Table ronde d’actualité internationale Royaume-(dés)Uni cherche nouveau leader

Après la démission de Theresa May, le 10 Downing Street se cherche un nouveau locataire. Ils étaient dix candidats en lice à se soumettre à la volonté des députés conservateurs mais Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères de 2016 à 2018, semble partir favori. Il est même sorti en tête, le 13 juin, lors du premier vote à bulletin secret au cours duquel il a rassemblé 114 voix sur les 313 députés conservateurs.

Un « Brexiter » dur

Le grand artisan de la victoire du leave lors du référendum de 2016 a lancé sa campagne mercredi dernier expliquant ne pas « viser un Brexit sans accord » tout en se disant prêt à le déclencher « en dernier recours ». Ce vote confirme, en tout cas, que Boris Johnson a toutes les chances de se retrouver dans le duel final face à un adversaire encore inconnu.

Boris Johnson a été très populaire pendant les 8 ans passés à la mairie de Londres mais ses années au Foreign Office ont été très controversées, tout n’est pas joué. Sophie Loussouarn

Alors dans l’hypothèse où Boris Johnson serait choisi comme chef des Tories et deviendrait Premier ministre, pourra-t-il obtenir de nouvelles concessions de la part de ses partenaires européens ? Y sont-ils disposés ? Choisira-t-il un divorce sans accord ? Comment surmonter les obstacles structurels qui rendent cette rupture aussi difficile ? La question de la frontière irlandaise continue par exemple d’interroger sur l’unité britannique.

Economie.Libra, nouvelle monnaie virtuelle et bras armé de Facebook

Après des mois de spéculations et de fuites dans les médias, Facebook a finalement présenté sa monnaie virtuelle le 18 juin. Le groupe a dévoilé ses plans en grande pompe à l’Hôtel des monnaies de San Francisco, un bâtiment fondé il y a près de cent cinquante ans en pleine ruée vers l’or. “Un tiers des réserves d’or des États-Unis y étaient entreposées jadis”, remarque le New York Times.

Appelée “libra” et attendue pour le premier semestre 2020, cette devise recourt à la technologie blockchain déjà utilisée pour le bitcoin par exemple. Une équipe secrète a planché pendant plus d’un an sur cette cryptomonnaie qui devrait permettre aux 2 milliards d’utilisateurs du groupe d’effectuer des transferts d’argent, et de faire des achats non seulement sur Facebook, Instagram ou WhatsApp mais également sur l’ensemble de la Toile et même dans le monde réel, précise le Financial Times.

“L’ambition est démesurée, les moyens mis en œuvre également”, note Le Temps, qui s’intéresse au volet suisse du nouvel écosystème financier que veut créer le groupe de Mark Zuckerberg. La nouvelle monnaie sera en effet chapeautée par une association à but non lucratif également nommée Libra, sise à Genève, et indépendante du réseau social.

Envoyer de l’argent aussi facilement qu’une photo

Facebook s’est déjà assuré le soutien de 27 entreprises ou organisations internationales dont de grands noms de l’économie numérique comme Uber, Lyft, Spotify ou eBay, des spécialistes des paiements tels que Paypal, Visa, Mastercard, mais aussi des ONG comme Mercy Corps et Women’s World Banking. Les partenaires financiers de Facebook doivent chacun amener au moins 10 millions de dollars. Le groupe espère en compter 100 millions d’ici 2020.

“Je crois qu’il devrait être aussi facile d’envoyer de l’argent à quelqu’un que d’envoyer une photo”, avait déclaré en avril Mark Zuckerberg, à l’occasion de la conférence de Facebook destinée aux développeurs. Dans le secteur des paiements, “nous avons l’occasion de rendre les choses beaucoup plus faciles”.

“Le système financier ressemble à ce qu’était le réseau de télécommunication avant Internet : son accès est contrôlé par un petit nombre d’entreprises, la concurrence n’est pas très forte”, a déclaré au journal Le Temps l’ancien patron de PayPal, David Marcus, qui pilote le projet au sein de Facebook. L’idée est de créer en somme “un Internet de l’argent”.

Telegram a lui aussi un projet de cryptomonnaie

“L’attribut de la souveraineté des États doit rester aux mains des États, et pas des entreprises privées, qui répondent à des intérêts privés”, a prévenu le ministre des Finances français, Bruno le Maire, peu avant que Facebook présente sa monnaie virtuelle, exprimant une méfiance vis-à-vis d’un réseau social déjà perçu par beaucoup comme trop puissant.

Ce projet “sera assurément examiné à la loupe par les régulateurs”, note de son côté le New York Times. Le géant technologique, qui est déjà dans le collimateur des autorités américaines, pourrait se voir infliger prochainement une amende de plusieurs milliards de dollars pour violations répétées de la vie privée.

Facebook n’est pas le seul grand groupe technologique à avoir un projet de cryptomonnaie, relève par ailleurs le journal américain. Le service de messagerie Telegram a levé l’année dernière près de 2 milliards de dollars pour lancer sa propre monnaie virtuelle. Cette dernière est attendue dans les prochains mois.

Le 17 juin, le bitcoin a atteint son plus haut en treize mois, soit 9 396 dollars, bénéficiant d’un regain d’intérêt pour les cryptomonnaies, dont les cours s’étaient effondrés en 2018.

Vers un capitalisme vert ? De très gros investisseurs internationaux dénoncent plus de 700 grandes entreprises, dont 39 françaises, pour défaut de politiques environnementales

Ça ressemble à du « Name and shame ». A l’occasion des assemblées générales d’actionnaires, 88 investisseurs parmi les plus puissants du monde ont mis en demeure plus de 700 entreprises internationales d’être plus transparentes sur ce qu’elles font pour contribuer à la protection de l’environnement.

Le nom de ces 700 entreprises a été rendu public avant la tenue de la plupart des assemblées générales d’actionnaires et elles sont donc accusées  de ne pas donner assez d’informations sur leurs rôles en matière de climat, de préservation de l’eau et de déforestation.

Sur les 700 entreprises clouées ainsi au pilori, on trouve 39 françaises.

C’est le CDP, la plateforme d’information sur l’environnement qui a décidé de rendre publique la démarche de quelques 88 investisseurs institutionnels pour faire pression sur les plus en retard et surtout les plus réfractaires à une communication transparente et loyale qui œuvre à rendre les entreprises plus transparentes sur leur pratique environnementale. L’objectif est de mettre la pression sur les compagnies les plus fermées à la communication.

Au total, ces 88 investisseurs internationaux et principalement des anglo-saxons, qui gèrent plus de 10 000 milliards d’actifs, dénoncent 707 entreprises, présentes dans 46 pays du monde, de ne pas avoir donné d’informations suffisantes sur leur politique environnementale et notamment sur l’utilisation des ressources en eau et sur la déforestation.

Sur le banc des accusés, ces entreprises représentent 15 300 milliards de dollars de capitalisation boursière. Dans cette mise en demeure, 546 entreprises sur les 707 sont visées sur le sujet du climat. Mais 12 % sont liées aux énergies fossiles, 27 % de sociétés impliquées dans les services liés à l’industrie et 18 % dans l’industrie manufacturière. 166 entreprises sont ciblées pour un manque d’action sur l’eau et 115 sur la déforestation.

Au premier rang de ce tribunal de l’écologie vue par les financiers, 139 entreprises américaines dont Exxon Mobil, BP, Chevron, Amazon, Volvo, Alibaba et Quantas Airways. Les américaines sont suivies par les australiennes (121) et les entreprises chinoises (56).

39 entreprises françaises sont ciblées dont Carrefour, Dassault, EDF, Engie, Renault, Veolia ou même Hermès. A noter que Total, bête noire des écologistes qui dénoncent son impact climatique n’est pourtant pas dans la liste.

Selon Emily Kreps, directrice mondiale des initiatives pour les investisseurs chez CDP : « Les entreprises doivent divulguer leur rôle dans la résolution de la crise climatique…. Nous savons que le changement climatique, la sécurité de l’eau et la déforestation représentent des risques importants pour les investissements, mais ces risques ne peuvent être gérés sans une information adéquate« , explique-t-elle.

Elle ajoute : « 7 000 entreprises communiquent déjà par le biais de CDP et fournissent au marché les informations qu’il demande – le « vœu de silence » de la part des entreprises non divulgatrices ne peut plus durer« .

Thomas O’Malley, responsable mondial de la gouvernance d’entreprise chez HSBC Global Asset Management, juge qu’une bonne information permet aux investisseurs d’évaluer dans quelle mesure les entreprises gèrent leurs risques (environnementaux, sociaux et de gouvernance). »

Lors de ces campagnes, la peur d’être dénoncés publiquement incite les entreprises à corriger leur logiciel d’information et au-delà, leur comportement stratégique. La dénonciation publique est une arme redoutable parce que les clients, les actionnaires et les salariés peuvent s’en emparer et qu’on vit à l’heure des réseaux sociaux ou tout de sait très loin et très vite.

On s’aperçoit que les contrepouvoirs qui fonctionnent dans le système capitaliste et plus généralement dans l’économie de marché sont plus efficaces que les injonctions gouvernementales. Le meilleur exemple est celui des Etats-Unis. Donald Trump est revenu sur l’accord de Paris concernant la lutte contre le réchauffement climatique, mais en réalité, les entreprises n’ont pas abandonné leurs objectifs.

La plupart des entreprises agissent sous la pression des marchés.

Premier levier, les actionnaires qui mobilisent les investisseurs, lesquels imposent des critères de gestion ambitieux. Jusqu’à la crise de 2008, les actionnaires se préoccupaient principalement de deux facteurs, l’optimisation financière et fiscale, puis la gouvernance de l’entreprise. Désormais, les objectifs de RSE, responsabilité sociale et environnementale, sont devenus une priorité. L’actionnaire est prêt à payer un surprix pour une gouvernance respectueuse de la RSE.

Le deuxième levier est celui des clients qui formulent une demande spécifique sur les produits et les services qui est ensuite prise en compte et assumée par les services de marketing. Les entreprises de grande consommation ou d’équipement n‘ont pas inventé le bio, ni les moteurs électriques, ni l’amélioration de la traçabilité des produits, ni la transparence de l’information. Ce sont les clients. Les entreprises ont évolué sous la pression de leurs clients consommateurs, lesquels sont commencent à admettre que le respect des normes environnementales à un coût et qu’il faut le payer.

Le troisième levier, les salariés. Par le biais de leurs syndicats ou pas, ils agissent pour améliorer les conditions de travail certes, mais aussi la transformation des process afin d’obtenir des conditions de production plus économes en émissions toxiques et plus efficaces en consommation d’énergie et d’eau qui devient un produit rare.  D’une façon générale, les personnels, cadres notamment, ont de plus en plus besoin de savoir quelle est l’histoire de l’entreprise dans laquelle ils travaillent et le sens qui est donné à son objet social. Là encore, les salariés sont prêts à accepter un salaire minoré par rapport au marché, si l’entreprise leur apporte un sens au temps qu’ils y passent. L’exemple des entreprises du digital est spectaculaire. Leur attractivité est d’autant plus forte qu’elles offrent à leur salariés plus qu’un moyen de gagner de l’argent. Elles leur offrent aussi une raison d’être, une raison de vivre et de travailler.

C’est vrai aussi dans les entreprises plus anciennes de la grande consommation. Il existe un décalage d’appréciation par les salariés et les actionnaires entre l’Oréal et Danone. Les deux entreprises sont françaises et multinationales, elles ont des performances équivalentes. L’Oréal est sans doute plus performante sur le plan financier parce que ses nouveaux marchés sont plus dynamiques et son actionnariat plus concentré dans les mains de deux gros actionnaires liés par un pacte, Nestlé et la famille Bettencourt… mais pour les salariés comme pour les actionnaires, l’Oréal est une entreprise qui restera toujours avec l’image du fabricant de shampoings ou de maquillage alors que Danone a construit sa gamme de produit autour du bénéfice santé. L’acquisition récente du plus gros producteur mondial de protéine végétale renforce encore cette image, tout comme la nouvelle présidence du groupe. Il est évident que l’installation de Emmanuel Faber au fauteuil qu’occupait Franck Riboud a prolongé cette stratégie ouverte sur les nouvelles technologies et les nouveaux courants de consommateurs très attachés à la quête de sens. Cette équation vaut à Danone la sympathie et l’attachement fidèle et quasi affectif de ses clients, de ses actionnaires et de la très grande majorité de ses collaborateurs dans le monde.

Ps : CDP est une organisation internationale à but non lucratif, anciennement appelée « Carbon Disclosure Project » jusqu’à fin 2012. Elle détient la base de données mondiales la plus importante sur la performance environnementale des villes et des entreprises.

Les États-Unis publient de nouvelles photos contre l’Iran et déploient 1000 soldats dans la région

INTERNATIONAL – La tension continue de monter entre Washington et Téhéran. Les Etats-Unis ont encore renforcé leur dispositif militaire au Moyen-Orient et appelé le monde à “ne pas céder au chantage nucléaire” de l’Iran, qui a annoncé qu’il franchirait bientôt une limite prévue par l’accord international sur son programme nucléaire.

“Les récentes attaques iraniennes valident les renseignements fiables et crédibles que nous avons reçus sur le comportement hostile des forces iraniennes”, a indiqué le chef du Pentagone Patrick Shanahan, soulignant que “les Etats-Unis ne cherchent pas à entrer en conflit avec l’Iran”.

“J’ai autorisé l’envoi de 1.000 troupes supplémentaires à des fins défensives pour répondre à des menaces aériennes, navales et terrestres au Moyen-Orient”, a-t-il précisé peu après la publication par son ministère de nouveaux documents accusant l’Iran d’avoir attaqué deux pétroliers en mer d’Oman.

Onze nouvelles photos rendues publiques par le Pentagone montrent notamment un objet métallique circulaire de près de huit centimètres de diamètre attaché à la coque du pétrolier japonais Kokuka Courageous, qui est présenté comme un des aimants ayant permis de poser la mine non explosée que Washington accuse les Iraniens d’avoir retirée après l’incident, qui s’est produit le 13 juin.

ASSOCIATED PRESS

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Une autre de ces photos, prises d’un hélicoptère “Seahawk” de l’US Navy, montre la cavité provoquée par une seconde mine apposée sur la coque du même pétrolier (ci-dessus), que le Pentagone évalue à plus d’un mètre de diamètre.

“L’Iran est responsable de cette attaque, comme le montrent les preuves vidéo et les ressources et les compétences requises pour retirer rapidement la mine aimantée non explosée”, a indiqué le Pentagone dans un communiqué.

 L’Union européenne s’est montrée plus prudente dans l’attribution des responsabilités de cette attaque et a refusé de s’aligner sur Washington.

L’Iran, de son côté, a annoncé que ses réserves d’uranium enrichi passeraient à partir du 27 juin au-dessus de la limite prévue par l’accord international sur son programme nucléaire conclu en 2015 à Vienne.

“Le compte à rebours pour passer au-dessus des 300 kilogrammes pour les réserves d’uranium enrichi a commencé et dans dix jours, c’est-à-dire le 27 juin, nous dépasserons cette limite”, a déclaré Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique.

“Escalade”

Fruit d’intenses efforts diplomatiques entre l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), l’accord vise à limiter drastiquement le programme nucléaire de Téhéran en échange d’une levée des sanctions économiques internationales.

Mais Washington s’est retiré unilatéralement du pacte en mai 2018 et a rétabli de lourdes sanctions contre Téhéran, qui presse depuis des mois les autres partenaires de l’aider à en atténuer les effets dévastateurs.

Jusqu’ici, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a certifié que l’Iran agissait en conformité avec les engagements pris à Vienne.

Les Etats-Unis ont appelé le monde ”à ne pas céder au chantage nucléaire de l’Iran”. “Nous opposerons la pression maximale du gouvernement américain à toute action qui leur permettrait d’avoir une arme nucléaire”, a prévenu Morgan Ortagus, porte-parole du département d’Etat américain.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui voit dans l’Iran une menace existentielle pour son pays, a appelé la communauté internationale à imposer “immédiatement” des sanctions contre Téhéran le jour où son stock d’uranium enrichi dépasserait la limite.

Le président Français Emmanuel Macron a appelé Téhéran à être “patient et responsable”, souhaitant éviter une “escalade” alors que Paris oeuvre laborieusement pour maintenir vivant l’accord de Vienne. Faute d’obtenir satisfaction, l’Iran a menacé de s’affranchir de deux autres de ses engagements.

Le président Hassan Rohani a indiqué que Téhéran cesserait d’observer les restrictions consenties “sur le degré d’enrichissement de l’uranium” et qu’il reprendrait son projet de construction d’un réacteur à eau lourde à Arak (centre).

Le réacteur d’Arak a été mis en sommeil conformément à l’accord de Vienne, qui impose également à Téhéran de ne pas enrichir l’uranium à un taux supérieur à 3,67%, très en-deçà des 90% nécessaires pour envisager la fabrication d’une arme atomique. Behrouz Kamalvandi a indiqué qu’“aucune décision” n’avait encore été prise.

Concernant l’enrichissement d’uranium, il a néanmoins déclaré que les “scénarios” envisagés “vont d’un passage à 3,68% jusqu’à n’importe quel autre pourcentage en fonction des besoins du pays”. Il a par ailleurs averti qu’il ne faudrait “pas plus d’un jour ou deux” pour mettre en oeuvre cette décision.

Recevant lundi l’ambassadeur de France en Iran Philippe Thiébaud, le président Rohani a déclaré que Paris avait “encore le temps”, avec les autres parties, de sauver l’accord, dont l’“effondrement” ne serait “assurément (…) pas dans l’intérêt de l’Iran, de la France, de la région ni du monde”, selon le site internet du gouvernement.

Semblant impuissantes à agir face aux sanctions américaines, les trois capitales européennes exhortent Téhéran à continuer de respecter l’accord malgré tout. Le chef de l’ONU a lancé un appel similaire.

Mais les Européens doivent “s’inquiéter davantage du cas où l’Iran dépasserait le degré (maximal) d’enrichissement comme il a menacé de le faire”, juge Ellie Geranmayeh, chargée de recherche sur l’Iran au Conseil européen des relations internationales.

Magnifique Society 2019 : un festival rémois aux ambitions internationales

Tout a commencé par un souhait, celui de sortir d’un festival « rémo-rémois ». De s’ouvrir sur le monde. Prendre une pente radicalement différente. « Avec des artistes comme Yuksek, Brodinski, The Shoes, nous étions très portés sur la scène rémoise. À l’opposé, on a voulu casser cette image pour inscrire Reims dans une dimension internationale », explique Cédric Cheminaud, directeur de la Cartonnerie et de la Magnifique Society, qui s’est tenue ces 13, 14 et 15 juin au parc de Champagne à Reims.

Dès la création du festival, Cédric Cheminaud et son équipe ont fait le pari de l’ouverture sur la scène internationale, plus particulièrement la scène japonaise. « L’Institut français du Japon nous a invités au Tokyo International Music Market. L’institut sélectionne des projets culturels français et voit les connexions qui peuvent se faire. On a tissé des liens, avec du contenu et des idées », détaille le Rémois.

Ouverture sur l’Asie et l’Afrique

Depuis les débuts du festival, artistes japonnais et identité niponne se sont immiscés dans la programmation. D’abord sur la scène Space ODD, où se trouvait aussi l’espace rétrogaming, puis intégrés aux scènes secondaires Club Trotter et Central Parc à l’édition 2019. « En tout, on a programmé douze artistes asiatiques sur une quarantaine de musiciens, soit plus de 20% », précise Vivien Becle, coordinateur du festival.

À noter aussi, l’arrivée de la Corée et d’artistes africains, avec qui l’équipe du festival a envie de nouer des liens.

On ne fait pas de calculs. On fonctionne à la rencontre. On a repéré un certain nombre d’artistes africains, on s’est rendu compte qu’ils étaient rattachés au Nyege Nyege Festival, qui se déroule en Ouganda. Et qu’il y avait un certain nombre de similitudes entre ce festival et le nôtre, notamment le site. Le Nyege Nyege se déroule autour d’un lac, les scènes sont placées dans la jungle, c’est très vert, luxuriant.
Cédric Cheminaud, directeur de la Cartonnerie à Reims et de la Magnifique Society

Le Nyege Nyege festival se déroule à Jinja, en Ouganda, dans un cadre paradisiaque, bien plus vierge que celui du parc de Champagne.

Se démarquer auprès des artistes et des festivaliers pour survivre

Il faut dire que la Magnifique Society a une position difficile à tenir : celle d’un festival « moyen », comprendre qui ne doit être ni trop grand, ni trop petit, dans un paysage à l’offre saturée. Plus de 3.000 festivals en deux mois et demi, dont une centaine qui rassemblent plus de 15.000 festivaliers.

« C’est le plus compliqué, affirme Cédric Cheminaud, se refusant d’être à la tête d’un gros rendez-vous à 200.000 entrées. Vous êtes tout le temps sur la brèche. Vous devez avoir des artistes assez conséquents, sans avoir le budget pour tous les avoir. C’est pour cela qu’on développe tous ces à-côtés (l’espace retro-gaming, l’ouverture sur l’Asie, ndlr). Nous on arrive, on va discuter avec les agents, on les assomme d’idées. On leur dit : ‘Tiens on va à Tokyo.’ On leur propose de nous suivre. »

C’est d’ailleurs chose faite dès les débuts du festival. D’abord avec l’Ardennaise Fishbach qu’ils ont emmené à Tokyo, ou encore Club Cheval et Para One. Puis le Français Moodoïd collaborant avec la tokyoïte Wednesday Campanella. La même année, c’est la consécration puisque l’équipe de la Magnifique emmène dans ses valises le rappeur Orelsan et le DJ Vladimir Cauchemar. D’ailleurs, Cédric Cheminaud aimerait nommer ce dernier ambassadeur du festival.

Ce sont des connexions que l’on crée. On crée les conditions avec les artistes et leurs équipes pour développer leurs projets en Asie. On n’est pas des attachés de presse ou des managers à l’étranger. On est un festival ouvert à l’étranger, avec un réseau, notamment notre partenaire japonais Creativeman qui organise de nombreux festivals, qui a des clubs sur place etc.
Cédric Cheminaud, directeur de la Cartonnerie et du festival

Effectivement, l’équipe s’est aperçu qu’il fallait des moyens et une équipe conséquente pour concrétiser un tel voyage. « On s’est rendu compte en accompagnant Fishbach, que c’était peut-être un peu tôt quand nous l’avions amenée. Elle n’était pas assez entourée », détaille Cédric Cheminaud Et Vivien Becle de renchérir : « Pour Orelsan, ça a été totalement différent. C’est un grand fan du Japon. Il nous a accompagnés avec pleins d’idées en tête, ce qui a fait que sur place, il s’est fait sa propre vie. »

Le DJ Vladimir Cauchemar et le Français de Moodoïd se sont rendus à Tokyo avec l’équipe de la Magnifique Society, en mai 2018 :

Si l’initiative rapporte « tout sauf de l’argent » selon son directeur, elle stimule la créativité et les échanges culturels. « Il n’y avait aucun lien entre la France et le Japon, le pays étant très fermé, ou même l’Asie de manière générale, analyse Vivien Becle. Ça a toujours été quelque chose d’excitant, parce que c’est une culture tellement différente…  tout ça a fonctionné parce qu’eux n’ont pas l’habitude de venir ici et nous on n’a pas l’habitude d’aller chez eux. »

Selon le directeur, ces voyages ont notamment permis de créer les visuels du festival. Sur place, l’équipe et les artistes ne rencontrent pas que des producteurs et des musiciens. Ils voient aussi des mangaka (des auteurs de manga), des gens de la mode, des journalistes… autant de personnes qui les stimulent artistiquement.

Des voyages qui donnent aussi des envies à l’équipe du festival. « Vous prenez le même nombre de public au Japon : ils sont tous alignés, bien rangés. Ils commencent le festival à 9h du matin. Cela pose des questions : est-ce qu’on pourrait amener ces choses, mais en les adaptant, comme commencer l’après-midi ?« , se demande Cédric Cheminaud, légèrement dubitatif sur l’idée de débuter un festival aux aurores.

Pour l’heure, l’ouverture sur l’Ouganda reste à l’état de projet. L’équipe aimerait y emmener Vladimir Cauchemar, pourquoi pas créer une collaboration artistique. Christian Allex, le programmateur de la Magnifique Society, a en tête de se tourner vers la Colombie. « Entre la Cartonnerie, le festival… nous sommes déjà suffisamment occupés, pose le directeur. Nous avons lancé les contacts, nous verrons les résultats. » Prudents, mais déjà des idées plein la tête.

La France dénonce «l’annexion» de la Crimée par la Russie, Moscou lui rappelle le cas de Mayotte

Paris a rappelé son opposition à «l’annexion» de la Crimée. Moscou lui a fait valoir le cas de Mayotte, maintenue en France à l’issue d’un référendum et ce, après la déclaration d’indépendance de l’archipel des Comores dont elle faisait partie.

«L’annexion de la Crimée par la Russie est illégale. La France le répète à l’occasion de la visite officielle du président Zelensky» : c’est le message publié par le compte Twitter en anglais de la diplomatie française le 17 juin, jour de la visite du chef d’Etat ukrainien à Paris. Le tweet s’accompagne d’une vidéo, dans laquelle le Quai d’Orsay déclare notamment : «La communauté internationale, l’Union européenne et la France continuent à accorder une grande importance à la restauration totale de la souveraineté de l’Ukraine et de son intégrité territoriale.»

La diplomatie française répétait, ici, la ligne constante de Paris concernant le rattachement à la Russie de la Crimée à l’issue d’un référendum en mars 2014. «La France ne reconnaîtra pas l’annexion de la Crimée», déclarait par exemple en juin 2018 le président français Emmanuel Macron.

Moscou a profité de cette occasion pour renvoyer la France à un cas diplomatique méconnu la concernant : celui de Mayotte. «Le président français Macron aurait dû discuter à son homologue ukrainien Zelensky de Mayotte, qui est devenu le 101e département français après un référendum en 2009 au lieu de mentionner la supposée «annexion illégale de la Crimée par la Russie», a tweeté le 18 juin le ministère russe des Affaires étrangères.

Mayotte, une «Crimée» française ?

Mayotte est un département français revendiqué par les Comores et dont l’appartenance à la France est contestée par certains pays.

En 1974, conformément au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la France organise un référendum sur l’indépendance des Comores. 96% des voix sont en faveur de celle-ci. Mais les quatre îles qui forment alors les Comores ne vont pas accéder à l’indépendance : comme le rappelle France Info, le président Giscard d’Estaing, «pressé notamment par la marine française qui ne souhaite pas perdre ce point d’appui, […] décide de prendre en compte le résultat du référendum île par île». Or, les électeurs de Mayotte, peuplée de Mahorais se sentant culturellement différents des habitants des trois autres îles, se sont prononcés contre l’indépendance.

Ainsi, lorsque les Comores proclament leur indépendance le 6 juillet 1975, le gouvernement français se déclare quelques jours plus tard «disposé à entamer avec les nouvelles autorités les pourparlers concernant les transferts de responsabilités»… mais ajoute : «S’agissant de l’île de Mayotte, le gouvernement tiendra compte de la volonté ainsi manifestée.»

Les autorités françaises décident donc de mettre en place un nouveau référendum, concernant l’indépendance ou le rattachement à la France de Mayotte. La France va jusqu’à utiliser son droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU, en février 1976, pour repousser un projet de résolution lui demandant de renoncer à ce nouveau référendum. Organisé en 1976, celui-ci confirme à plus de 90% la volonté de cette île de rester française.

La France, rappelle l’AFP, sera plus tard énergiquement «condamnée a l’ONU en raison de sa présence a Mayotte et sommée de se retirer de l’île», «partie intégrante de la république indépendante des Comores». Ainsi, dans sa résolution du 6 décembre 1994, l’Assemblée générale de l’ONU demande le respect de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale de l’archipel, faisant valoir que les frontières héritées de la colonisation étaient intangibles.

Enfin, en mars 2011, Mayotte est devenue le 101e département français après un référendum organisé en mars 2009. Les autorités comoriennes revendiquent toujours la souveraineté de Mayotte.

Simon Laplace : «les Français éprouvent une certaine tendresse pour Jacques Chirac»

Son nom est connu de tous les Français mais il demeure à bien des égards un mystère. Dans son livre «Jacques Chirac, une histoire française» (Editions Nouvelles Sources), paru ce mardi 18 juin, Simon Laplace dresse un portrait juste et précis de l’ancien chef de l’Etat et retrace l’ensemble de son parcours politique. Un ouvrage fouillé et accessible.

Depuis ses origines familiales corréziennes jusqu’à la mairie de Paris, ses deux élections présidentielles remportées, dont celle marquée par son face-à-face avec Jean-Marie Le Pen, et bien d’autres épisodes encore, l’auteur, jeune trentenaire haut fonctionnaire et élu municipal à Niort (Deux-Sèvres), revient ainsi sur chaque étape de la vie publique de l’ancien président de la République.

Préfacé par Bruno Le Maire, ce récit chronologique fidèle n’évite pas pour autant les «affaires» et scandales entachant son accession au pouvoir.

Mais on conservera avant tout en mémoire le souvenir d’un homme politique hors du commun, héritier du général de Gaulle et de Pompidou, au destin indissociable de l’histoire de la Ve République.

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Parce que Jacques Chirac est avant tout le président de mon enfance. Sa victoire à l’élection présidentielle de 1995 constitue mon premier souvenir historique et politique.

Je suis né en 1987 et j’ai aussi grandi avec l’élection du 21 avril 2002 lors de laquelle il s’est retrouvé face à Jean-Marie Le Pen et cela m’a beaucoup marqué.

Avec mon regard, qui est donc celui d’un jeune trentenaire et d’un élu local, j’ai ainsi eu envie de redécouvrir l’homme dans sa vérité et, sur le plan politique, de trouver ce qu’il a encore à nous dire dix ou vingt ans après.

Avez-vous rencontré des proches de l’ancien chef de l’État pour écrire votre ouvrage ?

L’idée du livre m’est aussi venue en ayant côtoyé des gens qui l’ont connu. Bruno Le Maire, qui a préfacé le livre bien sûr, mais aussi Jérôme Grand d’Esnon, l’ancien directeur de campagne de ce dernier et éminent chiraquien.

Mais ma démarche a été plutôt de revenir aux sources écrites, aux témoignages déjà formulés au sujet de Jacques Chirac. De toutes les analyser et de les rassembler. Puis de voir, avec plusieurs années de recul, quelle était la cohérence du parcours de l’ancien chef de l’Etat.

Outre l’ascension politique, votre livre lève aussi le voile sur son intimité et montre notamment son ouverture sur le monde, sa passion pour les arts et les cultures orientales. Les Français le connaissaient-ils mal, selon vous ?

Contrairement aux apparences, Jacques Chirac est un homme très pudique. Il s’est constitué l’image d’un homme aux goûts très simples, aimant la bière et la tête de veau, alors qu’il est, aussi, quelqu’un de très érudit.

Ce mystère Chirac, pour reprendre le qualificatif employé par Pierre Péan dans son ouvrage «L’inconnu de l’Elysée», tient en effet aussi par son amour méconnu pour les arts premiers et les civilisations lointaines, orientales en particulier.

Une passion qui lui vient de très loin puisqu’elle remonte à son adolescence. C’est d’ailleurs quelque chose qui va l’influencer profondément et façonner sa vision de l’homme et du monde.

Tout au long de sa vie, Jacques Chirac s’est employé à respecter le principe d’égalité entre les Nations, le droit international.

Son action politique reste marquée par une certaine vision de la dignité humaine, avec la lutte contre l’extrême-droite, le respect du modèle social français ou encore le principe de solidarité avec les plus faibles.

Comment expliquez-vous la sympathie qu’il suscite encore aujourd’hui, sa popularité ?

Beaucoup de Français, qu’ils soient de gauche ou de droite, éprouvent une certaine tendresse à l’égard de Jacques Chirac.

Sa popularité est bien sûr en partie celle que tous les anciens présidents peuvent avoir et, d’une certaine manière, est due également à une sorte de nostalgie envers une époque, allant des années 1970 à 1990. Une période empreinte de liberté, où la vie était plus simple.

Mais je pense surtout qu’il y a une équation personnelle de Chirac qui est faite d’humanité, d’un vrai sens du contact. C’est quelqu’un qui aimait vraiment le contact humain.

Il y avait aussi cette personnalité, à la fois brouillonne et réfléchie, à la fois homme de tradition et de modernité, Gaulois et très ouvert sur le monde.

Il est «le plus exceptionnel de tous les Français moyens» pour reprendre la citation de Jean D’Ormesson utilisée pour qualifier Georges Pompidou, Chirac est très pompidolien dans sa formation et dans son caractère.

Il correspond enfin à une certaine idée française du style présidentiel. A la fois digne et accessible. Je pense que cela peut aussi expliquer en partie pourquoi il reste un président dont les Français gardent un bon souvenir.

Votre ouvrage aborde aussi les sujets qui fâchent, comme les «affaires» ou la malheureuse formule «Le Bruit et l’odeur», employée en  1991 pour parler des immigrés. Pensez-vous que tout est pardonné aujourd’hui ?

Je pense d’abord que dans tout parcours humain – et a fortiori politique – il y a forcément des erreurs et des pages plus obscures que d’autres. Et, pour le coup j’aurais failli à mon devoir d’honnêteté intellectuelle si je n’en avais pas parlé.

Pour les affaires, c’était aussi une autre époque. Si, aujourd’hui, on est entré dans le «nouveau monde» et qu’il y a une attente d’exemplarité de la part des politiques, le contexte à l’époque de Jacques Chirac était totalement différent.

Je rappelle qu’il arrive en politique dans les années 1960, une période qui n’a rien de comparable en termes de financement et de fonctionnement des partis politiques.

Bien sûr, cela ne rend pas les affaires légales ou excusables, mais celles-ci se sont déroulées dans un contexte précis qui pose tout le cadre de la vie politique de l’époque.

Quel est son plus grand moment politique selon vous ? 

Les amateurs de politique retiendront probablement la présidentielle de 1995 où, contre toute attente, il déjoue en quelques mois tous les pronostics, jusqu’à atteindre la victoire.

Mais pour les Français en général, ce sera peut-être l’année 2003, lorsqu’il va s’elever au nom de la France – et en porte-voix de beaucoup d’autres nations du monde – contre l’intervention des Etats-Unis en Irak.

Il est à ce moment-là, et comme à d’autres moments de sa présidence,  fidèle à cet idéal gaullien de la France et de la fonction présidentielle.

Il est impossible de parler de Jacques Chirac sans aborder son épouse Bernadette. Quel a été son rôle durant toutes ces années ?

Bernadette Chirac a un rôle double et essentiel. Elle à la fois celle qui tient la maison, qui met de l’ordre dans la vie personnelle du président. Elle est la mère de famille frappée de plein fouet par la maladie de leur fille Laurence.

Mais elle a aussi un rôle politique dès le départ. Ainsi, dès les années 1970 et à la demande de son mari, elle s’engage politiquement en Corrèze, d’abord comme conseillère municipale, puis comme conseillère générale.

C’est d’ailleurs grâce à son élection, en 1979, que la droite conservera la présidence de la Corrèze. Bernadette Chirac a enfin ce rôle de conseillère politique «officieuse» auprès de son mari.

C’est ainsi elle qui obtiendra le renvoi des conseillers politiques occultes de Jacques Chirac, Pierre Juillet et Marie-France Garaud.

Surtout, pendant la campagne pour la réélection de son époux en 2002, elle fait preuve d’un flair politique hors-pair puisqu’elle voit la présence de Jean-Marie Le Pen face à Jacques Chirac au second tour.

Depuis toujours, Bernadette Chirac se déplace énormément en France. Elle a beaucoup de contacts et – en dehors du cadre très policé et très habituel des meetings – elle a ce talent de «sentir» les gens et les événements.

Après le fiasco des dernières Européennes, la droite va mal. Diriez-vous qu’il faudrait un Chirac pour la remettre sur pied ?

Je pense qu’avec un Chirac, la droite ne serait pas forcément dans l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui. Ce qui caractérise l’influence chiraquienne, c’était une droite de rassemblement en lien avec l’idéal gaulliste et pompidolien.

C’était une droite qui conciliait libéralisme et progrès social, menant une politique étrangère forte, et restant mesurée sur les sujets de société, tout en réunissant toutes les familles et tous les courants au sein d’un consensus commun.

Aujourd’hui, on voit une droite qui se recroqueville et qui se coupe de toute une partie de la population en assumant un discours très dur, que ce soit sur les questions de société ou les questions économiques.

En somme, je pense que si la droite en est là aujourd’hui – et si d’ailleurs Emmanuel Macron en est là lui-même aujourd’hui – c’est précisément parce que la droite a oublié tous ces messages fondamentaux du chiraquisme.

Que reste-t-il de Chirac aujourd’hui ? Quel est l’homme politique contemporain qui, d’après-vous, se rapproche le plus de lui ?

Il y a une influence Chirac certaine chez beaucoup d’hommes politiques. En fait, Jacques Chirac représente une figure que beaucoup à droite continuent de porter.

Bruno le Maire, pour ne citer que lui, est forcément marqué par la vision humaine et internationale de Chirac. Mais, d’une certaine façon, on peut chez Emmanuel Macron retrouver aussi une certaine influence chiraquienne, dans la nécessité de réformes alliant sauvegarde du modèle social.

Mais, dans l’ensemble, je serais bien en peine de vous citer «le nouveau Chirac . Je pense d’ailleurs que c’est aussi à cela que l’on mesure l’importance et la singularité du personnage.

Dernière question : il existe beaucoup de photos sur Jacques Chirac et, finalement, sur la couverture du livre, ne figure que son emblématique paire de lunettes. Pourquoi ce choix ?

C’est un pari stylistique de l’éditeur qui voulait faire une couverture originale. La plupart des biographies politiques, ou ouvrages historiques, ont bien souvent en couverture le portrait de la personnalité considérée.

Notre idée était plutôt de contourner cette «règle» par une sorte de clin d’œil, en mettant cette paire de lunettes. Un symbole du personnage Chirac et de son époque.

L’ex-président Sarkozy sera jugé pour corruption

Pour la première fois sous la Vème République, un ancien président sera jugé pour corruption en France: la justice a définitivement validé le renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel dans l’affaire dite des «écoutes».

La Cour de cassation a rejeté mardi les derniers recours formés par l’ancien chef de l’État, son avocat et ami Thierry Herzog et l’ex-haut magistrat Gilbert Azibert qui tentaient d’éviter un procès.

Le procès de Nicolas Sarkozy, sur lequel pèse par ailleurs la menace d’un procès pour «financement illégal» de sa campagne de 2012, devrait se tenir dans les prochains mois à Paris. Aucune date n’est encore fixée.

Il est soupçonné d’avoir tenté d’obtenir début 2014, via son avocat Thierry Herzog, des informations secrètes auprès de Gilbert Azibert dans une procédure concernant la saisie de ses agendas dans l’affaire Bettencourt (une affaire de dons octroyés à l’ancien parti de droite UMP par la richissime héritière du groupe L’Oréal Liliane Bettencourt) — soldée pour lui par un non-lieu en 2013 — en échange d’un coup de pouce pour un poste prestigieux à Monaco.

Au terme de leur instruction, émaillée de nombreux recours, les juges français avaient ordonné le 26 mars 2018 un procès pour «corruption» et «trafic d’influence» contre les trois hommes, conformément aux réquisitions du parquet national financier (PNF) en octobre 2017. MM. Herzog et Azibert seront aussi jugés pour «violation du secret professionnel».

Dans un réquisitoire sévère, le 5 octobre 2017, le PNF avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d’«un délinquant chevronné» et stigmatisé les nombreux recours intentés par ses avocats qui avaient «paralysé» l’instruction.

Alias «Paul Bismuth»

L’affaire trouvait son origine dans les interceptions de conversations téléphoniques de l’ex-chef de l’État avec son avocat, diligentées dans le cadre d’une autre enquête, celle sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007.

Grâce à ces écoutes, les policiers avaient notamment découvert que Nicolas Sarkozy utilisait un portable secret ouvert au moyen d’une carte prépayée sous l’alias de «Paul Bismuth» pour communiquer avec un unique interlocuteur: son avocat.

D’après les conversations enregistrées, Nicolas Sarkozy semblait s’engager à intervenir en faveur de Gilbert Azibert pour un poste de prestige à Monaco — qu’il n’a finalement jamais eu.

Nicolas Sarkozy avait renoncé à cette démarche au dernier moment, toujours d’après ces écoutes. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s’expliquer par le fait que Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog venaient d’apprendre que leurs téléphones secrets avaient été placés sur écoute.

Les enquêteurs se sont aussi interrogés sur d’éventuelles interventions de Gilbert Azibert, que ce dernier réfute, pour influer sur la décision des magistrats de la Cour de cassation, qui avaient rendu une décision défavorable à l’ex-chef de l’État sur ses agendas, dont le contenu était susceptible d’intéresser des magistrats enquêtant dans d’autres dossiers, notamment l’arbitrage Tapie.

«M. Azibert n’a rien obtenu, je n’ai pas fait de démarche et j’ai été débouté par la Cour de cassation» concernant les agendas, s’était défendu l’ancien président après sa mise en examen.

Les écoutes policières, socle de l’accusation, avaient été validées par la Cour de cassation en mars 2016. Mais elles devraient encore alimenter une âpre bataille à l’ouverture du procès.

Dans ses derniers recours, la défense de Nicolas Sarkozy soulevait notamment une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) datant de juin 2016, selon laquelle une retranscription d’écoutes peut être utilisée contre un avocat, mais pas son client.

«La Cour de cassation n’a pas écarté les moyens de droit qui avaient été soulevés par la Défense, mais a choisi de laisser au tribunal le soin de les trancher», a réagi dans un communiqué à l’AFP son avocate, Jacqueline Laffont.

«Il appartiendra au tribunal de dire si une juridiction française peut s’affranchir d’une décision» de la CEDH, a-t-elle notamment déclaré.

Nicolas Sarkozy vit sa retraite politique sous pression judiciaire: il a également été inculpé le 21 mars 2018, notamment pour corruption passive, dans l’affaire libyenne.

Québec: la loi sur l’immigration qui brise le rêve de nombreux Français

Un texte voté dimanche entérine l’annulation de 18.100 demandes d’immigration. Pour de nombreux Français, dont certains sont déjà sur le territoire, c’est une désillusion.

Le suspense est terminé. Les députés québécois de l’opposition ont bataillé dans la nuit de dimanche avec leurs homologues de la majorité. Sans succès. Par l’adoption de son projet de loi 9 sur l’immigration, le gouvernement de François Legault a jeté à la poubelle les dossiers de 18.100 candidats à l’immigration (dont plus de 3500 sont déjà sur le territoire), parmi lesquels de nombreux Français. Tout avait commencé en février dernier. Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, avait alors brutalement annoncé l’annulation de ces 18.100 dossiers, soit environ 50.000 personnes lorsque l’on compte les proches. La raison officielle? La mise en place d’un nouveau système de sélection de l’immigration, avec de nouveaux critères. Selon Québec, les 18.100 candidats à l’immigration, dont les demandes datent parfois de 2016, ne répondent plus aux besoins économiques de la Belle Province. Il faut «répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration …

Centenaire de la grève de Winnipeg

Évènement majeur de la lutte ouvrière au Canada, la grève de Winnipeg de 1919 reste inégalée dans son ampleur. Comment a-t-elle éclaté ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ? Trois universitaires reviennent sur cet épisode unique de l’histoire du Canada.

21 juin 1919. Winnipeg sombre dans le chaos. Près de 30 000 grévistes marchent dans les rues de la ville, contenus tant bien que mal par la police montée et les troupes fédérales. Soudain, les choses tournent mal, la police à cheval charge et deux manifestants sont tués, des dizaines de personnes blessées. C’est le fameux « samedi sanglant ».

Une ville sous haute tension

Plusieurs mois de malaise social grandissant précèdent le drame. Les syndicats des travailleurs du métal et de la construction exigent une augmentation salariale, de meilleures conditions de travail et, surtout, le principe de négociation collective.

Après des mois de discussions infructueuses, la grève est déclarée le 1er mai par les métallurgistes, bientôt rejoints par différentes organisations ouvrières, à l’instar du Congrès des métiers et du travail. La ville tout entière ne tarde pas à gonfler les rangs des grévistes, proclamant la grève générale le 15 mai 1919.

Plusieurs dizaines de milliers de travailleurs quittent ainsi leur poste : opérateurs téléphoniques, ouvriers, vendeurs en magasins, employés postaux… « La ville est complètement paralysée », commente Guillaume Durou, sociologue au Campus Saint-Jean à Edmonton. Quelque 10 000 vétérans de la Première Guerre mondiale se joindront même aux grévistes.

Face aux manifestants, les industriels, employeurs, banquiers et politiciens influents de la ville s’organisent et forment le Citizens’ Committee of 1,000. Rapidement, les ministres fédéraux de l’Intérieur et du Travail viennent leur prêter main-forte, craignant que le mouvement n’enflamme le pays. Leur stratégie : accuser le mouvement de conspiration révolutionnaire bolchévique.

Car la révolution russe de 1917 a fait des émules au sein de la population ouvrière nord-américaine, pour beaucoup composée d’immigrants européens. « La grève de Winnipeg s’inscrit dans la mouvance des lendemains de la révolution bolchévique de 1917, même si on l’a mythifiée. Il ne faut pas croire que les ouvriers pensaient faire la révolution », tempère Marie LeBel, historienne à l’Université de Hearst en Ontario.

Un monde ouvrier en pleine ébullition

Au lendemain de la fin de la Première Guerre mondiale, l’inflation est incontrôlable, les salaires faibles, les conditions de vie laborieuses et les vétérans de retour du front font face au chômage. En parallèle, la guerre a profité aux patrons, l’économie ayant stimulé le complexe militaro-industriel. « La guerre a creusé les inégalités », résume Guillaume Durou.

Surtout, la grève intervient au moment où le déclin économique de Winnipeg est déjà amorcé. La ville était portée depuis les années 1880 par l’expansion du chemin de fer et connaissait des taux de croissance spectaculaires. « On disait que Winnipeg était le Chicago du Nord », illustre Patrick Noël. Mais avec la guerre et l’ouverture du canal de Panama en 1914, qui vient concurrencer le réseau ferroviaire pour le passage de l’Atlantique au Pacifique, la ville entre en récession.

Tandis que la peur de la contagion hante les capitalistes, les ouvriers ont le sentiment que la balance penche en leur faveur. Partout au Canada, des mouvements de revendication ouvrière éclatent. Un large mouvement de syndicalisation s’installe en Amérique du Nord, porté notamment par le puissant Industrial Workers of the World (IWW) de Chicago. « C’est l’âge d’or des luttes ouvrières », décrit le professeur en sociologie.

C’est dans cette époque de croissance et de profondes inégalités que naît à Calgary le One Big Union, le tout premier projet d’union de l’ensemble des syndicats, de l’Ontario jusqu’au Pacifique, inspiré du bagage idéologique des immigrants. La plupart viennent en effet d’Europe de l’Est et de Scandinavie, des pays à tradition syndicale plus radicale. « Les immigrants apportent un savoir-faire syndical qui renouvèle la façon de penser le syndicalisme au Canada », perçoit Patrick Noël, historien à l’Université de Saint-Boniface à Winnipeg, poussant ainsi « le souffle de vent rouge » à travers le pays.

Une réponse coercitive

Face à la grogne, les autorités renforcent la Loi sur l’immigration et élargissent la notion de sédition. Ils menacent de licenciement les employés municipaux s’ils ne retournent pas au travail, « tout en refusant de s’assoir à la table des négociations avec les grévistes », note Patrick Noël.

Le 9 juin, tous les policiers de la ville sont licenciés pour leur sympathie à l’égard des manifestants. Le Committee les remplace alors par une police ‘spéciale’, « sorte de cavalerie sans entrainement au contrôle des foules, bien mieux payée que les policiers municipaux », relève Guillaume Durou. Bientôt rejointe par la Police à cheval du Nord-Ouest, ancêtre de la Gendarmerie royale, leur réaction est violente, car l’État est bien décidé à « neutraliser les forces rouges ».

Outre le samedi sanglant, la quasi-totalité du mouvement se déroule dans la non-violence. « Ça aurait pu mal tourner, mais on a noté le pacifisme des grévistes, leur refus de l’escalade », observe Marie LeBel. À la différence des autres mouvements nord-américains de l’époque, la grève de Winnipeg constitue de ce point de vue « un mouvement organisé et discipliné ».

Le 17 juin, le gouvernement fait arrêter dix chefs de file grévistes. Pour justifier les perquisitions et arrestations arbitraires, « les instances politiques parlent de sédition », commente Guillaume Durou. Cependant, l’évènement provoque une vague de sympathie à travers le pays. D’Amherst en Nouvelle-Écosse à Victoria en Colombie-Britannique, « le souffle de révolte traverse le Canada », observe le sociologue qui dénombre plus de 200 grèves de sympathie entre mai et juillet 1919, mobilisant 19 000 travailleurs solidaires.

Finalement, la grève se conclura par une effusion de sang et peu d’acquis salariaux. « Les avancées sont plus politiques », perçoit ici Guillaume Durou, évoquant la naissance de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF) en 1932, ancêtre du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Certes, les employeurs ne cèdent que quelques centimes de salaire, plusieurs leadeurs syndicaux sont emprisonnés et le principe de négociation collective ne sera approuvé qu’à la fin des années 1920. Malgré tout, les grévistes ont remporté la bataille des consciences en frappant un grand coup : la grève de Winnipeg demeure la seule grève générale de l’histoire du Canada.