Même les jeunes RÉPUBLIQUES se lassent du capitalisme, selon les sondeurs américains — RT USA News

Moins de la moitié des jeunes Américains ont une vision positive du capitalisme, selon un nouveau sondage. Même les jeunes républicains sont de plus en plus sceptiques – mais ne vous attendez pas à ce que l’Amérique devienne complètement socialiste pour l’instant.

Un sondage Axios publié vendredi a révélé qu’aux États-Unis capitalistes, seulement 49% des Américains âgés de 18 à 34 ans soutiennent réellement le capitalisme. Et 51% déclarent avoir une vision positive du socialisme.

Depuis plusieurs années, les sondages ont trouvé un soutien au socialisme croissant parmi les démocrates et les jeunes. En conséquence, les démocrates qui se présentent sur des plateformes explicitement socialistes – comme les membres des Democratic Socialists of America Alexandria Ocasio-Cortez (D-New York) et Rashida Tlaib (D-Michigan) – ont traduit ce mécontentement en succès électoral.

Cependant, le dernier sondage a révélé que les jeunes républicains, généralement des défenseurs infatigables du capitalisme de libre marché, en ont marre du système qu’ils ont l’habitude de défendre. Parmi les républicains âgés de 18 à 34 ans, environ 66% ont désormais une vision positive du capitalisme, contre 81% en 2019. Mais 56% des jeunes républicains souhaitent que le gouvernement se concentre sur la réduction des inégalités de richesse, contre seulement 40% en deux ans. depuis.https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?us_privacy=1—&client=ca-pub-5390986774482540&output=html&h=280&adk=180704450&adf=4168993513&pi=t.aa~a.2874080257~i.7~rp.4&w=1092&fwrn=4&fwrnh=100&lmt=1628065615&num_ads=1&rafmt=1&armr=3&sem=mc&pwprc=5987108905&psa=1&ad_type=text_image&format=1092×280&url=https%3A%2F%2Fnews-24.fr%2Fmeme-les-jeunes-republiques-se-lassent-du-capitalisme-selon-les-sondeurs-americains-rt-usa-news%2F&flash=0&fwr=0&pra=3&rh=200&rw=1092&rpe=1&resp_fmts=3&wgl=1&fa=27&dt=1628065633854&bpp=2&bdt=2280&idt=-M&shv=r20210729&mjsv=m202108030101&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&cookie=ID%3D5bc0ba73a725e77e-2207b6abaeca00da%3AT%3D1628065618%3ART%3D1628065618%3AS%3DALNI_MbfJtFs3LXLAMzQhf9X_KnK26CNWQ&prev_fmts=0x0%2C1092x280%2C1092x280%2C1092x280&nras=3&correlator=4582349290288&frm=20&pv=1&ga_vid=188329949.1628065617&ga_sid=1628065633&ga_hid=1441312153&ga_fc=0&u_tz=330&u_his=4&u_java=0&u_h=720&u_w=1280&u_ah=680&u_aw=1280&u_cd=24&u_nplug=0&u_nmime=0&adx=85&ady=1595&biw=1263&bih=567&scr_x=0&scr_y=416&eid=20211866&oid=3&pvsid=4333132958230926&pem=75&eae=0&fc=1408&brdim=-7%2C-7%2C-7%2C-7%2C1280%2C0%2C1295%2C695%2C1280%2C567&vis=1&rsz=%7C%7Cs%7C&abl=NS&fu=128&bc=31&ifi=5&uci=a!5&btvi=3&fsb=1&xpc=dqEjBFITRH&p=https%3A//news-24.fr&dtd=358

Axios attribue cette augmentation au fait que davantage d’Américains voient le « avantages tangibles de niveaux d’intervention gouvernementaux sans précédent » pendant la pandémie de coronavirus. En effet, le président de l’époque, Donald Trump, a critiqué les deux partis au Congrès pour avoir accepté d’envoyer « ridiculement bas » chèques de relance de 600 $ en décembre, au lieu des 2 000 $ qu’il a réclamés – une critique qui aurait été étrangère à un président républicain au cours des dernières décennies. Tout aussi rarement, Ocasio-Cortez et Tlaib étaient tous deux d’accord avec Trump sur la question.

Pourtant, l’abandon par la droite du capitalisme sans entraves est en cours depuis avant que la pandémie ne frappe. L’animateur de Fox News, Tucker Carlson, l’animateur de nouvelles du câble le plus regardé aux États-Unis et une influence sur Trump pendant son mandat à la Maison Blanche, a soutenu les propositions des démocrates visant à briser les monopoles technologiques de la Silicon Valley et a condamné « républicain grand public » se concentrer sur le « religion » de « capitalisme de marché ».

« Aucune crise climatique ne causera la fin du capitalisme ! »

Andreas Malm est un très sympathique quadragénaire suédois, militant de longue date contre le réchauffement climatique. Invité à Paris par son éditeur, La Fabrique, à l’occasion de la publication en France de son dernier ouvrage, il a par conviction traversé l’Europe en train, au départ de Malmö. Géographe spécialisé en écologie humaine de l’université de Lund, en Suède, il propose notamment une analyse du mouvement climat au sein de la vie politique suédoise (longtemps sous hégémonie sociale-démocrate), lui qui est originaire du même pays que Greta Thunberg. En septembre dernier, il a publié La Chauve-souris et le capital. Stratégie pour l’urgence chronique.

Andreas Malm est par ailleurs membre du collectif Zetkin, composé de chercheurs, d’enseignants et d’activistes de plusieurs nationalités œuvrant à la préservation du climat et de la biodiversité. Ce groupe s’intéresse notamment aux discours sur l’écologie politique de l’extrême droite européenne ou américaine. Malm a ainsi dirigé l’ouvrage collectif Fascisme fossile. L’extrême droite, l’énergie, le climat, qui met au jour la longue tradition de dénégation des enjeux climatiques due à l’engouement de l’extrême droite pour un développement fait de croissance économique constante grâce aux énergies fossiles.

Plus largement, il analyse ici la crise climatique, qu’il conçoit aujourd’hui comme intrinsèquement liée à la conjonction entre la crise sanitaire due au covid-19, source d’un effondrement de l’expansion capitalistique, et la destruction de la biodiversité, permettant la dispersion géographique des zoonoses. Le tout dans un mouvement incessant. En attendant la prochaine pandémie…

On parle généralement d’urgence climatique. Pourquoi lui préférez-vous celui d’« urgence chronique » ?

Andreas Malm : J’ai repris ce terme d’une étude de plusieurs scientifiques qui ont analysé la crise du covid-19 (notamment ses causes) et la crise climatique. Il traduit l’idée que ces deux désastres sont en train de devenir permanents, et non plus temporaires, l’un après l’autre : l’urgence apparaît donc comme chronique. Et la seule voie pour nous en sortir, c’est désormais d’agir contre les causes de ces crises, d’en modifier les conditions de développement.

Vous écrivez que le capitalisme, « survivant à tous ses hôtes », a longtemps semblé un « parasite qui ne meurt jamais », mais qu’il pourrait bien aujourd’hui avoir rencontré des « limites naturelles » à son « espérance de vie ». Que voulez-vous dire ?

Le capitalisme rencontre de réels problèmes, en raison de ce qu’il faut appeler ses « limites naturelles ». Toutefois, je ne crois pas que les problèmes environnementaux puissent causer son déclin avant qu’il ne parvienne à entraîner l’effondrement de la planète tout entière. Si le capitalisme a la possibilité de continuer ainsi dans la voie incontrôlée dans laquelle il se trouve, sans aucune régulation ni limitation, il ne pourra certainement causer – sans possibilité de retour – qu’un processus croissant vers une destruction incommensurable du climat, de la biodiversité et de tout le reste…

Je ne distingue aucune autre voie que la coercition pour obtenir des entreprises qu’elles changent leurs comportements.

Certains marxistes pensent que les problèmes environnementaux pourront être la cause d’une crise majeure du capitalisme et entraîner, à terme, sa chute. Même s’ils ne disposent pas vraiment de preuves à l’appui de cette thèse, on peut bien sûr interpréter le covid-19 (et la crise économique qu’il entraîne) comme un exemple potentiel de ce processus : celui d’un phénomène environnemental causant une maladie zoonotique ayant eu pour conséquence une crise économique majeure au début de la décennie 2020. Toutefois, le covid-19 n’a certainement pas tué le capitalisme. Et je ne pense pas que quelque chose puisse annihiler le système capitaliste, sauf certains processus sociaux précis par lesquels de nombreuses forces humaines s’organisent pour travailler ensemble dans les mêmes directions contre ce système. Mais je ne crois pas qu’une crise environnementale parviendra jamais à elle seule à causer la fin du capitalisme !

Innovation : le capitalisme « responsable », faux problème et vraie diversion

La critique du capitalisme est une sorte de passage obligé pour un homme politique en difficulté en France. Elle est pratique parce qu’elle séduit sur un assez large spectre, de gauche à droite. On pourrait donc considérer cette déclaration comme un simple exercice de rhétorique sans grande importance, mais ce faisant on commettrait une erreur, car cette expression révèle beaucoup sur la grande difficulté de l’Europe et surtout de la France à établir un diagnostic pertinent sur leur déclin accéléré.

En se trompant de diagnostic, on s’interdit de résoudre le problème. L’exercice se révèle donc dangereux.

L’appel à un capitalisme « responsable » par le président de la République est bien sûr avant tout une tactique politique. Nous sommes en période électorale et il s’agit probablement pour lui de parler à la gauche en essayant de faire oublier son image libérale, c’est de bonne guerre.

En critiquant un capitalisme devenu « fou », il est certain de marquer des points, même si cela ne repose sur aucun fait tangible. Mais au-delà d’agiter de vieux épouvantails, cette déclaration pose deux problèmes : le premier, c’est qu’elle sert à faire diversion sur les dysfonctionnements de l’État, et le second c’est qu’elle traduit un diagnostic erroné sur l’état du capitalisme en Europe.

Exiger un capitalisme « responsable », une diversion

Prôner un capitalisme responsable, c’est tenter de faire diversion pour éviter de poser la question de la responsabilité de l’État. Rappelons que celui-ci a abordé la crise de la Covid en ayant détruit les stocks de masques, puis a officiellement expliqué aux Français que le port du masque était inutile, et que de toute façon ils étaient trop bêtes pour savoir en mettre un.

Il a ensuite fallu près d’une année à cet État pour mettre en place une campagne de tests systématiques et les débuts de la campagne de vaccination ont été une série d’humiliants dysfonctionnements très largement constatés sur lesquels il n’est pas utile de revenir. La seconde vague a été abordée sans qu’aucune capacité supplémentaire n’ait été créée en réanimation, ce qui a nécessité un nouveau confinement pour éviter l’engorgement des services.

Après 18 mois de Covid, le collège public de mes enfants n’a pas organisé une seule heure d’enseignement à distance via un logiciel de téléconférence, et son application d’espace numérique de travail date visiblement des années 1990 ; elle s’est d’ailleurs effondrée dès les premiers jours d’arrêt des cours présentiels. Dès les premiers jours du confinement, la Poste a quasiment cessé de fonctionner.

Et ce ne sont là que les défaillances directement liées à l’épidémie. On comprend que le chef de l’État souhaite parler d’autre chose que la réforme de l’État, et faire diversion… Au Moyen-Âge, quand les choses tournaient mal, on brûlait des sorcières. En France, on brûle le capitalisme, éternel bouc émissaire.

Cette critique est particulièrement mal venue aujourd’hui, car si la crise de la Covid a montré une chose, c’est que le capitalisme est profondément responsable, au sens le plus large qu’on puisse donner à ce terme. Après des semaines de blocage résultant d’une gestion catastrophique des masques, et alors que des professionnels de santé mouraient de leur absence, l’État s’est finalement résolu à ouvrir leur approvisionnement et leur distribution au secteur privé, bref, au capitalisme, et la pénurie a disparu en moins de deux semaines.

Capitalisme irresponsable ? Quand est arrivé le confinement, tout le monde a craint les pénuries et certains n’ont pas hésité à prophétiser l’effondrement du système. Rien ne s’est effondré et il n’y a eu aucune pénurie. La grande distribution, victime traditionnelle des discours bien-pensants, a nourri la France malgré des conditions extrêmes.

Capitalisme irresponsable ? Puis à partir de décembre 2020, Pfizer, BioNTech et Moderna, purs produits du capitalisme spéculatif que l’on se plait à décrier, ont sauvé des millions de vies humaines avec leurs vaccins et permis à nos économies de repartir, un exploit que quelques mois auparavant, les bien-pensants – encore eux- au premier rang desquels notre Président, jugeaient impossible.

Vers la fin du Capitalocène ?

Le capitalisme dans la toile de la vie est la traduction en français, aux éditions L’Asymétrie, d’un ouvrage qui était paru en 2015 chez Verso. Son auteur, Jason W. Moore, est le chef de file du courant de «l’écologie-monde», un courant d’histoire environnementale et d’écologie politique dont le livre se présente comme un manifeste et comme une présentation systématique des principales orientations théoriques. Moore s’y propose de «porter les perspectives essentielles du marxisme et de l’historiographie environnementale vers une nouvelle synthèse» (p. 29). Il s’agit pour lui de transformer le marxisme de l’intérieur à partir d’une nouvelle ontologie qui donne toute sa place à la nature dans l’histoire des sociétés humaines. Son ambition est de comprendre le rôle constitutif du pillage de la nature dans le développement du capitalisme et dans la mise au jour de ses limites structurelles.

Par-delà le dualisme Nature/Société

Le point de départ du Capitalisme dans la toile de la vie est de prendre acte des insuffisances de la pensée contemporaine pour penser le lien entre le capitalisme et la crise écologique. Selon Jason W. Moore, mêmes les auteurs marxistes qui ont tenté de prendre en compte la question écologique

ne sont pas parvenus à dépasser le dualisme traditionnel de la Nature et de la Société, lequel empêche toute réflexion véritable sur l’intrication du monde social et du monde naturel que la situation présente nous oblige à affronter. Moore nomme «dualisme cartésien» (p. 39) cette dissociation ontologique entre la Nature d’un côté et la Société de l’autre, qui ne parvient à penser au mieux que des interactions entre deux substances distinctes. J. W. Moore estime que la crise écologique contemporaine prouve l’unité de l’histoire sociale et de l’histoire de la nature, et impose par conséquent de se défaire de toute conceptualité qui fait de la nature un objet séparé et distinct sur lequel on agit.

Le concept d’oikeios est au centre de cette ontologie renouvelée. Il renvoie au caractère essentiellement relationnel des sociétés humaines, qui n’ont pas d’existence indépendamment de leur «unité dialectique» (p. 19) avec la nature. Le concepts d’oikeios pose «l’unité des humains avec le reste de la nature» (p. 30) et interdit pour cette raison les thèses qui font de la nature un élément extérieur et anhistorique par rapport à l’histoire humaine. Les sociétés sont alors comprises comme «des configurations spécifiques de l’humanité-dans-la-nature» (p. 19) et l’enjeu du livre de Moore est de saisir la spécificité du capitalisme parmi ces configurations. Cela permet notamment de comprendre la «double intériorité» (p. 32) du capitalisme et de la nature : le fait que le capitalisme ne fonctionne qu’en s’appropriant et en intégrant la nature, et le fait aussi que la nature ne cesse d’intérioriser les effets du capitalisme. Cette perspective est précisément celle de la «toile de la vie», qui donne son titre à l’ouvrage et qui indique le dépassement du dualisme substantialiste au profit de configurations «socio-écologiques» qui varient selon les époques et les contextes.

L’un des principaux apports de cette approche tient au concept de «natures historiques» (p. 29) qu’elle permet d’élaborer. La thèse centrale à laquelle nous conduit la «double intériorité» du monde social et du monde naturel tient à l’historicisation des entités naturelles auxquelles les sociétés ont affaire. Pour Moore, une société ne se rapporte jamais à la nature «en soi», mais à des entités naturelles déterminées et sélectionnées au sein d’une certaine configuration socio-écologique. L’explication est particulièrement claire en ce qui concerne les ressources naturelles. Là où l’approche dualiste tend à considérer que les ressources ont une existence par elles-mêmes, Moore met l’accent sur le fait que la transformation de la nature en ressources est historiquement déterminée. «Pour paraphraser Marx, du charbon, c’est du charbon. Ce n’est “que dans certains rapports” qu’il devient un combustible fossile» (p. 205).

Le vocabulaire de Moore se fait parfois flottant, puisqu’il hésite entre une position constructiviste stricte (la nature n’existe pas) et une position plus dialectique (la nature existe, mais jamais pour elle-même, elle est toujours médiatisée par la société). Les conséquences qu’il tire sont cependant importantes pour comprendre que nos sociétés ne sont jamais confrontées aux limites de la nature en tant que telles, il s’agit toujours de limites historiquement posées : «les “limites de la croissance” sont historiquement spécifiques. Ce sont des limites de la nature historique», écrit-il p. 181. Ainsi, ce n’est que pour des sociétés qui sont structurées par la dépendance énergétique au charbon, au gaz et au pétrole (une dépendance qui n’existait pas avant le XIXe siècle) que l’épuisement de ces entités naturelles, historiquement constituées en ressources d’énergie fossile, apparaît comme une limite possible.

Le “capitalisme viral” peut-il sauver la planète ?

Eclairage signé Christian de Perthuis, professeur d’université

La pandémie a accéléré la numérisation de l’économie, la bascule vers le « capitalisme viral » suivant la formule d’Yves Citton. Cette mue nous éloigne du capitalisme d’hier basé sur les énergies fossiles. Elle dope la transition énergétique en substituant l’électron vert aux sources fossiles et en investissant dans les réseaux intelligents et l’efficacité énergétique. Mais le capitalisme viral pousse au consumérisme, incompatible avec la sobriété énergétique. Il génère des inégalités croissantes de patrimoine minant la cohésion sociale. Il préconise des logiques de contrôle de la nature quand la résilience exige d’investir dans la diversité du milieu naturel et des êtres vivants le composant. C’est pourquoi la transition bas carbone implique de puissantes régulations pour subordonner la logique du capitalisme viral à l’intérêt général et à l’impératif de préservation de la planète.

L’un des effets les plus sûrs de la pandémie est d’accélérer la numérisation de l’économie, la bascule vers le « capitalisme viral » suivant la formule d’Yves Citton. Les indices boursiers nous le rappellent tous les jours. Exxon, longtemps première capitalisation mondiale, a été sorti du Dow Jones.

Tesla vaut plus cher que Ford et General Motors réunis, et Zoom plus que l’ensemble des compagnies aériennes et hôtelières américaines. Cette mue du capitalisme thermo-industriel d’hier basé sur les énergies fossiles était amorcée depuis la crise financière de 2009. Le coronavirus lui a donné un coup d’accélérateur qui va doper la transition énergétique.

Les ressorts du capitalisme viral

Avant l’invasion du coronavirus, nous avions oublié les virus biologiques, obnubilés que nous étions par leurs cousins informatiques. Dans le monde numérique, les virus menacent la stabilité des réseaux. Pour prévenir leur effondrement, il existe quantités de vaccins qu’on peut se procurer sur le marché : des anti-virus. Ces défenses individuelles seraient inopérantes en l’absence d’opérateurs qui détectent les attaques virales. Des opérateurs de « santé publique » exerçant à notre insu une surveillance sur chacun d’entre nous.

Comme le rappelle Yves Citton (1), le virus numérique est alternativement un ennemi et un allié, ou une manne potentielle. Chaque youtubeur rêve que sa vidéo devienne virale. Quand un tweet le devient, le réseau s’emballe. Il peut rapporter beaucoup de renommée, et aussi… beaucoup d’argent ! Le gisement de valeur du capitalisme numérique est le stock d’information qu’il détient sur chacun de nous.

Nous-mêmes alimentons ce stock par les traces que nous laissons à chacune de nos communications, de nos déplacements, de nos achats. Cette information se multiplie à la façon du virus pour devenir matière à valorisation. Son coût additionnel d’acquisition (le coût «marginal») est négligeable une fois les investissements de départ effectués. C’est ainsi que se construisent les fortunes des GAFAM et celle des autres opérateurs du capitalisme viral.

L’expansion du capitalisme viral dope la transition énergétique. Il substitut du transport d’information à du transport de personnes ou de marchandises. Son carburant est l’électron.

Dans la mobilité terrestre, il ne s’intéresse pas au moteur à combustion mais aux systèmes de conduite automatique et à la mobilité électrique. Dans la mobilité aérienne, ce sont les drones, les taxis aériens, les avions électriques de demain qui attirent ses investissements.

Dans la transition énergétique, il est motivé par les nouvelles sources d’énergie renouvelables, la gestion intelligente des réseaux, les méthodes d’intelligence artificielle, la ville connectée.

Livre : comment le capitalisme a colonisé les esprits

Karl Marx et Friedrich Engels se sont-ils trompés quand ils prédisaient la fin prochaine du capitalisme ? Non, le vieux capitalisme industriel s’est simplement mué en société de consommation, explique le sociologue et psychanalyste David Muhlmann.

Au XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels prévoyaient que la fin du capitalisme allait bientôt arriver, grâce à la classe ouvrière. Aujourd’hui, cent cinquante ans plus tard, il faut bien admettre que ce système économique se porte encore très bien. Les deux philosophes allemands avaient-ils tort ? Non, mais ils ne pouvaient pas prévoir les mutations du capitalisme, d’après le sociologue et psychanalyste David Muhlmann.

Le vieux capitalisme industriel s’est mué en société de consommation. « Aujourd’hui se développent des formes plus douces de domination, qui prennent l’allure de l’émancipation subjective : critique des règles et de la bureaucratie, entreprise “libérée” des managers, organisation “agile”, valorisation de l’entreprenariat de chacun. Le chef autoritaire, légitime parce que patron, avec son arbitraire décisionnel, cède la place à une posture libérale, voire libertaire, de l’entrepreneur, qui n’est pas sans reprendre à son compte les idéaux progressistes » décrit l’auteur.

Nous sommes réellement entrés dans « l’ère de la société capitaliste » qui ne se réduit pas au système économique. Résultat : « En modelant la vie économique, la logique du mode de production capitalise a envahi l’ensemble du champ social. » Il a ainsi « colonisé les esprits, engendrant une véritable mutation anthropologique dans les rapports à nous-mêmes, aux autres, à l’autorité ». C’est ce phénomène qui explique le maintien du capitalisme, devenu désirable même pour ceux qui sont en bas de l’échelle sociale.

Patrick Artus : « Le capitalisme d’aujourd’hui est économiquement inefficace »

Patrick Artus fait le constat d’un système capitaliste ayant complètement déraillé et arrivé à un point où une réforme de fond et nécessaire s’il l’on souhaite éviter une grave crise : « Le capitalisme est un animal bizarre et économiquement inefficace (…) Les promesses des néo-libéraux ne se sont pas révélées correctes, c’est à dire un système avec peu d’état, peu de protection sociale, plus de pauvreté et d’inégalité mais beaucoup de croissance, d’emploi, et une économie innovante ». Selon l’économiste, le capitalisme a déraillé de nombreuses façons jusqu’à devenir un système inefficace aux préceptes très éloignés du libéralisme originel : « Chez Reagan on cassait les monopoles, libérait le concurrence, baissait les impôts, ce qui est devenu très bizarre c’est que le capitalisme est très déréglementé dans le marché du travail mais on a reconstitué des monopoles, des droits de douanes (…) ce n’est plus le capitalisme néo-libéral des années 1980 mais un capitalisme de rente, avec des rentes de monopoles et monétaires ».

Patrick Artus s’étonne du manque de critique libérale de ce système, compte tenu du fait que le capitalisme est aujourd’hui bien différent du modèle des années 1980, y compris aux Etats-Unis dont il compare l’interventionnisme étatique à celui chinois : « même s’il y a des grandes différences dans les libertés politiques ou individuelles entre les deux pays, l’interventionnisme de l’Etat est très grand aux Etats-Unis (…) C’est pour ça que ce n’est plus un capitalisme libéral (…) Même le Trumpisme avec ses monopoles, droits de douanes, son protectionnisme et sa préférence pour les produits nationaux n’est pas du tout du libéralisme (…) La composante de ce système est qu’il protège les rentiers ».

Patrick Artus : « On se dirige vers une crise très dure du capitalisme »

Le capitalisme est donc, selon Patrick Artus, en voie de mourir, tant il est attaqué de tous les côtés, ne correspond plus à aucune idées politiques sociétales et est maintenu en vie artificiellement par des politiques monétaires folles : « La critique de gauche pointe les inégalités, la concentration de la richesse dans de moins en moins de mains (…) La critique libérale se questionne sur ce système de rentes et de monopoles où on ne distribue pas aux salariés les gains de productivité (…) Une troisième critique concerne le fait que le capitalisme ne tient maintenant que grâce à l’aide des Etats et depuis 10 ans par le soutien monétaire (…) C’est ce qui va achever le système, car on le tient à bout de bras avec des déficits publics financés par la création monétaire de la banque centrale (…) On est inondé de monnaie, ce qui fabrique des déséquilibres financiers énormes ».

Zemmour candidat “sous-marin” pro-Macron, ce complotisme autorisé…

La première est qu’il est assez piquant d’entendre ou de lire une telle hypothèse lorsqu’elle vient de l’établissement qui n’a de cesse de dénoncer le complotisme de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le système politico-médiatique au pouvoir. Nouvelle insulte stigmatisante, le complotisme compense avantageusement les deux lacunes des accusations de nazisme et de fascisme. Son caractère d’apparence sociologique englobe un champ d’application plus vaste que le seul aspect politique. En outre, il permet d’occulter la dérive des démocraties occidentales vers un autoritarisme étatiste à tendance sanitaire fondé sur une idéologie scientiste et progressiste et qui obéit à des intérêts financiers gigantesques, conjonction qui n’est pas dépourvue de tout lien avec ces deux régimes.

Garantir un second tour Macron-Le Pen ?

La seconde est que la candidature d’Eric Zemmour prendrait des voix au RN et à LR, faisant ainsi le jeu d’Emmanuel Macron. Diviser la droite pour garantir un second tour Macron-Le Pen, dont l’issue serait jouée d’avance : la vieille ruse mitterrandienne toujours et encore, jouant sur le suivisme de l’électorat conservateur conjuguée à la docilité des partis de la droite parlementaire, le tout sous la censure permanente des médias – de gauche, est-il besoin de le préciser. Et, reconnaissons-le, cette issue serait plus que probable. Car, en plus de vouloir rendre fréquentable le parti qu’elle a arraché à son père, Marine Le Pen a, consciemment ou non, fini par donner une certaine consistance à l’un des arguments opposé de manière récurrente au FN puis au RN : l’incapacité à gouverner d’où découlerait l’absence d’une réelle volonté de gagner. Longtemps jeté à la figure de Jean-Marie Le Pen, afin de le réduire au rôle d’agitateur politique, l’argument finit par prendre corps à l’égard de sa fille. Malgré les résultats des élections régionales, lesquels ne peuvent s’expliquer exclusivement par les causes qui brident ordinairement le RN, Marine Le Pen a eu pour principale réaction de confirmer que le RN ne redeviendrait pas le FN et resterait sur la ligne qu’elle a définie.

Or on peut d’ailleurs se demander de quelle ligne il s’agit, dès lors que le RN s’est tenu à l’écart des combats les plus importants de ces dernières années dans lesquels une grande partie de son électorat pouvait se reconnaître : le mariage pour tous, les gilets jaunes, les lois sur la bioéthique, et plus récemment la gestion de la crise sanitaire et le scandaleux « passe sanitaire ». Finalement la seule ligne claire adoptée par le RN réside dans le renouvellement de son équipe de direction dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne correspond pas vraiment à sa base électorale. Même sur l’immigration et l’insécurité, deux phénomènes désormais hors de tout contrôle, le RN n’est plus guère audible.

La durée des vols bientôt divisée par deux. Merci le capitalisme !

La croissance de la startup Boom illustre parfaitement la beauté et la puissance des marchés. Ils incitent à expérimenter pour trouver la meilleure réponse aux besoins des clients, car une entreprise gagne lorsque ses clients gagnent aussi.

La startup Boom Supersonic, basée à Denver au Colorado, développe actuellement un avion de ligne qui dépassera la vitesse du son en vol et United Airlines a annoncé son intention d’en acheter 15, avec une option pour 35 de plus si les tests de sécurité sont satisfaisants.

Mais que se passera-t-il si ces avions se révèlent dangereux pour les utilisateurs et pour la planète ? Certains s’interrogent avant de mettre des vies en jeu.

Chaque progrès entraine de nouveaux risques dont certains sont impossibles à prédire. On pourrait avoir tendance à surestimer ces risques dans la mesure où l’on considère que l’intérêt de l’entreprise est de façon inhérente opposée à celui des consommateurs : le bénéfice net contre la sécurité des passagers et celle de la planète en général. Pourtant nous reconnaissons dans nos vies individuelles que causer du tort à autrui ne nous aide en rien, sauf à chercher un bénéfice à très court terme. Le mensonge, la triche, le vol et les comportements irréfléchis ne constituent pas une stratégie gagnante mais la recette de l’échec.

Malgré cela, certains persistent à croire que des individus regroupés sous la forme d’une entreprise échapperaient à ce principe et que les entreprises seraient par nature destinées à être en conflit avec leurs consommateurs.

Est-ce vraiment le cas ? Il est vrai que des Bernard Madoff peuvent tirer leur épingle du jeu par la fraude mais il est difficile d’argumenter qu’il s’agit d’une stratégie gagnante à long terme. La preuve : voyons ce qu’est devenu Bernie.

À l’inverse, la sécurité et la satisfaction des consommateurs sont vitales pour l’entreprise. Par les mots d’un illustre businessman, Benjamin Franklin : « When you’re good to others, you are best to yourself » (la bonté envers autrui est une grande bonté envers soi-même). C’est le secret de Polichinelle du succès de chaque relation et de chaque entreprise, et Boom Supersonic ne déroge pas à la règle.

Economie politique. «Brevets et capitalisme»

Dans un article précédent, j’ai fait référence au fait que la production, la distribution et l’application des vaccins anti-covid sont le produit du travail de milliers de scientifiques, de techniciens et de travailleurs en général. Ici, je présente quelques réflexions sur la nature et la fonction des brevets (c’est-à-dire que je ne traite pas des droits d’auteur appliqués aux créations artistiques ou des droits de propriété sur les marques) dans le mode de production capitaliste.

Rappelons que les brevets sont accordés par les Etats à ceux qui appliquent des connaissances scientifiques à la production d’un nouveau produit, ou à la création d’un nouveau processus de production ou de commercialisation. Les bénéficiaires du brevet ont le droit exclusif de contrôler la production et la vente d’un produit donné, ou d’un processus de production, pendant une période de temps, qui est généralement fixée à 20 ans. De cette façon, les brevets engendrent une relation de propriété sur les connaissances scientifiques appliquées ou technologiques. Alors que les biens physiques sont des biens rivaux [une pomme peut être mangée qu’une seule fois, généralement par une seule personne], la connaissance est non rivale et, dans le système fondé sur la propriété privée, elle «exige» une protection. Si Jean, par exemple, possède le bien physique X et le donne à Pierre, Jean cesse d’être propriétaire de X. Si, en revanche, Jean possède le savoir Z et la transmet à Pierre, ils en viennent tous deux à posséder Z.

Par conséquent, dans la mesure où la propriété privée des moyens de production et des biens matériels est une source directe de pouvoir économique pour le capitaliste, la connaissance a besoin de l’exclusion, légalement établie et institutionnellement garantie, pour devenir une source de pouvoir économique pour le capitaliste. En d’autres termes, puisqu’une percée scientifique est partageable à l’infini, le brevet la transforme – tant qu’il est en vigueur – en propriété privée. C’est pourquoi, à mesure que la mondialisation du capital progressait, la question est devenue mondiale. L’Accord de l’OMC sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), négocié entre 1986 et 1994 dans le cadre du cycle d’Uruguay, a introduit pour la première fois des règles relatives à la propriété intellectuelle dans le système commercial multilatéral. L’accord sur les ADPIC fixe les droits minimaux dont doit disposer un titulaire de brevet et définit les conditions sous lesquelles des exceptions à ces droits sont autorisées.

Ajoutons que la possibilité de copier et de diffuser les technologies et les connaissances scientifiques appliquées croît avec le progrès technologique. En particulier, les programmes informatiques, ou logiciels, posent des problèmes pour leur monopolisation (accaparement), car une fois créés, ils peuvent être stockés, reproduits et distribués, soit par CD-ROM, soit en ligne, à faible coût et en quantités illimitées.

Qui les brevets protègent-ils?

Les apologistes du capitalisme présentent souvent les brevets comme un moyen de garantir que la valeur dérivée d’une percée scientifique appliquée à la production revienne à ceux qui l’ont produite. Mais il est un fait que les avancées scientifiques appliquées à la production sont l’œuvre de chercheurs, d’ingénieurs, de médecins, de techniciens et de personnel auxiliaire de toutes sortes dans les départements de recherche et développement des entreprises, soit des travailleurs auxquels les brevets ne confèrent aucune propriété. Sans compter les scientifiques et les techniciens de la recherche fondamentale, qui n’obtiennent pas non plus de propriété des brevets. En bref, les brevets ne procurent pas de propriété pour ces travailleurs et travailleuses, mais pour les actionnaires, les propriétaires du capital. En d’autres termes, le collectif de travail (le «travailleur collectif») crée du progrès, mais l’accaparement de ses bénéfices en termes d’augmentation de la propriété et d’appropriation des plus-values extraordinaires va au capital, qui est d’ailleurs de plus en plus concentré. Nous soulignons que la source de plus-value extraordinaire dérivée des changements scientifiques et technologiques est le travail potentialisé. Il est potentialisé dans les deux sens dans lesquels Marx utilise cette notion: il repose sur une main-d’œuvre qualifiée dans une mesure supérieure à la moyenne; et il crée un produit, ou une méthode de production, supérieure à la moyenne de la branche.

Le caractère social de la production de connaissances et des brevets

Naturellement, la préservation des brevets est d’un grand intérêt pour les entreprises qui, grâce à leur monopole, obtiennent des profits supérieurs à la moyenne; également pour celles qui cherchent à commercialiser le brevet; ou qui exigent des versements pour l’utilisation d’une connaissance «privatisée». L’argument privilégié de ces capitalistes est que si ces droits de propriété intellectuelle ne sont pas protégés, la production innovante et le progrès scientifique sont menacés.

Mais l’argument est contesté même au sein du camp bourgeois, puisque les brevets ont souvent entravé le progrès technologique. Quelques cas représentatifs sont fréquemment cités. L’un d’eux est l’Américain Eli Whitney, qui a inventé [en 1793] – avec l’aide décisive d’un de ses employés – l’égreneuse à coton, une machine qui séparait la graine de la fibre de coton. L’égreneuse représentait un progrès majeur par rapport au travail manuel nécessaire pour l’égrenage. Cependant, Whitney a essayé d’arrêter sa propagation en le brevetant [1794]. Il voulait faire payer les producteurs pour le coton égrené dans ses égreneuses. Les producteurs ont refusé, ont construit leurs propres égreneurs, et l’avance s’est généralisée. Un autre exemple est ce qui s’est passé avec l’automobile. Aux premiers jours de l’industrie, l’Association of Licensed Automobile Manufacturers, composée d’un petit groupe de fabricants, a tenté de monopoliser le marché en contrôlant le brevet [sur le moteur à combustion interne] qui avait été accordé à un avocat, George Selden. Henry Ford lui-même s’est vu refuser une licence et a dû faire face à un procès lorsque son entreprise a continué à fabriquer des automobiles. Ford a fini par gagner le procès.

Brevets de Myriad Genetics

Avec les brevets, la santé et les vies humaines sont également en jeu. C’est le cas de Myriad Genetics (MG), une entreprise fondée en 1994 par des scientifiques de l’Université de l’Utah.

A partir d’une recherche conjointe avec l’université et le gouvernement des Etats-Unis, dans les années 1990, MG a réussi à identifier l’emplacement de deux gènes, BRCA1 et BRCA2, associés au cancer du sein et des ovaires. Ces gènes «réparent normalement» l’ADN endommagé. Une mutation de ces gènes signifie que les cellules sont plus susceptibles de développer des altérations génétiques qui conduisent au cancer. En d’autres termes, une personne présentant des mutations de ces gènes est plus exposée au risque de cancer du sein, des ovaires et de la prostate; grâce à une détection précoce, le développement de ces cancers peut être évité ou ralenti. La découverte de MG consistait à trouver l’emplacement et la séquence précis des gènes BRCA1 et BRCA2. Sur la base de ces découvertes, MG a développé des tests médicaux pour détecter les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, dont la présence indiquerait un risque accru de cancer.

MG a ensuite réclamé au gouvernement des Etats-Unis et à l’Union européenne des brevets relatifs aux séquences de gènes et à leurs mutations. Entre 2001 et 2003, l’UE a accordé à MG des brevets d’invention relatifs à des méthodes de diagnostic de la prédisposition au cancer du sein et de l’ovaire associée aux gènes et à leurs mutations. L’octroi de ces brevets a suscité des controverses, des critiques et des objections de la part des instituts de recherche et des organisations politiques et sociales. Il s’agit notamment de la social-démocratie suisse, de Greenpeace Allemagne, de l’Institut Curie en France, de la Société belge de génétique humaine, du ministère néerlandais de la Santé et du ministère autrichien de la Sécurité sociale. Outre les objections techniques – les conditions requises pour un brevet n’auraient pas été remplies –, a été souligné que les brevets sur les gènes humains pourraient créer le blocage potentiel de la recherche et du développement de tests génétiques différents. La pression était si forte que l’UE a fini par révoquer, dans certains cas, et dans d’autres par restreindre les droits des brevets sur les gènes liés au cancer du sein et de l’ovaire.

Quant à la situation aux Etats-Unis, l’Office des brevets (USPTO) a accepté la demande de MG (les brevets couvrant des séquences d’ADN isolées ont été acceptés). Les partisans des brevets ont fait valoir qu’ils favorisaient les investissements technologiques et la recherche génétique. Mais comme en Europe, des critiques sont apparues. Ils ont fait valoir que ces brevets étouffaient l’innovation en empêchant d’autres personnes d’entreprendre des recherches sur le cancer, qu’ils limitaient les possibilités de dépistage pour les patients atteints de cancer et que de nombreux chercheurs, dont beaucoup étaient financés par des fonds publics, avaient contribué à la localisation de BRCA1 et BRCA2. En outre, et d’un point de vue plus technique, ces brevets ne seraient pas valables puisqu’ils portent sur une information génétique produite par la nature. Quoi qu’il en soit, et grâce aux brevets accordés, MG est devenue la seule entreprise capable d’opérer le test BRCA1/2, pour lequel elle facture entre 3000 et 4000 dollars. Le monopole accordé par le brevet durerait 20 ans.

En 2009, l’American Civil Liberties Union [ACLU] et la Public Patent Foundation ont intenté une action en justice pour invalider les brevets sur les séquences des gènes BRCA1 et BRCA2. La question est parvenue jusqu’à la Cour suprême qui, en 2013, a invalidé cinq des brevets de MG, liés à des tests pour le cancer du sein et de l’ovaire (les demandes de brevets de MG dépassent les 500). Elle a fait valoir que les lois de la nature, les phénomènes naturels et les idées abstraites ne sont pas brevetables et, en ce qui concerne l’ADN séquencé, il a fait valoir que si MG a trouvé un gène important et utile, la séparation de ce gène du matériel génétique qui l’entoure n’est pas un acte d’invention. Plus généralement, les informations génétiques des êtres humains ne devraient être la propriété privée de personne. Toutefois, la Cour a trouvé un équilibre en déclarant que les brevets servent à assurer un certain degré de rentabilité aux entreprises. Et que la création de l’ADNc [1] est brevetable. MG continue donc d’avoir la possibilité d’intenter des procès et de bloquer les entreprises de recherche ou de test qui peuvent créer le même ADNc à partir d’ADN naturel. Presque immédiatement après la décision de la Cour, d’autres sociétés ont commencé à proposer des tests de 1000 à 2300 dollars.

Autre cas: les logiciels

Les logiciels constituent un autre cas d’espèce. Un spécialiste que j’ai consulté m’a expliqué qu’un argument clé pour exclure les logiciels de la protection par brevet est que l’innovation dans ce domaine implique généralement un mouvement séquentiel cumulatif et l’utilisation du travail d’autrui. En outre, il est nécessaire de préserver l’interopérabilité entre les programmes, les systèmes et les composants de réseau, ce qui n’entre pas dans les mécanismes du système breveté car cela peut restreindre l’éventail des options disponibles pour les seconds venus.

En revanche, on fait valoir que la protection par brevet est nécessaire pour protéger les investissements dans le développement de logiciels, qui progressent de plus en plus parallèlement à la technologie informatique. Mais c’est le cas si l’on admet que le seul moyen de développer des logiciels et des ordinateurs est l’investissement capitaliste régi par la recherche du profit.