10 films sur le sexe et le plaisir pour oublier la distanciation sociale

En cette interminable période d’épidémie qui ne favorise pas les étreintes libérées, zoom sur dix films qui ont honoré le désir comme il le méritait. Dix films qui rappellent que le sexe peut être un excellent argument pour les cinéastes, pourvu que le talent et l’audace soient au rendez-vous.

1. « 21 nuits avec Pattie », de Arnaud et Jean-Marie Larrieu. 2015

La très prude Caroline (Isabelle Carré) se rend dans un village du sud de la France pour enterrer sa mère. Elle rencontre la très libérée Pattie (Pattie) qui plébiscite le sexe et l’entraîne dans diverses aventures sensuelles… Dix ans après le bien nommé « Peindre ou faire l’amour », les frères Larrieu, adeptes fervents de l’épicurisme, s’en donnent à cœur joie dans ce film insolent et joyeusement érotique. Pour le plus grand plaisir de leurs comédiennes. « Comme actrice, je ne me pose aucune barrière morale et j’ai bien l’intention de continuer à profiter de cette liberté totale nous racontait Karin Viard en 2015. J’ai été stupéfaite de constater à quel point « 21 nuits avec Pattie » tout comme, dans un genre voisin, « Lolo », de Julie Delpy où mon personnage racontait son désir de se « faire ramoner la cheminée », ont plu aux femmes. Beaucoup de spectatrices m’ont fait part de leur jubilation d’entendre des héroïnes parler ainsi. ». À la fin de notre entretien réalisé dans un bar d’hôtel parisien, une jeune anonyme vint saluer Karin Viard et lui raconta que « 21 nuits avec Pattie » l’avait « réconciliée avec le sexe ». Quel plus beau compliment ?

2. « Shortbus », de John Cameron Mitchell. 2006

Sofia, une sexologue new yorkaise ultra-compétente dans l’exercice de ses fonctions professionnelles, souffre de ne point connaître l’orgasme dans sa vie érotique personnelle. Frustrée, l’héroïne cherche à résoudre son douloureux problème en fréquentant une boîte underground qui, chaque semaine, organise une orgie sexuelle baptisée « Shortbus »… Sus au puritanisme et vive l’exaltation de tous les sens dans toutes les positions ! Dans « Shortbus », l’Américain John Cameron Mitchell flirte avec la pornographie et signe une comédie de mœurs singulière où les corps et les âmes exultent.

3. « Crash », de David Cronenberg

Le sexe et les zones troubles du désir ont toujours passionné David Cronenberg. En adaptant le roman « culte » de J.G Ballard, le cinéaste se déchaîne et met en scène avec une dérangeante délectation les aventures classées X d’un couple dont la vie érotique est indissociable des accidents automobiles qui suscitent son excitation. Célébration des noces entre Eros et Thanatos, « Crash » fut l’objet de violentes polémiques au Festival de Cannes en 1996 et contient quelques scènes « hot » mémorables avec Deborah Kara Unger et James Spader. Loin du puritanisme neurasthénique de certains cinéastes qui s’essaient au « film sulfureux » (en tête de liste : Lars Von Trier avec son éprouvant « Nymphomaniac »), cette ode au plaisir vénéneuse et décapante secoue les esprits et les corps.

4. « Happy Few », d’Antony Cordier. 2010

Deux couples se rencontrent et ne tardent pas à éprouver de brûlants désirs qui font « bouger les lignes » conjugales… L’amour et le plaisir à géométrie variable : aux antipodes des clichés sur l’échangisme, Antony Cordier met en scène quatre personnages qui ignorent les tabous et les convenances. Formidablement aidé par ses excellents acteurs (Marina Foïs, Elodie Bouchez, Roschdy Zem, Nicolas Duvauchelle), le cinéaste met en scène avec énergie les désirs crus de ses protagonistes et donne à voir avec subtilité leurs sentiments contradictoires, leur jalousie et les peurs intimes qui accompagnent les plus délicieux vertiges. Le spectacle est recommandable.

5. « Lady Chatterley », de Pascale Ferran. 2006

Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, Constance, épouse de Sir Chatterley, s’ennuie à mourir dans sa vaste demeure. Sa rencontre avec un garde-chasse réveille ses sens depuis trop longtemps endormis. En adaptant Lady Chatterley et l’homme des bois, le roman de D.H Lawrence, la trop rare Pascale Ferran met en scène une passion fiévreuse et rend compte avec une rare sensibilité des états d’âme et de corps de son héroïne, incarnée par Marina Hands. Des César en ribambelle (dont celui du meilleur film et de la meilleure actrice) sont venus récompenser cette merveille.

6. « Boogie  Nights », de Paul Thomas Anderson. 1997

Eddie Adams, dans la Californie délurée des années 70, est engagé pour jouer dans des films pornographiques où la taille de son sexe lui vaut de connaître rapidement une notoriété enviable… Dans son second film, Paul Thomas Anderson, l’un des meilleurs cinéastes américains en activité (« There Will Be Blood », « Phantom Thread »), dresse le portrait passionnant d’une figure du porno des années 70 (incarné par Mark Wahlberg) et radiographie les derniers feux d’une époque encore insouciante.

7. « La Vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche. 2013

L’histoire d’amour enivrante entre Emma et Adèle : deux jeunes filles issues d’horizons sociaux différents… Dans ‘La Vie d’Adèle’, Abdellatif Kechiche, sans fard, donne à voir combien l’amour, le grand amour, est aussi une affaire d’attraction sexuelle et de désir ardent. Ce que le cinéma « traditionnel », effrayé par les foudres de la censure, ose rarement montrer. Cinq ans plus tard, le cinéaste, en arpentant des territoires voisins, a malheureusement été moins inspiré avec « Mektoub my love » : cette longue, très longue, « performance » voyeuriste.

8. « Perfect Mothers », d’Anne Fontaine. 2013

De « Nettoyage à sec », en 1997, sur les amours volcaniques d’un couple a priori tranquille, à « Blanche comme neige », en 2019, une variation farcesque et sensuelle sur Blanche neige, Anne Fontaine a souvent autopsié les désirs exaltés de ses personnages. Dans « Perfect Mothers », d’après une nouvelle de Doris Lessing, elle met en scène deux amies quarantenaires (campées par Naomi Watts et Robin Wright) qui entament une liaison érotique et amoureuse avec… leur fils respectif de 19 ans. Projeté au Festival de Sundance en 2013, ce film audacieux fut la cible des ligues de vertu américaines, choquées par ce spectacle en rien puritain. Aux antipodes du sensationnalisme et des poncifs sur les « Cougar », « Perfect Mothers » entraine le spectateur dans une passionnante odyssée transgressive.

9. « L’amant double », de François Ozon. 2017

Dans ce thriller psychologique inspiré par un roman de Joyce Carol Oates (L’Amour en double, Éd. Stock), François Ozon, un cinéaste fasciné depuis toujours par les ambivalences du désir, suit à la trace une jeune femme (Marine Vacth) qui consulte un psy pour soigner sa dépression et entame avec lui des aventures dangereusement schizophrènes. « La complexité m’attire et tout ce qui est rassurant m’indiffère, nous racontait le cinéaste en 2017. J’aime relever les défis et tenter de nouvelles expériences à chaque film. Je n’ai jamais eu envie d’être catalogué et rangé dans une case. C’est peut-être pour cette raison que la double vie et la double personnalité sont des thèmes qui m’obsèdent ». Troubles de l’identité et mystères de la sexualité : fidèle à des obsessions qui rappellent celles de Fassbinder ou d’Almodovar, François Ozon, avec « L’amant double » », trousse une de ses fictions les plus sensuelles et perturbantes.

10. « Passion Simple », de Danielle Arbid. 2021

Le temps d’une aventure fiévreuse, une prof de fac (Laetitia Dosch) sacrifie sa vie familiale et professionnelle à son obsession érotique pour un amant avec lequel elle n’entretient aucun point commun. Mais le désir a ses raisons que la raison ignore… Quand les salles de cinéma rouvriront leurs portes, les spectateurs pourront découvrir « Passion simple » : l’adaptation du roman autobiographique de Annie Ernaux mis en scène par la talentueuse Danielle Arbid. En 1992, à l’époque de la publication du livre, certains commentateurs avaient reproché à la romancière, pourtant figure du féminisme hexagonal, d’avoir dépeint une héroïne soumise aux desiderata d’un mâle archaïque. En 2021, on guettera évidemment avec impatience les réactions face à ce film brûlant et « incorrect ».

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