Anatomie des fausses nouvelles dans le cyberespace

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C’est une vieille interrogation épistémologique : qu’est-ce qu’un fait ? La question est d’autant plus d’actualité que l’écosystème communicationnel vit à l’heure de « faits alternatifs », de « post-vérités », bref, de « bons vieux mensonges ».

Directeur d’un laboratoire qui analyse la complexité des données et des algorithmes à l’Université Ca’Foscari de Venise, Walter Quattrociocchi étudie la viralité de la « mésinformation » (il préfère ce mot à celui de « fausse information ») dans le cyberespace. Pour lui, il n’y a jamais eu une « ère de la vérité ». « La diffusion de fausses informations a toujours existé, mais à l’heure du numérique, nous y faisons face tous les jours. »

« Au coeur du problème de la mésinformation se trouve le biais de confirmation — nous avons tendance à privilégier les informations qui confirment notre vision du monde et à ignorer celles qui les contredisent —, d’où la polarisation, écrit-il. Des études récentes en sciences sociales computationnelles indiquent que les internautes ont tendance à sélectionner l’information par le biais de confirmation et se joignent aux chambres d’écho virtuelles, ce qui renforce et polarise leurs croyances. »

Le biais de confirmation, rappelons-le, est l’un des plus connus des sciences cognitives. C’est le Britannique Peter Cathcart Wason (1924-2003) qui fut l’un des premiers à explorer ce biais affectant nos croyances et nos opinions.

Les chambres d’écho

Quant aux « chambres d’écho », ce sont des amplificateurs, des « bulles de filtrage » qui font qu’un individu n’est exposé qu’à certaines informations auxquelles il adhère a priori. Résultat : aucun fait prouvé ne peut plus faire barrage à une conviction nourrie aux émotions et au ressentiment. Selon Quattrociocchi, qui a publié une soixantaine d’articles scientifiques en Italie et à l’étranger, nous sommes entrés dans une « bataille de chambres d’échos ». L’utilisateur de Facebook, par exemple, est prisonnier d’un univers en résonance avec ses propres opinions, avec des contenus « filtrés » renforçant ses certitudes. Il est dans une cage intellectuelle.

En ayant recours à des modèles computationnels de plus en plus diffusés dans les sciences sociales, Quattrociocchi en est arrivé à la conclusion que nous ne sommes pas aussi rationnels que nous le croyons. Les associations d’idées l’emportent souvent sur les raisonnements déductifs.

On écoute rarement les points de vue contraires aux siens et on argumente rarement sur l’unique socle des faits. Nous vivons dans des bulles cognitives, dans la chaleur rassurante de nos propres vérités. Les fausses nouvelles font partie de notre réalité, surtout quand la confrontation des idées se résume souvent à apporter des réponses simples à des questions compliquées, estime-t-il.

Oui, mais ne peut-on pas faire barrage aux fausses nouvelles avec des informations vérifiées, crédibles, passées à la moulinette du fact checking comme le font encore de nombreux médias dits traditionnels ? Quattrociocchi est sans appel : fournir l’information exacte aux personnes exposées aux fakes peut empirer la situation. En psychologie sociale, on parlera d’effet boomerang ou de backfire effect :

« Tout indique que cela n’arrange pas les choses. Ceux qui, par exemple, s’intéressent aux théories du complot sont enclins à s’impliquer davantage dans la conversation quand ils sont exposés à un “décryptage”. Pour ceux qui font fi des informations dissidentes, la vérification des faits est alors totalement inutile. »

Alors comment informer quand tout un chacun est devenu média ? Quand, dans les réseaux sociaux, les fausses nouvelles côtoient les informations fiables ? Quand ils confèrent « aux sans-pouvoir » le pouvoir de « mentir ou de délirer » ?

Il y aura toujours une frange de la société convaincue que les faits n’existent pas et qui ne veut surtout pas qu’ils existent. Ils contrarient trop les certitudes. Mieux vaut des fictions qui sécurisent que des vérités qui remettent en question et ébranlent. Un groupe d’experts canadiens réunis par le Forum des politiques publiques publiait en janvier 2017 un rapport de 114 pages (« Le miroir éclaté ») dans lequel il rappelait que le journalisme doit maintenant concurrencer un contenu qui l’imite, mais qui dissimule la tromperie sous un voile de crédibilité, tandis que la société doit s’adapter à un monde dans lequel il est de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux. Un marché de l’information ainsi pollué menace la notion même de crédibilité.

Longue histoire

Les réseaux sociaux sont accusés de donner un large écho aux fausses nouvelles, mais, c’est bien connu, celles-ci ont une longue histoire. Elles sont aussi anciennes que le gouvernement des hommes. Les points de vue marginaux existaient avant Internet, mais, rappelle Quattrociocchi, avec ce métamédia, l’émission et la réception des contenus s’effectuent essentiellement sans intermédiaires :

« En fait, le paradigme de la production de contenu est passé d’un modèle dominé par la médiation et le filtrage à un autre où virtuellement chacun peut produire du contenu. Les médias sociaux et les microblogues ont grandement changé notre manière d’accéder à l’information et de former nos opinions. La communication est devenue plus personnelle, à la fois dans la confection des messages et dans leur partage dans les médias sociaux. »

Cette « désintermédiatisation » permet la communication horizontale d’aujourd’hui en rompant avec l’asymétrie émetteur (journaliste)/récepteur (audience). Nous vivons à l’ère des oppositions aux « manufactures du consentement », comme le disaient Noam Chomsky et Edward Herman (1992), ainsi que Walter Lippmann (2004). Un blogueur peut donc avoir plus d’impact viral qu’un média « traditionnel ». Et pourquoi pas ? s’interroge le chercheur italien.

C’est même plutôt sain pour la médiasphère. À condition, bien sûr, de se poser une question toujours fondamentale : d’où vient cette information ? S’interroger sur la source, se questionner sur sa crédibilité, décrypter une image ou une vidéo sont des questions qui se posent avec acuité pour ceux nés avec les outils numériques.

Par le seul prisme technique et algorithmique, Quattrociocchi et son équipe ont « placé en observation » des millions de pages Facebook. Certes, leur méthode a des limites et ils en sont conscients. Mais les résultats de leurs recherches mettent en évidence ceci : les fausses informations ne disparaîtront pas de sitôt du paysage médiatique. Comme une hydre aux mille têtes, dont l’une repousse dès qu’elle a été coupée.

La version complète de ce texte est parue dans la revue Communication.

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La série «District 31» transmet de fausses informations sur les séropositifs, selon COCQ-SIDA

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Les derniers épisodes de District 31, diffusés sur les ondes de Radio-Canada, ont soulevé l’ire d’organismes impliqués dans la lutte contre le VIH, cette semaine. Ils reprochent à la série de Luc Dionne de propager de fausses informations alimentant la stigmatisation des personnes atteintes de cette maladie.

« Je comprends qu’une oeuvre de fiction ne peut expliquer un sujet si délicat en vingt minutes. Mais ce n’est pas une raison pour omettre des informations cruciales et créer un nouveau comportement criminel », affirme Léa Pelletier-Marcotte, avocate de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le SIDA (COCQ-SIDA).

L’organisme a envoyé mardi soir une missive au diffuseur et au producteur (Aetios Productions), dénonçant la façon dont ont été abordés la non-divulgation de la séropositivité et le secret professionnel, dans les épisodes 52 et 53. Il leur demande de diffuser « un avis rectifiant les faits » d’ici le 17 décembre.

« L’un des personnages martèle l’idée qu’avoir des relations sexuelles sans divulguer qu’on est séropositif à son partenaire, c’est criminel. C’est faux », explique l’avocate dans une lettre envoyée au Devoir.

Toute non-divulgation n’est pas criminelle, nuance-t-elle, rappelant qu’au regard du droit, une personne séropositive a l’obligation d’informer son partenaire de son statut seulement s’il existe une « possibilité réaliste » de transmission du VIH. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’un préservatif est utilisé ou que la personne a une charge virale faible ou indétectable.

« Mais jamais on ne fait mention de traitement, ou de protection. C’est un grave manque de rigueur », insiste-t-elle.

La façon dont est traité le secret professionnel est aussi montrée du doigt. La série affirme — à travers l’un des personnages — que d’après la Cour suprême du Canada, un médecin a l’obligation de révéler que son patient a le VIH s’il représente un danger pour la santé publique. « C’est une permission, non une obligation, s’offusque Me Pelletier-Marcotte. On bafoue les enseignements de la plus haute cour du pays sur la question de la criminalisation, on l’instrumentalise au service de la fiction. »

COCQ-SIDA regrette de voir la personne séropositive dépeinte comme un « monstre », considérée d’emblée comme « une tueuse en série » et « un danger public ». Ces épisodes sont « une insulte à la lutte menée depuis tant d’années » pour faire cesser la stigmatisation à l’égard des personnes vivant avec le VIH, d’après l’avocate.

Aetios Productions a refusé de commenter le dossier. Du côté de Radio-Canada, pas question de répondre à la demande de COCQ-SIDA.

« On ne peut exiger d’une émission dramatique, et encore moins de personnages de fiction, d’aborder de tels sujets en explorant toutes leurs nuances. Il y a manifestement matière à débat, mais celui-ci trouvera mieux sa place dans une émission d’information », indique-t-on.

Il précise que l’auteur de la série, Luc Dionne, s’est « appuyé sur [la] jurisprudence, vue d’un autre angle, dans l’écriture de ces épisodes ». Là est le problème, aux yeux de l’avocate. « La jurisprudence ne s’interprète pas en fonction de points de vue. Elle dit quelque chose que l’émission ne dit pas », tranche-t-elle.

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Fausses factures des médecins: la RAMQ tarde à corriger la situation

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La Régie de l’assurance-maladie (RAMQ) tarde à prendre toutes les mesures requises pour s’assurer que les chèques versés aux médecins correspondent bien aux services rendus aux patients.

Dans son rapport annuel 2018-2019, déposé vendredi à l’Assemblée nationale, la vérificatrice générale (VG), Guylaine Leclerc, s’impatiente en constatant que malgré un rapport accablant sur l’absence de contrôle dans la rémunération des médecins, paru en 2015, la RAMQ ne s’est que partiellement amendée.

Faute de contrôles efficaces, la régie ne peut donc donner « l’assurance raisonnable » que toutes les sommes versées aux médecins, à partir de présentation de factures, correspondent réellement à des services fournis ou des soins prodigués.

« Nous considérons les progrès comme insatisfaisants en raison du fait qu’après trois ans nous aurions pu nous attendre à ce que la situation ait évolué de manière plus significative », écrit la vérificatrice.

Certains « volets essentiels » des recommandations formulées par la VG en 2015 n’ont pas fait l’objet d’améliorations sensibles, selon elle.

Depuis 2015, la RAMQ a revu son processus d’analyse de la facturation et mis en place des contrôles visant à repérer les dossiers présentant un risque de fraude, notamment lorsqu’il s’agit de rembourser les mesures incitatives, soit les diverses primes offertes aux médecins. Mais elle n’a toujours pas atteint ses objectifs annuels quant au nombre de dossiers présentant des « écarts de facturation » à analyser.

Le Québec compte 21 000 médecins inscrits à la RAMQ. Leur rémunération globale a atteint 7,7 milliards de dollars en 2017-2018.

La régie a dû traiter cette année 62 millions de demandes de paiement.

En 2016, on comptait au Québec 184 médecins auxquels la RAMQ versait plus d’un million de dollars en rémunération. Ces médecins millionnaires ont fait l’objet d’une évaluation plus serrée. La régie a pu ainsi récupérer 10 millions versés en trop.

Les sommes remises aux 25 médecins les mieux rémunérés au Québec ont été scrutées à la loupe, pour découvrir qu’ils avaient réclamé 3 millions de dollars de remboursements non justifiés.

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Facebook s’engage à bannir les fausses informations électorales aux États-Unis

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Facebook interdit déjà de propager des informations erronées à propos de la date ou du lieu où un électeur peut voter, par exemple. Depuis 2016, ces publications sont retirées du réseau social. La compagnie compte maintenant supprimer aussi les fausses nouvelles entourant la procédure à suivre avant de voter, comme quelles pièces d’identité présenter.

Facebook sévira aussi contre les fausses nouvelles à propos de la situation aux bureaux de vote, par exemple la longueur de la file d’attente. Ces publications seront envoyées aux partenaires médiatiques de Facebook afin d’en vérifier l’authenticité. Lorsqu’une d’entre elles sera jugée fausse, toute personne qui tentera de la partager recevra un avertissement ainsi qu’un lien vers la vérification de faits.

Le réseau social a aussi créé une nouvelle fonction dans son système de signalement pour permettre aux utilisateurs de dénoncer spécifiquement de fausses nouvelles électorales.

Débats internes

Selon l’agence Reuters, qui s’est entretenue avec des dirigeants de l’entreprise, plusieurs débats internes ont lieu quant aux mesures à mettre en place pour combattre la désinformation pendant la campagne électorale. Le chef de la cybersécurité de Facebook, Nathaniel Gleicher, a affirmé que certains dirigeants voudraient bannir les liens menant vers du contenu piraté. Rappelons que des courriels piratés par des acteurs russes, puis propagés par le site WikiLeaks, avaient grandement nui à Hillary Clinton, l’opposante de Donald Trump pendant l’élection présidentielle de 2016.

Certains auraient aussi soulevé l’idée de bannir toute publicité à saveur électorale. Cette proposition avait déjà été écartée auparavant par Facebook, qui estimait que cette mesure bénéficiait aux candidats sortants qui disposent de plus de ressources et peuvent se permettre des publicités, souvent plus coûteuses, dans des médias traditionnels.

Facebook s’est toujours gardé de retirer ou de bannir les fausses informations, préférant limiter leur portée et avertir les internautes qui voudraient les relayer.

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Les revenus des fausses nouvelles

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La transformation récente de La Presse en organisme sans but lucratif témoigne de l’état actuel des médias d’information dans la plupart des pays occidentaux. Les profits sont captés par les plateformes Internet, et les médias faisant profession de produire des informations validées deviennent des oeuvres de charité ! Il y a plus de profits à faire en faisant circuler des informations de pacotille qu’en investissant dans l’information validée, qui est pourtant un ingrédient crucial des processus démocratiques. Si sa production n’est pas viable, la démocratie en pâtit. Dans quelle mesure les politiques publiques devraient-elles rétablir les équilibres ?

De plus en plus d’internautes accèdent aux informations par le truchement des réseaux sociaux. Mais ces plateformes ne sont pas configurées comme les médias d’information. Elles sont structurées comme des environnements de « partage » de documents numériques pouvant provenir de partout. Dans un tel environnement, pratiquement n’importe qui peut lancer toutes sortes d’images ou de « nouvelles ». Plus elles attireront de clics ou de « j’aime », plus elles seront réputées « importantes » et plus elles pourront générer des revenus. En somme, les médias sociaux sont utilisés par les producteurs de fausses nouvelles pour faire exactement ce pour quoi ils ont été conçus : générer de l’attention. Si on prétend vouloir agir à l’égard des fausses nouvelles, c’est à ce niveau qu’il faut intervenir.

Selon le modèle classique des médias de masse qui s’est installé au XXe siècle, les revenus découlant de la publicité servaient à financer la collecte, la vérification et la diffusion d’informations généralement validées selon diverses méthodes journalistiques. L’information était publiée à l’issue de processus décisionnels valorisant en principe l’exactitude et la rigueur. La généralisation des plateformes sur Internet a changé la donne.

L’attention génère les revenus

Désormais, la publicité est ciblée en fonction de calculs algorithmiques. Les plateformes comme Facebook sont conçues de manière à permettre à ceux qui veulent y faire de la publicité de cibler leurs messages vers les usagers dont le profil de consommation d’images, de textes et de sons correspond aux types de « consommateurs » visés. Dans un tel modèle, il y a peu d’incitatifs économiques à privilégier la diffusion d’informations validées. Il n’y a plus de citoyens… seulement des consommateurs !

Ces processus fonctionnent au moyen de puissants algorithmes qui rendent possible la valorisation du temps passé par chaque internaute sur des pages. Cela s’appelle la valorisation de l’attention. Ce qui génère des revenus publicitaires est l’attention qu’un contenu obtient auprès des usagers. Ce n’est pas la qualité ni l’importance du sujet qui compte. C’est encore moins les conséquences que telle ou telle information pourrait avoir qui sont prises en compte pour décider de l’importance de la nouvelle. Ce qui est crucial est l’attention que tel segment d’information parvient à capter. À ce jeu-là, une information archifausse peut être considérée comme « importante » dès lors qu’elle génère l’attention de ceux qui ne demandent qu’à y croire !

De tout temps, il y a eu de fausses informations diffusées pour servir les intérêts des uns et des autres. Ce qui est inédit dans le phénomène actuel des fausses nouvelles, c’est qu’elles peuvent constituer d’importantes sources de revenus publicitaires pour les plateformes sur lesquelles elles se répandent. Ces revenus devraient au moins être réinvestis dans la production d’informations de qualité.

Un enjeu de politique publique

Pourra-t-on encore longtemps laisser sans obligation de responsabilisation ces processus algorithmiques qui décident de ce que l’on saura ou ne saura pas ? Faut-il laisser régir les espaces publics de délibération par des processus automatisés, fondés principalement sur des « décisions d’affaires », comme si cela n’avait rien à voir avec les impératifs démocratiques ? Est-il sain que les revenus publicitaires soient détournés du financement de l’information validée ? Ne devraient-ils pas être en partie recyclés dans les contenus ?

La circulation loyale de l’information est pourtant une condition de la qualité des processus démocratiques. La lutte contre les fausses nouvelles est donc un enjeu de politique publique. Dans un État de droit, il est essentiel de garantir la transparence et la viabilité des infrastructures essentielles aux délibérations démocratiques. Les processus par lesquels se répandent les informations dans ces univers où tout se diffuse de manière virale devraient être balisés de manière à garantir la disponibilité effective d’informations fiables.

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Pas de solution magique aux fausses nouvelles

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Extraits condensés de l’introduction de l’ouvrage Les fausses nouvelles, nouveaux visages, nouveaux défis, publié cette semaine aux Presses de l’Université Laval, sous la direction de Florian Sauvageau, Simon Thibault et Pierre Trudel.

Réglons d’entrée un problème de vocabulaire. Les fake news, cette expression que Donald Trump a largement contribué à propager, ne sont pas tout à fait des fausses nouvelles. En anglais, on distingue les fake news (des « imitations » ou « simulacres » de nouvelles) des false news (des nouvelles inexactes ou erronées). En français, on ne fait pas la distinction. On parle, globalement, de fausses nouvelles, une traduction imparfaite de fake news, mais que nous retenons parce que le terme est largement répandu… et faute de mieux.

Essayons de préciser les contours de l’expression. Le terme fake news est un concept polysémique et politiquement controversé. Le journaliste canadien Craig Silverman, longtemps basé à Montréal, serait à l’origine de la propagation récente de cette notion qu’il se souvient d’avoir utilisée pour la première fois dans un tweet le 14 octobre 2014. Il dénonçait alors la fausse nouvelle d’un site de fake news, le nationalreport.net, qui annonçait la mise en quarantaine d’une ville du Texas après qu’une famille eut prétendument contracté l’Ebola, un virus fort contagieux qui a fait des milliers de morts lors d’une épidémie en Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016.

Le travail de Silverman sur les fausses nouvelles était à cette époque peu connu. Cette situation changea à l’automne 2016 après ses articles fracassants sur l’ampleur de ce phénomène sur Internet dans le cadre de l’élection présidentielle américaine. Depuis, Donald Trump, lui-même pécheur impénitent et coupable de milliers d’affirmations fausses depuis son assermentation, a fréquemment utilisé cette formule sur Twitter ou en entrevues, en en changeant le sens, et pour attaquer les médias et les journalistes qui, à ses yeux, produisaient des reportages erronés ou orientés.

En vérité, une grande confusion règne autour de ce concept dont on parlait peu avant l’arrivée de Trump au pouvoir. En avril 2018, un sondage effectué aux États-Unis par la Monmouth University révélait que 25 % des répondants jugeaient que le terme fake news s’appliquait « seulement aux histoires où les faits sont faux », alors que 65 % jugeaient que cela s’appliquait aussi « à la façon dont les médias d’information prennent des décisions éditoriales sur ce qu’ils choisissent de rapporter ». On peut se demander si l’interprétation que colporte Donald Trump ne se reflète pas en partie dans les résultats de cette enquête et dans la compréhension que le public américain a des fake news.

Au-delà de leur popularité et de leurs mutations récentes sur Internet, les fausses nouvelles restent toutefois un vieux phénomène. Aux États-Unis, des canulars et des histoires abracadabrantes et forgées de toutes pièces, publiées notamment dans les tabloïds vendus dans les supermarchés, ont marqué l’histoire du journalisme. Les fausses nouvelles ont aussi été au coeur de campagnes de propagande pour servir les intérêts d’acteurs politiques, militaires et autres. De fait, l’histoire du XXe siècle fournit, lors des conflits, maints exemples d’opérations de propagande et de fausses histoires destinées soit à conforter l’opinion publique, soit à faire peur à l’adversaire.

Mais si le débat d’aujourd’hui se situe dans une perspective historique certaine, les défis que pose la transmission rapide de quantités énormes de messages à des milliers de personnes (notamment grâce à des robots ou bots) exigent de nouvelles réponses. Plusieurs s’inquiètent de l’impact de cette désinformation sur la qualité de notre expérience démocratique que mettrait déjà en péril l’infrastructure technique de la Toile en nous alimentant d’information reflétant nos préférences et en nous enfermant ainsi dans des chambres d’échos. D’autres avancent que la multiplication des fausses nouvelles, répandues par les trolls et les bots à la solde d’acteurs aux visées partisanes, idéologiques et géostratégiques, menacerait l’intégrité de nos consultations démocratiques, comme lors de l’élection américaine de novembre 2016.

Journalistes et universitaires

Qu’en est-il ? Les fausses nouvelles constituent-elles le danger annoncé ? Comment contrer le phénomène ? Faut-il faire confiance à Facebook et à ses semblables qui réitèrent régulièrement leurs promesses de limiter la diffusion des fausses nouvelles ? Quel est le rôle des journalistes ? Les rubriques de vérifications des faits mises en place par plusieurs médias sont sans doute utiles, mais cela ne suffit pas. À l’ère des robots, des usines à rumeurs et des masses d’information, les journalistes doivent repenser leurs méthodes. Craig Silverman plaide, par exemple, pour une collaboration accrue des journalistes et des universitaires et considère « l’apport de la recherche et de l’informatique indispensable à sa démarche journalistique ».

Faut-il souhaiter l’intervention de l’État, comme en Allemagne et en France ? Si oui, comment le faire sans restreindre la liberté d’expression et verser dans la censure ? Qui décidera qu’une nouvelle est fausse ou pas ? En France, le projet de loi sur la manipulation de l’information a donné lieu à de nombreuses critiques, notamment dans la presse. En juin dernier, le journal Le Monde a coiffé un éditorial de son directeur du titre « Loi sur les fake news : la confiance dans l’information ne se décrète pas ». Il faut en effet plutôt fournir au citoyen des outils lui permettant de déterminer lui-même la valeur de l’information qu’on lui propose. Les programmes d’éducation aux médias vont dans ce sens. Au Québec, il reste à adapter ces programmes aux nouvelles façons de s’informer et à leur accorder l’importance et les ressources qu’exigent les nouveaux visages de la manipulation de l’information. En sachant bien qu’il n’y a pas de solution magique au problème des fausses nouvelles.

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Ne vous laissez pas prendre par ces fausses demandes d’ajout à la liste d’amis sur Facebook

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Voici en français le message qui circule sur Facebook :

Salut… J’ai déjà reçu une autre demande d’amitié de ta part et je l’ai ignorée. Peut-être devrais-tu vérifier ton compte. Garde ton doigt sur ce message jusqu’à ce que le bouton Transférer apparaisse… Appuie ensuite sur Transférer, et sur toutes les personnes auxquelles tu veux aussi l’envoyer… J’ai dû choisir les personnes individuellement. N’ACCEPTE AUCUNE DEMANDE D’AJOUT À TA LISTE D’AMIS DE MA PART POUR L’INSTANT.

Selon un porte-parole de Facebook, ces messages circulent sous forme de chaîne de notifications, à la manière des anciennes chaînes de courriels.

Attention aux comptes clonés

Le porte-parole explique que de nombreux internautes ont vu passer ces dernières semaines des publications ou des messages à propos de comptes Facebook ayant été clonés.

Pour cloner un compte, un escroc copie l’intégralité du profil Facebook, y compris le nom et les photos, et crée un second compte identique au premier dans le but d’avoir accès à tous les amis Facebook dudit compte.

Pour cela, il envoie des demandes d’ajout à la liste d’amis à partir du faux profil, en se faisant passer pour la vraie personne à qui appartient le compte. Une fois les demandes acceptées, les escrocs essaient d’obtenir des informations personnelles.

Bien que des milliers de personnes aient été ciblées par ces messages, cela ne veut pas dire pour autant que des milliers de comptes ont été piratés.

Des précautions à prendre

Si vous pensez que votre compte a été copié parce que vous avez reçu un message louche pour vous mettre en garde, demandez à vos amis Facebook s’ils ont reçu une demande d’ajout à leur liste d’amis de la part d’un compte qui ressemble au vôtre.

Si la réponse est non, le message louche reçu était simplement un canular. Rien de grave, mais si vous l’avez republié, sachez que vous êtes en train de répandre une fausse information.

« Les comptes et pages qui usurpent l’identité d’une autre personne ne sont pas autorisés sur Facebook. Si vous repérez un compte qui se fait passer pour le vôtre, pour celui de quelqu’un que vous connaissez ou d’une personnalité publique (par exemple une célébrité ou une personnalité politique), nous vous encourageons à nous le signaler », indique Facebook sur son site.

Le réseau social rappelle que les utilisateurs doivent toujours se montrer vigilants envers des statuts Facebook qui demandent de copier et coller l’intégralité d’un message et de le relayer à ses amis.

Ce n’est pas la première fois que de faux messages circulent sur Facebook – et certainement pas la dernière non plus.

Les escrocs exploitent la crainte des utilisateurs envers la toute-puissance du réseau social. Ce dernier épisode de canular viral se produit après que Facebook eut révélé il y a deux semaines une faille de sécurité qui a compromis 50 millions de comptes dans le monde.

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Fausses nouvelles : Facebook prêt pour les élections au Canada

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Un texte de Gino Harel et Luc Tremblay d’Enquête

À quelques jours des élections québécoises et à un an du scrutin fédéral, Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook Canada, se veut rassurant.

« En 2016, Facebook n’était pas conscient du genre de défis que posaient ces nouvelles formes de cybermenaces », explique-t-il en entrevue à Radio-Canada, ajoutant que son entreprise s’est « beaucoup améliorée ».

Depuis deux ans, on a investi beaucoup en personnel, en temps et en technologie pour attaquer ce problème de front.

Kevin Chan, Facebook Canada

En prévision des élections au Canada en 2019, Facebook dit avoir mis en place une adresse courriel d’urgence pour les candidats et les partis politiques, afin de les prévenir de risques de piratage de leur page.

Le Canada est aussi le premier pays où Facebook a activé ses nouveaux mécanismes de transparence publicitaire. La publicité achetée par des comptes russes avait été au coeur des révélations entourant les ingérences de l’étranger dans la campagne américaine.

Facebook n’attend pas des élections pour agir, assure par ailleurs Kevin Chan. « En ce moment même, au Canada comme ailleurs dans le monde, notre système trouve de faux comptes et les désactive », dit-il.

La semaine dernière, le Globe and Mail rapportait que Facebook a fermé deux comptes qui diffusaient du contenu en marge des élections municipales de Vancouver. L’un des comptes a été désactivé pour avoir enfreint la politique d’authenticité de Facebook. L’autre page a été fermée pour avoir contrevenu aux règles sur le contenu commercial indésirable, qui interdit l’utilisation de faux comptes.

Kevin Chan, directeur des politiques publiques de Facebook Canada Photo : Radio-Canada

L’élection américaine sous la loupe

Des enquêtes policières, des audiences devant le Congrès américain et des mises en accusation de citoyens russes ont mis au jour l’ampleur d’importantes opérations de désinformation menées durant la campagne présidentielle de 2016.

Selon les autorités américaines, de faux comptes Facebook créaient de toute pièce des groupes d’activistes qui organisaient de vraies manifestations dans la rue.

L’exemple le plus frappant est une manifestation qui s’est déroulée à Houston, au Texas, en avril 2016. Des partisans de la liberté de religion faisaient face à des partisans de la liberté d’expression. Ils avaient été mobilisés par des publications Facebook… contrôlées à distance par des Russes.

« Au terme des élections américaines, on a vu beaucoup d’opérations de désinformation et d’abus sur notre réseau destinés à tromper les gens », constate Kevin Chan.

Photomontage de la manifestation d’avril 2016, à Houston, au Texas Photo : Comité du Sénat américain sur le renseignement

Pas d’attaque repérée au Canada

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que Facebook a trouvé de faux comptes dans un contexte électoral. Le géant américain en a désactivé des dizaines de milliers d’autres en marge d’élections en France, en Allemagne et en Italie.

Kevin Chan n’ose pas s’aventurer sur une donnée précise pour le Canada. Il rappelle simplement que Facebook considère qu’à l’échelle mondiale environ 4 % des comptes toujours actifs sur son réseau seraient faux.

Le géant américain a-t-il repéré de faux comptes qui auraient tenté d’influencer, de manière coordonnée, une élection au Canada? « Nous n’en avons pas vu », dit Kevin Chan, tout en précisant qu’il demeure vigilant.

Les malfaiteurs s’adaptent

Quelque 20 000 personnes à Facebook sont aujourd’hui affectées aux enjeux de sécurité. De janvier à mars dernier, 583 millions de faux comptes ont été désactivés, souvent parce que leur authenticité ne pouvait être confirmée.

Encore récemment, Facebook a repéré de faux comptes utilisés à des fins de désinformation. L’entreprise a fermé 32 comptes et pages cet été parce qu’ils avaient ce que Facebook appelle un « comportement inauthentique coordonné ». Certains de ces comptes et leurs faux administrateurs tentaient notamment d’organiser une manifestation à Washington.

Facebook y a vu des similitudes avec les tentatives de manipulation de 2016. Mais cette fois, les malfaiteurs auraient pris des précautions additionnelles pour cacher leurs traces. « Ils utilisaient des réseaux privés virtuels (VPN) et des téléphones cellulaires pour dissimuler leur localisation », explique Kevin Chan, qui estime que ces nouvelles manières de faire sont une réponse aux remparts mis en place par sa compagnie.

C’est un peu comme une course à l’armement. Quand on rehausse notre jeu, on s’attend à ce que nos adversaires le fassent aussi.

Kevin Chan, Facebook Canada

Twitter sur un pied d’alerte

Twitter a aussi fermé de nombreux comptes de son réseau depuis 2016. Des millions de comptes suspects sont vérifiés par la compagnie chaque semaine. « Nous sommes activement engagés auprès des autorités électorales et faisons respecter rigoureusement nos politiques, afin de protéger l’intégrité du débat public en vue des élections », dit la compagnie américaine dans une déclaration envoyée à Radio-Canada. Twitter ajoute n’avoir vu « aucune preuve de campagnes malicieuses et coordonnées » au Canada sur le réseau social.

Des journalistes pour vérifier les fausses nouvelles

Pour vérifier si un article est vrai ou faux, ou encore trompeur, Facebook préfère s’en remettre à des journalistes. Il y a trois mois, la compagnie a lancé un « programme indépendant de vérification des faits » au Canada, en collaboration avec l’Agence France-Presse.

« Non, Justin Trudeau ne s’est pas converti à l’islam », titre cette vérification de faits de l’Agence France-Presse. Photo : Factcheck.afp.com

« Quand un article est jugé faux par un de nos partenaires de vérification des faits, on avise immédiatement les gens qui ont partagé l’article pour leur dire qu’il a été vérifié », explique Kevin Chan.

Si quelqu’un d’autre s’apprête à partager le même article, un message lui rappellera qu’il y a eu vérification des faits.

Facebook parvient à réduire en moyenne de 80 % la diffusion de ces articles qui ont été vérifiés et jugés faux.

Kevin Chan, Facebook Canada

La diffusion du contenu qui se révèle faux est aussi réduite par la suite. Il apparaîtra plus bas dans le fil de nouvelles.

Malgré les risques de désinformation, M. Chan vante les mérites de Facebook comme outil d’engagement civique qui permet aux Canadiens d’être directement en contact avec leurs leaders politiques.

« Je dois admettre qu’aux élections de 2015, j’avais comme politique d’aimer toutes les pages [Facebook]. J’ai aimé tous les partis politiques et autant de candidats que j’ai pu parce que je voulais cette diversité de perspectives », explique-t-il.

Est-ce possible que Kevin Chan ait aimé une fausse publication? « Je pense qu’on est tous à risque », concède-t-il.

Ottawa conscient des risques

Le gouvernement fédéral veut renforcer la loi interdisant aux étrangers d’influencer les électeurs canadiens. Le projet de loi C-76, déposé en avril dernier, précise qu’un État étranger ne pourra exercer d’influence indue sur un électeur. Le projet de loi vise aussi à corriger une faille en empêchant toute entité étrangère de dépenser de l’argent, de quelque façon que ce soit, pour influencer les élections.

Si le projet de loi est adopté, il sera par ailleurs interdit à toute organisation qui vend des espaces publicitaires de diffuser des annonces électorales sachant qu’elles ont été payées avec des fonds étrangers.

La loi actuelle interdit déjà la publication de fausses déclarations sur les candidats afin d’influencer une élection.

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