Autour du concept d’appropriation culturelle

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Depuis les tollés entourant SLĀV et Kanata, puis tout récemment avec la mise à l’écart associée aux dreads de l’humoriste Zach Poitras, le polarisant débat sur l’appropriation culturelle semble être condamné à stagner. Bien qu’en tant qu’homme blanc, je n’appartienne à aucune des communautés concernées par ces polémiques, je fais partie de ceux qui soutiennent le principe d’appropriation culturelle depuis le début. Je suis aussi de ceux qui pointent du doigt les Robert Lepage de ce monde et tous ceux qui pensent encore qu’un « Indien » ou qu’un « Chinois » est un costume d’Halloween décent.

Pour sortir de l’impasse actuelle, je crois qu’il faut initialement reconnaître la pertinence des critiques que plusieurs ont adressées au concept d’appropriation culturelle. Celles-ci mettent essentiellement en lumière l’absurdité de ce principe lorsqu’on l’applique à certaines situations. On reconnaîtra ici l’argument du « cela signifie qu’on ne peut plus manger de tacos ni de sushis ? » ou « le hockey nous vient des Autochtones, alors il faudrait arrêter de pratiquer notre sport national ! ».

Certaines de ces critiques sont justes, celles-ci mettent en lumière le grand problème du concept d’appropriation culturelle : il est trop général. En fait, ses limites sont mal définies, ainsi il englobe des exemples contre-intuitifs qui n’ont rien à voir avec les intuitions morales qu’il souhaite véritablement défendre. Je suggère ainsi de l’abandonner pour le refonder sur des bases plus solides. Plus précisément, je propose de le scinder en deux principes bien définis qui traduisent mieux les intentions morales qui l’animent.

Premier principe

L’usurpation culturelle : situation où un groupe culturel dominant, souvent un colonisateur, va s’approprier des éléments culturels ou historiques d’un groupe opprimé, souvent colonisé, à des fins publicitaires, artistiques ou commerciales.

En bref, lorsque des membres d’un groupe favorisé, grâce à leurs privilèges (moyens financiers, capacité de production matérielle ou médiatique) vont voler l’exclusivité culturelle d’un groupe, sans lui accorder un rôle ou lui verser de redevances, alors il y a usurpation, par le groupe dominant, du pouvoir qu’a le groupe opprimé sur sa culture et son identité.

Pour illustrer le tout, pensons à Kanata. Robert Lepage profite de sa notoriété et de ses moyens financiers pour raconter l’histoire d’un peuple que le sien a colonisé et opprimé durant des siècles, et ce, sans que les membres de ce peuple ne soient impliqués dans le projet. C’est un tort moral, car, dès lors, les Autochtones perdent l’exclusivité de leur histoire et, en plus, c’est leur colonisateur qui en tire profit directement sous leur nez.

Pour ce qui est des sushis, au contraire, ils se verraient exclus des accusations d’usurpation culturelle puisqu’il n’y a pas de rapport d’oppression ou de colonisation qui persiste entre les Nord-Américains et les Japonais. Nous pourrions aussi simplement vérifier si les Japonais accordent une importance culturelle aux sushis telle qu’ils souhaitent absolument en garder l’exclusivité.

Deuxième principe

La dévalorisation culturelle : situation où une personne ou un groupe s’approprie un élément ou une caractéristique importante de l’identité culturelle, religieuse ou ethnique d’un peuple dans un contexte où celui-ci s’en trouve banalisé, fétichisé ou désacralisé. Il s’agit d’un tort moral puisqu’un groupe voit alors son identité et sa culture être ridiculisées sur la place publique. L’inconfort moral est bien sûr amplifié lorsqu’il y a un rapport d’oppression ou de colonisation entre les deux parties concernées.

Par exemple, pensons aux costumes d’Halloween « d’Indiens ». Pour certains Autochtones, voir leur ethnicité et leur identité culturelle être réduites à un déguisement qui incarne un stéréotype est fort insultant, surtout si la personne qui se l’approprie est un de leurs oppresseurs historiques.

Pour ce qui est des dreads, ah, les dreads ! Il faudrait faire la démonstration que cette technique de tissage de cheveux est historiquement exclusive à un groupe et que cette communauté y accorde une importante culturelle, religieuse ou identitaire suffisamment importante pour être insultée lorsque des gens issus d’une autre culture banalisent ce symbole en l’arborant.

Enfin, je n’affirme pas que le concept d’appropriation culturelle mourra demain. Ce n’est pas non plus à moi, qui n’en subis pas les conséquences, de décider au final s’il doit être abandonné ou non. Cependant, je pense qu’il est important de reconnaître, dès maintenant, la pertinence de certaines critiques et de songer à redéfinir ce principe éthique. De cette façon, les intuitions morales pertinentes qu’il transporte pourront survivre aux controverses actuelles qui minent sérieusement sa validité aux yeux d’une tranche de la population.

 

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Matera, capitale culturelle européenne 2019

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ÉVÉNEMENT – Entre les Pouilles et la Calabre, la Basilicate recèle un trésor (encore) sercret : Matera. La cité troglodytique inaugure ce dimanche son année de festivités. En fanfare !

Lorsque Matera a été élue Capitale culturelle européenne 2019, ses habitants sont descendus nombreux sur la place Veneto en débordant de joie. Humble candidate face à des rivales puissantes (Venise et Florence), la petite ville au centre historique millénaire de 65 000 habitants a su montrer sa détermination pour remporter ce défi. Fondé sur un principe de participation collective, le projet dirigé par le Turinois Paolo Verri (chargé de la promotion des JO de 2006, notamment) a su convaincre en jouant la carte de la culture en symbiose avec le paysage.

L'hôtel le Sextentio Grotte Della Civita, Matera.
L’hôtel le Sextentio Grotte Della Civita, Matera. SDP

Terre pauvre et aride, avec pour seul atout touristique les Sassi, étonnantes habitations troglodytiques aménagées il y a des siècles dans la roche calcaire, Matera mise sur son image de terra incognita de l’Italie du Sud. Même si Grecs, Romains, Sarrasins et Arabes sont passés en Lucania (nom romain de la Basilicate), ils n’ont laissé que peu de vestiges.

Dans ces burroni (canyons) situés à environ deux heures de route des plages de la Côte ionienne, on cultive des olives et des légendes païennes. C’est là que Carlo Levi, médecin et intellectuel antifasciste de Turin est exilé par le régime de Mussolini en 1935. Il y découvre la misère profonde des familles nombreuses de paysans s’entassant avec leur âne dans les grottes étroites, où règnent insalubrité et maladies mortelles.

Très attaché à cette population, Levi publiera en 1945 son célèbre récit Le Christ s’est arrêté à Eboli, décrivant cet enfer dantesque sans électricité ni égouts, qui déclenchera une prise de conscience politique. De Gasperi, le président du Conseil qualifie cette région de «honte de l’Italie» et reloge les habitants dans des petits immeubles ouvriers, dans la partie haute de la ville. Lorsque l’on découvre les grottes de Matera, on sent le poids de l’Histoire. Qualifiée de Jérusalem de cinéma, de Bethléem pour grand écran, cette «terre biblique» a servi de décor à La Passion du Christ (2003) de Mel Gibson. Avant lui, Pasolini y avait tourné son Evangile selon saint Matthieu (1964).

Un décor naturel et grandiose

Matera, un enchevêtrement de maisons creusées dans le roc.
Matera, un enchevêtrement de maisons creusées dans le roc. Luca Lancieri

En 1993, l’Unesco en fait le premier paysage culturel inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité. Matera renaît. Certains, parmi les 2 000 habitants revenus dans les Sassi, agrandis et mis aux normes, développent un nouveau type d’hébergement et cultivent un art de vivre écoresponsable comme au Sextantio, un hôtel de 18 chambres superbement aménagées dans un style rupestre (chambre à partir de 150 € ; Sextantio.it). De même à l’Arturo (chambre à partir de 80 € ; Larturo.com), une maison d’hôtes très bien tenue par le patron du bar à vins du même nom.

Au fil des ruelles, on s’arrête à Il Buongustaio (Ilbuongustaiomatera.it), l’épicerie où l’on trouve les meilleurs peperoni cruschi (poivrons séchés) et l’authentique fromage caciocavallo. Puis on dîne à Area 8, un bar-restaurant très arty (Area8.it). En plus du fameux cuccú, un coq en terre cuite censé chasser le mauvais œil, on rapporte dans ses bagages des figurines en céramique peinte et des objets en papier mâché réalisés à la main par Mario Daddiego à Il Bottegaccio (Ilbottegaccio.it). C’est dans ce décor naturel grandiose que s’inscrit le programme Matera 2019, conduit par la Française Ariane Bieou, qui propose une série d’événements tout au long de l’année.

Y ALLER

Air France (36.54 ; Airfrance.com) opère un vol Paris-Bari à partir de 208 € (avec correspondance à Rome le plus souvent), puis 50 minutes de route. Davantage de vols directs dès le printemps. Matera 2019 (Matera-basilicata2019.it): le 19 janvier, cérémonie d’ouverture avec 2 019 musiciens européens ; «La Renaissance vue du Sud» (du 19 avril au 19 août), une exposition montrant les liens entre les artistes du quattrocento et la Méditerranée.

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La résolution culturelle | Le Devoir

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Ils sont touchants, les bilans de fin d’année conjugués à quelques résolutions mort-nées ! Faire plus d’activité physique. Économiser. Éviter le salé. Cesser de tout regretter. Consommer moins de beurre. Réguler ses humeurs. Conjurer quelques peurs. Au fond, en ces temps de résolutions, l’heure est à s’apitoyer sur sa condition, à trouver une recette de conversion personnelle, tout en s’accordant des miséricordes.

Dans la tradition judéo-chrétienne, la démarche critique de ces bilans de fin d’année et des résolutions qui les accompagnent est fort limitée. Il s’agit, tout au plus, de revamper de l’existant, sans changer vraiment les fondements de l’organisation collective qui nous détermine. Cela ne conduit d’ailleurs jamais bien loin. Quel est l’horizon de ces résolutions ? Elles cessent d’ordinaire de respirer bien avant le mois de février, de sorte que le sérum social dans lequel chaque cellule humaine baigne demeure le même.

Nouvelle année ou pas, ce système dans lequel nous flottons nous maintient sur la ligne de flottaison du chacun pour soi. Chacun est encouragé à limiter sa vision du changement aux frontières étroites de son moi, ce qui est après tout la première condition pour ne rien changer du tout.

Un des traits caractéristiques des classes dirigeantes est d’envisager l’avenir — l’année nouvelle, si on veut — de façon toute différente. Dans une opulence et un faste guindé parfaitement décomplexés, ces gens-là montrent une confiance illimitée en leurs capacités d’infléchir par leur résolution la trajectoire de toute la société. Ainsi a-t-on pu voir Rocco Rossi, cet ancien directeur général du Parti libéral du Canada devenu président de la Chambre de commerce de l’Ontario, un homme connu pour être l’un des principaux adversaires de la hausse du salaire minimum à 15 $, publier le 31 décembre une photo de ses célébrations avec ce commentaire : « Je célèbre le Nouvel An à la façon des 1 % ! », c’est-à-dire cette portion la plus riche de l’humanité. Sur ses photos, on voit son champagne Veuve Clicquot, ses blinis au caviar et ses tartelettes sucrées. Comme les tenants du 1 % en effet, ce président ne s’envisage pas seulement comme un individu, mais comme le tenant d’une classe sociale, celle des riches qui se vautrent dans le miel tandis que leur société se dissout dans le vinaigre.

Curieuse époque qui ne cesse de répéter qu’à faire fermenter ses poubelles, on peut en tirer des trésors, mais qui ne s’inquiète pas du fait qu’en laissant aller ses trésors aux mains de quelques puissants, elle est en train de pousser la majorité de la planète à vivre au milieu des poubelles.

La pauvreté s’accroît tandis que tous les indicateurs affichent une augmentation du nombre de ces milliardaires dont un des traits caractéristiques est de toujours éprouver la certitude décomplexée de ne devoir leur position qu’à leurs propres mérites. Selon un rapport d’Oxfam, 82 % des richesses créées ces dernières années dans le monde ont bénéficié au 1 % des plus riches de la population mondiale, alors que la situation n’a pas évolué pour les 50 % les plus pauvres. Selon ce rapport de 2017 intitulé Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent, près de 60 % de la planète doit parvenir à vivre avec l’équivalent de moins de 10 dollars par jour. Les chiffres d’Oxfam, croisés avec ceux du magazine Forbes, cette bible de la richesse, montrent que la part du patrimoine mondial détenue par le 1?% des plus riches était passée de 44?% en 2009 à plus de 50?% en 2016. Les chiffres de la banque Crédit Suisse, une institution peu susceptible d’être suspecte d’une forte empathie envers les démunis, montre qu’un groupe de 42 milliardaires contrôle les richesses de l’équivalent de la moitié de la population de la planète, soit de plus de 3,7 milliards d’individus. À l’échelle de l’histoire, nous vivons une crise des inégalités sans précédent. Comment 3,7 milliards d’humains peuvent-ils en effet se retrouver à la merci de la volonté de 42 grands barons de la finance ?

Il est vrai que tout peut changer, même si on ne sait pas bien d’où le changement pourrait venir en premier. Près de chez moi, dans les Cantons-de-l’Est, il y avait un petit village, aujourd’hui déserté parce que privé peu à peu de tous ses services. Là, au flanc d’une colline, se trouvait son cimetière. Sur l’autre flanc, on exploitait une carrière de sable. Durant des années, du sable fut prélevé en quantité de ce côté. La colline ne bougeait pas. Puis un jour, il suffit qu’un grain de sable se mît à glisser pour en entraîner avec lui des centaines de milliers. La colline glissa. Des morts, je crois, furent emportés. Un seul grain de sable avait fini par mettre de la vie là où, a priori, il ne s’en trouvait plus…

Un univers est toujours en train d’en creuser un autre, dans une suite de vagissements parfois quasi inaudibles. Il existe un travail souterrain dont en surface on ne voit pas toujours les résultats d’emblée. Ainsi, la vraie nouveauté ne se trouve pas toujours à la surface d’une nouvelle année, au nom de quelques résolutions de saison. Il faut apprendre la patience et trouver à regarder plus loin que son nez. Et pourquoi pas, pour commencer, dans le vaste réservoir d’idées nouvelles qui dorment dans notre passé. « Homère est nouveau ce matin et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui », écrivait Charles Péguy.

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Robert Lepage, Albert Memmi et l’appropriation culturelle

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La réaction repentante de Robert Lepage du 28 décembre dernier au sujet des critiques et de la manifestation qu’avait suscitées son association avec le spectacle SLĀV mérite un effort d’élucidation. Il avoue humblement ne pas avoir su quoi répondre sur le coup et, tout en répondant maintenant, ne pas se sentir en terrain solide. Faire référence à Albert Memmi et à son essai percutant, Portrait du colonisé (1957), m’apparaît éclairant pour comprendre l’imbroglio dans lequel Lepage se trouve placé.

Memmi, dans son essai, cherche à saisir la dynamique qui s’instaure dans une situation de domination entre le groupe dominant et le groupe dominé. Tunisien d’origine juive, Memmi a connu la colonisation française, mais dans une position singulière. Il ne faisait partie ni du groupe dominant, le colonisateur français, ni du groupe dominé, le Tunisien arabe. En tant que juif, il était subordonné au colonisateur, mais il n’était pas pour autant considéré comme inférieur, comme l’Africain arabe. Il a pu ainsi observer avec un certain recul les réactions possibles en situation coloniale, qu’il a par la suite généralisées à toute situation de domination dans son essai L’homme dominé (1968).

Du point de vue de Memmi, Lepage fait partie du groupe des dominants, les « Blancs » dans ce cas-ci. Cependant, dans tout groupe dominant il y a une minorité qui refuse de jouer le jeu, c’est-à-dire qui désapprouve le traitement que son groupe fait subir aux dominés, les « Noirs » dans ce cas-ci. Le spectacle SLĀV, de ce point de vue et pour ce qu’on en sait, serait d’une certaine manière un réquisitoire antiesclavagiste en faisant entendre la voix des dominés, esclaves d’hier comme d’aujourd’hui.

Memmi a rencontré des Français en Tunisie qui, comme Lepage, dénonçaient à l’époque la colonisation française. Il les appelle les « colonisateurs qui se refusent ». Il s’agissait d’une frange des dominants qui sympathisait avec le groupe dominé. C’était la posture de Lepage en créant SLĀV. Il voulait ainsi faire entendre la voix des sans-voix.

Un transfuge

Chez les dominés, quelqu’un de l’autre bord qui prend fait et cause pour eux s’avère un allié inattendu, et il brouille les cartes en quelque sorte. Il s’ensuit un malaise certain. C’est ce qu’a ressenti Lepage même si on l’a reçu avec civilité. Memmi expliquerait cette réaction par le fait que, malgré toute sa bonne volonté, Lepage est vu comme un transfuge. Il demeure un « Blanc » qui continue à profiter de tous les privilèges rattachés à sa condition, comme le fait qu’il soit extraordinairement plus aisé pour lui de se faire une place dans la société en général, et dans le monde de la culture en particulier. Cela explique sans doute que certains de ses pourfendeurs n’y soient pas allés de main morte au début de la controverse avec des accusations de racisme, et plus généralement d’appropriation culturelle, comme une spoliation de leur identité.

Les représentants afro-descendants qui ont rencontré Lepage, selon ce qu’il nous rapporte, ont adopté une position de dialogue franc avec lui. Ce dernier a réagi, entre autres, en leur proposant de leur faire une place dans sa propre compagnie, Ex Machina. Memmi y aurait vu une situation inédite, car le dominant qui se refuse dans une situation de domination classique n’a pas la marge de manoeuvre requise ou le pouvoir pour renverser la vapeur en faveur des personnes ostracisées. Dans ce cas-ci, on peut penser que tout le milieu culturel « blanc » ne va pas nécessairement le suivre.

Memmi constate que le dominant qui se refuse, comme Lepage, qui se montre, en d’autres mots, sensible à la cause du groupe dominé, n’est pas pour autant au bout de ses peines. Ce que demandent d’abord et avant tout les représentants du groupe dominé, ce n’est pas qu’on parle d’eux, mais qu’on leur donne l’espace créatif nécessaire pour qu’ils puissent parler d’eux eux-mêmes.

À ce moment-ci, il y a tout de même quelques réponses qu’il me semble possible d’apporter pour éclaircir le débat. Est-ce qu’on a le droit de manifester contre un spectacle comme celui de SLĀV ? Certainement. Est-ce qu’on doit se réjouir de l’annulation de ce spectacle ? Certainement pas, si on croit à la liberté d’expression. Est-ce que c’est se censurer que de soumettre au préalable son texte de création à ceux et celles qu’on prétend représenter ? Dans la même veine, devrait-on s’obliger à respecter un quota profilé dans un spectacle ? Cette fois, la réponse ne peut pas être tranchée en un mot ou deux. Est-ce qu’on peut témoigner de la souffrance des autres ? Pourquoi pas ? Il me semble que c’est déjà un pas vers la réconciliation. Est-ce que cela peut se faire sans impliquer les gens concernés ? Bien sûr, mais alors ces derniers ont le droit de réagir, et nous devons accepter de les entendre. C’est ce à quoi Lepage s’est engagé, et on ne peut que s’en réjouir.

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Les leçons de l’année culturelle

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S’offrir un bilan de l’année culturelle, c’est regarder bouger des plaques tectoniques et dériver les continents pour le meilleur et pour le pire. Des montagnes se sont écroulées soulevant gravats et poussière. On n’a pas fini d’en mesurer les impacts positifs et négatifs. Et peut-être n’y arriverons-nous jamais, tant les vieux socles sont ébranlés, en soulevant leur poids de questionnements.

Après la libération de la parole des femmes, qui jetèrent en bas de leur trône des bonzes du milieu culturel, sur amas de témoignages de viol et de harcèlement dès l’année précédente, la réalité juridique aura refroidi quelques ardeurs en 2018. Porter massivement plainte suffit pour bousculer un tant soit peu les moeurs. Enrayer pour autant l’appareil de justice, qui ne badine pas avec la présomption d’innocence, est une autre affaire.

On l’a constaté cette semaine. Les rencontres d’un procureur de la Couronne avec des présumées victimes de crimes sexuels de l’ex-empereur du rire Gilbert Rozon débouchent sur une telle majorité de plaintes non retenues (deux, c’est peu) faute de preuves bétonnées, qu’elles démontrent à quel point l’écart se creuse entre un soulèvement contre des millénaires de sévices et l’appareil juridique, aux règles strictes.

Les faits dénoncés peuvent d’ailleurs être vrais, allez le démontrer hors de tout doute, parole de l’une contre parole de l’autre ? Les victimes de crimes sexuels devraient-elles se taire pour autant, même accablées par un sentiment d’impuissance ? Leurs voix se font entendre ailleurs sur multiplication des réseaux sociaux.

Aux États-Unis, les avocats d’Harvey Weinstein sont parvenus à éliminer certains griefs féminins en décrédibilisant des porte-voix. Avec le nombre élevé de témoignages contre lui, le producteur américain ne devrait pas s’en tirer sur la durée. Lui qui faisait la pluie et le beau temps à Hollywood et dégageait toute la puissance du monde est désormais un paria, comme Rozon.

Bien des maestros, dont Charles Dutoit, ont la baguette à terre après des dénonciations de leurs musiciennes. Des acteurs, cinéastes et animateurs se retrouvent orphelins de plateaux et de micros. Les abus de pouvoir, si longtemps tolérés aux hauts sommets du royaume des arts, ne passent plus. Du coup, l’héritage culturel des géants déchus leur échappe aussi. Les voici résumés à leurs crimes, oeuvres et fleurons effacés.

Ne voir qu’un côté de la médaille, c’est s’aveugler. Ces exécutions sans procès créent un évident malaise, brisant des réputations sur simples allégations. En même temps, une culture de l’impunité et du mépris a perdu des plumes avec le mouvement #MeToo et c’est tant mieux. D’où nos déchirements, nos frustrations et nos maux de tête sous tant de paradoxes à gérer en pleines zones de turbulence.

Festivals et institutions culturelles faisaient cette année leur mea culpa en rendant hommage avec plus ou moins de finesse aux artistes féminines, si souvent écartées de leurs programmations, démontrant par l’absurde tout le chemin à parcourir pour mieux les intégrer.

Avancer dans le brouillard

L’été de SLAV et Kanata écartelait au Québec le théâtre entre sa liberté créatrice et des griefs d’appropriation culturelle à gérer. Deux camps se sont dressés sous la canicule, avec arguments solides à la clé, prouvant une fois de plus la complexité des débats en cours.

Cela et bien d’autres choses, l’année culturelle 2018 les aura encaissés sur notre dos. On peut bien se sentir fatigués…

La cause environnementale a pris une ampleur inégalée dans les consciences, malgré des décennies de mises en garde, sur mobilisation des artistes d’ici et d’ailleurs. Chez nous, le Pacte pour la transition écologique, piloté par des scientifiques et des artistes, aura fait étrangement hurler, les vedettes se voyant reprocher leur train de vie, au mépris de la cause défendue. Mais les inquiétudes quant à l’avenir planétaire et l’urgence d’agir expliquent bien des réticences à regarder le pire dans le blanc des yeux.

Les défis culturels se sont fait l’écho des défis sociaux plus que jamais, semble-t-il. Les bouleversements accélérés créèrent une quête de repères, un intérêt pour le passé, réveillant du moins une conscience patrimoniale chez les Québécois, sur hauts cris après la destruction de la Maison Boileau à Chambly.

La politique culturelle des libéraux fut reprise au vol par le gouvernement Legault. À l’heure où la santé, la houle autour des questions migratoires, l’éducation, l’écologie imposent leurs priorités, reste à voir si le chef de la CAQ comprendra que miser aussi sur la culture, c’est donner à sa population de précieuses lanternes pour affronter le brouillard en nos temps troublés.

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Exception culturelle: un gain incertain

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Le milieu culturel a poussé un soupir de soulagement au lendemain de la conclusion de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC). La protection de l’exception culturelle, si chère au Québec, a survécu. Elle englobe même les contenus numériques. Alors que la poussière retombe sur ces négociations épiques, de nouvelles craintes émergent sur l’étendue de ce gain.

Le Devoir rapportait jeudi les interrogations soulevées par la présidente de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles, Solange Drouin, et par la titulaire de la Chaire UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, Véronique Guèvremont. En effet, la présence d’une clause de représailles pourrait permettre aux États-Unis d’exiger des compensations financières si le Canada prend des mesures protectionnistes pour sauvegarder ses industries culturelles, par exemple pour exiger des quotas de contenus canadiens sur les plateformes numériques telles que Netflix.

 

Ce serait bien le comble ! Alors que les entreprises du GAFA accaparent 80 % des recettes de publicité numériques et qu’elles colligent des masses de données personnelles (l’équivalent de l’or noir dans le commerce électronique). Il ne faudrait pas que le Canada les indemnise tout en gérant la décroissance de ses industries culturelles exsangues. Pour le Canada anglais, qui partage une langue commune avec les États-Unis, l’enjeu peut sembler théorique. C’est une autre réalité pour la majorité francophone au Québec (minoritaire en Amérique du Nord, faut-il le rappeler), les communautés linguistiques en situation de minorité et les Premières Nations.

Le nouveau ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, juge les inquiétudes non fondées. La clause sur l’exception culturelle accordée au Canada est « une clause générale qui l’emporte sur tout le reste », a-t-il expliqué. Ce à quoi Mme Guèvremont rétorque que la clause de représailles est rattachée à l’exception culturelle. Cette divergence d’interprétation est significative.

La clause de représailles était inscrite dans l’ancien Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais elle n’a jamais trouvé son application en matière de culture. L’ALENA a été conclu à une époque où les contenus transitaient sur des supports traditionnels (analogiques). Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, n’avait que huit ans au moment de sa ratification. Les mesures de représailles demeuraient une possibilité théorique dans un environnement d’une relative stabilité au sein duquel les parts de marché publicitaires et les audiences étaient essentiellement constituées sur des bases territoriales locales et nationales. L’ALENA n’entravait en rien l’entrée massive des films, des émissions de télévision et de la musique américaines sur les marchés canadiens, et il n’empêchait pas le Québec d’imposer des quotas de contenus francophones et de soutenir financièrement le développement de ses filières de productions culturelles. L’expansion d’Internet et la révolution numérique ont tout changé. Bien qu’ils se définissent encore comme des entreprises de technologies, les géants du GAFA agissent comme producteurs et distributeurs de contenus. Leur potentiel et leur saturation du marché dans le commerce électronique sont d’une ampleur jamais vue.

 

Pour l’instant, le Canada est un tigre de papier lorsque vient le temps de défendre sa souveraineté culturelle dans les univers numériques. Nous en sommes encore à l’étape des conversations et des discussions pour donner du corps à la politique culturelle dévoilée il y a maintenant un an. Le chantier le plus prometteur est celui du comité d’examen de la législation en matière de radiodiffusion et de télécommunications. Ce comité devra esquisser les bases de la législation à l’ère du numérique. Cela nécessite un exercice d’équilibrage délicat, afin de traiter les industries sur un pied d’égalité (et non par « filières »), car elles sont toutes investies maintenant dans la production numérique. Ce n’est plus d’une loi sur la radiodiffusion que le Canada a besoin, mais d’une loi sur la diffusion qui sera à la fois moderne et respectueuse des compétences des provinces. Ce travail sera incomplet s’il n’étudie pas la possibilité de soumettre le GAFA à des règles sur la découvrabilité de nos contenus et le financement de la production de contenus locaux et nationaux. On le devine, une politique d’affirmation pugnace ne passera pas avec succès le test des valeurs de la Silicon Valley.

Le Canada avait parfaitement raison d’exiger l’élargissement de la clause d’exception culturelle aux contenus numériques. Une abdication à ce chapitre aurait vidé l’exception culturelle de sa substance. Mais la clause de représailles pourrait devenir une menace bien réelle si Ottawa ou Québec décident de soutenir et de protéger les industries culturelles dans le numérique. C’est pourquoi le gain reste incertain.

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Une menace à la souveraineté culturelle du Canada

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Le 30 septembre 2018, le Canada a annoncé la conclusion du nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) qui remplace l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de 1992. Le gouvernement du Canada, des représentants des milieux culturels canadiens et plusieurs experts ont confirmé le maintien de l’exemption culturelle canadienne et son application aux engagements qui découlent du nouveau chapitre sur le commerce électronique. Ainsi pouvait-on lire dans divers articles et communiqués que « le Canada aura désormais les coudées franches pour protéger l’ensemble de sa production culturelle nationale devant les États-Unis », une telle exemption permettant au Canada « de conserver sa souveraineté culturelle […] essentielle pour l’avenir du secteur à l’ère numérique ».

Afin de bien mesurer l’ampleur de cette nouvelle, il est utile d’évoquer la conclusion d’une autre négociation, cette fois au sein de l’Union européenne. Le 2 octobre 2018, le Parlement européen a adopté de nouvelles règles sur les services audiovisuels qui visent désormais les plateformes de vidéo à la demande et de partage de vidéos en ligne, telles que Netflix, YouTube ou Facebook. Ainsi, afin de promouvoir la diversité culturelle, les États membres de l’UE devront s’assurer que les fournisseurs de services audiovisuels, y compris ces plateformes, offrent un minimum de 30 % de contenus nationaux et qu’ils participent au développement des productions audiovisuelles européennes, par exemple en versant des contributions à des fonds nationaux.

La question qui se pose aujourd’hui est donc la suivante : le Canada dispose-t-il effectivement de la marge de manoeuvre requise pour adopter et mettre en oeuvre des mesures similaires à celles qui viennent d’être adoptées par le Parlement européen ? La réponse se trouve justement dans le nouvel AEUMC.

Clause de représailles

La situation créée par ce nouvel accord va clairement au-delà de ce que prévoyait l’ALENA et menace davantage la souveraineté culturelle du Canada. Certes, le Canada a réussi à maintenir l’exemption culturelle qui figurait dans l’ALENA et celle-ci couvre tous les chapitres de cet accord, y compris le nouveau chapitre sur le commerce électronique, dont les règles s’appliquent aux « produits numériques ». Toutefois, et cela est totalement passé sous silence dans les médias, cette exemption culturelle est toujours assortie d’une clause de représailles. Une telle clause peut être utilisée par les autres parties, dont les États-Unis, pour « sanctionner » le Canada lorsque l’une de ses politiques culturelles est incompatible avec les engagements au titre de l’AEUMC et qu’elle ne peut être maintenue que grâce à la « protection » offerte par l’exemption culturelle. En d’autres mots, le recours à la protection offerte par l’exemption culturelle peut avoir un prix ! Le côté pernicieux d’une telle clause de représailles est qu’elle pourrait facilement décourager, purement et simplement, la mise en place de mesures de protection et de promotion des expressions culturelles canadiennes.

Il est vrai que cette clause, déjà présente dans l’ALENA, n’a jamais été utilisée par les États-Unis. Il faut cependant préciser que les engagements susceptibles d’affecter les politiques culturelles du Canada étaient limités ; ainsi, la clause de représailles, qu’il était possible d’activer pour sanctionner des politiques couvertes par l’exemption culturelle canadienne, ne présentait en réalité qu’un faible intérêt pour les États-Unis. En effet, dès la fin des années 1990, la stratégie commerciale des États-Unis avait évolué vers une libéralisation du commerce électronique, et les restrictions maintenues au commerce « traditionnel » des biens et des services culturels ne les préoccupaient plus tellement. Seuls les quotas au cinéma continuaient d’être ciblés dans les négociations commerciales menées de manière bilatérale par les Américains, les réserves ou restrictions visant à préserver d’autres types de politiques culturelles étant généralement acceptées. Par ailleurs, dès le début des années 2000, il était devenu clair que la priorité des États-Unis consistait à obtenir des engagements de libéralisation sans réserve du commerce électronique. Car l’avenir des industries culturelles allait se dessiner principalement dans l’environnement numérique.

Nouvel univers numérique

L’ALENA de 1992 ne contenait pas d’engagements relatifs au commerce électronique. Il permettait donc au Canada d’innover et de se doter de nouvelles politiques culturelles visant à soutenir les contenus culturels canadiens dans l’environnement numérique. Ces politiques n’avaient pas à s’appuyer sur l’exemption culturelle canadienne puisque la portée de l’ALENA n’atteignait pas l’environnement numérique. Aujourd’hui, la situation est bien différente. En vertu de la règle de non-discrimination inscrite dans le chapitre sur le commerce électronique de l’AEUMC, ce type de politique contrevient aux engagements au titre de cet accord. Certes, l’exemption culturelle permettra de maintenir en vigueur une politique culturelle applicable au numérique. Car, répétons-le, l’exemption culturelle est présente et elle s’applique au chapitre sur le commerce électronique. Mais à la demande d’une autre partie (les États-Unis ou le Mexique), ce maintien pourra par exemple être conditionné par le versement de compensation financière de la part du Canada.

Si le Canada décidait tout de même d’aller de l’avant avec l’adoption de telles mesures adaptées au numérique, couvertes par l’exemption culturelle du nouvel AEUMC, il ne nous resterait plus qu’à espérer que les États-Unis s’abstiennent de recourir à leur droit de représailles et qu’ils renoncent à nous demander le paiement de quelque compensation que ce soit.

Dans ce monde idéal, nous pourrions ainsi exiger de la part des Netflix de ce monde que 20, 30, 40 % de contenus canadiens figurent dans leurs catalogues. Nous pourrions également leur imposer le versement de contributions dans nos fonds de soutien à la production de contenus culturels canadiens. Et, pour assurer la découvrabilité de nos oeuvres, nous pourrions sans doute aussi contraindre ces plateformes de mettre en avant nos propres contenus sur les pages d’accueil de leur site lorsqu’ils sont visités par des Canadiens, en particulier par nos jeunes qui sont exclusivement tournés vers le numérique.

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