Comment «aider» Haïti aujourd’hui? | Le Devoir

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Il faut aller au-delà des seules réponses dictées par la nouvelle crise humanitaire en cours en sachant fort bien qu’il n’est pas évident qu’Haïti pourra s’en sortir. Il n’est pas certain que le type d’aide internationale que ce pays reçoit lui soit vraiment utile. Bien des gens en doutent et certains ont démissionné.

Trois constats s’imposent : premièrement, le pays n’a eu la tête hors de l’eau que grâce à la coopération internationale ; deuxièmement, le pays ne s’appartient pas, car 90 % de son financement provient de l’extérieur ; troisièmement, dans le pays des Amériques le plus mis à mal par des catastrophes naturelles récurrentes et des épisodes politiques particulièrement difficiles, les projets de sortie de crise et de développement se construisent sur le temps long.

Or la tragique disproportion entre les ressources financières et humaines consacrées à des secours d’urgence et celles consacrées au développement durable des communautés est désastreuse. C’est comme si le pays était condamné à réparer ses dégâts en allant d’un secours d’urgence à l’autre. Cependant, un certain nombre d’organisations répondent qu’il existe bel et bien des interventions de plus longue portée, celles qui appuient l’action collective de communautés travaillant à se doter d’organisations inscrites elles-mêmes dans la durée : des coopératives, des fédérations paysannes, des mutuelles d’épargne et de crédit, des associations de femmes, etc.

Cette partie de l’aide internationale du Québec transformée en solidarité avec des organisations haïtiennes existe depuis un bon moment, mais elle est trop faible de moyens et trop investie dans de petits projets fortement ancrés dans le seul développement social. Elle n’a pas encore les moyens de ses ambitions et accuse un certain retard par rapport à ses homologues européens. Un nouveau scénario est en construction, celui de miser sur des économies de proximité et une finance sociale fondée sur une épargne solidaire. Adossée au seul financement public (ou presque) pendant plusieurs décennies, cette coopération a subi un choc majeur sous la gouverne des conservateurs au début de la présente décennie. Cette coopération de proximité a été forcée de se redéployer autrement tant sur le plan de son autonomie financière que dans ses priorités d’intervention. Le scénario qui suit pourrait être mis à profit en Haïti.

La plupart des experts s’entendent pour dire que l’agriculture familiale de ce pays est un maillon stratégique. Cependant, ses communautés rurales sont privées d’activités agricoles suffisamment génératrices de revenus, d’accès à l’électricité à des prix raisonnables, de petites infrastructures économiques locales, d’accès à l’eau potable, etc., permettant de faire face à l’insécurité alimentaire et au changement climatique qui lui est associé. La mise à contribution d’une finance solidaire à la bonne hauteur et d’assises économiques locales adossées à un plan d’action pour une transition sociale et écologique font partie de l’équation d’avenir.

Finance solidaire

Plutôt que de miser uniquement sur le financement public, cette solidarité du Québec avec Haïti et d’autres pays du Sud est en train de se donner des outils financiers collectifs semblables à ceux que plusieurs mouvements sociaux d’ici se sont donnés au cours de leur histoire : fonds de travailleurs à l’initiative des syndicats ; coopératives d’épargne et de crédit et fonds destinés au développement des régions. Bref, une économie non capitaliste de marché, cheville ouvrière d’un développement économique lancé par les communautés elles-mêmes.

Début 2019, l’AQOCI ainsi que les fonds de travailleurs ont pris une décision hors de l’ordinaire en mettant en oeuvre un projet de Fonds québécois d’investissement solidaire consacré aux économies de proximité au Sud fondé sur des épargnes d’organisations québécoises. Ce fonds permettra notamment de soutenir des systèmes de prêts rotatifs en agriculture ; des prêts et garanties de prêts à des PME tels des ateliers de production de panneaux solaires pour l’électrification des villages, la commercialisation collective de produits agricoles et des coopératives de collecte des déchets.

Développement et écologie

Depuis la COP21, le développement économique, la question sociale et le défi écologique se télescopent dans une crise ouverte en 2007. Or Haïti est une des sociétés les plus vulnérables du monde à cet égard et sa variable écologique est le principal marqueur de sa situation.

Dans la foulée, la solidarité Nord-Sud du Québec est amenée à se diriger vers le développement d’une économie faite de filières plus écologiques — énergies renouvelables, agriculture écologiquement intensive, aménagement durable des forêts. Dans le combat contre la pauvreté, tel qu’il est mené par les institutions internationales en Haïti, apparaissent aujourd’hui […] de bien maigres solutions. Dans ce pays, l’aide humanitaire occupe beaucoup trop la première place. Elle ne panse que les dégâts. Une solidarité adossée au développement d’économies de proximité est une autre manière de faire désormais inscrite à l’agenda québécois. Une solidarité économique favorisant la sécurité alimentaire, l’accès au crédit, la lutte contre la précarité énergétique. C’est un choix politique : notre coopération avec Haïti sera-t-elle encore et surtout celle de pompiers de service ou plutôt celle d’architectes du développement ?

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Abus par stylo voyeur | Le Devoir

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L’infraction de voyeurisme a été ajoutée au Code criminel en 2005. Elle interdit d’observer ou de filmer secrètement une personne se trouvant dans une situation où elle a une attente raisonnable de vie privée. Dans une décision rendue jeudi, la Cour suprême du Canada a explicité la portée de cette infraction de même que les critères permettant de déterminer si une personne se trouve dans des circonstances où elle peut raisonnablement s’attendre à ce que sa vie privée soit respectée.

La vie quotidienne regorgeant de dispositifs capables d’enregistrer des images, il est rassurant que la Cour clarifie les principes balisant le droit de faire usage de ces outils à fort potentiel intrusif.

L’infraction de voyeurisme

Selon l’article 162 du Code criminel, une personne peut être condamnée si la preuve a été faite hors de tout doute raisonnable de tous les éléments qui constituent l’infraction de voyeurisme. L’infraction comporte trois éléments : (1) l’observation ou l’enregistrement se fait clandestinement, (2) la personne observée se trouve dans une situation où elle a une attente raisonnable de protection de la vie privée et (3) le but de la captation ou de l’enregistrement est à caractère sexuel.

L’accusé Ryan Jarvis est professeur dans une école secondaire de London, en Ontario. Il s’est servi d’une caméra dissimulée dans un stylo pour filmer des élèves de sexe féminin s’adonnant à des activités scolaires courantes. Les images ont été prises dans les salles de classe et des zones communes de l’école. La plupart des vidéos mettaient à l’avant-plan le visage et le haut du corps des élèves, surtout leur poitrine. Les élèves ne savaient pas qu’elles étaient filmées. Les vidéos étaient de grande qualité et pouvaient être téléchargées sur un ordinateur.

Au procès, le juge de première instance n’a pas été convaincu hors de tout doute que Jarvis avait produit les enregistrements dans un but sexuel. En Cour d’appel, les juges majoritaires ont conclu que la preuve montrait hors de tout doute que Jarvis avait produit les vidéos dans un but sexuel. Il restait à la Cour suprême à déterminer s’il s’agissait de situations dans lesquelles les élèves s’attendaient raisonnablement au respect de leur vie privée. La question se posait, car les captations avaient eu lieu dans les espaces publics de l’école.

L’attente raisonnable de vie privée

À l’unanimité, la Cour suprême juge que Jarvis doit être déclaré coupable. Les élèves ne s’attendaient pas à être filmées par la caméra dissimulée dans le stylo du professeur. Les juges majoritaires écrivent que, pour décider si quelqu’un peut raisonnablement s’attendre au respect de sa vie privée, il faut examiner l’ensemble de la situation. Parmi les facteurs à prendre en compte, il y a le lieu de l’observation ou de l’enregistrement, la manière dont le tout a été réalisé et l’existence de règles ou de politiques en place. Il faut aussi considérer la question de savoir si la personne observait ou enregistrait. Un enregistrement peut révéler plus de détails, il est permanent et peut facilement être visionné, modifié et diffusé. La relation entre les personnes impliquées est aussi un facteur à examiner.

Les juges reconnaissent « qu’on s’attend à être filmé par des caméras de surveillance dans certains lieux, à figurer accessoirement en arrière-plan sur des photographies ou des vidéos d’autres personnes, dans le cadre d’un paysage urbain ou sur la scène d’un reportage ». Ils ajoutent que, dans le contexte scolaire, un élève devrait s’attendre à être filmé accessoirement en arrière-plan de la vidéo d’un autre élève, à être photographié pour l’album scolaire de l’année dans une salle de classe ou à faire l’objet d’enregistrements vidéo des parents de camarades de classe pendant qu’ils participent, par exemple, à un match de rugby. Par contre, de préciser le juge en chef : « Une élève qui fréquente une école, marche dans un couloir de l’établissement scolaire ou parle à son enseignant ne s’attend certainement pas à être ciblée par ce dernier et à faire l’objet d’un enregistrement secret de plusieurs minutes ou d’une série d’enregistrements mettant à l’avant-plan son corps. »

Cette décision éclaire sur les limites à respecter lorsqu’on fait usage d’appareils capables d’enregistrer et de traiter des images à l’insu des individus. Il faut être attentif au contexte et évaluer s’il justifie qu’une personne estime qu’elle a une attente légitime que les autres respectent sa vie privée. Il ne suffit pas de se demander si les lieux sont privés ou publics. La prise d’images dans les lieux publics demeure en principe permise. Mais la faculté d’y enregistrer clandestinement des images pouvant concerner des situations relatives à l’intimité des personnes, même dans des espaces publics, est limitée par l’obligation de respecter le droit à la vie privée des personnes. À plus forte raison si les informations recueillies ont une dimension sexuelle.

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L’Égypte totalitaire | Le Devoir

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L’Égypte est une vedette des histoires d’horreur d’Amnistie internationale et de Human Rights Watch. Entre tortures, censures et arrestations arbitraires, elle serre chaque jour un peu plus la vis, aux mains d’un homme à poigne, en route vers un régime néo-totalitaire sans précédent.

Inféodée au régime, la Chambre des députés a approuvé la semaine dernière — et intégrera à la constitution égyptienne — des mesures qui permettront au « président bien-aimé » Abdel-Fattah al-Sissi (64 ans, 97,1 % des suffrages en 2018) de prolonger son règne jusqu’en 2034…

Les modifications constitutionnelles lui confèrent le pouvoir de nommer les juges ainsi que le procureur général, et de procéder par décrets. Son armée aura un veto sur les nominations de ministres, dont celui de la Défense. Selon le nouveau texte constitutionnel, « l’armée est le gardien, le protecteur de l’État, de la démocratie, de la nation ».

On consacre la domination totale de l’armée sur le pays… et celle d’un (ex) général sur les institutions.

Un monsieur arrivé au pouvoir à l’occasion d’un sanglant coup d’État, en juillet 2013. Putsch alors mené au nom de la démocratie et de la liberté menacées, contre un président des Frères musulmans (Mohammed Morsi) qui avait pris le pouvoir un an plus tôt, lors de la seule élection présidentielle vraiment libre de toute l’histoire de l’Égypte.

 

L’éphémère gouvernement Morsi avait des tendances autoritaires et rétrogrades. Après tout, les Frères musulmans sont des islamistes — encore que d’une tendance plus « douce », qu’il faut distinguer de la tendance salafiste. Mettre dans le même panier les Frères musulmans (sectaires et entristes) et par exemple la Gamaa Islamiya (des terroristes sanguinaires) n’est pas seulement injuste, mais aussi — la suite l’a démontré — stratégiquement désastreux…

Le putsch de 2013 en Égypte a fait reculer de plusieurs décennies l’espoir démocratique dans le monde arabe : au lieu de se préparer à battre, dans les urnes, des intégristes rétrogrades — ce qui aurait été une étape extraordinaire de la démocratie —, on a tout de suite crié au loup, sorti les fusils, propagé les mensonges…

Quels mensonges ? Par exemple lorsqu’en juin 2013, l’armée, les réseaux sociaux et une presse acquise à l’opposition avaient multiplié par dix (au moins) le nombre des manifestants anti-Morsi : une « intox » magistrale, lever de rideau du coup d’État.

On s’est mis à diffuser des chiffres délirants, matériellement impossibles — 12 millions, 18 millions de manifestants ! — repris tels quels par les agences. Alors que des centaines de milliers de personnes, ça oui, étaient descendues dans les rues du Caire et d’Alexandrie contre le régime des Frères musulmans, lors de manifestations au demeurant impressionnantes et importantes.

(Pour mémoire : tous pays confondus, les plus grosses manifestations de l’ère contemporaine sont probablement celles de Catalogne, où les indépendantistes sont, de façon crédible et vérifiable, capables de faire défiler plus de 500 000 personnes au centre de Barcelone. A-t-on vu ce que, du haut des airs, représente vraiment une manifestation d’un demi-million de personnes ???).

Mohammed Morsi avait contre lui les trois quarts de la presse, qui l’a pilonné quotidiennement pendant les 12 mois de son règne. Il ne contrôlait pas le système de justice, pas plus que l’armée ou la majeure partie de la police… Pourtant, on lui a fait un procès en totalitarisme.

 

Le vrai totalitarisme en Égypte n’est pas celui, « appréhendé » ou « tendanciel », de 2013. C’est celui, bien concret, de 2019 : une répression politique « tous azimuts », pas seulement contre les islamistes. Les « jeunes libéraux laïques » de 2011, les internautes et les blogueurs du Printemps arabe oscillent aujourd’hui entre exil, prison et désespoir silencieux.

Une loi de septembre 2018 permet la surveillance systématique des réseaux sociaux et la fermeture des sites Internet. En matière de « lutte contre le terrorisme », elle prescrit aux médias la publication telle quelle des communiqués de l’armée et de la police… et interdit tout commentaire indépendant sur le sujet !

Face à l’Égypte, on est revenu au consensus d’avant 2011, à savoir que la dictature militaire, même féroce, serait le prix à payer pour « combattre le terrorisme ». Même si cela implique de pactiser avec le Joseph Staline arabe du XXIe siècle, aujourd’hui adoubé par les Trump, Macron et Nétanyahou.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

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Une tempête canadienne | Le Devoir

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La question a fait couler beaucoup d’encre, mais il sera difficile de prouver que Jody Wilson-Raybould a perdu son portefeuille en raison de la façon dont elle a traité le cas de SNC-Lavalin. En soi, cependant, le débat et les conjectures nuisent à l’apparence de la primauté du droit et de l’indépendance judiciaire. Mes recherches montrent d’ailleurs que les nouvelles ententes en matière de justice pénale — que le Canada tente d’adapter à partir de pratiques américaines et britanniques — présentent des risques importants pour l’indépendance des poursuites et la confiance des citoyens envers leurs institutions.

Jody Wilson-Raybould a agi de manière louable en soutenant ses procureurs, qui ont clairement décidé que, jusqu’ici, l’importance économique et politique de SNC-Lavalin ne justifiait pas la tenue d’une négociation pour exclure sa responsabilité criminelle. Cette dernière question, soit la façon dont nous traitons les accusations de criminalité dans les entreprises, est l’un des aspects centraux de la présente histoire.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Trudeau a mal géré cet aspect du complexe débat. Le gouvernement canadien a noyé une modification au Code criminel dans sa loi budgétaire de 2018 afin d’autoriser ce qu’il appelle des « accords de réparation ». Comme les Canadiens sont en train de l’apprendre, ce nouveau type d’ententes criminelles s’apparente à des plaidoyers de culpabilité, sauf qu’elles n’impliquent justement pas de reconnaissance de culpabilité.

Les membres du Comité permanent des finances qui ont examiné et adopté la modification au Code criminel ont exprimé leur mécontentement face au processus. Même le député libéral Greg Fergus craignait qu’on ne dissuade pas suffisamment les entreprises accusées d’activités criminelles tout en abordant l’optique d’un système criminel à deux vitesses. Après tout, les personnes accusées de crimes (non violents) peuvent également avoir des tiers qui dépendent d’eux et une réputation à maintenir, mais elles ne bénéficient pas d’accords « de réparation » pour leur éviter une reconnaissance de culpabilité.

Il est vrai que la reconnaissance de culpabilité prend une dimension particulière pour SNC-Lavalin, qui veut maintenir et continuer d’obtenir des contrats publics. À l’heure actuelle, l’entreprise refuse de négocier un plaidoyer de culpabilité pour cette raison. Notons cependant que de nombreuses entreprises multinationales signent encore des plaidoyers de culpabilité sans qu’ils les mènent à leur perte. De l’autre côté de la table des négociations, les procureurs de la Couronne semblent croire que, compte tenu de la gravité de la preuve amassée, ils ne peuvent pas négocier sur la reconnaissance de culpabilité de l’entreprise. Il s’agit d’une position qui est tout aussi compréhensible que la position de négociation de SNC-Lavalin.

« Si Ottawa autorise les accords de réparation, pourquoi les procureurs ne les utilisent-ils pas ? » Nous avons beaucoup entendu cette question, surtout au Québec. Mais n’oublions pas qu’en revanche, le Canada n’a pas vraiment utilisé ses dispositions en matière de responsabilité criminelle des entreprises depuis leur réforme en 2003. Si nous voulons prendre au sérieux le crime d’entreprise, nous devons laisser les procureurs considérer que certains dossiers justifient des accusations. Et c’est là que le débat actuel manque de profondeur.

L’un des risques connus des nouveaux accords de poursuite suspendue, outre la politisation du système de justice criminelle pour les grandes entreprises aux États-Unis, est une plus grande clémence du système de justice envers les entreprises nationales par rapport à leurs concurrents étrangers. Cela conduit à de mauvais signaux du marché et à un climat de faible dissuasion. Ces éléments font également partie de « l’intérêt public » que les procureurs de l’affaire SNC-Lavalin devaient prendre en compte. C’est à eux que le Code criminel confère cette discrétion (à l’Art.715.32 (1)). Ils méritent notre bénéfice du doute s’ils ont pris leur difficile décision comme acteurs juridiques indépendants et en connaissance de cause.

Nous savons maintenant que d’autres accusations criminelles pourraient suivre concernant la corruption alléguée de SNC-Lavalin au Québec. Et puis, il y a les autres problèmes d’affaires de l’entreprise, comme ses opérations minières et ses relations avec l’Arabie saoudite. Face à tout cela, le risque de prise de contrôle par une société étrangère est réel, mais il ne repose pas sur les épaules des procureurs ni sur celles des ministres de la Justice. Ultimement, la responsabilité première des employés de SNC-Lavalin repose sur SNC-Lavalin.

Pour être clair, j’estime qu’Ottawa et le gouvernement du Québec devraient aider l’entreprise si elle est vulnérable à une prise de contrôle. Et sur ce point, il n’est pas trop tard pour avoir un bon plan sur la manière d’obtenir l’acceptabilité sociale — à la grandeur du pays — pour qu’une aide financière soit apportée au besoin. Pour le moment, la variable du caractère distinct du Québec pourrait cependant rendre la tempête canadienne encore plus problématique. D’une part, la couverture contre-productive de certains politiciens et observateurs anglophones fait de SNC-Lavalin un ennemi. Mais d’autre part, des politiciens et des observateurs québécois appellent ouvertement au protectionnisme judiciaire de SNC-Lavalin sans penser aux répercussions de leur demande. Nous pouvons nous soucier de la protection de bons emplois en respectant l’intégrité de nos institutions.

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Au-delà de SNC-Lavalin | Le Devoir

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La tempête entourant les allégations d’une possible ingérence politique dans la poursuite contre SNC-Lavalin a accru l’intérêt pour un autre dossier judiciaire qui fait actuellement son chemin devant les tribunaux. La poursuite contre le vice-amiral Mark Norman, accusé d’abus de confiance, a peu attiré l’attention au Québec, mais suscite un intérêt renouvelé dans le reste du pays. De quoi inquiéter les libéraux.

Cette histoire tortueuse, dont voici seulement un aperçu, commence en 2015. La marine canadienne est confrontée à un problème. Le gouvernement a commandé de nouveaux vaisseaux afin de remplacer sa flotte vieillissante, mais il faudra des années avant de les voir amarrés au port, y compris les deux navires de ravitaillement dont les forces navales ont rapidement besoin. Sur les conseils du vice-amiral Norman, alors grand patron de la marine et numéro deux de l’état-major, les conservateurs acceptent d’envisager une solution temporaire, soit la location d’un navire civil transformé en navire ravitailleur. Le chantier naval Davie est en lice avec son projet Astérix.

Pour accélérer les choses à la veille des élections de 2015, les conservateurs modifient les règles en matière d’approvisionnement afin de conclure un marché de gré à gré avec Davie. Celui-ci devra toutefois être scellé par le gouvernement suivant. Élus, les libéraux hésitent et veulent revoir l’entente avant de la signer. Le concurrent de la Davie, la compagnie Irving, profite de l’élection de ce nouveau gouvernement pour revenir à la charge avec sa propre solution, un message qu’aurait relayé le ministre néo-écossais Scott Brison. Inquiet, Mark Norman aurait avisé la Davie du retard.

Le hic est que l’information émanait d’un comité du cabinet et qu’elle a fini par se retrouver dans les médias, mettant les libéraux dans l’embarras. L’entente avec la Davie ira finalement de l’avant, mais le Bureau du Conseil privé (BCP), le ministère du premier ministre en quelque sorte, portera plainte à la GRC pour fuite portant atteinte au secret du cabinet.

Le vice-amiral est l’objet de soupçons et est suspendu de ses fonctions en janvier 2017 sans savoir ce qu’on lui reproche vraiment. Il ne fera l’objet d’une accusation d’abus de confiance que 14 mois plus tard, soit le 9 mars 2018.

 
 

Depuis, une véritable guérilla juridique oppose M. Norman à la Couronne et au gouvernement. Les avocats du vice-amiral veulent avoir accès à des documents du cabinet et à des notes sur les échanges entre le bureau du premier ministre, le BCP et la Couronne. Ils sont persuadés d’y trouver la preuve de l’innocence du militaire. Le BCP et le ministère de la Justice rechignent, les requêtes se succèdent. L’automne dernier, une masse de documents a été remise à la Cour, sous scellés, afin qu’un juge détermine ce qui devrait être partagé avec la défense. La semaine dernière, ce sont les notes sur les échanges entre le Directeur des poursuites pénales (DPP) et le BCP qui se sont retrouvées sous la loupe. Et qui ont causé des remous.

À leur lecture, la juge de la Cour de justice de l’Ontario Heather Perkins-McVey n’a pu réprimer un commentaire allant dans le sens des accusations d’ingérence politique de la défense. « Voilà pour l’indépendance du DPP », a lancé la juge en lisant un courriel du DPP expliquant que certains passages étaient caviardés parce qu’ils portaient sur la « stratégie du procès ».

Signe qu’elle a senti la soupe chaude, la directrice des poursuites pénales, Kathleen Roussel, la même qui refuse de négocier une entente avec SNC-Lavalin, a fait une déclaration dès le lendemain pour expliquer que les discussions portaient sur l’identification d’un témoin pouvant expliquer les règles entourant le secret du cabinet. Elle a ajouté qu’elle avait « entièrement confiance » en ses procureurs pour qu’ils « exercent leur pouvoir discrétionnaire en toute indépendance et à l’abri de toute considération politique ou partisane ».

Le procès doit commencer en août prochain, à la veille des élections, et durer quelques semaines. Le gratin militaire, bureaucratique et politique figure sur la liste de témoins potentiels : les anciens ministres Scott Brison et Peter MacKay, le greffier du Conseil privé, le patron d’Irving et ainsi de suite. Voilà la recette parfaite pour un procès médiatisé et dommageable pour les libéraux. À moins que les avocats de M. Norman n’obtiennent d’ici là l’abandon de l’accusation, ce qu’ils comptent demander en mars.

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La thèse immunitaire | Le Devoir

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À l’émission de Marie-Louise Arsenault, à la radio de nos impôts, mon collègue historien Denis Vaugeois présentait, la semaine dernière, son plus récent livre. Il soutenait, comme il l’a déjà fait, que les Espagnols, les Britanniques, les Portugais ont maltraité les Autochtones, mais que ce n’est pas le cas, au fond, pour les Français et leurs descendants. En ce cas, écrit-il, « on ne peut pas dénoncer la brutalité du colonisateur, ce n’est pas ce qui s’est passé ». Il y aurait donc, du moins à l’en croire, l’immunité de ce côté.

Cette thèse immunitaire, Vaugeois la répète, bien que la probité scientifique de celle-ci soit pour le moins discutable tant sa conclusion apparaît antérieure aux preuves. L’historien, doublé d’un fond de politicien, invite en effet à d’abord penser sa société en vertu d’une fidélité à une histoire qui l’aurait façonnée pour de bon. Mais qu’en est-il des faits ?

Dès 1535, Jacques Cartier exige qu’on lui ramène en vitesse la jeune Autochtone qu’on lui avait offerte et qui s’était enfuie parce que les serviteurs du marin, sans donner le détail, la battaient. Dans les Relations des Jésuites, très vite, on parle bien, ici et là, d’Autochtones réduits en esclavage.

Si plusieurs ont lu les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, comme l’ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui en est un passionné, il est en revanche plutôt rare d’entendre parler des Natchez. Chateaubriand y évoque pourtant, au temps de la Nouvelle-France, le sort qui fut réservé à cette tribu. Bienville, né à Montréal, les réduisit en 1723 en esclavage à la suite de fausses allégations lancées contre eux.

Dans la correspondance passionnée qu’adresse Élisabeth Bégon à son commissaire de la marine adoré, elle lui dit, en date du 25 décembre 1748, que son cheval et son nègre Jupiter vont bien. À l’égard des Noirs, l’ex-mari de Madame, Claude-Michel Bégon, gouverneur de Trois-Rivières, était du même avis que son frère, intendant de la Nouvelle-France. Les Bégon jouissent d’une jolie expertise en la matière : leur père, intendant des galères à Marseille puis gouverneur de Saint-Domingue, est un des rédacteurs du Code noir, document qui fixe les modalités de la mise en servitude. Le pays des neiges comptera sur l’usage d’Autochtones réduits en esclavage, mis en vrac sous le nom de « Panis ». La Vérendrye, partout béni par l’onction de la toponymie, n’en est pas moins près d’être un marchand d’esclaves.

Le marquis de Vaudreuil, quand vient le temps de réfléchir à des modalités de paix avec les Autochtones, affirme en 1716 que ce pourrait être une bonne idée que de commencer par restituer à ces peuples leurs enfants maintenus en esclavage. En 1723, Vaudreuil possède une esclave Renard âgée de 14 ans.

 
 

Si les travaux de Marcel Trudel sur l’esclavage ont suscité, à leur parution, l’indignation de ceux qui juraient que cela n’avait pu exister, bien mauvais historien serait celui qui, aujourd’hui, voudrait nier ce fait. Pourtant, on continue de le masquer en partie, arguant que cela n’avait pas l’ampleur de ce qui se déroulait dans les colonies britanniques. Comme si l’histoire était liée à la lecture d’un thermomètre des souffrances qui, lecture prise, justifiait d’ignorer, voire de cacher certaines données.

Dans des vers, René-Louis de Lotbinière soutient la nécessité contre les Autochtones, pour parler de l’expédition de Courcelles en 1666, de « percer même une femme étant blessée ». Des Agniers, comme on appelait les Iroquois, seront envoyés aux galères, rappelle l’historien Brett Rushforth.

Dans une des nombreuses pièces de théâtre consacrées au faux héros Dollard des Ormeaux, les enfants sont encouragés, en 1938, à tuer les Iroquois. « Nous irons, n’est-ce pas, tuer ce grand Sournois ? » Le bon Indien est un Indien mort, physiquement ou moralement. Ce thème demeure longtemps vivant, jusque dans la littérature enfantine des années 1950, un temps qui n’était pas si noir, écrit Vaugeois. À preuve, dit-il, il y vivait parfaitement heureux.

Les Autochtones ont-ils été exterminés ? Non. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé, y compris sur papier. En 1919, Lionel Groulx écrit, avec son aplomb coutumier, que tous les enfants issus d’alliances entre des colons et des femmes autochtones sont décédés avant la fin du XVIIe siècle ! Groulx tient à ce verdict d’extinction, car il existe, insiste-t-il, des théories sur « l’infériorité des races métissées », théories auxquelles, à l’évidence, il croit.

La Grande Paix de 1701, signée par 39 nations, témoigne d’alliances importantes. Mais l’alliance, ce n’est pas l’amitié. Faut-il romancer et croire au mythe de la colonie sans colonialisme jusqu’à en oublier les visées des missions et des pensionnats ? « On veut nous faire sentir coupables ! », affirment ceux qui ne souffrent pas qu’on leur mette ce passé sous le nez. Ce n’est pas évidemment le cas de Vaugeois, trop avisé pour réduire le passé à de simples fabulations du présent. Mais la prudence pourrait le dispenser de croire à quelques raccourcis, comme lorsqu’il affirme que sur 3400 cas d’enfants autochtones perdus ou malmenés répertoriés au Canada, 35 seulement l’ont été au Québec. Ce qui le mène à conclure qu’il y eut plus d’enfants agressés dans les collèges classiques que dans les pensionnats. Prétendre traiter du sort des oubliés de l’histoire, mais sans se donner la peine de remettre en question la qualité de pareilles données, voilà qui ne cesse de m’étonner.

Vaugeois a bien raison de le dire dans son livre : « L’histoire des Autochtones du nord de l’Amérique reste à écrire. »

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L’agent double | Le Devoir

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Les uchronies sont à la mode. Aux États-Unis, l’alternate history est un genre en soi, dans lequel supputer les conséquences d’une victoire du Sud sur le Nord lors de la guerre de Sécession, par exemple, fait figure de thème rebattu. Ben Winters, lui, a imaginé qu’Abraham Lincoln était abattu en 1861, juste avant son intronisation. Résultat : la guerre de Sécession n’aura pas lieu… À la place, l’unité de la nation va se refaire sur la tombe du bouc émissaire sacrifié et une formule de compromis sera trouvée : les États sudistes sont alors autorisés à rejoindre l’Union sans renoncer à leur économie esclavagiste, fondement de leur prospérité. Mieux : leur brutale exploitation de la force de travail des Noirs, une fois reconnue comme droit acquis, sera bétonnée par un amendement constitutionnel !

Au début du troisième millénaire, quatre États du Sud — le Hard Four, formé de la Louisiane, du Mississippi, de l’Alabama et des Carolines réunifiées — résistent encore et toujours à l’empire des Droits de l’Homme. (La Géorgie, elle, a officiellement aboli l’esclavage en… 1944.)

Quelque part entre Blade Runner et La servante écarlate, Winters nous entraîne dans cette Amérique contemporaine où des Afro-Américainsen cavale, fuyant les entreprises agricoles et les usines sudistes qui les utilisent comme un bétail ouvrier, se voient traqués, sur tout le territoire des USA, par des marshals nantis de tous les pouvoirs de l’État fédéral, mais aussi aidés à se réfugier au Canada — et plus précisément à Côte-Saint-Luc, surnommée « Little America », sur l’île de Montréal ! — par un réseau clandestin, l’Underground Airlines.

Cette histoire parallèle a, entre autres, pour effet de renverser une certaine dichotomie « Nord industrialisé riche et progressiste versus Sud rural pauvre et vaincu ». Car dans le roman de Winters, les États du Hard Four jouissent d’une relative prospérité et d’une balance commerciale positive fondées sur quelques industries florissantes, dont le textile : pas besoin, en effet, d’importer des vêtements assemblés par des enfants au Pakistan, ou par des prisonniers politiques de la Chine ou de la Corée du Nord, quand on peut compter sur sa propre main-d’oeuvre servile pour faire tourner les manufactures ! Make America great again…

Quant au Nord, où existent des lois pour interdire l’importation de produits fabriqués par des esclaves, il se voit incapable de rivaliser avec le quatuor de dragons incubé sur son flanc sud tel un kyste historique.

Avant de décider que la prémisse paraît un peu grosse, songeons que les États-Unis d’Amérique pourraient bien ne pas avoir été prédestinés à abolir l’esclavage. Le président passé à l’histoire pour cet accomplissement serait, en fait, loin d’avoir été le plus chaud partisan d’une telle mesure dans son propre cabinet, et on doit au regretté Gore Vidal d’avoir apporté quelques instructives retouches à la statue du Père de l’Abolition dans son fastueux Lincoln, recensé dans le cadre de cette chronique (« Quand la force fait l’union », 26 février 2011). À la source de son uchronie, Winters n’a rien inventé. Le compromis historique qu’il actualise par la fiction s’inspire d’une formule qui fut bel et bien soumise au gouvernement par un sénateur du Kentucky. Enfin, rappelons-nous que l’apartheid a existé en tant que régime politique officiel d’une nation civilisée jusqu’au seuil du troisième millénaire.

Le narrateur-héros du roman est un chasseur d’âmes du nom de Victor. Un « travailleur affilié » (esclave afro-américain) qui espère racheter sa liberté en collaborant avec la police pour traquer les esclaves fugitifs et infiltrer l’Underground Airlines. Un traître. Lorsqu’un contrat le lance sur les traces d’un nouveau gibier humain dont la piste semble remonter jusqu’au coeur ténébreux des plus inavouables secrets du système esclavagiste, on le suit d’abord avec intérêt, et bientôt on est captivé. Dans ses meilleurs moments, ce bouquin, par ailleurs non exempt de longueurs, se lit comme un haletant thriller.

Je l’avais presque terminé lorsque, en allant lire par inadvertance quelques lignes de la postface, j’ai découvert que son auteur était blanc.

Changement de peau. Un double jeu de plus… Je était l’autre. Et moi, pouvais-je renoncer rétrospectivement à mon plaisir de lecture ? Il m’avait bien eu. Quand l’histoire est bonne, quel lecteur ne souhaite pas être manipulé ?

Aux États-Unis, la parution d’Underground Airlines (Éditions ActuSF, 2018, traduit de l’américain par Éric Holstein) a été entachée par l’inévitable controverse raciale. Or ce livre, avec sa novlangue trop familière (les TA : « travailleurs affiliés ») et les terrifiantes perspectives technologiques qu’ouvre son dénouement, me semble porter la réflexion sur l’esclavage au-delà même de la question noire, jusqu’à l’ultime déshumanisation du travail comme idéal capitaliste.

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L’historien heureux | Le Devoir

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Denis Vaugeois est un homme heureux. Chaque fois que j’ai eu la chance de le rencontrer, j’ai eu du plaisir. Conteur hors pair, débordant d’assurance et d’énergie, l’historien ne se fait jamais prier pour se lancer dans de captivants récits évoquant la Nouvelle-France, l’expansion américaine, le premier gouvernement Lévesque ou sa jeunesse trifluvienne. À la fois érudit, gaillard et sans complexe, Vaugeois est un interlocuteur de premier ordre.

Toutes ses qualités de causeur s’expriment avec éclat dans Denis Vaugeois (Boréal, 2019, 384 pages), un livre composé d’entretiens réalisés par l’historien Stéphane Savard, de l’UQAM. Aujourd’hui âgé de 83 ans, Vaugeois a eu une vie bien remplie. Né à Saint-Tite en 1935, il a été enseignant, fonctionnaire, député, ministre, gestionnaire, éditeur et, surtout, historien. Une constante traverse sa vie : le bonheur.

Ainsi, quand Savard lui demande de décrire le Trois-Rivières de sa jeunesse, dans les années 1940 et 1950, Vaugeois lui répond que c’était « le paradis » ! Parle-t-on bien ici de l’époque de Duplessis, telle que vécue par un jeune homme qui était un « lecteur invétéré » ? Absolument. « Quand les gens nous parlent de la “Grande Noirceur”, affirme Vaugeois, moi, je dis comme Jacques Ferron : je n’en ai pas eu connaissance. »

Savard, un peu surpris par cet enthousiasme, l’invite à relativiser son point de vue. « Relativiser ? rétorque Vaugeois. Pourquoi ? Cette “Grande Noirceur” a été imaginée par des adversaires politiques de Duplessis, notamment Pierre E. Trudeau. Et si on pense à ce dernier, on lui en doit toute une, grande noirceur, avec la Loi sur les mesures de guerre de 1970. »

Presque tout Vaugeois se trouve dans cette réplique : son attachement à l’histoire, son nationalisme, ses tendances de centre droit et son refus de la langue de bois. Ces caractéristiques guideront son action à toutes les étapes de sa vie. Partout où il est passé, Vaugeois a laissé sa marque. Comme éditeur, par exemple, il a notamment fondé les Éditions du Boréal et du Septentrion. C’est l’historien, surtout, qui m’intéresse ici.

Nationalisme historique

Le rôle de l’historien, explique Vaugeois, consiste à « essayer de saisir, de retrouver, d’identifier ce qui nous a construits, ce qui a construit les Québécois ». Et ce qu’il a trouvé, lui, dans cette démarche, est fascinant. « Notre identité est fondée sur la diversité », affirme-t-il, avant d’ajouter que « le nationalisme canadien-français a fait la démonstration depuis le XVIIe siècle qu’il pouvait être inclusif ». Vaugeois, pour ces raisons, rejette les nationalismes ethnique et civique au profit de ce qu’il appelle un « nationalisme historique » ou, mieux encore, précise-t-il, au profit d’une « fidélité à la société telle que l’histoire l’a façonnée ».

Pour lui, cette histoire va comme suit. Dès leur arrivée en Amérique, les Français, Champlain en tête, concluent des alliances avec les Amérindiens, ententes qui entraînent un important « métissage franco-indien » sur le plan culturel. Les Espagnols et les Britanniques ont maltraité les Autochtones, dit Vaugeois, « mais dans le cas de la France en Amérique, on ne peut pas dénoncer la brutalité du colonisateur, ce n’est pas ce qui s’est passé ».

Vous n’avez pas besoin de préconiser un “nationalisme civique” pour être inclusif. Le nationalisme canadien-français a fait la démonstration depuis le XVIIe siècle qu’il pouvait être inclusif. Les Canadiens français ont été les champions de l’ouverture, de la générosité. Ils en ont fait la démonstration lors des grandes épidémies de choléra en 1832 et de typhus en 1849. Ce sont des cas extrêmes, bien sûr. Peu importe, ils ont maintes fois démontré qu’ils pouvaient s’ouvrir aux autres. 

Un premier groupe de pionniers français constitue le noyau de la Nouvelle-France, qui accueille ensuite les Filles du Roi et les militaires du régiment de Carignan. La « nation canadienne » est là, composée de « gens épris de liberté » qui ne s’en laissent pas imposer, même par l’Église, croit Vaugeois.

Après 1760, poursuit l’historien, le noyau originel continue d’intégrer des gens de diverses origines (allemande, irlandaise, italienne et autres). Le résultat, aujourd’hui, est une « société distincte fondée sur l’histoire », attachée à la langue française, à la laïcité, ouverte sur le monde, soucieuse de justice sociale, joyeuse et pacifique, qui a le droit « de refuser qu’une autre société se substitue à elle dans l’agir ».

Vaugeois, qui accuse Ottawa de non-respect des règles démocratiques lors des référendums de 1980 et de 1995, demeure résolument indépendantiste puisque la souveraineté, dit-il, « serait la meilleure chose qui puisse arriver pour tout le monde, y compris pour le Canada anglais »… Fortement marqué par les thèses de Maurice Séguin, présentées dans cette chronique il y a deux semaines, Vaugeois, qui ne cache pourtant pas sa fierté d’entrepreneur prospère, dans l’immobilier principalement, place l’indépendance au sommet de la pyramide des valeurs. « Et même si on me prouvait que je vis mieux à l’intérieur du fédéralisme, dit-il, si ce n’est pas le résultat de mes efforts, je me sentirais entretenu. C’est une forme d’humiliation qui ne m’intéresse pas. »

Denis Vaugeois est un homme heureux parce qu’il est un homme libre. Il en souhaite autant à son peuple qu’il aime.

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Les signes religieux | Le Devoir

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Tout d’abord, je désire affirmer que quoique étant athée et n’appréciant pas beaucoup les religions, jamais je ne souhaiterais ni n’accepterais même que l’on empêche qui que ce soit d’avoir ses croyances, sa religion et de s’en réclamer.

Ma mère, qui était catholique engagée, nous répétait que c’était un devoir religieux d’enseigner et de porter la « bonne Parole », entre autres en affichant notre croyance. Et cela me semble normal et évident de vouloir initier les autres à ce que l’on croit être une vérité importante et fondamentale.

J’ai été enseignant en histoire au secondaire. J’aimerais que, comme moi, les gens croient que les sociétés, les styles de vie, les injustices et les guerres sont le fait des humains et que, pour résoudre nos problèmes et améliorer nos vies, nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Et ce, sans interventions divines, surhumaines, extraterrestres ou autres. Je crois à cela aussi honnêtement et sincèrement que les religieux, les penseurs, etc. croient à leurs idées. Donc, lorsque cela se prête, j’aime affirmer haut et fort que le ou les dieux n’existent pas. Cependant, lorsque j’enseignais dans un système d’éducation publique, laïque et obligatoire, donc auprès d’enfants de toutes croyances, religions et idéologies, jamais, au grand jamais, je ne me serais présenté devant mes élèves avec un vêtement sur lequel on aurait pu lire « Dieu n’existe pas ». Je me serais senti irrespectueux et manquant de délicatesse. Je n’aurais pas, non plus, affiché que « Dieu existe » et encore moins qu’un dieu en particulier existe et est le seul et vrai dieu. Les personnes chargées de l’éducation et de l’instruction des enfants doivent conserver cette neutralité préservant la pleine liberté de pensée.

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Navrant, navrant! | Le Devoir

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Pour faire suite à l’article intitulé « Biennale d’hiver, à l’accent britannique », paru dans Le Devoir du 13 février 2019, permettez-moi de relever une phrase du commissaire de l’événement Manif d’art 9, M. Jonathan Watkins, et citée par M. Jérôme Delgado, collaborateur au Devoir ; laissez-moi vous dire mon grand étonnement.

« C’est plus intéressant une chute [d’eau], dit-il en utilisant le mot en français, que de regarder de l’art. Je veux souligner que l’art n’a pas le monopole de la beauté »… Mais avec des gens comme ce monsieur, l’art se réduirait-il, hélas, comme une peau de chagrin ? Ce monsieur Watkins apprécie-t-il vraiment les modes d’expression d’art visuel, leur valeur intrinsèque, leurs qualités, leur pertinence, puisqu’il semble vouloir s’en distancier ouvertement ? Les comprend-il véritablement ? Pourquoi cette distance ? Ce commissaire vient diriger une biennale d’art alors qu’il dévoile sans hésitation son intérêt pour une chute d’eau qu’il qualifie de plus intéressante que l’art. Aberrant ! Quel égarement pourrais-je dire ? Désolée, mais ne serions-nous pas près d’un « sophisme » mis en avant maladroitement en mettant sur le même plan un objet relevant de la nature et une oeuvre d’art, fruit de la main de l’homme, de son cerveau et d’un quelconque support pictural ?

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