La laïcité ambiguë de QS

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Malgré l’adhésion de l’aile parlementaire de Québec solidaire aux recommandations du rapport Bouchard-Taylor, la question du port de signes religieux par les agents de l’État divise toujours le parti.

Le député de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, qui est le porte-parole de QS dans les dossiers de l’immigration et de l’interculturalisme, a déclaré, dans une entrevue au Soleil, que QS entend « revisiter toute cette question ». Une « réflexion interne » a été entreprise et le conseil national se prononcera en mars prochain.

Voici ce qu’on peut lire dans le programme officiel du parti : « C’est l’État qui est laïc, pas les individus. Québec solidaire accepte le port de signes religieux par les usagers et les usagères des services offerts par l’État. En ce qui concerne les agents et agentes de l’État, ces derniers peuvent en porter pourvu qu’ils ne servent pas d’instrument de prosélytisme et que le fait de les porter ne constitue pas en soi une rupture avec leur devoir de réserve. Le port de signes religieux peut également être restreint s’ils entravent l’exercice de la fonction ou contreviennent à des normes de sécurité. »

Il n’est fait mention d’aucune restriction dans le cas de ceux et celles qui exercent un « pouvoir de coercition », comme les juges, les procureurs de la Couronne ou les gardiens de prison, à qui le rapport Bouchard-Taylor recommandait d’interdire le port de signes religieux. Faut-il comprendre que l’aile parlementaire a pris sur elle d’interpréter le port de signes religieux comme une rupture en soi avec leur devoir de réserve ?

  

Cela est loin de faire l’unanimité chez les militants solidaires. « Certaines de nos associations considèrent que le rapport Bouchard-Taylor constitue une position discriminatoire qui empêche certaines minorités d’avoir accès à certaines fonctions liées à l’État », reconnaît M. Fontecilla. Il qualifie de « compromis » la position défendue jusqu’à présent par QS. Dans la mesure où il date déjà de plusieurs années, « on n’est plus certain qu’il soit encore valable », ajoute-t-il.

En 2013, quand Françoise David avait présenté un projet de loi reprenant la position de Bouchard-Taylor, le caucus de QS ne comptait que deux députés. C’était toujours le cas en février 2017, quand Amir Khadir et Manon Massé ont voté pour une motion présentée par la CAQ.

« Pour nous, le rapport Bouchard-Taylor est un tout cohérent et nous invitons les partis à y adhérer dans son ensemble. Il représente un équilibre sur le port de signes religieux, mais bien plus, sur la nécessité d’une charte québécoise de la laïcité, de la promotion de l’interculturalisme, de la nécessité de programmes soutenus d’intégration des immigrants et de lutte aux discriminations », avait alors déclaré M. Khadir.

Le caucus solidaire compte aujourd’hui dix députés, et l’unanimité n’est plus aussi évidente sur la question des signes religieux. Lors de la dernière campagne électorale, la plateforme de QS était d’ailleurs muette sur le sujet.

 

Le débat qui s’amorce pourrait être lourd de conséquences pour QS. Au cours de la dernière campagne, le parti a fait une première percée en dehors de ses bastions traditionnels le long de la ligne orange. La bonne performance de Manon Massé et la désaffection envers le PLQ y sont sans doute pour beaucoup, mais c’est aussi que QS a réussi à apprivoiser un électorat qui le voyait jusque-là comme une sorte de corps étranger.

Les militants de QS ont toujours été allergiques au discours identitaire. Lors du congrès qui a rejeté l’alliance électorale avec le PQ, l’hostilité suscitée par la charte des valeurs du gouvernement Marois et ses variantes ultérieures était cependant excessive, pour ne pas dire maladive.

Les positions audacieuses de QS en matière de protection de l’environnement et de justice sociale ont trouvé un écho favorable durant la dernière campagne électorale. Pour que les francophones adhèrent à son projet, il faudra toutefois prendre en compte une insécurité culturelle à laquelle le multiculturalisme à la canadienne ne peut pas répondre.

En dix ans d’intenses débats, la société québécoise a été incapable d’établir de façon consensuelle dans quelle mesure la laïcité de l’État doit se refléter dans le code vestimentaire de ses employés. Plusieurs estiment que le rapport Bouchard-Taylor ne va pas suffisamment loin et qu’il faudrait aussi interdire les signes religieux aux enseignants et aux éducatrices en garderie.

Pour la plupart des francophones, les interdire aux juges, aux policiers et aux gardiens de prison est cependant perçu comme un minimum. Françoise David, Amir Khadir et Manon Massé l’avaient bien compris. Le gouvernement Legault ayant décidé de reporter à l’an prochain la présentation d’un projet de loi à l’Assemblée nationale, les militants solidaires et les nouveaux députés ont encore quelques mois pour y réfléchir.

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