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Prêtres pédophiles: une enquête est nécessaire

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Par quel miracle le Québec échapperait-il à la damnation des prêtres abuseurs ayant fait des milliers de victimes mineures ? Ce constat est improbable, et si l’on vogue dans une apparente quiétude d’esprit ici-bas, c’est uniquement parce que nous n’avons pas encore crevé l’abcès. Le temps est venu d’émerger de cette paix de façade en tenant une commission d’enquête.

Dans Le Devoir de mardi, l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, affirme que « si le processus judiciaire juge que c’est ce qu’il faut faire », il collaborera et ouvrira ses livres. Là où dans le monde la double tragédie des sévices sexuels commis par des prêtres et camouflés par les autorités religieuses a été dévoilée, les archives du clergé ont souvent démontré que des systèmes de codification ou d’annotation avaient été mis en place pour protéger les prêtres fautifs. Ici aussi, cette matière doit être scrutée à la loupe.

Puisque l’Église ne veut pas d’elle-même fouiller ses placards, il faudra ordonner la tenue d’une enquête qui permettra de mener au Québec, comme ailleurs ce fut fait, un examen complet. Jusqu’à maintenant, selon une recension effectuée par notre journaliste, quelque 600 victimes et 134 abuseurs au Québec ont été identifiés par le truchement des actions collectives. « La pointe de l’iceberg », disent les experts qui s’intéressent au dossier. Plus rien ne justifie que le Québec demeure de manière volontaire dans cet aveuglement.

D’autres nations ont choisi de mener des enquêtes, et chaque fois, cela a permis de retrouver des victimes et de pointer des religieux coupables. Chaque fois, le silence approbateur de l’Église catholique fut mis en cause.

L’Irlande fut parmi les premières à lancer une commission d’enquête en 1999 portant sur les abus sexuels perpétrés sur des mineurs. Dix ans de travaux ont permis de mettre au jour un système de châtiments aussi divers que cruels visant des enfants, le tout endormi sous une coriace culture du secret et la couverture systématique des abus par les évêques en place.

En Australie, le rapport de la commission royale d’enquête publié en 2017 n’est rien de moins qu’une brique accablante. « C’est une tragédie nationale, perpétrée pendant des générations dans nombre d’institutions de confiance », écrivent les auteurs après quatre ans de travaux. Au moins 15 000 victimes sont sorties de leur mutisme et 4000 institutions sont ébranlées. L’exercice a permis de conclure que 7 % des prêtres avaient commis des abus sexuels sur des enfants.

Plus récemment, une enquête de deux ans menée par le procureur de la Pennsylvanie a identifié 300 prêtres abuseurs et 1000 victimes, pour des abus commis de 1940 à 2010. L’affaire a fait grand bruit, et là comme ailleurs a permis aussi de comprendre comment la hiérarchie catholique avait tout fait pour étouffer ce système.

Ici aussi, la diligence d’une commission d’enquête serait capitale. Il faudrait l’accompagner de l’abolition du délai de prescription, cette période à l’intérieur de laquelle une victime peut porter plainte contre son présumé agresseur. Au Québec, elle est de trente ans depuis 2013, mais cet allongement du délai n’est pas rétroactif, et échappe donc aux victimes potentielles ici visées.

Ailleurs au Canada — hormis à l’Île-du-Prince-Édouard et au Québec —, ce boulet prescriptif n’alourdit pas la démarche des victimes qui décident de sortir du silence. Malgré une ouverture manifeste de l’Église catholique à reconnaître des errements inacceptables, certaines communautés continuent de brandir ce délai de prescription pour échapper à la justice, ce qui bien sûr annule toute forme de contrition. La CAQ se dit prête à abolir ce délai, ce qui annonce peut-être enfin un mouvement politique. Car le silence et l’inaction, à leur manière, ont des allures de scandale.



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Le cannabis et la littérature

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Je me revois, debout devant la petite bibliothèque d’un des coquerons de ma période montréalaise, à fixer la tranche des ouvrages qui semblent me défier du fond de leur inertie. On dirait que, d’une minute à l’autre, je vais allonger le bras et m’emparer d’un livre, l’ouvrir, le feuilleter peut-être, mais je n’en fais rien. Réduit à l’impuissance par une transe puissante. La vérité, c’est que je suis resté coincé quelque part entre deux pensées et que ça fait déjà un bon bout de temps que j’ai complètement oublié de bouger, ou de faire quoi que ce soit d’autre.

Ces livres me résistaient. Aujourd’hui, une douzaine d’ouvrages me dévisagent à leur tour du haut d’un rayon de la bibliothèque familiale. Si j’avais continué à en fumer du bon, ils seraient demeurés à l’état d’épaisse tapisserie de rêveries se déroulant sur un attirant fond de néant.

Les littérateurs parisiens du XIXe siècle, férus d’orientalisme, découvrent d’abord Les confessions d’un mangeur d’opium de Thomas de Quincey, traduit sous pseudonyme par Alfred de Musset. Un certain docteur Moreau (de Tours), s’intéressant à l’aliénation mentale, va ensuite fonder, dans un hôtel particulier de l’île Saint-Louis, le « Club des Haschichins », où Théophile Gauthier croisera un jeune admirateur du nom de Charles Baudelaire.

Tout indique que ces deux esprits curieux furent déçus par la confiture expérimentale, à base de résine de haschich, de ce Dr Moreau. « Le vrai littérateur, croyait Gauthier, n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque. » Dans l’étude que Baudelaire a consacrée au sujet, et dont le titre (Les paradis artificiels) est passé dans l’usage, le poète du spleen, lucidement, prend la mesure littéraire du cannabis, cet « écran délicieux et redoutable ». Il a bien saisi le rôle d’amplificateur de la drogue (« Rien de miraculeux, que le “ naturel excessif ”… » ; « Le sujet s’anime d’un monstrueux amour de soi-même »), comme aussi la principale difficulté qu’elle pose à l’inspiration littéraire : « La volonté surtout est attaquée, de toutes les facultés la plus précieuse. »

Ce que le cannabis donne d’une main en décuplant l’imagination, il le reprend donc de l’autre en détournant de ce qui demeure un travail, associé par ce débauché notoire qu’était Baudelaire à « l’exercice assidu de la volonté et la noblesse permanente de l’intention ».

Nerval, Flaubert et Balzac sont d’autres sommités de l’époque qui passèrent par le Club des Haschichins. Le dernier, que l’on sache, n’allait pas troquer pour autant ses expressos bien serrés et sifflés à la chaîne contre quelques cuillers de confiture verte. Il faudrait attendre près d’un siècle pour voir s’écrire, au pays du « cauchemar climatisé », les chapitres suivants de cette aventure emboucanée.

La légende veut que Kerouac ait torché la totalité du premier jet de son Dr Sax (1959) dans un cahier posé sur ses genoux tandis qu’il fumait pétard sur pétard, assis sur la cuvette des chiottes du taudis loué par son pote Burroughs à Mexico. Avez-vous relu Dr Sax récemment ? Moi non plus, mais j’ai le souvenir d’une longue élucubration hallucinée, ultimement aussi intéressante pour le fan convaincu que j’étais que le rêve décousu d’un étranger.

Au cours de la décennie suivante, quand Ken Kesey, dans sa commune de la côte ouest, organise ses fameuses expériences de pétage de ciboulot, le LSD est encore une substance légale dont les pouvoirs retiennent l’attention des savants fous de la CIA. C’est alors grâce à une saisie de bonne vieille marijuana, que Kesey fumait comme du tabac ordinaire entre deux buvards, que les autorités californiennes crurent venir à bout de ce dangereux gourou. Ce faisant, elles aidèrent à créer une autre légende : le faux suicide, la fuite au Mexique, puis le retour du superhéros avec un gruyère à la place du cerveau… Stoneman.

La génération suivante reprend le flambeau, et voici Hunter S. Thompson, joyeux pété fou furieux qui, au tournant des années 1970, vient tout près de se faire élire shérif freak d’Aspen, au Colorado.

D’autres noms ? Brautigan… Presque impossible de ne pas écrire La pêche à la truite en Amérique gelé comme une balle de .270 Magnum, sans parler du bourbon et de tout le reste.

Géniales exceptions qui n’enlèvent cependant rien à la pertinence de ma question : est-il possible de produire une littérature valable en tétant des gros bats comme on enfile les tasses de café ? Je ne voudrais assommer personne avec mon expérience personnelle, mais j’ai constaté que le THC s’attaquait à l’organe même du roman : la mémoire.

Lecteur moins hypocrite depuis trois jours, permets que, tournant le dos à la folle jeunesse, je me tienne désormais aux côtés de Baudelaire : « Les vices de l’Homme sont la preuve de son goût pour l’infini. Seulement, c’est un goût qui se trompe souvent de route. »



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Mourir avant de vivre | Le Devoir

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Il est beaucoup question du suicide des jeunes ces temps-ci. En particulier depuis les propos de l’auteur-compositeur-interprète Hubert Lenoir à Tout le monde en parle dimanche dernier. Sa déclaration « Ouin ! J’ai un peu le goût de me crisser au feu ces temps-ci » jeta, comme on dit, un froid sur le plateau. Du coup, son look destroy et ses sacres qui faisaient ricaner se voyaient relégués au second plan…

Le malaise ressenti par tous ceux qui préfèrent ne pas entendre ce genre d’aveu fut jugé en général aussi grave, sinon plus, dans la blogosphère, que la détresse du gars de 24 ans. Pourtant, les désirs suicidaires sont le lot de bien du monde. Qui n’a pas eu envie un jour de quitter la place, surtout à un âge où tout bouge, où rien n’est fixé, où l’avenir semble une porte ouverte sur des lendemains brumeux et inquiétants ?

Les médias faisaient état cette semaine d’une nouvelle vague de suicides au Nunavik, cette fois à Puvirnituq, petit village à la forme d’oiseau de 1800 âmes au nord du Nord québécois. Dix personnes s’y sont donné la mort depuis le début de l’année, dont un enfant de 11 ans.

La communauté inuite bat des records de suicides, avec des taux de six à onze fois plus élevés que la norme canadienne. Ça se passe dans un climat social de haute violence et d’immense désarroi, alors que l’oisiveté, la vie en vase clos, la dépossession culturelle, l’appel des paradisartificiels, la perte d’estime de soi et le saut dans le vide d’un proche donnent envie d’être ailleurs, ou de n’être plus…

En 2016, le suicide de cinq jeunes gens à Kuujjuaq, toujours au Nunavik, avait défrayé également la chronique. L’évocation d’un visage aide à casser la glace des statistiques. Celui de Lukasi Forrest, rencontré à Igloolik au Nunavut, sur le tournage d’Uvanga de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu, me reste en mémoire. C’était quatre ans avant sa pendaison crève-cœur à 18 ans pour cause de mal de vivre et par effet d’entraînement — son meilleur ami s’étant suicidé deux mois plus tôt sur ces banquises trop sanglantes.

Il est admis que l’acculturation des peuples joue un rôle de déclencheur dans les épidémies de suicide. Pas évident de chevaucher deux cultures et deux langues, perdus dans un no man’s land identitaire et existentiel. Où vis-je, où vais-je et d’où suis-je venu ? Les Québécois en savent quelque chose… D’autres encore davantage.

La mort en chiac

Prenez le documentaire 1999 de Samara Grace Chadwick, en salle depuis vendredi. La cinéaste établie à Montréal y fait son retour à Moncton, au Nouveau-Brunswick, ville fuie à l’adolescence quand trop de fantômes habitaient ses souvenirs.

Une vague de suicides à la fin des années 1990 s’était abattue sur l’école francophone secondaire Mathieu-Martin à Dieppe, près de Moncton. De 1995 à 2001, entre 12 et 15 morts d’adolescents, en deux temps, avaient été causées par leur propre main. L’école, surnommée alors la polyvalente du suicide, avait fini par se voir interdite aux médias.

Samara Grace Chadwick a réuni d’anciens élèves et une institutrice ayant vécu cette période noire. Tous ont perdu des amis, un frère, une sœur, des élèves, craignant qu’un autre proche ne passe à l’acte.

Le film est en chiac, « mélange de vieux français et de vieil anglais », précise un jeune Acadien aux racines entortillées par la déportation, aujourd’hui citoyen d’une société à cloche-pied entre les mondes. Il voit dans le chiac une langue de paix reliant deux communautés jadis ennemies.

Leurs mots prononcés sont contemporains aussi : « Vivre est juste trop hard. » « C’est du stuff qui arrive. » Certains protagonistes du film avaient conservé des documents-témoignages de cette période : photos, lettres, vidéos, écrits personnels : « Cher journal, S. est mort. Il s’est enlevé la vie… »

L’institutrice évoque sa peur quand une main cognait à la porte de son bureau. Pour lui annoncer quoi au juste ? « À quoi ça sert, se souvenir ? » demande un ancien élève. Le silence a si longtemps accompagné, à l’école, les pas de ces ados déjà écorchés par le passage à l’âge adulte. « On pleurait en cachette », évoque une voix. 1999 ne propose pas de réponses, mais un collage de témoignages contradictoires, car nul ne vit l’enfer et le deuil de la même façon.

Une vidéo amateur ressuscite un moment fort de ce drame collectif. Trois élèves entonnent la chanson de Pink Floyd Wish You Were Here en hommage à ceux qui sont partis. L’école francophone interdisait de chanter en anglais, mais soudain les spectateurs debout entonnaient ce morceau en chœur au mépris des règles. Seules les paroles de Pink Floyd traduisaient leur peine et leur révolte. Et la valse des langues était leur quotidien, de toute façon. Ainsi parlait la vie à la mort là-bas à Dieppe quand ils avaient 16 ans.



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Déprime indépendantiste | Le Devoir

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Quand ça va mal, il fait bon de pouvoir se tourner vers de grands esprits qui ont connu, eux aussi, les affres d’une déception qui ressemble à la nôtre. Comment ont-ils vécu la traversée du désert ? Comment ont-ils surmonté ce sentiment débilitant qui nous assaille quand ce qu’on croit être la vérité se voit rejeté par la majorité de nos contemporains ?

Le regretté essayiste Pierre Vadeboncoeur (1920-2010) et la journaliste et biographe Hélène Pelletier-Baillargeon n’ont pas échappé aux tourments des militants obligés d’assister à la déconfiture de leur cause. Ardents partisans de l’indépendance du Québec, ils ont été assommés par la défaite du Oui au référendum de 1980. Pour le Québec, plaidaient-ils, la souveraineté était une question de vie ou de mort. « Ou bien nous tenterons que ce peuple vive, ou bien nous nous en moquerons », écrivait Vadeboncoeur en 1970, dans La dernière heure et la première, un classique de la pensée indépendantiste, réédité cette saison au Boréal. En 1980, les Québécois, en majorité, ont choisi de s’en moquer.

Fatigue culturelle

Dans Le pays qui ne se fait pas (Boréal, 2018, 304 pages), une correspondance qui débute en 1983 et se poursuit jusqu’en 2006, Pelletier-Baillargeon et Vadeboncoeur témoignent de leur consternation, que la défaite de l’option indépendantiste au référendum de 1995 ne viendra pas apaiser. Ce document, quoique déprimant et accablant, n’en demeure pas moins une oeuvre forte. Avoir ainsi accès au secret de deux grands intellectuels qui échangent leurs convictions en toute liberté s’avère une expérience de lecture saisissante et bouleversante. Nous sommes, ici, dans les coulisses de la pensée indépendantiste la plus exigeante et nous ne nous en sortons pas indemnes.

La défaite fait mal à Pelletier-Baillargeon, qui avoue, en 1998, ressentir la « fatigue culturelle » naguère diagnostiquée par Hubert Aquin. La militante, cependant, refuse de désarmer. Elle se présente à Vadeboncoeur comme « une incorrigible espérante » et explique le sens de son combat en invoquant la chèvre de M. Seguin. « Tenir jusqu’à l’aube, comme la vielle Renaude, sachant fort bien que le loup allait avoir le dessus et la mangerait, écrit-elle. Mourir en se battant, mourir en disant qu’on refuse de mourir. » Le Parti québécois (PQ) la déçoit souvent, mais elle ne le lâche jamais. « Malgré tout, le PQ » est son mot d’ordre.

Vadeboncoeur, beaucoup plus expansif que sa correspondante, n’est pas là pour lui remonter le moral. Envahi par le pessimisme, il accueille la déroute de l’indépendantisme comme une fatalité. « Je pense profondément que nous sommes vaincus et, plus superficiellement, qu’il nous faut en tout état de cause agir mais comme vaincus, c’est-à-dire, tout de même, exister le plus possible », confie-t-il à sa camarade en 1983.

Nous, nous savons que, hors l’indépendance, les Québécois, comme nous l’avons dit mille fois, vont connaître un affaissement certain. Mais cette idée, même si elle est assez largement partagée, n’est pas une idée-force, c’est une idée négative en quelque sorte, soutenue par une appréhension, par une tristesse… 

À quelques reprises, il avoue même avoir « toujours douté » de la possibilité de réaliser l’indépendance, étant donné que « l’extérieur a une puissance démesurée » et que « notre personnalité de peuple, défaite par l’action de mille influences, est faible ». S’il a poursuivi la lutte, c’est, dit-il, parce qu’il croyait « que l’indépendantisme nous donnerait une force importante de négociation ».

La seule réponse

Le Vadeboncoeur défaitiste qu’on lit dans ces pages n’est pas l’essayiste qui continue, en public, de battre le tambour de la cause. Il ne s’épanche ainsi que parce qu’il se sait en privé. Il répète à son interlocutrice qu’il n’écrirait « pas publiquement ces choses » parce qu’il n’a pas « la vocation de décourager ».

Aussi, malgré son désarroi devant un Québec « voué à se dissoudre », il refuse d’abdiquer. Même si l’indépendance ne se fera peut-être jamais, il faut continuer de la vouloir parce que, insiste-t-il, elle « est la seule réponse possible (et ultime) aux forces de l’histoire qui menacent de provoquer pour nous le pire déclin et toutes les conséquences d’une défaite collective définitive ».

Admirateur de René Lévesque et partisan d’un « nationalisme politique polyvalent et flexible », Vadeboncoeur, souvent considéré comme un pur et dur de l’indépendance et de la gauche, étonne en se montrant très sévère à l’endroit des « ultras » de la cause — il vise notamment Denis Monière — et en s’en prenant sans ménagement à la gauche éternellement « délibérante » — il nomme Michel Chartrand, Paul Cliche et Françoise David —, qui n’a pas compris « qu’un peuple qui ne se bat pas pour des raisons nationales entraîne sa population dans une défaite nationale et sociale tout ensemble ».

Toujours fidèle au PQ, même aux époques Johnson et Bouchard, contre vents et marées, Vadeboncoeur, comme Pelletier-Baillargeon, nous convie à un baroud d’honneur. « Nous n’avons pas le droit de lâcher, écrit-il. Même perdus, nous n’avons pas le droit. » C’est là la leçon des maîtres en dignité.

 



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