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Portrait d’Alma Mahler | Miss Pandora

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Texte réalisé en partenariat avec Austrian Airlines

Femme fatale, mangeuse d’hommes, muse puis veuve des quatre arts, épouse effacée et artiste étouffée, mais aussi héroïne iconoclaste, féministe balbutiante et impériale hôtesse de l’un des plus prestigieux salons artistiques de la scène culturelle viennoise, les étiquettes se bousculent lorsqu’est convoquée la figure légendaire de la redoutable Alma Malher. Comme celle de tant de femmes de son temps, son image reste soumise à la dure loi des doubles standards, oscillant sans cesse d’un pôle à l’autre d’une dichotomie qui n’autorisait aux femmes que deux rôles : celui de la muse éthérée, du coeur privé de corps, de la mère et de l’auxiliaire, ou celui, tant exploré par l’art et la littérature, de la goule dévoreuse aux funestes appâts. Au cours de sa longue et tumultueuse existence, Alma fut tour à tour l’un ou l’autre de ces archetypes, et cet esprit brillant, si peu conventionnel pour l’époque, semble même avoir pris un malin plaisir à brouiller les pistes. Bien qu’elle ait évolué dans l’ombre des grands hommes de son siècle -dont l’un lui aura légué son illustre patronyme-, cette femme hors norme ne s’est pourtant pas oubliée, et n’a ainsi jamais cessé de bâtir sa propre légende. De l’audacieuse pianiste qui au tournant du XXème siècle batifolait sur le Prater en compagnie du gratin des artistes de la Sécession, à l’auguste veuve égotique des derniers jours, son destin reste parmi les plus éclatants de cette ère figée et néanmoins riche en mutations que Stefan Zweig nommait le Monde d’Hier…

Avant d’être une séductrice, Alma fut d’abord une aspirante artiste, et cette vocation chez elle tenait assurément d’un atavisme, car elle était la fille du peintre paysagiste Emil Jakob Schindler, un proche ami et collaborateur de Hans Makart, qui était alors le maître incontesté de la scène artistique autrichienne, bien qu’il soit plus ou moins oublié aujourd’hui. Outre son talent de peintre, Emil Jakob Schindler avait été doté d’une très belle voix de ténor, et c’est au cours d’une représentation dans laquelle il figurait qu’il rencontra d’Anna Bergen, une charmante cantatrice qu’il épousa au bout de quelques mois à peine, car celle-ci était tombée très tôt enceinte. Le 31 aout 1879 naquit donc Alma, une vierge mais pas n’importe laquelle, une vierge folle de la fin août, c’est à dire à cheval entre l’exubérance du lion et l’impétuosité de la reine du ciel. Dans les premiers temps, la famille Schindler traversa une période de réelle misère, mais progressivement, les toiles du peintre se mirent à connaître un certain succès et à remporter des médailles dans les expositions, ce qui permit à la famille de vivre plus aisément, mais aussi de côtoyer les grands noms du royaume, à l’instar du prince héritier Rodolphe, qui fut pour le peintre un mécène, avant que son destin ne s’achève tragiquement à Mayerling. De son enfance, Alma devait se souvenir comme d’une bulle de beauté et de privilèges, elle qui très tôt consolida son sens esthétique grâce aux tableaux et aux précieux bibelots dont elle était chaque jour entourée. De plus, son père étant un membre important de l’élite artistique viennoise, il recevait par conséquent les visites fréquentes des grands artistes de son temps, et il est donc certain que cette atmosphère propice à la création dût fortement impacter la jeune fille en devenir. Toutefois, sous ce vernis de bonheur grondait déjà la fatalité, car la mère d’Alma entretenait depuis plusieurs années une liaison avec Carl Moll, l’élève et assistant de son époux. Et en 1892, la lumière s’éteignit brutalement dans le coeur insouciant de la jeune fille, qui avait alors treize ans, lorsque son père adoré succomba à une appendicite, la laissant pour toujours orpheline de cette figure masculine qu’elle avait tant admiré. 

Suite au décès du peintre, le tout Vienne abonda en hommages, on lui dédia une rue et il eût même droit à sa statue. Néanmoins en privé la situation était toute autre, car inévitablement, c’est Carl Moll qui avait remplacé ce dernier en tant que chef de famille, et Alma en était terriblement enragée. Mais elle avait beau haïr ce beau père qui lui avait été imposé, et ne pas manquer une occasion pour le lui faire remarquer, cette nouvelle figure paternelle eût pour elle le rôle de catalyseur, car Carl Moll était lui aussi un artiste reconnu, et c’est par lui qu’elle accéda à l’avant-garde viennoise. En effet, Moll fut le co-fondateur de la Secession, il en devint même le président au tournant du siècle, ce qui offrit à sa belle-fille la chance de pouvoir s’épanouir au plus près de cette génération d’artistes prometteurs. Ainsi, la jeunesse d’Alma est semée de noms illustres : promenades avec Gustave Klimt et Fernand Khnopff sur le Ring, discussions enflammés avec la crème de la Secession, expositions, bals et champagne, en bref, une ébullition de plaisirs dont cette nature exaltée savoura chaque instant. De cette coterie d’artistes, Alma devint vite la reine incontestée, étant à la fois la muse, mais aussi l’amie, la conseillère ou l’amante rêvée. Il faut dire que, belle et enjouée, mais aussi quelque peu dominatrice dans l’âme comme l’était sa mère, Alma cherchait toujours à être au centre de l’attention, ce qui ne lui était pas difficile car son esprit vif, ses tenues originales qu’elle élaborait avec soin, et ses attitudes fantaisistes à la limite de l’insolence en faisait un être à part. Dans les salons comme dans les expositions, Alma était celle dont on cherchait l’approbation, celle à qui l’on montrait ses toiles en premier, et la jeune femme, qui était quelque peu imbue d’elle-même comme le sont parfois les jeunes filles, se gorgeait de cette importance. Je l’imagine un peu comme Scarlett O’Hara dans la scène de bal chez les Wilkes, à la fois cruelle et légère, entourée d’une foule de prétendants à qui elle assène des réparties dévastatrices, tout en papillonnant d’une tête à une autre. Mais si Alma faisait succomber les coeurs, ce n’était pas seulement par vanité, c’est aussi et surtout parce qu’elle était dotée d’une nature passionnée, et n’aspirait qu’à tomber amoureuse d’un homme à sa mesure, qui l’emmènerait tutoyer les sommets.

Gustav Klimt en 1911

Pour protéger la jeune fille de cet amour qu’ils jugeaient déraisonnable, sa mère et son beau-père l’emmenèrent avec eux en Italie, lors d’un voyage itinérant qui dura près de deux mois. Mais, tour de force du destin, Klimt les y suivit, et la fuite se transforma en chassé-croisé. Dans les mémoires qu’elle rédigea vers la fin de sa vie, Alma raconte que le peintre surgissait tel un pantin sur ressort au détour des ruelles de Naples ou de Venise, mais ces confessions sont à prendre avec réserve, la muse ayant comme beaucoup cédé aux sirènes de l’exagération romanesque avec l’âge. En tout cas, une chose est sûre, c’est que Carl Moll parla à Klimt et le ramena à la raison, ce qui ne fut pas très difficile car celui-ci avait quand même vingt ans de plus qu’Alma, que son attirance pour elle était plus charnelle qu’amoureuse, et qu’il était de plus déjà sérieusement engagé dans une relation avec sa belle-soeur par alliance, la créatrice de mode Emilie Flöge. «Je vous apprécie trop pour vous entrainer dans la fange dans laquelle je m’enfonce» lui dît-il, «vous méritez d’être heureuse, soyez-le avec un autre, je n’ai rien à vous offrir». Et c’est ainsi que le couple maudit se sépara place San Marco, et ce dénouement dramatique ne satisfit pas l’âme romanesque d’Alma, qui alla noyer ses larmes dans les eaux sombres de la cité des doges. «La mer est grande, mais qu’est ce qu’au regard de ma souffrance ?» 

En dehors de la douleur sentimentale qu’elle lui causa, cette rupture eut d’autres conséquences sur Alma, car cette fiévreuse chasse de plusieurs mois avait allumée en elle un feu insatiable, celui d’une sensualité bourgeonnante qui ne demandait qu’à éclater au grand jour. Bien qu’auparavant cette dernière avait clamé son dégout de l’acte de chair, qui lui était survenu après qu’elle ait assisté par hasard au spectacle d’ébats canins -«brr s’ils font la même tête que les chiens, c’est vraiment écœurant» avait-elle d’ailleurs écrit dans son journal-, après cette aventure avortée avec Klimt, la donne avait changée : «ma sensualité est sans borne, il faut que je me marie». Et cette hâte était telle que la jeune fille allait même jusqu’à confesser de rêver de se faire violer, ce qui était somme toute assez déroutant. En attendant, à défaut de trouver le parfait candidat au mariage, Alma continuait de se griser de son pouvoir de séduction. Ainsi dans les bals, elle se glorifiait de recevoir des dizaines de bouquets et autant de prétendants, séduisant pour se sentir adorée, prenant, rejetant, puis reprenant, une jeune fille libre en somme, mais toujours célibataire ! Plusieurs découvertes sensuelles devaient toutefois marquer ces années d’expérimentation: d’abord, il y eût la main que le metteur en scène Max Burckhard fit glisser sous sa jupe, et jusqu’en haut de ses cuisses, puis la bosse qu’elle observa sur le devant de son pantalon, et enfin, le baiser qu’ils échangèrent un jour, qui malheureusement la repoussa plus qu’il ne l’attira. «C’est horrible, il m’a embrassée avec la langue» s’indigna-t-elle! D’autres flirts suivront, le ténor Erik Schmedes, l’artiste Koloman Moser, le compositeur Alexander von Zemisky avec lequel elle faillit perdre sa virginité, le co-fondateur de la Sécession Joseph Maria Olbrich, et le peintre Fernand Khnopff. Le tableau de chasse est prestigieux ! Il est surprenant de voir la grande indépendance avec laquelle Alma vécut à l’époque, elle qui semblait se promener librement aux bras d’hommes entreprenants alors que d’ordinaire les jeunes femmes non mariées ne pouvaient sortir sans chaperon, et voyaient leur entrevues extrêmement codifiées. Alma au contraire transgressa largement ce carcan de codes, mais les cercles artistiques dans lesquels elle évoluait n’étaient pas totalement délivrés de la morale bourgeoise, et aussi, fatalement sa réputation se mit bientôt à en souffrir, et l’électron libre fut sommé de se stabiliser. 

Gustav Mahler.

 Alma était de caractère passionné, et ainsi tout chez cette femme fut prétexte à l’exaltation, que ce soit à travers l’art ou l’amour, chaque émotion fut pour elle vécue avec excès. La musique était sa plus grande obsession, et au sommet de son admiration se tenait Richard Wagner, mais aussi Gustav Malher, dont les compositions la bouleversaient, « jamais je n’ai ressenti la musique de cette façon, j’en ai pleuré» écrivait alors la jeune autrichienne. Elle-même pratiquait le piano avec assiduité depuis son adolescence, et composait de la musique, une activité très intime à laquelle elle ne pouvait se livrer que lorsqu’elle était seule. Ses gracieux lieder peuvent aujourd’hui encore être entendus, mais il est regrettable que sa production s’en soit arrêtée là, elle qui pourtant ambitionnait de composer un Opéra : «je voudrais accomplir une grande action. Je voudrais composer un opéra vraiment bon, ce qu’aucune femme n’a encore jamais fait. Oui, c’est ce que je voudrais. En un mot, je voudrais être et devenir quelque chose…». La faute en est au climat misogyne qui régnait en maître sur ce début de siècle, et bien qu’Alma fut par son indépendance assez en avance sur son temps, elle resta néanmoins tristement captive des idées de son époque, ayant entre autres lu Schopenhauer et Weininger. Tour à tour progressiste et conditionnée, la musicienne fut toute sa vie tiraillée entre une intelligence aiguë qui la poussait à questionner le fondement même des conventions, et une certitude que cet ordre patriarcal était juste, ce qui la conduisait à valoriser la position auxiliaire de muse. Dans son journal, il est désolant de la voir se lamenter sur l’infériorité supposée que lui imposait selon elle son cerveau de femme.

A défaut de trouver en elle le génie, c’est par procuration qu’Alma allait le vivre, lorsqu’en 1901 elle fit au cours d’un diner la connaissance du compositeur qu’elle admirait tant, Gustav Malher, le seul avec Wagner qui avait grâce à ses yeux, et qu’elle suivait parfois dans les rues de Vienne tant son engouement était grand. Chose étonnante, à cette soirée étaient également présents Gustav Klimt et Max Buckhard, en somme, le passé, le présent et le futur étaient pour elle réunis en ce jour marquant. Malher, qui était directeur de l’Opéra de Vienne et avait vingt ans de plus que la jeune femme, l’impressionnait considérablement, et si ce dernier n’avait jusqu’ici jamais vraiment fait montre d’intérêt envers les femmes -on suppose qu’il était vierge-, cela changea avec Alma, et il se mit très vite à la prier de l’épouser. Tout à première vue, sembla donc être un conte de fées : être courtisée par un homme célèbre et adulé, pouvoir vivre sa sexualité au grand jour, avoir une place dans le monde, le tableau était séduisant ! Mais, si en apparence elle se montrait séduite, au fond Alma était pétrie de doutes quand à cette union, car elle n’y reconnaissait pas la passion qu’elle attendait. En réalité, cet amour tenait surtout de l’admiration artistique. Autre facteur de doute, Malher se montrait très dominateur, et manifestait le souhait de la voir arrêter totalement sa musique afin de pouvoir consacrer entièrement à la sienne, ce qui bien évidemment la révoltait. Pour cet homme obtus, l’idée d’un couple d’artiste était dégradante, et il confessait sans honte n’admirer en Alma que sa seule beauté, tâchant par ailleurs de lui apprendre que ses opinions n’avaient éveillé un intérêt chez les hommes que parce qu’elle leur avait été agréable à l’œil… Charmant.

Un temps, Alma pensa annuler les fiançailles, une démarche dans laquelle l’encouragea même sa mère, mais, mue par un esprit de sacrifice, et aspirant à élever une nature qu’elle jugeait trop imparfaite et encline à l’orgueil, elle accepta finalement de se soumettre à Malher.«Il a besoin de moi » écrit-elle « je veux m’occuper de lui, lui donner ma jeunesse et mon énergie ». Hélas, ce fut une erreur. «Dès le début il me fut étranger» confia-t-elle, et pire encore, c’est l’odeur même de son époux qui la repoussait, ce qui on s’en doute n’encouragea pas les rapports sexuels timides qui succédèrent à leur hyménée. Les temps bouillants de Klimt étaient loin! Il est regrettable de voir que l’intimité des muses ou épouses est toujours disséquée sans pitié, quand a contrario que celle des « grands hommes » reste soumise à discrétion, et si on ne sait par conséquent pas grand chose sur la vie sexuelle de Malher, quelques échos nous indiquent cependant que le compositeur était quasi-impuissant, et dût ainsi laisser inassouvie sa sensuelle épouse. 

Alma et ses filles

A ce mariage bâclé et trop vite accepté, succéda pour Alma une morne vie de muse soumise. Envolées les insouciantes fêtes viennoises où elle brillait par son panache, désormais son emploi du temps était réglé à la minute près, et chacune de ses minutes centrée autour du sacro-saint travail de Malher. Et pour ne surtout pas perturber sa concentration, il fallait qu’elle veille à accomplir les tâches domestique dans le silence, ce qui n’est pas sans rappeler les préceptes énoncés quelques années auparavant par l’écrivain et néo-mâge Sâr Péladan, qui dans son ouvrage Comment Devenir Fée énonçait le code de conduite de la parfaite femme d’artiste, qui se devait d’être discrète, subordonnée, et consciente de son infériorité afin de mieux accomplir son but suprême, qui était de servir l’artiste. Pour Alma, ce fut donc le temps des désillusions, «Il parlait toujours de sacrifices pour mener son travail, je commence à comprendre… ».  Contrairement à son épouse, Malher n’était pas un esprit libre, et comme bien des hommes de son époque il ne chercha pas à s’intéresser aux aspirations de sa femme, cherchant seulement -et fermement- en elle l’épouse dévouée. «Tu n’as désormais qu’une seule profession – me rendre heureux» lui disait-il.

Au cours de leurs neuf ans d’union, Alma donna deux filles à Gustav, dont l’une mourut en bas âge, mais elle eût du mal à aimer ses enfants, peut-être pour l’entrave à sa liberté qu’ils représentaient à ses yeux. Sans but et sans accomplissement, inévitablement l’ennui la gagna, et Malher se changea en Malheur. Alors, Alma se mit à boire, et excessive comme toujours, ce ne fut pas qu’à moitié, car, quand elle ne «champagnisait» pas ses soirées, celle que l’on surnomma plus tard la «reine de la D.O.M. Bénédictine» allait jusqu’à en consommer une bouteille par jour. Frustration et délaissement furent donc les maîtres mots de ce mariage, maux on pourrait même dire. Le séjour que passa à New York le couple n’y changea pas grand chose, mais le destin finit heureusement par intervenir en faveur de cette Emma Bovary en devenir, lorsque cette dernière eût un coup de foudre pour un jeune architecte de vingt-sept ans qu’elle avait rencontré au cours d’un voyage dans le tyrol, Walter Gropius, le fondateur de l’école du Bauhaus. Comme le dit Françoise Giroud, Alma était attirée par le talent avec la même ferveur que d’autres montrent pour l’argent. Non seulement cette aventure lui rendit son âme de jeune fille, mais elle eût aussi pour effet de réveiller l’attention de son époux, qui fut terrorisé à l’idée de la perdre. Il faut dire que dans une formidable acte manqué, l’amant distrait avait par erreur envoyé à l’époux légitime la lettre qu’il avait écrite à destination de sa femme. Paniqué, Malher fit donc tout pour la reconquérir: il part consulter Freud, l’inonde de cadeaux et lui dédie sa huitième et dernière symphonie, aujourd’hui mythique. Malheureusement, le couple ne devait pas connaître de seconde chance, car à peine un mois après, Malher décédait des suites d’une infection généralisée, laissant Alma avec un rôle nouveau qu’elle allait comme à son habitude habiter avec orgueil et panache, celui de l’imposante veuve. 

Oskar Kokoschka, La fiancée du vent

Si elle se montra éplorée après ce drame, Alma ne le resta cependant pas longtemps, car deux ans plus tard, elle fit la connaissance du peintre Oskar Kokoschka, un excessif comme elle, dont les excentricités laissaient perplexe le milieu artistique viennois. Tous deux furent foudroyés. Grâce à cette passion dévorante, qui fut satisfaisante sur le plan charnel, Alma connut enfin l’amour violent dont elle avait toujours rêvé, mais hélas, cette intensité n’allait pas sans revers, car Oskar avait un tempérament irascible, et était prompts aux plus grands débordements. «Il y a en lui tant que j’aime» dit-elle «mais il me fait souvent peur»,«je ne me suis jamais autant déchirée avec quelqu’un mais je n’ai jamais goûté autant d’instants de bonheur parfait». Inévitablement, la romance à la Belle du Seigneur se transforma en cauchemar, car Alma, enceinte, dût se faire avorter, et Oskar, qui était furieusement jaloux de Malher, bien que celui-ci soit passé depuis longtemps à trépas, embrassait les portraits du défunt pour le conjurer, refusait de se vêtir d’autre chose que du pyjama qu’il avait subtilisé à sa compagne, et lui demandait de le frapper durant leurs ébats. Ce n’est pas tout, car ce dernier ira jusqu’à voler les papiers d’Alma pour publier sans son accord l’annonce de mariage. Pour Alma, cette relation logiquement était devenue invivable, mais elle trouva un exutoire en se plongeant à nouveau dans la composition, et en tenant chez elle un salon qui rassemblait les personnalités artistiques de son choix, au centre duquel elle trônait, vêtue de son éternelle robe de lamé or, comme un habit de guerre.

De plus en plus lassée par les outrances de son amant, Alma finit par quitter Oskar, peut-être précipitée dans son choix par la présence devant son appartement de la mère de ce dernier, qui l’attendait avec un revolver au cas où l’impudente aurait l’idée de revoir son fils. Voilà comment on construit une image de femme fatale! Dévasté par le départ de sa fiancée du vent, du nom de la célèbre toile qu’il avait réalisée pour elle -« je t’épouserais lorsque tu auras peint un chef d’oeuvre », lui avait-elle ordonné-, Oskar trouva un exutoire de plus bizarres à sa douleur, ultime extravagance qui allait couronner cet amour monstre. En effet, c’est pour tenter de conserver auprès de lui celle qu’il surnommait son «idole», qu’il fit confectionner une poupée grandeur nature à son effigie, en insistant lourdement sur son souhait de ressemblance la plus fidèle possible, «parties honteuses» comprises. En somme, une poupée gonflable de luxe, un ersatz illusionniste d’Alma. Hélas, le pantin grossier qu’il reçut ressembla plus à une de ces photographies de fétichistes du mohair en total look qu’à une femme de chair, mais ce raté n’empêcha pas l’artiste d’emmener partout avec lui sa nouvelle conquête, allant même jusqu’à se faire photographier à ses cotés. Heureusement pour la morale, Oskar finira tout de même par détruire ce désolant fac-similé de femme au cours d’une soirée d’ébriété, mais si la poupée de chiffon s’en alla brûler avec les flammes, sa passion pour Alma elle, ne devait malheureusement jamais s’éteindre…

La poupée Alma.

Tandis qu’Oskar glissait lentement sur la pente de la démence érotique, Alma épousait avec son ancien amant Walter Gropius, avec lequel elle avait repris contact lorsque la relation avec Kokoshka commençait à se déliter, mais le démon de l’infidélité ne tarda pas à la reprendre. «Je suis trop multiple pour pouvoir poser mon âme sur un seul cœur », elle qui à près de quarante ans n’entendait toujours pas que l’on lui dicte sa ligne de conduite. La liberté toujours, et bien que sa beauté autrefois superbe avait été quelque peu altérée par les agapes journalières de Bénédictine, cela n’empêcha pas cette Scarlett O’Hara viennoise d’aspirer à jongler avec les prétendants comme au temps de ses premiers succès. En réalité, leurs rangs s’étaient depuis quelques peu décimés, et s’il y eût un flirt réussi avec l’écrivain Franz Werfel, la conquête de Thomas Mann et de Vassily Kandinsky au contraire échoua. Mais qu’importe, un succès valait mieux que rien du tout! Et puis, il y avait la guerre, mais cela ne semblait guère l’affecter, car tandis qu’au loin faisaient rage les combats et que Gropius chaque jour risquait sa vie dans les tranchées, Alma s’enfonçait à rebours dans un égocentrisme forcené, dernière lutte de cet esprit fantasque que la chute du monde d’hier bouleversait. Gropius, on le comprend, ne lui pardonna pas cette désertion et le mariage s’étiola, mais Alma, éternelle séductrice, avait déjà un nouvel amant, il était romancier et s’appelait Franz Werfel…

Et c’est le ballet des amours complexes qui à peine enterré, devait aussitôt ressurgir : Alma trompa Gropius avec l’écrivain Werfel, conçut un enfant avec ce dernier, mais tous deux s’en disputèrent la paternité, aussi proposa-t-elle d’instaurer un ménage à trois, hélas elle était résolument trop anti-conventionnelle pour les mœurs de Gropius, qui divorça, la laissant libre de se marier avec Werfel, ce qu’elle fit, bien sûr. Et cette fois, ce fut Alma qui domina le ménage, car, profitant de son expérience de compagne d’artiste et de ses dix ans de plus, elle eût pour ce troisième époux un rôle déterminant, celui de coach, afin de le mener à l’accomplissement de son art. Un but rêvé pour celle qui se sentait depuis toujours dominatrice-née, et que les hommes successivement avaient tenté d’entraver. Alma étant de base le maître et Franz l’élève, on est heureux de constater que cette fois les rôles étaient bel et bien inversés. L’adage dit qu’on ne change pas, et vous imaginez que si Franz fut le dernier époux d’Alma, peut-être pas celui qu’elle aima le plus, mais celui qui sut en tout cas la respecter le plus, cela n’empêcha pas cette éternelle sensuelle de continuer sa quête de séduction, et son ultime victime fut un prêtre, dont elle s’éprit sans succès. De cette sentimentalité tumultueuse, orageuse presque, sa fille en sera l’héritière, elle qui se maria cinq fois!

Alors Alma, artiste frustrée ou mangeuse d’homme ? Si l’histoire et l’opinion ont principalement retenu d’elle une personnage de femme fatale, que son image des dernières années n’ira pas démentir (son gendre la décrira comme une ogresse terrorisante, monstre d’égoïsme absorbant des quantités pantagruéliques de nourriture et d’alcool), Alma était aussi une femme dotée d’une grande sensibilité artistique, qui fut sans nul doute entravée par une société misogyne. On ne peut donc que regretter qu’elle se soit surtout occupée à construire la gloire de ses époux, pensant à tort se réaliser en tant que compagne d’artiste, tirant dans l’ombre les ficelles du génie.

 

La veuve théâtrale des dernières années.


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Louis Vuitton crée Charlie, sa première basket unisexe et écoresponsable

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Ces dernières saisons, les créateurs de mode popularisent les collections mixtes. Alors que le sac à main se fait de plus en plus unisexe, la maison Louis Vuitton dévoile sa première paire de baskets faites pour tous.t.e.s.

Et pour pousser l’innovation encore plus loin, Charlie, du nom de cette sneakers mixte, est fabriquée à partir de 90% de matériaux recyclés et biosourcés. Lire aussi : Mode et écologie : pourquoi est-il si difficile de changer nos habitudes de consommation ?

Charlie, une chaussure qui fait attention à son empreinte

Il ne sera pas nécessaire de se tourner vers tel ou tel rayon genré pour la trouver. Charlie est une paire de baskets unisexe, donc destinée à être portée par tous.

La gamme de pointures est large, allant d’une taille 34 au 47, et son design est lui intemporel : ce sont d’élégantes baskets blanches, habillées d’un logo noir Louis Vuitton. Alors pour varier le style, Charlie est imaginée en deux versions : basket basse et basket montante.

Et si son look a vocation de séduire le plus grand nombre, les détails de sa conception pourraient en intéresser plus d’un. Car comme le précise l’enseigne, le processus de conception circulaire de Charlie « a été appliqué de manière holistique ». Autrement dit, la démarche éco-responsable a été respectée depuis l’étape de la création jusqu’au passage à la Manufacture de souliers Louis Vuitton de Fiesso d’Artico, en Italie.

Résultat ? Les lacets sont entièrement recyclés, et la semelle de la chaussure est composée à 94% de gomme recyclée au minimum, un record en la matière. De la semelle intérieure au patch de la languette réalisé en ECONYL®, tout a été éco-conçu.

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L’Événement Evening Dresses Show Retourne À Salerno Du 1 Au 3 Septembre 2021 Inaugurant La Saison Internationale Du Prêt-À-Porter

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Le calendrier du prêt-à-porter prévu pour septembre prochain, avec les collections printemps-été 2022, débutera avec l’événement EVENING DRESSES SHOW (Edshow), qui revient, pour la troisième saison consécutive, dans la somptueuse gare maritime Zaha Hadid de Salerno, portant à 60 le nombre d’exposants avec des propositions de prêt-à-porter « soirée » et « cocktail », produites dans les huit régions du sud de l’Italie (Abruzzo, Basilicata, Calabria, Campania, Molise, Puglia, Sardegna et Sicilia).

Déjà inscrit au programme des défilés internationaux de la Conférence des Régions et Provinces Autonomes publié sur le site Regioni.it, Edshow est une vitrine internationale dédiée exclusivement aux looks de soirée et cocktail pour femmes, hommes et enfants.

L’édition à venir a un sens bien particulier, qui se résume dans le slogan « Come back to life », choisi pour la nouvelle affiche : l’envie de recommencer et de revenir à la vie.

Le spectacle des tenues de soirée est conçu et organisé par l’association IFTA avec le soutien de l’ICE- Agence italienne pour le commerce extérieur qui a pour mission la promotion à l’étranger et l’internationalisation des entreprises italiennes au sein du Plan d’exportation du Sud (PES 2) et de la région Campania. Il implique une soixantaine d’entreprises du huit régions méridionales : Abruzzo, Basilicata, Calabria, Campania, Molise, Puglia, Sardegna et Sicilia.

Mais pas seulement ! Grâce à la plateforme Fiera Smart 365, lancée par l’Agence ICE et connectée à ses 78 bureaux à travers le monde, les entrepreneurs qui participeront au salon de Salerno auront l’opportunité d’avoir un premier contact avec des détaillants internationaux qui ne pourront pas assister à l’événement en présentiel.

Une autre nouveauté de l’édition 2021 sera la section spéciale dédiée à l’élégance vestimentaire masculine avec 12 marques sélectionnées parmi les marques Made in Italy les plus dynamiques et intéressantes.

Pendant les trois jours du salon, des rencontres B2B auront lieu avec des acheteurs étrangers invités par l’Agence ICE et avec les meilleurs distributeurs et showrooms basés à Milan.

Edshow débutera avec une exposition des collections présentées en revue, dirigée par Titti Baiocchi pour MB Agency, l’un des noms les plus connus et les plus importants dans le domaine des défilés de mode internationaux.

La soirée du 2 septembre, vous ne verrez sur le podium que les entreprises de vêtements et l’avant-première d’un nouveau projet signé IFTA et SOUTH ITALIAN FASHION, le consortium d’entreprises de mode indépendantes né dans la région Campania pour valoriser et promouvoir, dans le monde, la créativité, l’élégance et « la culture du savoir-faire» qui caractérisent l’unicité du tissu du Sud.

L’une des trois collections du spectacle sera dédiée à la mode musulmane.

Une avant-première visant à annoncer un projet commercial international qui présentera à l’étranger, dans un calendrier qui sera bientôt défini, 30 collections pour femmes musulmanes créées avec des critères, des goûts et des procédures de confection exclusivement italiens.

Né pour aider les petites entreprises du Sud à franchir d’importants seuils commerciaux, le projet dédiée aux tenues musulmanes devient donc une prodigieuse rampe de lancement pour les entreprises prêtes à produire et commercialiser la nouvelle Couture musulmane conçue et réalisée dans leurs ateliers.

Quelques exemples : La robe-manteau crée par Sartoria 74 ; les petites robes noires de Simonetta Ricciarelli qui a lancé sa première collection de petites robes fourreau noires ; les caftans du soir aux couleurs de la côte amalfitaine de La Dolce Vita ; les chemisiers doux du soir de FMConcept ; les costumes fluides en soie bleu de Chine et rose shocking de Gianni Cirillo ; the grand soirée de Michele Miglionico, Nino Lettieri, Melina Baffa, Ferdinand, Valentina d’Alessandro, Maria Elena di Terlizzi, l’enfant prodige Arianna Laterza, jusqu’à la robe de soirée durable de Nanaleo et les longues chemises blanches à fermeture magnétique de Youareu.

L’étude du voile islamique avec les différentes options et usage dans différents pays, conçues pour harmoniser les tenues de soirée proposées est importante pour tout le monde.

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LVMH continue son ascension, tiré par son activité Mode et Maroquinerie

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Paris (awp/afp) – Le numéro un mondial du luxe LVMH continue son ascension en affichant un bénéfice de 5,3 milliards d’euros au premier semestre, soit nettement mieux qu’avant la pandémie, notamment grâce aux performances de sa branche Mode et Maroquinerie.

« LVMH réalise un excellent semestre », s’est réjoui le PDG de LVMH Bernard Arnault dans le communiqué diffusé lundi par le groupe, qui a ainsi décuplé son bénéfice net entre janvier et juin par rapport à l’année 2020, marquée par la pandémie de Covid, et qui le voit augmenter de plus de moitié (+62%) par rapport au premier semestre 2019, période de référence avant pandémie.

Les ventes du groupe de Bernard Arnault, première fortune française et deuxième mondiale selon Forbes, se sont établies au premier semestre à 28,7 milliards d’euros, en hausse de 53% (+11% par rapport à 2019).

« Dans le contexte actuel de sortie de la crise sanitaire et de reprise de l’économie mondiale, (…) LVMH est en excellente position pour poursuivre sa croissance et renforcer encore en 2021 son avance sur le marché mondial du luxe », a jugé M. Arnault.

Le résultat opérationnel courant du premier semestre 2021 est de 7,6 milliards d’euros, en croissance de 44% par rapport au premier semestre 2019 et plus de 4 fois supérieur à celui de 2020. La marge opérationnelle courante ressort à 26,6%, en hausse de 5,5 points par rapport à 2019.

Le groupe aux « 75 maisons » est notamment porté par une « performance remarquable de l’activité Mode et Maroquinerie », la division phare du géant du luxe qui a engrangé 13,9 milliards d’euros à elle seule, soit une progression de 38% par rapport à 2019 grâce aux performances de Louis Vuitton, Dior, Fendi, Loewe et Céline qui « gagnent partout des parts de marché et atteignent des niveaux records de ventes et de rentabilité ».

« Une croissance qui bénéficiera à la France »

Les ventes de vins et spiritueux augmentent de 12% par rapport à 2019 à 2,7 milliards d’euros (+44% par rapport à 2020) portées par une demande soutenue aux Etats-Unis et un fort rebond en Chine, explique le groupe qui a pris en début d’année une participation de 50% du capital de la Maison de champagne Armand de Brignac, marque de champagne du célèbre chanteur et producteur américain Jay-Z.

La division Montre et Joaillerie progresse de 5% à 4 milliards d’euros (+71% par rapport à 2020), à la faveur de l’acquisition de Tiffany’s.

Parfums et cosmétiques restent en recul (-3% par rapport à 2019) mais le groupe note des « avancées rapides de ventes directes ».

Dans la distribution sélective, Sephora montre une bonne performance mais DFS est encore pénalisé par la reprise limitées des voyages internationaux, et les ventes reculent globalement. Même chose pour les parfums et cosmétiques, même si les ventes directes avancent.

« La croissance de LVMH bénéficie aujourd’hui, et bénéficiera encore davantage dans l’avenir, à la France, premier bassin d’emploi, principal pays d’origine de nos produits, auquel nos maisons sont fières d’apporter leur contribution », assure Bernard Arnault qui a inauguré récemment la Samaritaine en présence du président de la République Emmanuel Macron.

Les résultats semestriels des concurrents français de LVMH sont attendus mardi soir pour Kering et vendredi matin pour Hermès.

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