Les gilets jaunes et la France des débats impossibles

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Tandis que les gilets jaunes font preuve d’une résilience surprenante pour un mouvement ni structuré ni appuyé par des organisations syndicales ou politiques, le gouvernement français prépare dans la confusion un grand débat national dont nul ne connaît vraiment ni la forme ni le modus operandi.

En soi, l’organisation de cette vaste consultation citoyenne est une bonne idée, si tant est qu’on ose y aborder les sujets qui intéressent les Français. Car tout le mal français vient précisément de là : de l’impossibilité de tenir des débats sereins sur les thèmes qui préoccupent la population. Ces thèmes ne sont pas originaux, ils ne sont d’ailleurs pas spécifiquement français. Ce sont les mêmes qui agitent le Québec, les États-Unis, l’Italie, la Grèce ou le Royaume-Uni.

Comme d’autres, les Français s’inquiètent d’une part des conséquences économiques de la mondialisation (délocalisation, dérégulation, précarité, baisse des impôts pour les entreprises et investisseurs au nom de la compétitivité, hausse des impôts des citoyens au nom de la rigueur budgétaire imposée par l’Union européenne, etc.) et d’autre part, de ses conséquences humaines (immigration, intégration, laïcité, identité, etc.). Mais dans l’Hexagone plus qu’ailleurs, ces thèmes ne sont plus jamais débattus. Ils sont devenus tabous.

En France, vouloir parler d’immigration est déjà suspect. C’est « faire le jeu de l’extrême droite ». De la même façon, remettre en cause la dynamique actuelle de la mondialisation et de la construction européenne, c’est « verser dans le populisme ». Paradoxalement, l’avènement d’Emmanuel Macron, parce qu’il a fait exploser les deux grands partis traditionnels (le Parti socialiste et l’UMP), a encore appauvri le débat politique français.

Désormais, Emmanuel Macron se présente comme le seul rempart contre des mélenchonistes nécessairement populistes et des lepénistes nécessairement xénophobes. En multipliant les références aux années 1930 dans les dernières semaines, le président Macron a encore tenté de culpabiliser un peu plus la population tout en diabolisant préventivement les adversaires qui envisageraient de s’emparer de ces thèmes. Or, l’impossibilité d’aborder les questions qui sont au coeur des préoccupations des gens ne peut mener qu’à une frustration croissante et à une radicalisation des positions.

Même si dirigeants et médias font mine d’avoir été surpris par la crise, la généalogie des inquiétudes relatives aux conséquences de la mondialisation est pourtant facile à établir. Rappelons simplement que les Français ont dit « non » deux fois par référendum à cette Europe des marchés — d’abord au traité de Maastricht en 1992 puis au traité de Rome II en 2005 —, mais que les gouvernements successifs ont ignoré ces résultats. En campagne, Emmanuel Macron avait d’ailleurs promis de « changer l’Europe », comme François Hollande avant lui. Sa capitulation en avril dernier face aux réserves allemandes fut aussi rapide que celle de son prédécesseur.

Concernant l’immigration, est-il nécessaire de rappeler que les Français ont porté par deux fois les Le Pen (père et fille) au second tour de l’élection présidentielle ? Cette double sonnette d’alarme aurait dû pousser les responsables politiques à faire un état des lieux et à entamer enfin une sérieuse réflexion sur le sujet, en cherchant à comprendre davantage qu’à condamner leurs compatriotes inquiets.

Ainsi, la crise des gilets jaunes est le révélateur de la profonde inadéquation entre l’offre et la demande politiques en France. Au-delà des taxes, des réglementations et des difficultés de la vie courante, la « France d’en bas » souffre surtout de ne pas être écoutée par ses dirigeants.

Le grand débat qui s’ouvre la semaine prochaine constitue donc une chance unique de réconciliation entre les Français et leurs représentants, mais c’est aussi un quitte ou double. Un débat faussement ouvert, se limitant aux questions politiquement correctes, ne ferait que nourrir l’exaspération des Français.

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Institutions démocratiques: Karina Gould a confiance en ses débats électoraux

La ministre responsable des institutions démocratiques, Karina Gould, estime que les chefs de partis fédéraux auront un puissant incitatif à participer aux débats qu’organisera à l’automne 2019 sa nouvelle Commission aux débats : les affrontements oratoires iront de l’avant quoiqu’il arrive, même si un leader décide de les snober.

La Commission, dévoilée cet automne par Mme Gould, est dirigée par l’ancien gouverneur général David Johnston. Elle a le mandat d’organiser deux débats électoraux, soit un en anglais et l’autre en français, avec l’aide d’un producteur choisi à la suite d’un appel d’offres. Le gouvernement libéral souhaite éviter le cafouillage de 2015 : le traditionnel débat anglophone du consortium des télédiffuseurs avait été annulé parce que le chef conservateur Stephen Harper avait refusé d’y participer. À la place, trois débats en anglais avaient été organisés par des publications écrites et un laboratoire d’idées (think tank), un sans le chef bloquiste et les deux autres sans la chef du Parti vert. Les cotes d’écoute avaient été bien inférieures aux éditions antérieures.

La Commission aux débats aura le mandat d’assurer que les deux débats vont de l’avant. Le consortium n’avait pas cette obligation. Il reviendra aux chefs politiques qui décident de ne pas y participer d’expliquer leur absence aux Canadiens. La cour de l’opinion publique leur demandera des comptes.

Mme Gould a refusé de rendre obligatoire la participation des chefs aux débats de sa Commission, par exemple en y rendant conditionnel le remboursement étatique des dépenses électorales d’un parti. Alors qu’est-ce qui garantit que cette Commission aura en 2019 plus de succès qu’en a eu le consortium des télédiffuseurs en 2015 ?

« La Commission aux débats aura le mandat d’assurer que les deux débats vont de l’avant. Le consortium n’avait pas cette obligation, explique Mme Gould en entrevue avec Le Devoir. Il reviendra aux chefs politiques qui décident de ne pas y participer d’expliquer leur absence aux Canadiens. La cour de l’opinion publique leur demandera des comptes. »

La Commission invitera les chefs qui répondent à deux des trois critères établis : avoir au moins un député déjà élu sous la bannière de leur parti, présenter des candidats dans au moins 90 % des circonscriptions du Canada, et avoir obtenu 4 % des votes lors d’une campagne électorale précédente ou avoir une chance légitime de remporter des sièges en 2019. Le caractère subjectif de ce dernier critère a fait l’objet de bien des critiques. Mme Gould estime qu’il est au contraire en droite ligne avec la pratique passée.

« C’est un critère sur lequel on s’était entendus lors de précédents débats », soutient la ministre, qui prétend que c’est en vertu de ce concept « que le Parti vert a pu être admis à son premier débat parce qu’il était à 4 % [dans les sondages] ». Elizabeth May a pu participer aux débats des chefs dès 2008. Les raisons de son inclusion sont obscures : le NPD, le Bloc et le Parti conservateur s’opposaient à sa présence, mais ont changé d’avis subitement.

Élections biaisées

La ministre s’inquiète par ailleurs à savoir que les conservateurs remettent déjà en question la légitimité du résultat électoral de 2019 à cause de l’aide financière promise aux médias écrits et à cause de cette Commission aux débats, dont le président a été imposé par le gouvernement libéral sans consultation des autres partis.

« C’est aussi comme cela que Stephen Harper traitait les médias quand il était premier ministre, rappelle-t-elle. Il ne participait pas aux mêlées de presse et ne donnait pas de conférence de presse. C’est de la rhétorique conservatrice typique, mais ce qui est le plus alarmant, c’est qu’ils tentent déjà de conditionner la perception des gens envers l’élection, et c’est très irresponsable. »

Le député Alain Rayes, par exemple, a dit de cette Commission aux débats que le Parti libéral de Justin Trudeau s’en servirait pour « influencer les élections qui s’en viennent en 2019 en sa faveur ».

La ministre s’insurge, rappelant que le commissaire Johnston « avait été nommé gouverneur général par Stephen Harper. Il est le Canadien le moins partisan qu’on puisse imaginer ». Mais alors pourquoi ne pas avoir au préalable consulté les partis d’opposition avant de le nommer et ainsi apaiser les craintes ? « En fin de compte, nous sommes le gouvernement, et le gouvernement fait les nominations en conseil. C’est comme cela que ça fonctionne. »

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Quand l’histoire s’invite dans les débats sur les signes religieux

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Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d’histoire le défi de décrypter un thème d’actualité à partir d’une comparaison avec un événement ou un personnage historique.

Au cours des dernières années, plusieurs polémiques liées à l’immigration et aux signes religieux ostentatoires ont fait irruption dans l’espace public québécois : crise des accommodements raisonnables, charte des valeurs, accueil de réfugiés et, plus récemment, lors de la dernière campagne électorale, la proposition d’un « test des valeurs » qui serait soumis aux immigrants. Au lendemain de son élection, le gouvernement de François Legault a fait resurgir l’idée d’interdire certains signes religieux dans la fonction publique, avec un projet de loi qui serait déposé au printemps 2019.

Lors de ces débats, des personnalités politiques, des chroniqueurs, des citoyens et des groupes identitaires ont formulé des discours mobilisant l’histoire du Québec pour réclamer un encadrement plus strict des accommodements raisonnables et des signes religieux. L’analyse d’articles de journaux, de chroniques, de lettres ouvertes et de manifestes, que j’ai réalisée pour la période 2007-2018, révèle le recours à un récit dominant : celui de l’avènement d’une nation moderne, laïque et égalitaire, située dans l’héritage de la Révolution tranquille.

Plusieurs sociologues et politologues, dont Caroline Jacquet, ont également observé la mobilisation de ce récit durant les dernières années. Cette stratégie rhétorique soulève plusieurs questions quant à l’usage — ou l’instrumentalisation — de l’histoire comme « argument d’autorité » dans le cadre de débats de société actuels.

Modernité, laïcité, égalité

Le récit dominant dans ces discours met en scène une histoire du Québec qui se traduit par une longue marche, suivant un progrès linéaire, vers la modernité. La Révolution tranquille et la décléricalisation des institutions publiques sont perçues comme des moments décisifs de cette transition vers la modernité, marquant une rupture avec la Grande Noirceur.

Pour plusieurs, ce processus resterait à achever en instaurant ce qu’ils qualifient de « véritable » laïcité de l’État, notamment par l’interdiction du port de signes religieux pour les employés du gouvernement. Ce projet serait en continuité avec la modernisation amorcée durant la Révolution tranquille, ou même plus tôt par certains mouvements de résistance, comme celui qui a mené à la publication du manifeste Refus global.

Pour ces intervenants, la laïcité se trouve inscrite dans cette même vision de progrès linéaire. La Déclaration des intellectuels pour la laïcité, publiée en 2010 et cosignée par plusieurs personnalités, dont Bernard Landry et Guy Rocher, en offre un bon exemple. Une partie importante du texte est consacrée à démontrer la place de la laïcité dans l’histoire québécoise, abordant tour à tour la séparation de l’Église et de l’État défendue par les patriotes, le droit de vote des femmes, la Révolution tranquille et la déconfessionnalisation des structures scolaires.

Par cette historicisation, les signataires souhaitent démontrer que l’idée de laïcité au Québec remonterait aux XVIIIe et XIXe siècles et que les débats actuels ne seraient donc pas « une réaction défensive face aux minorités issues de l’immigration récente ».

Dans le récit mis en avant, l’égalité pour les femmes et les minorités sexuelles dépendrait du passage vers la modernité et de la mise en place d’un État laïque. De nombreux discours laissent entendre que cette égalité aurait déjà été acquise grâce à la Révolution tranquille et qu’elle serait même inscrite dans les « valeurs fondamentales » de la société québécoise. Une menace venant surtout de l’« extérieur » rendrait toutefois cet acquis précaire : certains accommodements ou signes religieux représenteraient, par leur présence même, un recul pour l’égalité entre les genres. Dans cette logique, l’intervention laïque de l’État viserait alors à protéger et à garantir les droits des femmes, et s’inscrirait même en continuité avec les luttes féministes menées dans les années 1960 et 1970.

Histoire ou stratégie rhétorique ?

Ce récit a moins à voir avec l’histoire du Québec qu’avec une stratégie rhétorique visant à refuser les accommodements et la présence de signes religieux — essentiellement ceux associés aux religions musulmane, juive ou sikhe — au nom d’un passé qui serait à préserver.

L’idée que l’histoire du Québec consisterait en un long parcours vers la modernité, avec une séparation marquée entre la Grande Noirceur — qui sert de repoussoir — et la Révolution tranquille, ne fait pas l’unanimité parmi les historiens. Plusieurs travaux ont contesté cette rupture en montrant les éléments progressistes de la société québécoise, et même du clergé, avant 1960.

De plus, l’idée d’une Révolution tranquille qui nous aurait légué comme valeurs les droits égaux pour les femmes et pour les minorités sexuelles semble invraisemblable pour quiconque s’intéresse aux discours et aux mobilisations des mouvements sociaux de cette époque. Le mouvement de libération des femmes, qui a émergé au tournant des années 1970, visait notamment à lutter contre la subordination juridique, économique, politique, sexuelle et conjugale des femmes, encore bien tangible malgré les réformes de la Révolution tranquille.

Il semble risqué de dégager un fil conducteur à partir des débats entourant la laïcité dans l’histoire du Québec. Plusieurs intervenants ignorent les différentes concrétisations sociohistoriques de la laïcité et lui attribuent plutôt une portée transhistorique. La séparation entre l’Église et l’État défendue par les patriotes peut-elle vraiment être mise en relation avec le mouvement de sécularisation des années 1960, puis avec les récents débats sur les accommodements raisonnables, étant donné que les principes défendus, notamment la décléricalisation, la déconfessionnalisation ou la sécularisation, n’étaient pas les mêmes et s’inscrivaient dans un contexte fort différent ?

Plusieurs spécialistes ayant examiné le recours au concept de laïcité au Québec, dont la sociologue Micheline Milot, révèlent que ce dernier a été peu utilisé jusque dans les années 1990. C’est surtout au début des années 2000 qu’il a émergé dans les débats portant sur les religions minoritaires, notamment dans le contexte post-11-Septembre et à l’occasion de la crise des accommodements raisonnables. La mobilisation de la laïcité renvoie donc moins à un récit traversant l’histoire québécoise qu’à une réponse défensive au « problème » du pluralisme religieux.

Reculs importants

En ce qui concerne l’égalité entre les genres, les travaux de plusieurs historiens ont dévoilé qu’elle n’était pas nécessairement liée à la modernité et à la laïcité. Ainsi, il est possible de constater des reculs importants dans la condition des femmes à de nombreux moments associés à la modernisation ou à la laïcisation.

À titre d’exemple, l’historien Allan Greer observe une « masculinisation » de la citoyenneté et de la politique lors des rébellions de 1837-1838, alors que les femmes ont été reléguées à l’espace domestique. Trois ans plus tôt, les femmes propriétaires avaient perdu leur droit de suffrage à l’initiative des députés patriotes, qui défendaient pourtant des valeurs de républicanisme et de laïcité.

La mobilisation de la laïcité renvoie donc moins à un récit traversant l’histoire québécoise qu’à une réponse défensive au « problème » du pluralisme religieux

 

Plus d’un siècle plus tard, au moment de la décléricalisation des établissements scolaires et hospitaliers dans la foulée de la Révolution tranquille, les sociologues Danielle Juteau et Nicole Laurin ont souligné que ce sont surtout les hommes qui ont profité des nouveaux postes de pouvoir dans le secteur public, au détriment des femmes et particulièrement des religieuses.

Selon l’historienne Joan Scott, la laïcité et la modernité auraient introduit « un nouvel ordre de subordination des femmes » en instituant la séparation entre les sphères privée et publique, séparation qui se serait vue renforcée par un discours soi-disant rationnel et scientifique. Elle montre que la laïcité n’a, en fait, jamais été instituée pour garantir l’égalité hommes-femmes dans la modernité occidentale. Dans le contexte français, ce n’est qu’au XXIe siècle que l’égalité est devenue une préoccupation importante aux yeux des politiciens, et ce, toujours face à l’islam.

S’éloigner du récit

Les notions de modernité, de laïcité et d’égalité doivent donc être interrogées en fonction de leurs significations, selon le contexte et les gens qui les portent, pour révéler les rapports sociaux qui les sous-tendent.

Comme le souligne la sociologue Leila Benhadjoudja, le récit d’une longue marche vers un État moderne, laïque et égalitaire, qu’elle qualifie de « sécularonationaliste », alimente un antagonisme entre la conception d’un « Nous » québécois laïque, féministe et pro-LGBTQI et d’un « Eux » musulman homophobe et sexiste. Il semble alors important de déconstruire les oppositions binaires entre laïcité et fondamentalisme religieux, entre libération des femmes par la laïcité et oppression des femmes par les pratiques religieuses. Celles-ci minent les débats et empêchent de comprendre comment, dans plusieurs circonstances, les pratiques religieuses peuvent être émancipatrices pour certaines femmes et que, dans d’autres, la laïcité peut constituer une perte de leur pouvoir.

Bien qu’il soit nécessaire de tenir des débats sur la place que nous souhaitons accorder aux accommodements et aux signes religieux — et conséquemment aux individus et aux groupes concernés —, le passé ne devrait pas s’imposer dans ces discussions comme argument d’autorité, avec des symboles et des valeurs transhistoriques à préserver. L’histoire ne constitue pas un ensemble de leçons qui nous permettrait de trancher, aujourd’hui, lors de controverses.

Si l’histoire peut nous être utile, c’est moins comme une série de récits figés à mettre à la disposition d’un public qu’en tant que pratiques et approches critiques face au passé, tout en offrant — autant que possible — des outils pour l’interpréter. Avec l’arrivée prochaine d’un autre projet de loi sur les signes religieux, il semble plus important de réfléchir en tournant, cette fois, notre regard vers l’avenir.

Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël. Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir d’histoire, c’est ici.

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Élections fédérales 2019: il y aura au moins deux débats des chefs

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Il y aura au moins un débat des chefs en français et un autre en anglais pendant la campagne fédérale. Mais rien n’oblige leur diffusion, rien n’oblige les chefs à y participer, et rien n’est prévu au plan libéral pour faire en sorte que les médias soient impliqués dans l’élaboration du contenu.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a dévoilé les contours de la commission aux débats, nouvelle entité dotée d’un budget de 5,5 millions $ qui sera pilotée par l’ex-gouverneur général du Canada David Johnston pour l’exercice 2019.

Le cycle électoral précédent, celui de 2015, avait été marqué par un débat sur les débats à partir du moment où le chef conservateur Stephen Harper avait annoncé qu’il ne prendrait pas part à ceux qui étaient traditionnellement organisés par le consortium des télédiffuseurs.

Les libéraux avaient promis d’instaurer un « processus indépendant plus inclusif » en mettant sur pied une commission pour que cessent les « manoeuvres partisanes entourant les débats », tâche à laquelle s’est attelée la ministre Gould.

« Avec la création de la commission aux débats, le gouvernement du Canada s’assure que les débats des chefs demeurent un élément prévisible, fiable et stable des futures campagnes électorales », a-t-elle fait valoir en conférence de presse dans le foyer de la Chambre.

Les chefs qui voudront croiser le fer devront remplir au moins deux des trois critères. Ces conditions, qui ont été déterminées unilatéralement par le gouvernement libéral à partir d’un rapport, sont les suivantes :

— Avoir un député élu en tant que membre de ce parti aux Communes lors du déclenchement de l’élection ;

— Avoir l’intention de présenter des candidats dans au moins 90 % des circonscriptions électorales ;

— Avoir obtenu quatre pour cent des votes lors d’une campagne électorale précédente ou avoir une chance légitime de remporter des sièges lors des prochaines élections.

Les chefs de tous les partis actuellement représentés aux Communes recevraient ainsi un carton d’invitation — tous, à l’exception de Maxime Bernier. Le fondateur du Parti populaire du Canada n’a aucune garantie de pouvoir être de la partie, ayant été élu sous la bannière conservatrice.

Il devrait donc se rabattre sur le critère de « la chance légitime » de remporter des sièges au prochain scrutin. Le flou entourant cette condition a été qualifié de « préoccupant » par le député néodémocrate Nathan Cullen.

« Je ne sais pas ce que c’est. Des sondages ? Une opinion, une opinion du gouvernement, une opinion du commissaire ? », a-t-il affirmé. Et il a formulé un autre reproche : la nomination unilatérale du commissaire par les libéraux.

« Le commissaire aux débats, la personne qui est en charge, a une énorme influence sur la façon dont les débats se déroulent et devrait être une personne choisie à l’unanimité par tous les partis enregistrés », a exposé M. Cullen, se gardant néanmoins de critiquer David Johnston.

Les conservateurs ont formulé des reproches similaires, et ils en ont rajouté une couche, le député Alain Rayes accusant le premier ministre Justin Trudeau de tenter « d’influencer les élections qui s’en viennent en 2019 en sa faveur ».

Car « on va se dire les vraies choses : est-ce qu’il y a quelqu’un qui pense qu’un chef de parti politique accepterait de ne pas faire un débat dans les deux langues officielles dans un pays qui est bilingue ? », a-t-il lâché.

En y allant de cette affirmation, il fait abstraction des événements de 2015, alors que Stephen Harper avait parti le bal en refusant de participer au débat anglophone du consortium. Il y avait finalement eu cette année-là une variété de débats organisés par une variété de médias.

Rôle des médias

Les débats seront distribués gratuitement à tout diffuseur qui en voudra, selon ce qu’a par ailleurs spécifié la ministre Gould. Elle n’a cependant pas été en mesure de préciser quel serait le rôle des médias dans le choix du contenu et des thèmes qui seront débattus.

La leader du Parti vert, Elizabeth May, a salué l’annonce libérale notamment, car elle l’assure d’une présence, mais également parce que les règles sont enfin « claires ». Elle ne voit pas de problème à ce que les médias ne soient pas assurés de pouvoir faire partie intégrante du processus.

« La presse a fait un travail exécrable ! En 2005 et en 2006, dans quatre débats, deux en anglais et deux en français, il n’y avait pas eu une seule question sur le climat. Je me souviens de ces débats », a-t-elle lancé dans le foyer des Communes.

« S’ils avaient fait un bon travail sur le contenu, je dirais qu’ils devraient continuer […] mais je dois dire que je ne trouve aucun argument crédible pour dire qu’il est malavisé que la commission choisisse le contenu et les thèmes. On verra s’ils font pire que le consortium [des médias] », a-t-elle ajouté.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Stéphane Giroux, voit la chose d’un mauvais oeil. Il estime qu’Ottawa tente de « répondre à un problème qui n’existe pas » en plus d’« empiéter sur le travail » des journalistes.

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La santé durable, grande absente des débats

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La campagne électorale en cours au Québec exacerbe le malaise sociétal qui existe entre la volonté de régler certains problèmes viscéraux et la nécessité de mettre en place des actions durables pour assurer un avenir meilleur… que disons-nous, un avenir tout court !

Les décideurs vivent bien ce malaise, puisque le feu roulant d’une campagne électorale permet difficilement d’expliquer une vision globale de la société de demain et d’y faire adhérer près de 8,5 millions de personnes à seulement 39 jours. Pourtant, l’urgence de penser loin inonde autant nos terres habitées que nos salles de classe et nos services d’urgence. Voilà pourquoi il est nécessaire de nourrir sans cesse la réflexion et de prôner le dialogue collectif bien au-delà de cette campagne, où fusent les projets circonscrits dans le temps, limités à quatre ans, soit la durée d’un mandat.

La santé accapare plus de 40 % du budget national. Cette proportion augmente de façon alarmante, compressant les fonds disponibles pour d’autres domaines également vitaux, tels que l’éducation et l’environnement. Continuer ainsi ne fera qu’aggraver le problème et alourdir le fardeau de la maladie et des soins. Comment renverser cette tendance ? La prévention est une solution évidente, mais trop peu exploitée à ce jour. C’est logique : si les Québécois tombaient moins malades, ils auraient moins besoin de soins et cela coûterait moins cher à la société.

Alors que les experts recommandent qu’un minimum de 5 % du budget en santé soit consacré à la santé publique pour assurer une réponse adéquate aux besoins de la population, seulement 2,8 % y sont actuellement investis au Québec. La santé publique, que plusieurs confondent avec le concept de système public de santé, rassemble des professionnels de tous horizons dans le but de prévenir les maladies et d’améliorer le bien-être de la population, de mesurer son état de santé et de la protéger des menaces telles que des épidémies. Malgré ces fonctions vertueuses, son budget a été considérablement amputé en 2015, ce qui fragilise sa capacité à les accomplir. Bien qu’un plan étoffé menant à une meilleure santé à long terme pour la population québécoise ne puisse être partagé en 39 jours, une annonce de réinvestissement en santé publique traduirait au moins la volonté d’agir et de penser réellement aux générations futures.

Quelle est notre vision pérenne d’un mieux-être collectif ? C’est celle de la santé durable. Celle-ci s’attarde aux racines mêmes de ce qui cause les maladies et à la concentration de ces dernières chez les plus défavorisés. Une éducation de qualité dès la petite enfance, des logements abordables et bien entretenus, l’équité dans les revenus, des parcs qui donnent envie de sortir et de rencontrer nos voisins, des villes qui sont aménagées pour faire bouger ses résidents, etc., voici notamment les outils qui permettent de développer une société en santé, où les pansements sur les blessures de l’âme et du corps sont de moins en moins nécessaires. En plus de diminuer les coûts en soins, une approche de santé durable permettrait d’économiser à long terme. Par exemple, chaque dollar investi en prévention en petite enfance — dans les CPE, par exemple — permet d’économiser jusqu’à 16 $ en soins et en services plus tard.

Cette vision se concrétisera lorsque nous penserons la santé au-delà des soins. La santé publique peut nous accompagner dans cette transformation, pour que nous fassions vivre la santé durable au quotidien. Exigeons-la de nos dirigeants ! Joignez nos efforts et demandons un réinvestissement réel en santé durable, peu importe le parti qui sera au pouvoir.

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