Le déclin de l’État chinois et le refus de la modernité

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On entend régulièrement que le XXIe siècle serait celui de la Chine. Sur toutes les tribunes, les spécialistes y vont de leurs prédictions afin de trouver le moment à partir duquel la Chine dominerait complètement l’économie mondiale et la politique internationale. Pourtant, quand on observe les mutations politiques récentes du pays et surtout la manière cavalière avec laquelle la Chine négocie sa place dans l’arène internationale, on ne peut s’empêcher de remarquer le déclin de l’État chinois et son refus de la modernité.

La récente querelle diplomatique entre le Canada et la Chine, au sujet de la détention de Meng Wanzhou de la compagnie Huawei, et l’arrestation en guise de représailles de deux citoyens canadiens (Michael Kovrig et Michael Spavor) confirment tout simplement que la légitimité de l’État chinois est en perte de vitesse et que son pari d’accéder au rang des grandes puissances modernes continue à battre de l’aile.

Depuis l’ouverture de la Chine en 1978 sous l’égide de Deng Xiaoping, la politique étrangère chinoise repose sur les principes de la « coexistence pacifique », incluant la fameuse « non-ingérence dans les affaires intérieures » des autres pays. Pendant longtemps, ces principes ont été perçus par plusieurs comme le symbole d’un désir d’harmonie entre les peuples, constituant une contribution originale de la civilisation chinoise à une saine conduite des affaires internationales. Cependant, il serait difficile de ne pas reconnaître aujourd’hui que c’est surtout parce que la Chine se trouvait en position de faiblesse face au reste du monde qu’elle défendait ces principes. En d’autres mots, la conduite des relations internationales de la Chine contemporaine reproduit étrangement la logique de ce que Nietzsche a décrit dans un autre contexte comme « la morale des faibles ».

Depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping, par contre, forte d’une position économique enviable, la Chine ne se gêne plus pour exprimer ouvertement ses rêves de grandeur et elle apparaît de plus en plus arrogante dans sa manière de gérer les affaires internationales. Qu’il soit question de géopolitique dans les mers d’Asie, de querelles territoriales avec ses voisins immédiats, d’exploration de l’espace ou de rivalités commerciales avec l’oncle Sam, on voit que la notion de « bien commun » est d’abord tributaire de l’intérêt et du bénéfice immédiat de la Chine, qui priment toutes les autres questions (progrès scientifiques, droit international, paix mondiale, environnement, etc.).

Dans cette optique, l’épisode récent de l’emprisonnement de deux ressortissants canadiens afin de tenter de faire pression sur le gouvernement du Canada dans l’affaire Meng Wanzhou est une forme de chantage politique qui n’a rien de vraiment surprenant. Pour ceux qui connaissent bien l’histoire moderne de la Chine, il y a même un parallèle à faire avec les événements du printemps 1839, qui nous ramène au déclenchement de la première guerre de l’opium. Suivant les directives de l’empereur Daoguang, le commissaire impérial Lin Zexu avait alors mis en arrêt les marchands britanniques de Canton ainsi que le superintendant au commerce de l’époque, Charles Elliot. Les motivations de la Grande-Bretagne quant au déclenchement de cette guerre étaient nombreuses, mais il est tout de même ironique de constater, en lisant la déclaration de guerre signée par lord Palmerston en février 1840, que la justification donnée est précisément que l’arrestation d’Elliot avait fait de l’agent britannique « un instrument au profit du gouvernement chinois afin de faire appliquer sa propre loi ». Cette digression historique n’a surtout pas pour but de minimiser l’agression impérialiste contre l’empire Qing au XIXe siècle, mais tout simplement de montrer ce à quoi nous ramènent les agissements contemporains du gouvernement chinois, qui sont manifestement ceux d’une autre époque.

Par ces bassesses politiques qui font écho aux agissements des États voyous d’un autre siècle, le gouvernement chinois renie ses propres engagements à l’égard du respect du droit international et trahit de surcroît l’universalisme et l’avant-gardisme qui ont été le moteur de la véritable révolution chinoise, amorcée il y a bientôt 100 ans.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis existe bel et bien, et il y a fort à parier qu’on en subira les impacts avant longtemps. Mais ce qui ressort aujourd’hui de cette querelle diplomatique avec le Canada, c’est surtout le refus de la modernité et l’effritement du rêve chinois, alors que le masque du Léviathan est en train de tomber et que le vrai visage de l’Empire du Milieu se révèle à la face du monde. Obnubilée par des rêves de grandeur égoïstes, la Chine actuelle n’a aucune solution viable à offrir pour remplacer la politique du plus fort qui a tant déchiré le monde au XXe siècle.

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