Le Parti communiste d’Afrique du Sud a cent ans

La formation du parti communiste d’Afrique du Sud plonge ses racines dans le mouvement d’opposition à la Première Guerre mondiale et la formation de la première Ligue internationale socialiste. Réunis dans la ville du Cap pour un congrès de quatre jours les 29, 30 et 31 juillet et 1er août 1921, 2000 délégués adoptèrent la résolution pour la création du Parti communiste d’Afrique du Sud.

Ce sont des blancs qui sont à l’origine du PCAS, dont beaucoup de juifs originaires des pays baltes, Lituanie et Lettonie, qui ont fui ces pays après l’assassinat du tsar réformateur Alexandre II. Artisans, employés ou simples ouvriers, souvent influencés par les théories marxistes, ils et elles seront très actifs dans la formation des syndicats du textile, du cuir, de l’habillement, des conserveries. Ray Alexander, Hilda Berstein , Solly Sachs, Ruth First, Joe Slovo, HarryWolpe, Michael Harmel et bien d’autres laissèrent leurs noms dans l’histoire du mouvement politique et syndical sud-africain.

 Ce qui retient l’attention, c’est la volonté déclarée de créer un parti non-racial et de former des cadres et militants noirs, indiens ou métis dans une société déjà divisée selon des lignes raciales. Autre particularité, le PCAS accueille des femmes, comme Josie Palmer, la première femme noire qui adhère au parti en 1928, Dora Tamara ou Lilian Ngoyi[1]. La grève des mineurs blancs en 1922 mit à l’épreuve le tout jeune parti puisque les mineurs blancs s’opposaient à l’embauche de mineurs noirs pour des postes semi-qualifiés. La volonté de former des cadres militants noirs, indiens ou métis n’en sera pas altérée pour autant

 Dès 1930 des militants noirs accedèrent à la direction du parti comme Moses Kotane ou JP Marks, ou encore des indiens comme Yusuf Dadoo, mais l’obédience à l’Union soviétique n’alla pas sans remous, l’idée d’une « république noire » inspirée par Moscou étant mise en question face à la réalité sud-africaine. « Il n’y a pas de loi universelle pour faire la révolution », disait Ben Turok[2].

 La grande question théorique qui va tarauder les communistes sud-africains va être de faire le lien entre la lutte de libération nationale et la voie vers le socialisme. De multiples écrits abordent cette question, car il s’agissait de libérer sur le terrain la majorité de la population noire de l’oppression de race et de classe. Le Congrès national africain (ANC), le mouvement de libération créé en 1912, se battait avant tout pour le droit de vote et avait adopté une politique très modérée ; c’est dans les années 1940 que les « jeunes lions » de la Ligue de la jeunesse de l’ANC vont sortir le mouvement de sa torpeur. Walter Sisulu fut la cheville ouvrière du rapprochement entre le PCAS et l’ANC.

 Ce rapprochement n’alla pas sans affrontements idéologiques, notamment avec les africanistes. La critique du marxisme européen se traduisit par l’élaboration d’un « socialisme africain », porté par des personnalités comme Julius Nyerere en Tanzanie, Modibo Keita au Mali, Sekou Touré en Guinée, Kwame Nkrumah au Ghana, Leopold Senghor au Sénégal ou Kenneth Kaunda en Zambie. Le PCAS trouva une réponse à l’épineux problème de la relation entre oppression coloniale et exploitation de classe en élaborant le concept de « colonialisme d’un type spécial », où colons et colonisés cohabitent sur le même territoire, théorie explicitée dans le document The Road to South African Freedom.

L’arrivée du Parti national au pouvoir en 1948 et la mise en place du système d’apartheid dont une des premières lois fut celle sur la Répression du communisme en 1950 obligea le CPAS à passer à la clandestinité dans des conditions très difficiles. L’histoire de cette période clandestine reste encore à écrire. En 1953, le parti communiste réapparu sous le nom de South African Communist Party (Parti communiste sud- africain, SACP), qui est toujours son nom officiel.

Les années 1950 furent des années d’intense activité, de rapprochement entre divers mouvements progressistes, l’ANC, le Congrès indien (SAIC), le Congrès des gens de couleur (CPC), le Congrès des syndicats (SACTU) et le Congrès des démocrates qui accueillait les progressistes blancs et les communistes. Le Congrès de l’Alliance regroupait toutes ces formations afin de lutter ensemble contre le régime d’apartheid, renforçant ainsi concrètement une coalition dont le mot d’ordre était de rassembler sans distinction de race. Le non-racialisme sera le socle de cette société nouvelle pour laquelle tous luttaient, tout en donnant à l’ANC, qui représentait la majorité des opprimés noirs, la direction de la lutte de libération.

En 1952, la Campagne de défiance envers les lois de l’apartheid rassembla des milliers de militant.e.s, toutes races, religions et idéologies confondues, dont 8000 furent arrêté.e.s. Le choix du 6 avril 1952, anniversaire de l’arrivée trois cents ans plus tôt de Jan van Riebeeck au Cap en 1652, avait une valeur hautement symbolique, tout comme l’insistance sur la nature non-violente du mouvement. Les idées du parti communiste, bien qu’interdit, avaient trouvé des relais dans les diverses organisations qui n’étaient pas encore interdites comme le Congrès indien ou celui des démocrates. En 1955, l’ANC décida de réunir un Congrès du peuple à Kliptown pour l’adoption d’une « Charte de la liberté ». Cette Charte, qui affirme dans son préambule que « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, Noirs et Blancs », reste la référence fondamentale de la démocratie sud-africaine, même si son contenu reste toujours objet de débat, en particulier ses options « socialistes » sur la propriété et le partage des richesses nationales.

 La fin de non-recevoir opposée aux revendications et la répression amenèrent l’ANC à riposter par la création, en décembre1961, mouvement armé, MK. Les communistes jouèrent un rôle de premier plan dans son organisation et le recrutement de volontaires. Nelson Mandela expliqua clairement ce choix dans sa plaidoirie au procès de Rivonia, qui suivit l’arrestation de la direction de l’ANC à Lilies’ Farm en juillet 1962. La répression s’intensifiera encore avec l’arrestation de Bram Fisher, Afrikaner blanc communiste, un des avocats des accusés de Rivonia, en 1964.Le désastre de Rivonia amena à revoir la stratégie de la lutte clandestine et à créer ce qu’on appella « la mission extérieure de l’ANC » qui s’établit dans les pays voisins, d’abord en Tanzanie, puis en Zambie à Lusaka sous la direction Oliver Tambo

La Conférence de Morogoro en Tanzanie en 1969 marqua un tournant décisif dans les rapports entre l’ANC, le SACP et le SACTU. Elle affirma le leadership de l’ANC dans la lutte de libération et admit dans ses rangs mais aussi dans sa direction des militants non-africains issus des autres formations du Congrès de l’alliance, en particulier du SACP. Un conseil révolutionnaire fut formé, où allaient siéger Yusuf Dadoo et Joe Slovo, deux dirigeants communistes. La conférence adopta un programme, Strategy and Tactics, qui reprend l’analyse de la société sud-africaine selon le concept d’une « colonisation d’un type spécial ». Toutefois des voix dissidentes se firent entendre, dénonçant la présence de communistes dans la direction de l’ANC. Après Morogoro, le parti communiste réactiva sa présence clandestine à l’intérieur du pays malgré une répression féroce, nombre de ses militants étant arrêtés, condamnés à la prison, torturés, souvent à mort. La clandestinité ne facilita pas les relations entre les organisations, comme le reconnut Oliver Tambo en juillet 1981 : « notre alliance est un organisme vivant qui a grandi dans la lutte. Nous l’avons construit avec nos expériences séparées et communes. »

Le soutien des pays du bloc soviétique à la lutte de libération – en particulier au SACP dont les militants étaient formés dans les pays de l’est, les publications imprimés à Prague ou à Berlin – fournit au régime d’apartheid un argument pour qualifier tous ses opposants de « terroristes communistes ». Au sein du parti, de sérieuses questions sur le stalinisme, la réalité du socialisme en URSS furent l’objet de débats importants et de défections. Ruth First fut une des plus virulentes à dénoncer le stalinisme au grand dam de son époux Joe Slovo, qui écrivit finalement un pamphlet qui fit grand bruit en 1990 : « Has socialism failed ? »[3].

 Quand, finalement, dans son discours du 2 février 1990, Frederik de Klerk annonça la levée de l’interdiction des mouvements et partis interdits par le régime d’apartheid et l’ouverture des négociations, la présence de communistes dans l’équipe de l’ANC, en particulier de Joe Slovo, posa problème à certains, mais la réponse de Thabo Mbeki fut sans équivoque : « pas de Slovo, pas de rencontre ». Le SACP eut donc une influence dans les négociations qui aboutirent aux élections de 1994, même si c’est la victoire de l’ANC que l’on retint. De nombreux exilés rentrèrent au pays, et certains devinrent ministres, comme Joe Slovo, Ronnie Kasrils ou Kader Asmal, d’autres furent élus députés sous l’étiquette de l’ANC.

La guerre froide, l’affrontement entre l’URSS et la Chine, la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ou du Mouvement des Non-Alignés ont aussi pesé sur la lutte menée par le Parti et ses alliés, amenant à revoir The Path to power, élaboré en 1962 : le parti renonça à l’idée d’une phase de transition entre capitalisme et socialisme. Le délitement puis l’effondrement de l’URSS et la chute du Mur de Berlin au moment même où l’apartheid cédait devant les efforts conjoints de la lutte armée, du mouvement clandestin, du mouvement de masse et de la solidarité internationale, contraignirent le parti, « comme beaucoup de ses partis frères dans les pays africains post-coloniaux, à faire face à la difficulté de survivre comme force socialiste dans une alliance dirigée par un mouvement nationaliste dont le gouvernement est à la tête d’une économie capitaliste ».[4]

Le wokisme est un anti-libéralisme

Nourris à l’idée que la domination blanche impose ses règles de fonctionnement dans tous les domaines de la vie (de l’économie à la cuisine en passant par le code vestimentaire) aux populations dominées, ils estiment dans la lignée de l’approche marxiste que les populations souffrant de la domination blanche que l’économie de marché et le capitalisme ne sont que des instruments de pouvoir pour les asservir.

Au passage, certains économistes n’hésitent pas à affirmer que la richesse des pays occidentaux s’est construite sur l’esclavage et que naturellement ces pays ont une dette à payer en retour.

Pour Thomas Piketty, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales :

Le système esclavagiste a joué un rôle central dans le développement des Etats-Unis, comme d’ailleurs du capitalisme industriel occidental dans son ensemble.

Il appuie sa démonstration sur ce rôle central à partir de la production de coton qui aurait été décuplée grâce à ce système esclavagiste et qui a alimenté l’industrie textile européenne.

S’il n’est pas question de nier la contribution des esclaves noirs à l’expansion de la production de coton il nous semble peu convaincant de faire dépendre la richesse des pays occidentaux de ce système aujourd’hui fort heureusement disparu.

Celle-ci dépend de bien d’autres facteurs et notamment de l’innovation industrielle propre aux pays occidentaux financée fondamentalement grâce à l’émergence des marchés financiers et donc du capitalisme.

La machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité, les centrales hydrauliques et nucléaires, l’aviation, les trains à grande vitesse, l’informatique, les vaccins, etc. ne doivent rien à l’esclavagisme.

Toutes ces innovations qui ont transformé la vie de millions de gens, y compris ceux qui ne sont pas occidentaux, ne doivent rien, absolument rien à l’esclavage.

Au moment où la critique du capitalisme ultralibéral et financiarisé obtient un plus large consensus, il devient crucial de ne plus se limiter à elle : aujourd’hui, l’enjeu cardinal est celui de l’alternative à un modèle discrédit.

La taxe carbone adoptée au nom du principe « pollueur-payeur » a allumé la mèche. Et c’est contre la faiblesse des salaires, des retraites, l’injustice sociale, que le mouvement s’est développé. Il est par bien des égards un puissant symptôme de la crise du néolibéralisme. Même Macron l’a concédé à l’occasion de ses vœux : « Le capitalisme ultralibéral va vers sa fin ». Les antilibéraux ont contribué à cette défaite politique : le néolibéralisme a fait son temps.

Un mouvement n’est pas un projet

Voilà quinze ans que des courants très divers de la gauche se sont unis, par-delà leur histoire et même leurs divergences, pour mener collectivement les combats contre la dérégulation libérale. Ensemble, libertaires et communistes, socialistes de gauche et altermondialistes ont lutté pour une fiscalité juste, contre l’évasion fiscale, pour un impôt progressif… Ensemble, nous avons émis une critique forte du pouvoir de la finance contre la politique. L’antilibéralisme a constitué un mouvement qui a suscité une véritable dynamique, non seulement sociale, mais également dans le champ politique. Il a permis à la gauche de la gauche de se rassembler, de marquer une rupture avec les sociaux-libéraux et de s’imaginer majoritaire. Il le fut d’ailleurs au moment du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Mais ce mouvement n’était pas tout à fait un projet. Il nous a unis « contre ». Mais n’a pas dit le « pour ». Cette incertitude, nous l’avons retrouvé dans le mouvement des gilets jaunes autant que dans le débat politique qui l’a accompagné.

Oui, le mouvement des gilets jaunes est en phase avec beaucoup de nos combats antilibéraux. Peut-on pour autant dire que ce mouvement est de gauche ? L’affirmer serait tout aussi malhonnête qu’à côté de la plaque. D’abord parce que la politique instituée et ses partis sont souvent honnis. Ensuite, et surtout, parce que le mouvement est traversé par des courants de pensées très hétérogènes. Cette diversité n’est pas toujours la plus visible : sur les ronds-points, on préfère privilégier des mots d’ordre consensuels. Cela a permis au mouvement de tenir et de conserver le soutien de la population. Le sens politique que chacun tire de ce mouvement, qu’il en soit acteur ou simple soutien, n’est donc pas inscrit dans le mouvement lui-même.

Cette incertitude ne doit pas altérer notre joie de voir une révolte prendre vigueur, d’entendre nos mots prononcés par d’autres, de voir la solitude de milliers se muer en solidarité, en dialogue, en conscience politique.

C’est dans ces moments de lutte que des cristallisations peuvent intervenir. On ne peut donc échapper à ces débats politiques et faire l’impasse sur le fait qu’il existe plusieurs sorties possibles du libéralisme.

Ce que le capitalisme fait aux femmes

Silvia Federici précise sa vision marxiste de l’exploitation des femmes dans le monde contemporain, dont la chasse aux sorcières, pratiquée à l’aube de l’époque moderne, serait l’acte fondateur

Les travaux de la féministe Silvia Federici défendent la thèse selon laquelle, contrairement à ce que soutient Marx, l’accumulation primitive n’est pas une condition de possibilité de la naissance du capitalisme, mais un réquisit permanent de ce dernier : pour sa propre perpétuation, le capitalisme a besoin d’exproprier du capital. Or, cette spoliation permanente se réaliserait de façon exemplaire dans le cas du travail non payé des femmes, qui permet la reproduction de la force de travail des prolétaires.

Sur cette base, l’auteure comprend la chasse aux sorcières comme un « élément central du processus que Marx a défini comme l’accumulation primitive, puisqu’il a détruit un univers de sujets féminins et de pratiques féminines qui faisait obstacle à la principale condition requise par le système capitaliste en développement : l’accumulation d’une main-d’œuvre de masse et l’imposition d’une discipline de travail plus contraignante ».

Dans ce recueil d’articles, Silvia Federici commence par établir le lien entre la chasse aux sorcières et l’avènement du capitalisme, dans un contexte de privatisation des terres collectives. Puis dans un second mouvement, elle montre en quoi aujourd’hui, dans les endroits où a lieu la privatisation de terres communes, s’observent des violences contre les femmes qui partagent de nombreux points communs avec la persécution des supposées sorcières à l’aube des temps modernes.

Enclosure, capitalisme et persécution des femmes

L’auteure défend dans la première partie de son ouvrage l’idée qu’il existe un « rapport entre la chasse aux sorcières et le processus contemporain d’enclosure et de privation de la terre », c’est-à-dire la transformation de la production agricole en entreprise commerciale, qui a pour corollaire la clôture des communaux. Les enclosures seraient ainsi les conditions de possibilité, nécessaires mais pas suffisantes, de la chasse aux sorcières. Elles aboutissent en effet à la formation d’une population de mendiants et de vagabonds, qui « représentent une menace pour l’ordre capitaliste naissant ».

Précisément la thèse défendue est que « les femmes étaient la principale cible de cette persécution, puisque ce sont elles qui étaient les plus paupérisées par la capitalisation de la vie économique, et que la régulation de leur sexualité et de leur capacité de reproduction était une condition de la construction de formes plus strictes de contrôle social ». D’ailleurs, très souvent, les femmes reconnues coupables de sorcellerie étaient pauvres et supposées avoir commis des transgressions d’ordre sexuel.

L’auteure justifie sa thèse en remarquant l’insuffisance de l’historiographie sur la chasse aux sorcières. On ne se serait pas encore posé les bonnes questions, se contentant de se demander qui étaient les sorcières sur le plan sociologique, ou de réfléchir aux liens entre les accusations de sorcellerie et d’autres réalités contemporaines : la naissance de profession médicale ou le renforcement de la structure patriarcale de l’Etat. « Ce qui n’a pas encore été reconnu, c’est que, comme le commerce des esclaves et l’extermination des populations indigènes du « Nouveau Monde », la chasse aux sorcières se trouve au croisement d’un ensemble de processus sociaux qui ont ouvert la voie à l’avènement du monde capitaliste moderne », affirme l’auteure.

Ainsi ces victimes se seraient vu « retirer leurs terres communales, ont connu la faim provoquée par le passage à la culture commerciale et ont été persécuté.es pour leur résistance considérée comme le signe d’un pacte diabolique ». L’auteure prétend établir un lien entre le démantèlement de certaines propriétés traditionnellement collectives et la diabolisation de membres de ces communautés : dans un tel contexte économique, la chasse aux sorcières apparaît comme « un instrument efficace de privatisation économique et sociale ».

De ce lien, l’auteure admet qu’on n’a pas de preuves directes, mais seulement des preuves indirectes qu’elle indique. D’une part, s’appuyant sur les travaux d’Alan Macfarlane qui note le recoupement entre la carte des procès en sorcellerie et celle des enclosures, les chasses aux sorcières en Angleterre se sont passées dans des espaces ruraux dont les terres avaient été encloses ou étaient en train de l’être. De plus, on peut observer également un recoupement chronologique : les chasses aux sorcières eurent principalement lieu à l’époque où « les rapports économiques étaient en train d’être remodelés par un marché toujours plus puissant », porteur d’inégalités renforcées.

En outre, « Les femmes âgées, note-t-elle, étaient les plus touchées par ces évolutions, la hausse des prix conjuguée à la perte des droits coutumiers ne leur laissant rien pour vivre, en particulier quand elles étaient veuves ou n’avaient pas d’enfants qui pouvaient ou qui voulaient bien les aider. Dans l’économie rurale de la société seigneuriale anglaise, les veuves et les pauvres en général étaient pris en charge », mais cette pratique est tombée en désuétude quand le nouvel esprit d’entreprise et de commerce, lié à la Réforme, a interdit l’aumône et restreint le droit de mendier. Or, beaucoup de supposées sorcières étaient des femmes pauvres qui survivaient en mendiant ou vivaient de cette forme d’aide publique.

De même, les crimes dont on les accusait montraient qu’elles faisaient partie d’une population qui n’avait plus accès à la terre ou aux droits coutumiers et dont on pouvait craindre qu’elle regarde d’un mauvais œil les biens du voisin, ses terres comme ses animaux. Ce qui se trouve étayé par « la pauvreté les accusations portées à leur encontre, dans la mesure où on disait que le Diable leur apparaissait dans les moments de dénuement et leur promettait que dorénavant « elles ne manqueraient plus« , leur offrant « de la viande, des vêtements et de l’argent« ainsi que le remboursement de leurs dettes ».

Mais la pauvreté n’était pas la seule cause. Les sorcières « résistaient à la paupérisation et à leur exclusion sociale » : elles menaçaient et maudissaient ceux qui ne les aidaient pas, s’approchaient de leurs enfants, pour tenter de plaire à leurs parents que cela inquiétait plutôt. Et pour l’auteure, ces menaces étaient liées à un ressentiment contre l’injustice subie et le refus de la marginalisation. La présence de veilles femmes à cette époque « révoltées par leur sort misérable, passant de portes en portes en grommelant des paroles vengeresses, avait quelque raison de faire craindre la fomentation de complots ».

Si la pauvreté des accusées n’était pas leur seule caractéristique dans la majorité des accusations de sorcellerie, pour l’auteure, c’est que s’y joignait celle d’être ou d’avoir été une femme dépravée, ou « de mauvaise vie ». Celle, en effet, qui était accusée d’être une sorcière, avait des enfants souvent hors mariage : « comportement qui allait à l’encontre du modèle de féminité qui était imposé à la population féminine européenne de cette époque par la loi, la chaire et la réorganisation de la famille », comme le souligne Silvia Federici.

Et en effet, la classe capitaliste croyait devoir « dégrader la sexualité et le plaisir féminins », tant ils pouvaient, traditionnellement, apparaître comme une force incontrôlable, capable de détourner les hommes des exigences que les nouveaux dominants, les bourgeois, imposaient aux hommes : « la bourgeoisie montante a poursuivi cette tradition, en y ajoutant toutefois sa touche : la répression du désir féminin était mise au service d’objectifs utilitaires tels que la satisfaction des besoins sexuels des hommes et surtout la procréation d’une main-d’œuvre abondante. Une fois exorcisée, son potentiel subversif annihilé par la chasse aux sorcières, la sexualité féminine pouvait être récupérée dans le contexte matrimoniale à des fins de procréation ».

J’ai peur du projet de loi 59

Le projet de loi 59 qui vient modifier le régime québécois de santé et de sécurité du travail ne reçoit pas l’attention médiatique et populaire qu’il mérite. Cela n’est pas surprenant, considérant que nous sommes en crise pandémique et que les regards sont malheureusement tournés ailleurs, vers d’autres dossiers qui semblent plus urgents. J’ai donc décidé de prendre ma plume afin de sensibiliser la population du Québec sur cette réforme qui avance rapidement, juste sous son nez. Je l’écris d’emblée: oui, j’ai peur du projet de loi 59. En fait, j’ai peur que ce projet de loi jette indirectement bon nombre de Québécois et de Québécoises dans une abjecte pauvreté.

La peur que j’éprouve est une crainte rationnelle qui est bel et bien fondée sur de solides et crédibles témoignages. Parmi les témoignages que j’ai eu la chance d’entendre se trouve celui de monsieur Richard Dussault.

Pour résumer simplement ce qu’il a vécu, monsieur Dussault a subi un grave accident de travail en 2013 et la CNESST lui a refusé les traitements dont il avait besoin. Pour ajouter à son malheur, il s’est vu obligé de chercher un emploi qu’il était réalistement incapable d’accomplir. Il a vécu cet enfer trois longues années de sa vie, jusqu’au moment où en 2016 un tribunal est finalement venu trancher: la CNESST avait posé un «diagnostic» qui n’était pas le bon. Ainsi, après tout ce brouhaha administratif, le type d’emploi qu’on cherchait à imposer à monsieur Dussault n’était effectivement pas adapté à sa condition médicale et il avait droit à une pleine compensation pour l’ensemble de ses maux. Quel est le problème, me direz-vous? Voilà une histoire qui finit bien! Mais cette histoire de résistance courageuse et déterminée aurait très bien pu mal se terminer…

Si elle s’était déroulée après l’adoption du projet de loi 59 tel qu’il est actuellement formulé, monsieur Dussault aurait eu bien plus de difficultés à faire valoir ses droits. Piégé dans un dédale administratif où les «diagnostics» de la CNESST sont grandement renforcés et incapable d’occuper un emploi qu’on tente vainement de lui imposer – sans égards à sa condition médicale réelle – monsieur Dussault aurait dû se tourner vers l’aide sociale, les banques alimentaires et vivre dans une pauvreté que personne ne mérite.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai peur du projet de loi 59. J’ai peur qu’il y ait des milliers de citoyens et de citoyennes du Québec qui se trouvent dans la même situation que monsieur Dussault, mais avec des moyens très réduits pour défendre leur droit à vivre dignement suite à un accident de travail.

Si rien n’est fait afin de modifier le projet de loi 59, ces personnes seront coincées entre la CNESST qui appliquera trop souvent ses nouveaux pouvoirs à la lettre et un marché de l’emploi qui les rejettera de facto.

Sans égards à leurs années de travail au sein de notre société, ces personnes seront condamnées à la pauvreté. Elles seront exclues, avalées par une machine administrative qui ne montre aucune empathie et qui perçoit la contestation comme un frein à son «efficacité».

Alors, je pose la question: est-ce un Québec appauvri que nous souhaitons donner en héritage avec le projet de loi 59?

La protection de nos enfants, c’est aussi l’affaire du municipal

Ça prend tout un village pour protéger un enfant…»

Le 12 février 2020, la Municipalité de Fortierville soulignait le 100e anniversaire du décès tristement célèbre d’Aurore Gagnon «l’enfant martyre». De par sa grande médiatisation, cette histoire a marqué le Québec de l’époque et demeure, encore aujourd’hui, ancrée dans l’imaginaire collectif.

Malheureusement, loin de n’être qu’un mauvais souvenir, les histoires d’enfants maltraités sont encore (trop) nombreuses. Au moment où vous lisez ces lignes, des centaines d’enfants subissent de mauvais traitements dans l’anonymat le plus complet.

Le drame de la fillette de Granby a agi comme un électrochoc.

De ce drame découle la mise en place de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse sous la présidence de Mme Régine Laurent dont le Rapport et les recommandations seront rendus publics lundi.

Un enfant qui subit de la maltraitance restera toujours un cas inacceptable, un cas de trop.

Un enfant qui subit de la maltraitance devrait pouvoir compter sur les adultes qui l’entourent que ce soit à l’école, au service de garde, à la bibliothèque ou dans son milieu de vie.

Nous devons tous être attentifs comme le souligne la campagne de sensibilisation lancée par le gouvernement sur les signes de détresse et de maltraitance que pourrait vivre ou subir un enfant.

Les municipalités ont le pouvoir de poser des actions concrètes pour créer une culture de bienveillance dans nos milieux. Ainsi, à titre de gouvernements de proximité, les municipalités ont un rôle à jouer dans la mise en place d’un milieu de vie sécuritaire, où prendre soin les uns des autres est un réflexe naturel.

C’est pourquoi nous souhaitons rappeler aujourd’hui le projet de Charte municipale pour la protection de l’enfant, initiée par la Municipalité de Fortierville en collaboration avec Espace MUNI et la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui fut lancée le 7 avril dernier. La présence de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Mme Andrée Laforest, du ministre de la Famille, M. Mathieu Lacombe, ainsi que du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, M. Lionel Carmant, tout au long de notre événement de lancement ainsi que le communiqué de presse qu’ils ont produit soulignant cette initiative démontre bien toute l’importance de ce geste posé par le milieu municipal.

La Charte s’appuie sur quatre grands principes qui définissent ce qu’est une municipalité bienveillante envers ses enfants. Ainsi, une municipalité bienveillante propose à l’enfant un milieu de vie où il pourra s’épanouir en toute sécurité, elle est à son écoute en lui offrant des lieux et des occasions pour qu’il s’exprime librement et en toute confiance, elle s’assure que les ressources d’aide et de soutien sont connues. Cette municipalité valorise le vivre-ensemble et l’entraide.

La ratification de la Charte est une occasion pour les municipalités de poser formellement leur engagement.

Agir pour la protection de nos enfants c’est accroître le sentiment de sécurité des enfants dans les lieux publics, c’est favoriser la mise en place de lieux protecteurs ou de processus d’accueil et d’intervention pour des enfants réclamant du secours, c’est la mise en place d’espace de consultation accessible et adapté aux enfants, c’est tenir informer les citoyens des signes de maltraitance pour les sensibiliser à exercer un rôle de vigilance, c’est aussi de soutenir les initiatives du milieu contribuant au développement et à l’épanouissement des enfants.

Nous réitérons notre invitation à toutes les municipalités du Québec à adopter la Charte municipale pour la protection de l’enfant qui par ce geste, s’engagent à contribuer à l’effort collectif afin d’assurer un filet protecteur autour de ceux qui nous sont les plus chers, nos enfants.

Soyons protecteurs pour que ni la triste histoire de la petite Aurore ni celle de la petite fille de Granby ne se reproduisent plus jamais.

Crise du logement : le Parti libéral du Québec en mode solutions

Malheureusement, le gouvernement de la CAQ de François Legault refuse encore de reconnaître la crise du logement. Non seulement il n’a aucune idée du coût réel des loyers, mais il s’en remet à une autorégulation du marché immobilier. Cette totale déconnexion de la réalité empêche la CAQ de voir clair et de trouver des solutions pour les familles québécoises. 

Au Parti libéral du Québec, notre approche est toute autre. Nous avons fait de l’habitation une priorité et nous sommes en mode solutions. Au cours des derniers mois, nous étions sur le terrain et à l’écoute, notamment lors des consultations tenues dans le cadre de la Charte des régions. Les intervenants du monde municipal, les organismes, les experts et les citoyens nous ont tous inspirés par leurs commentaires.

Pour bien saisir la crise du logement, nous croyons qu’il faut s’attarder aux trois grands axes incidents, soit l’accès à la propriété, le logement abordable et le logement social. Ce dernier point est important. Nous sommes bien sûr en faveur d’une augmentation importante du nombre de logements sociaux disponibles. Cependant, cette solution ne suffira pas à elle seule pour régler la situation. Il faut s’assurer que des logements, en bon état et à prix raisonnable, sont disponibles pour tous. Il faut aussi créer un environnement favorable pour que les ménages qui souhaitent acquérir une propriété puissent le faire, sans y passer tous leurs revenus. C’est en agissant sur ces trois axes que nous pourrons traverser la crise. 

Dans le débat actuel, nous parlons beaucoup de la situation à Montréal et c’est normal, la situation y est particulièrement critique. Le retour des campements en est un signal. Cependant, la crise ne se limite pas à notre métropole. L’ensemble de nos régions vivent les contrecoups de la surchauffe immobilière et de la hausse des prix des loyers. Chaque jour, nous entendons des cris du cœur de gens de Québec, de Gatineau, de Sherbrooke et de Saguenay qui craignent le 1er juillet. Il faut également considérer les réalités régionales.  

Dans les prochains jours, nous formulerons des propositions concrètes au gouvernement caquiste en matière d’habitation et de logement. Nous espérons que, d’ici là, François Legault voit la lumière, qu’il reconnaît la crise du logement et qu’il accepte de travailler de façon constructive avec nous pour mieux soutenir les Québécoises et les Québécois. 

Des témoins condamnent le comportement de certains députés envers elles

Si elles ont ressenti de la colère, certaines ont cru être victimisées de nouveau par cette expérience.

Plusieurs comités parlementaires ont invité des victimes d’agressions sexuelles, d’exploitation et de traumatismes à partager leurs expériences et à formuler des recommandations. Par exemple : le comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique qui étudie les façons pour protéger la vie privée des personnes qui apparaissent contre leur gré sur des sites internet pornographiques comme Pornhub.

Le comité permanent de la condition féminine examine de son côté les allégations généralisées d’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes.

Les élus sont liés par des conventions qui rendent le processus plutôt rigide, avec un temps limité de prise de parole. Mais un nombre croissant de voix s’élèvent pour que les comités développent une approche plus sensible aux traumatismes des témoins vulnérables.

Québec solidaire demande à ses membres de se prononcer sur une faction du parti

Une motion de blâme à l’égard du CAD sera proposée au prochain conseil national du parti, étant donné que le groupe accréditén’a pas «de réelle volonté de collaboration avec le reste du parti», soutient le conseil exécutif du parti.

«C’est une façon de faire de la politique caractérisée par des ultimatums, l’intimidation et les sorties publiques à l’extérieur du parti qui sont contraires aux prises de position formelles du parti, a expliqué en entrevue le député de Laurier-Dorion Andrés Fontecilla et porte-parole du parti en matière de diversité et d’inclusion. Cela fait en sorte de produire un débat toxique à l’intérieur du parti, qui provoque le départ de militants et militantes.»

Dans un document transmis aux associations du parti, l’exécutif de QS incite le conseil national à «exiger que le CAD se conforme dans les plus brefs délais aux statuts du parti et à ses valeurs fondamentales, afin que Québec solidaire demeure un lieu d’implication sain et inclusif pour tous et toutes».

Et si ce n’est pas fait rapidement, l’accréditation du CAD au sein du parti sera remise en question, indique-t-on.

«Il est temps de trancher, d’envoyer un message clair, que le débat politique doit se faire à l’intérieur de certains paramètres de respect, d’éviter le dénigrement, d’éviter les sorties publiques qui vont à l’encontre des positions exprimées par nos porte-parole et le caucus», a indiqué M. Fontecilla.

La Presse Canadienne a tenté de joindre le collectif par courriel, sans succès.

Tensions et mise en demeure

Dans le document, le conseil exécutif détaille «l’historique» des déboires du CAD.

Dans les derniers mois, le collectif a notamment associé un journaliste de La Presse Canadienne à la «droite extrême» et à la «fachosphère» ? ce qui avait été dénoncé par les ténors du parti.

Il a aussi donné son appui au controversé professeur de l’Université d’Ottawa Amir Attaran, et il a carrément envoyé une mise en demeure au parti, évoquant une «campagne de diffamation» contre le groupe.

Par conséquent, l’exécutif souhaiterait que les membres se prononcent au conseil national, qui se déroulera les 15 et 16 mai prochains.

«Nous souhaitons vivement rétablir un climat sain de militance au sein de notre parti, et nous croyons malheureusement que cela passe par une condamnation des agissements du CAD dans les derniers mois», est-il écrit dans le document.

Chevaliers de la «libarté»

Vous n’en pouvez plus de vivre sous cette « dictature » sanitaire qui vous oblige à observer des règles strictes. Vous étouffez sous votre masque, cette distanciation physique vous tue. Ce couvre-feu digne d’un régime totalitaire vous emprisonne. On vous manipule vous et votre descendance.

Vous êtes tellement tannés !

Voilà plus d’un an que vous endurez une crise sanitaire qui, selon vous, n’existe pas. Vous vous épuisez à tenter de nous faire comprendre que nous sommes prisonniers d’une vaste machination qui vise à nous contrôler ? Que ces maudits vaccins qu’on nous inocule sont infestés de micropuces visant à faire de nous des robots au service d’une puissance occupée à créer un nouvel ordre mondial. 

La vérité.

D’après votre expertise, cette COVID n’est ni plus ni moins qu’une grippe. Rien ne prouve que ces morts recensés sont vraiment décédés de ce sale virus. Vous avez fait vos recherches. Toutes ces mesures sanitaires sont injustifiées, car votre système immunitaire est fort, point final.

La « Libarté ! »

Vous êtes libres de penser autrement. La « dictature » sanitaire vous autorise même à le proclamer publiquement devant le Stade olympique. Vous ne voulez pas de vaccins ? Grand bien vous fasse. 

Petite mise au point.

Vous êtes tannés ? Nous, on est à boutte ! On veut s’en sortir.

Et si pour ça, il faut se faire vacciner, nous sommes prêts. Prêts à endurer encore quelques semaines de couvre-feu et de masques. Nous avons déjà fait de grands sacrifices, nous en connaissons le prix.

Nous voulons reprendre nos vies, retrouver nos familles, nos amis, nos métiers. Aller au resto, prendre un verre sur une terrasse, recevoir nos proches, aller au spectacle. Voyager ici, chez nous, ou à travers le monde… 

Vous voulez la même chose ?

Mais nos chemins pour y arriver ne se rencontreront jamais… Car avec des amis comme vous, on n’a pas besoin d’ennemis.