anciennement irakien, pour ensuite l’attaquer sans l’aval des Nations unies en forgeant le mensonge éhonté de la présence d’armes de destruction massive… Pays déjà exsangue miné par l’embargo sur le pétrole irakien et l’absence d’investissements pour moderniser ses champs pétroliers.

Des mercenaires

On sait aussi qu’une partie de l’armée américaine était composée de mercenaires dirigés par l’entreprise de Dick Cheney, vice-président, et de Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, sous la présidence de George W. Bush, qui ont gagné des milliards de dollars avec cette guerre et par la suite en s’incrustant dans la reprise de la production du pétrole irakien, comme l’explique en partie le film Vice. Deux voleurs, parmi les quarante voleurs ou plus de la caverne d’Ali Baba irakienne, qui en plus contrôlent le sésame, ouvre-toi.

On peut se demander si derrière toutes les magouilles, qui ressemblent en partie à l’histoire récente de l’Irak, pour isoler Maduro et soutenir Juan Guaidó, ce dernier le sait. Alors que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole connues, réserves à prendre par les successeurs de Dick Cheney, en plus d’être à la porte des États-Unis. Ajoutons que Maduro n’est pas plus dictateur que Poutine en Russie, avec leur simulacre de démocratie élective, ou que Mohamed ben Salmane de l’Arabie saoudite, qui a fait assassiner et démembrer il y a peu le journaliste Jamal Khashoggi.

Sans qu’on soutienne l’inefficace Maduro, il serait intéressant de connaître les noms de ceux qui possèdent réellement le sésame, ouvre-toi de cette caverne vénézuélienne pour s’assurer que les citoyens de ce pays, et non uniquement les riches, en tirent profit, alors que la plupart des enfants en connaissent la première traduction.



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