Signes religieux et symboles d’oppression: fin d’un amalgame

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Le débat sur les signes religieux a donné lieu à un amalgame avec les symboles d’oppression des femmes. Nous proposons qu’on s’en libère et qu’on opère une distinction entre les deux.

Les signes religieux représentent une allégeance à un système religieux. Les symboles d’oppression des femmes représentent une appartenance à un système social (religieux ou autre) qui s’en sert pour faire l’oppression des femmes. Historiquement, ces systèmes n’ont cessé de trouver des moyens de rabaisser, d’opprimer et de réprimer les femmes. Étant donné le recoupement facile entre les deux, on s’est adonné à un amalgame qui est nocif et à un glissement sémantique qui l’est tout autant. Oppression veut dire qu’un système dominant l’impose, qu’il soit accepté ou non. Soumission veut dire qu’il est accepté, bon gré mal gré. Aliénation veut dire qu’il est adopté, transmis et même parfois revendiqué par les femmes.

Qu’on parle de voile catholique, islamique ou autre, ils relèvent de la même logique que d’autres manifestations plus flagrantes comme le confinement des femmes à la maison, leur soumission à un homme de la famille, la privation de droits civiques ou encore les pieds bandés des Chinoises. À l’extrême, on trouve les mutilations sexuelles, le viol, la lapidation, l’esclavage sexuel et les mariages précoces.

Bien sûr, il faut considérer l’origine géographique (si nous étions nées en territoire ouïghour, nous serions des Chinoises musulmanes réprimées par le gouvernement chinois) ou microgéographique (comme les communautés dans un pays comme le nôtre) des femmes, qui ont des raisons compréhensibles de porter un voile au titre de symbole identitaire. On veut simplement qu’il soit reconnu qu’un voile, quel que soit le système auquel il se réfère, est tout bonnement un symbole d’oppression des femmes. Le passé québécois a assez souffert des abus de l’Église catholique, sur les Autochtones et beaucoup de monde, pour ne pas déboucher sur une autre oppression. Et s’il faut parler de la souffrance des femmes, parlons de la nôtre, nous qui souffrons chaque fois de voir une femme porter un symbole d’oppression, de soumission et d’aliénation, au Québec comme ailleurs. Nous suggérons aux femmes d’ici qui portent le voile sans obligation de le faire de penser à la souffrance des femmes qui y sont obligées, parfois sous peine de mort, et de considérer une solidarité avec elles en évitant de le porter. Une solidarité qui s’appellerait sororité.

Finalement, citons le président Nasser d’Égypte, qui, à l’instar d’Atatürk en Turquie, a voulu à l’époque débarrasser le Parlement égyptien ainsi que sa population du voile islamique, et se moquait des démarches à son égard pour rendre le port du voile obligatoire, et à qui un membre de l’assemblée a répondu : si les hommes aiment tant le voile, qu’ils le portent eux-mêmes !

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