État d’inconséquence | Le Devoir

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Sans autre boussole que son narcissisme et sa survie électorale, Donald Trump a annoncé mercredi sans consulter personne que les États-Unis allaient rapidement retirer les 2000 soldats américains qui avaient été déployés dans le nord-est de la Syrie pour lutter contre le groupe armé État islamique (EI). Que cette décision ne tienne pas et l’annonce présidentielle ajouterait de toute façon à l’état de confusion démentielle que M. Trump a créé en relations internationales depuis son arrivée à la Maison-Blanche, dans la plus totale indifférence pour les crises humanitaires qui se déploient à l’échelle du Proche-Orient. Que tienne ce retrait pétri de contradictions et cela servira fort bien les intérêts de la Turquie, de l’Iran, de la Russie et du régime syrien de Bachar al-Assad.

« Nous avons vaincu [le groupe] EI en Syrie, ma seule raison d’y être pendant la présidence Trump », a claironné le président sur Twitter.

Fausse prémisse : si les capacités de l’organisation terroriste ont été largement diminuées et qu’il ne reste aujourd’hui plus grand-chose de son « califat », le groupe EI dispose toujours de 20 000 à 30 000 combattants et de territoires assis sur la frontière irako-syrienne. Rapatrier les soldats américains, c’est du strict point de vue militaire donner aux djihadistes une certaine marge de manoeuvre pour refaire leurs forces. En fait, c’est permettre que se reproduise la dynamique créée par son prédécesseur Barack Obama en Irak. Ce dernier, après avoir retiré l’essentiel des quelque 150 000 GI du territoire irakien fin 2011, s’était résolu, trois ans plus tard, à renvoyer des soldats pour faire face à la menace croissante que représentait le groupe EI.

Il y a continuité objective entre les deux hommes à ce sujet — qui n’ont pas tort de trouver que les interventions militaires déclenchées par le 11-Septembre n’ont pas été précisément couronnées de succès. Il se trouve en effet que le fard des promesses de démocratisation a bien mal tenu. Entre partir et rester, le problème est que le militarisme entretenu par le « complexe militaro-industriel » est en soi un piège en l’absence de véritables programmes de coopération et de développement dûment soutenus et financés. Si l’équation est particulièrement complexe au Proche-Orient, il n’empêche que rien ne changera tant que les États-Unis n’auront pas fait l’effort de démilitariser leur politique étrangère.

En l’occurrence, la décision annoncée par M. Trump contre l’avis du Pentagone, du département d’État et de plusieurs républicains stupéfaits — le ministre de la Défense, James Mattis, a annoncé en soirée sa démission en guise de protestation — risque d’aggraver les dégâts déjà immenses causés par la somme des guerres croisées qu’on se livre dans la région.

Le plus révoltant est sans doute que le retrait des forces spéciales de la Syrie laisse le champ libre à la Turquie pour s’en prendre aux combattants kurdes, qui ont joué sur le terrain un rôle immensément utile aux Américains dans la bataille contre le groupe État islamique. M. Trump les abandonne à leur sort.

Il se trouve ensuite que, dans la logique inconséquente qui est celle de ce président, le retrait des forces spéciales met en exergue la foi aveugle qu’investit la Maison-Blanche dans l’Arabie saoudite dans son affrontement régional avec Téhéran, tout en ouvrant nécessairement la voie à l’exercice d’une plus grande influence de l’Iran auprès d’al-Assad. Ce qui risquerait d’inquiéter l’allié israélien — ainsi que la Jordanie — sur le plan sécuritaire.

Quelle belle fleur fait enfin Donald Trump, en effaçant la présence américaine, au président Vladimir Poutine, dont l’empreinte n’a cessé de croître dans la région à la faveur de l’intervention militaire russe aux côtés des troupes syriennes depuis 2015.

Ce qui nous renvoie à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les ingérences russes. Facile d’imaginer que le magnat de l’immobilier et le président se confondent ici, étant donné le voile que lève lentement mais sûrement M. Mueller sur les intérêts d’affaires que M. Trump a cultivés en Russie dans le passé…

Les aveux incriminants de Michael Cohen, les mensonges de Michael Flynn, l’affaire Khashoggi, l’arrivée d’une majorité démocrate à la Chambre des représentants : les difficultés s’accumulent en quantité impressionnante pour M. Trump. Sa fonction fait malheureusement qu’il conserve un grand pouvoir de nuisance. L’homme, à défaut de pouvoir le placer en isolement, semble toutefois de plus en plus isolé.

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