Le “capitalisme viral” peut-il sauver la planète ?

Eclairage signé Christian de Perthuis, professeur d’université

La pandémie a accéléré la numérisation de l’économie, la bascule vers le « capitalisme viral » suivant la formule d’Yves Citton. Cette mue nous éloigne du capitalisme d’hier basé sur les énergies fossiles. Elle dope la transition énergétique en substituant l’électron vert aux sources fossiles et en investissant dans les réseaux intelligents et l’efficacité énergétique. Mais le capitalisme viral pousse au consumérisme, incompatible avec la sobriété énergétique. Il génère des inégalités croissantes de patrimoine minant la cohésion sociale. Il préconise des logiques de contrôle de la nature quand la résilience exige d’investir dans la diversité du milieu naturel et des êtres vivants le composant. C’est pourquoi la transition bas carbone implique de puissantes régulations pour subordonner la logique du capitalisme viral à l’intérêt général et à l’impératif de préservation de la planète.

L’un des effets les plus sûrs de la pandémie est d’accélérer la numérisation de l’économie, la bascule vers le « capitalisme viral » suivant la formule d’Yves Citton. Les indices boursiers nous le rappellent tous les jours. Exxon, longtemps première capitalisation mondiale, a été sorti du Dow Jones.

Tesla vaut plus cher que Ford et General Motors réunis, et Zoom plus que l’ensemble des compagnies aériennes et hôtelières américaines. Cette mue du capitalisme thermo-industriel d’hier basé sur les énergies fossiles était amorcée depuis la crise financière de 2009. Le coronavirus lui a donné un coup d’accélérateur qui va doper la transition énergétique.

Les ressorts du capitalisme viral

Avant l’invasion du coronavirus, nous avions oublié les virus biologiques, obnubilés que nous étions par leurs cousins informatiques. Dans le monde numérique, les virus menacent la stabilité des réseaux. Pour prévenir leur effondrement, il existe quantités de vaccins qu’on peut se procurer sur le marché : des anti-virus. Ces défenses individuelles seraient inopérantes en l’absence d’opérateurs qui détectent les attaques virales. Des opérateurs de « santé publique » exerçant à notre insu une surveillance sur chacun d’entre nous.

Comme le rappelle Yves Citton (1), le virus numérique est alternativement un ennemi et un allié, ou une manne potentielle. Chaque youtubeur rêve que sa vidéo devienne virale. Quand un tweet le devient, le réseau s’emballe. Il peut rapporter beaucoup de renommée, et aussi… beaucoup d’argent ! Le gisement de valeur du capitalisme numérique est le stock d’information qu’il détient sur chacun de nous.

Nous-mêmes alimentons ce stock par les traces que nous laissons à chacune de nos communications, de nos déplacements, de nos achats. Cette information se multiplie à la façon du virus pour devenir matière à valorisation. Son coût additionnel d’acquisition (le coût «marginal») est négligeable une fois les investissements de départ effectués. C’est ainsi que se construisent les fortunes des GAFAM et celle des autres opérateurs du capitalisme viral.

L’expansion du capitalisme viral dope la transition énergétique. Il substitut du transport d’information à du transport de personnes ou de marchandises. Son carburant est l’électron.

Dans la mobilité terrestre, il ne s’intéresse pas au moteur à combustion mais aux systèmes de conduite automatique et à la mobilité électrique. Dans la mobilité aérienne, ce sont les drones, les taxis aériens, les avions électriques de demain qui attirent ses investissements.

Dans la transition énergétique, il est motivé par les nouvelles sources d’énergie renouvelables, la gestion intelligente des réseaux, les méthodes d’intelligence artificielle, la ville connectée.

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