La beauté de la carboneutralité

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Lors de son discours inaugural, le premier ministre Legault a placé l’éducation comme priorité nationale. Il a en outre insisté sur l’importance de construire de « belles écoles » pour favoriser la réussite éducative. Il est plutôt rafraîchissant et audacieux d’inviter ainsi la beauté à l’Assemblée nationale. Cette ouverture du premier ministre mérite qu’on s’y attarde dans le contexte d’une réponse collective à l’impératif climatique. Comment la qualité de nos aménagements et du milieu bâti en général pourrait-elle nous aider à changer rapidement nos comportements individuels et collectifs comme le souhaite le Pacte pour la transition ?

Quand Churchill prononçait cette phrase célèbre en pleine guerre dans un Parlement britannique dévasté : « We shape our buildings ; and thereafter they shape us », il établissait un lien de cause à effet entre l’environnement bâti et le comportement des individus. Au moment où les 200 pays présents à la COP24 ont tenté de trouver un mode d’emploi pour limiter l’augmentation de la température moyenne terrestre à 1,5 °C, se pourrait-il que l’aménagement expéditif du milieu bâti du siècle dernier, soutenu par les ressources fossiles, ait à ce point transformé nos comportements que l’atteinte de cet objectif nous semble impossible ?

Le monde scientifique s’entend sur l’importance d’établir rapidement un modèle de développement circulaire et court dans lequel les demandes de la société, et au premier chef celles de la gouvernance, doivent se traduire dans un aménagement du territoire respectant les limites de notre environnement. Seule la reconnaissance de l’importance de limiter la demande dans ce nouveau paradigme permettra de réaliser des gains majeurs sur le plan de la lutte contre les changements climatiques.

Amory Lovins, célèbre environnementaliste américain, militait pourtant déjà dans les années 70 pour un « soft energy path » et le négawatt, dans lequel l’effet multiplicateur permettrait de réduire drastiquement l’intensité énergétique. En diminuant la demande de moitié par un aménagement urbain dense, en diminuant de moitié la consommation des bâtiments par des stratégies bioclimatiques passives, en doublant l’efficacité des systèmes et en comblant la moitié de la demande restante par les énergies renouvelables, il serait théoriquement possible de réduire rapidement par un facteur seize notre consommation énergétique.

Cette équation démontre qu’on ne peut tout simplement pas prétendre que les avancées technologiques remarquables des dernières décennies et le recours aux énergies renouvelables seront suffisants pour répondre à l’urgence actuelle. Bien connu des milieux économiques, le « rebound effect » — ou paradoxe de Jevons — nous enseigne que plus un système est efficace, plus il sera utilisé et plus il tendra à minimiser ses gains nets. La demande constitue donc le maillon incontournable de l’effet multiplicateur. C’est ici que se manifeste toute la beauté de la carboneutralité.

Croissance soutenue

Couper de moitié la demande est une mesure pouvant être interprétée comme austère et régressive dans un monde de croissance soutenue. Cependant, les cobénéfices pour la société et l’environnement méritent d’être explicités. Un modèle de développement qui oserait remettre en question la demande ne pourrait rester aveugle devant les questions fondamentales inhérentes à l’aménagement du territoire. Comment, par exemple, peut-on vivre dans des habitations dont la dimension a doublé depuis le début du siècle dernier et dans lesquelles le nombre d’occupants a diminué de moitié ? Il s’agit ici de diminuer d’un facteur quatre la densité du territoire. La densification juste (et belle) de la ville améliore pourtant les microclimats urbains, si importants dans notre climat nordique pour favoriser les transports parallèles et l’activité physique quatre saisons. Elle favorise la conservation énergétique par la compacité et permet le recours à des stratégies bioclimatiques gratuites de chauffage solaire, de refroidissement passif et d’éclairage naturel.

La littérature scientifique et, plus récemment, le standard WELL reconnaissent que, dans de tels environnements bâtis, l’absentéisme diminue et la productivité, la santé et le bien-être augmentent significativement. La densité juste encourage la biodiversité urbaine et génère des îlots de fraîcheur plutôt que des îlots de chaleur, épargnant aux populations les plus vulnérables les impacts des changements climatiques. Couper la demande par un usage plus juste du territoire permet de proposer aux habitants de nombreuses occasions d’adaptation qui, bien loin de diminuer leur liberté et leur style de vie, leur permettra d’atteindre la santé durable et l’équité sociale. Appliqué à l’ensemble de l’aménagement, l’effet multiplicateur placerait le Québec dans une posture économique très favorable en raison de notre ressource hydroélectrique renouvelable en plus d’une ressource forestière renouvelable. Des milieux de vie conviviaux entièrement carboneutres sont donc possibles avec, en corollaire, des impacts socioéconomiques régionaux structurants pour les communautés.

Si le jugement esthétique constitue le niveau ultime de la conscience humaine, comme le suggérait l’architecte américain James Marston Fitch, la recherche de la beauté dans l’aménagement et le réaménagement de notre environnement bâti sera essentielle sinon déterminante pour favoriser l’acceptabilité des nouvelles occasions d’adaptation par la population et une transformation durable de nos comportements collectifs.

Agissons ensemble comme citoyens et comme gouvernements responsables pendant que l’édifice de l’écosystème naturel tient toujours. Le Québec peut et doit relever le défi de la transition énergétique et de la carboneutralité par une politique ambitieuse et intégrée sur la qualité de l’aménagement du territoire naturel et bâti.

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