La guerre civile pourrait empêcher de contenir l’épidémie d’Ebola

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Depuis 42 ans, toutes les éclosions du virus Ebola ont fini par s’éteindre d’elles-mêmes, parce que le virus a fini par être contenu. Or, pour la première fois, cette semaine, le directeur du Centre de contrôle des maladies d’Atlanta (CDC) prévient que celle qui sévit actuellement au Congo pourrait devenir permanente.

Le bilan actuel de l’épidémie, qui entre dans son quatrième mois, est de 186 morts. Bien que ce chiffre soit loin sous le total de l’édition 2014-2016 — on avait alors compté 11 310 morts, pour la plupart dans trois pays d’Afrique de l’Ouest —, ce qui inquiète cette fois les autorités, c’est la guerre civile dans la région du Nord-Kivu, qui nuit aux efforts pour soigner les populations locales.

Le jargon employé par le CDC pour définir ce risque est celui d’une « épidémie persistante » — alors que les éclosions d’Ebola ont toujours été qualifiées, jusqu’ici, de « ponctuelles », même celle de 2014-2016.

Concrètement, une épidémie d’Ebola est plus facile à contenir qu’une épidémie de grippe, parce que le virus se transmet très difficilement — il faut avoir été en contact direct avec le sang ou les selles du malade. C’est pourquoi les premières victimes sont souvent des professionnels de la santé, mais c’est aussi pourquoi des efforts accrus pour isoler les malades et sensibiliser leurs familles ont réussi, jusqu’ici.

Or, une situation de guerre civile, dans une région qui compte six millions d’habitants, signifie que « nous pouvons perdre la capacité à retracer les contacts, arrêter la chaîne de transmission », résumait la semaine dernière dans le Washington Post un autre expert en « sécurité de la santé ». Le CDC avait organisé à Washington une rencontre d’information, à l’intention des décideurs, sur l’état de la présente épidémie.

Un premier test à grande échelle

Les nouvelles du front ne sont pourtant pas toutes mauvaises. C’est la première fois qu’on peut tester à grande échelle un vaccin contre Ebola. Celui-ci, encore expérimental, a commencé à être distribué en août, et les premiers résultats étaient qualifiés d’encourageants, mais il sera difficile d’évaluer son efficacité s’il ne peut être distribué que dans les zones les moins touchées par l’épidémie.

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États-Unis: vers une nouvelle guerre civile?

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Les faits qui marquent l’actualité aux États-Unis ces dernières semaines ne manquent pas d’inquiéter. En particulier l’envoi de colis postaux piégés à des partisans ou à des membres importants du Parti démocrate et un attentat meurtrier ouvertement antisémite. Ces événements donnent à penser que l’animosité entre les partisans des deux grands partis politiques américains a grimpé d’un ou de plusieurs crans depuis l’élection de Donald Trump et que les attentats à la vie des membres de l’autre clan sont désormais considérés comme une dimension normale de la vie politique par certains individus ou certains groupes. Ils laissent aussi présager une augmentation de la violence envers les membres de certaines minorités. Du point de vue d’un historien spécialiste du monde contemporain (c.-à-d. depuis la Révolution française), ils font aussi craindre le développement d’un climat sociopolitique favorable au déclenchement d’une guerre civile.

Plusieurs lecteurs trouveront cette prospective fantaisiste, pour ne pas dire exagérée. C’est qu’ils oublient que les guerres civiles ne commencent pas comme une guerre entre nations par une déclaration de guerre en bonne et due forme ou par une agression armée. L’histoire des deux derniers siècles nous enseigne au contraire que les contemporains des guerres civiles n’ont pas su percevoir les signes précurseurs de celles-ci et, surtout, qu’elles ont commencé par des séries d’événements certes violents, mais où bien peu d’entre eux ont prévu le développement d’une mécanique implacable.

Ainsi, les guerres civiles qui ont divisé les Français entre 1792 et 1795 (la Terreur et la Vendée) ont commencé par une réunion de notables (les États généraux) puis par des affrontements entre hommes politiques et des épisodes de violence (la prise de la Bastille ou le massacre du Champ-de-Mars) dont même l’addition ne permettait aucunement de prévoir la boucherie qui allait suivre.

Aveuglement

La guerre civile américaine, qui a officiellement commencé le 12 avril 1861 par le bombardement de Fort Sumter, avait en fait débuté plusieurs années auparavant avec la révolte de Nat Turner (1831), le compromis de 1850, la Loi sur les esclaves fugitifs, les affrontements sanglants du Kansas (1854-1855), l’arrêt Dred Scott (1857) et le raid de John Brown (1859). Pourtant, l’immense majorité des Américains auraient haussé les épaules d’incrédulité si vous leur aviez dit en novembre 1860 (date de l’élection de Lincoln) que les Bleus et les Gris se massacreraient allégrement sur les champs de bataille moins de six mois plus tard.

La guerre d’Espagne (1936-1939), une autre boucherie horrifiante, a en fait commencé en 1931 à la suite des élections municipales qui provoquèrent la fuite du roi et la proclamation de la République. Pourtant, malgré les incendies de couvents et d’églises, la fondation de la Phalange (1933), la répression de l’insurrection ouvrière dans les Asturies (1934) et la victoire du Front populaire aux élections de 1936, une infime minorité d’Espagnols croyaient, jusqu’à la veille du golpe de juillet 1936, que leur pays se dirigeait vers cette guerre fratricide. Et ce, malgré la multiplication des violences politiques et des assassinats perpétrés par les deux camps depuis le printemps de cette année fatidique.

Certes, les institutions politiques américaines sont solides et leurs partisans sont nombreux, mais la nation américaine paraît à l’heure actuelle si divisée, et les positions des antagonistes semblent si inconciliables (sur l’avortement, l’immigration, l’imposition des entreprises et des particuliers, le rôle du gouvernement fédéral, le droit au port d’armes, etc.) qu’on peut craindre un embrasement. Les États-Unis sont redevenus, selon l’expression de Lincoln, « une maison divisée contre elle-même » (1858). Cette division est d’autant plus préoccupante qu’ils sont actuellement dirigés par un pyromane narcissique qui rêve de dictature.

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