Nos fils vont très bien, merci.

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C’est une période effrayante pour les hommes », a dit le président. « Je m’inquiète pour mes fils », a tweeté Donald Trump fils. Cette époque est anxiogène pour des pans entiers de la société américaine — et par contagion, au-delà de ses frontières. Le président américain a publiquement imité l’accent portoricain, critiqué un juge parce qu’il portait un nom latino, fustigé les musulmans à maintes reprises au point de pouvoir faire avaliser un moratoire sur les politiques d’asile, il a mis en doute le courage d’un prisonnier de guerre au Vietnam et raillé le handicap d’un journaliste.

Les femmes ne sont donc qu’une des cibles de la diatribe présidentielle. Mais elles ont sans doute des raisons d’avoir peur. Car cet homme est téflon. Il s’est vanté de pouvoir agripper les parties génitales des femmes qui le laisseront faire, 17 femmes l’ont accusé d’agression sans altérer l’appui d’une majorité de républicains ; récemment, il a remis en question l’intelligence d’une journaliste latina, et tourné en dérision les propos de la Dre Ford. Avec derrière lui, chaque fois, cette foule hilare. Ces rires. Semblables à ceux qu’évoque Christine Blasey Ford.

La nomination du juge Kavanaugh est ainsi devenue le point focal de cette « guerre des sexes », comme celle de Clarence Thomas, qui avait consacré l’élection d’un plus grand nombre de femmes au Congrès. Sa confirmation pourrait électriser l’électorat féminin — majoritaire aux États-Unis.

Avant même cet épisode, elles sont plus nombreuses dans ce cycle électoral à être candidates aux postes de gouverneurs, aux législatures d’État, à la Chambre, au Sénat. Et le vent pourrait souffler dans leurs voiles.

En effet, dans une élection où la santé et ses coûts sont un enjeu central, les femmes sont souvent vues comme des agents de changement. L’économie pourrait également rebattre les cartes, car la Chine a choisi, dans la guerre commerciale qui l’oppose au président américain, de cibler ses hausses de taxes sur les comtés et États pro-Trump : ainsi, la carte de l’impact des mesures chinoises se superpose presque exactement à la carte électorale de 2016.

Or, si 61 % des femmes blanches sans diplôme postsecondaire et 52 % des femmes blanches tous niveaux de scolarité confondus ont voté pour Donald Trump en 2016, un réalignement est déjà perceptible. Les femmes mariées, traditionnellement conservatrices (certaines études comme celle publiée dans Political Research Quaterly l’an passé par Stout, Kretschmer et Ruppanner montrent le poids des choix du mari dans leurs décisions électorales) désapprouvent de manière croissante le président (10 points en 22 mois selon Greenberg). Elles se rapprochent ainsi des femmes ayant un diplôme postsecondaire : ces dernières représentent, selon le States of Change Project, un cinquième de l’électorat et se sont clairement identifiées à la Dre Ford. Parmi elles, les Blanches qui ont souvent oscillé côté républicain sont 63 % — fait inédit — à basculer dans l’escarcelle démocrate.

 

Pour autant, cela ne paraît pas inquiéter les républicains. Cette vague rose est surtout bleue, selon Kelly Dittmar : il y a en effet une hausse de 127 % du nombre de candidates démocrates, contre 28 % chez les républicaines. Or, dans les 67 districts les plus disputés pour la Chambre des représentants, les femmes ont, selon le Cook Report, collecté en moyenne 500 000 $ de moins que les hommes, et les femmes démocrates drainent moins d’argent de l’extérieur de l’État que leurs alter ego masculins. Le danger féminin est donc moindre du point de vue républicain.

Et ce, d’autant plus qu’un sondage Marist College-NPR-PBS Newshour montre que l’enthousiasme républicain pour les mid-terms va croissant — égalant désormais celui des démocrates. Plus encore, les dons au Comité national républicain du Congrès ont, selon Politico, presque triplé au cours de la semaine des auditions de Ford et Kavanaugh. Ajoutons à cela que les républicains, qui tiennent nombre de législatures fédérées, ont dessiné des cartes électorales rocambolesques qui leur sont favorables, et que certains États purgent leur liste électorale tambour battant tandis que les procédures pour infirmer ces décisions s’apparentent parfois aux 12 travaux d’Astérix.

Bien sûr, il se pourrait que les républicains sous-estiment la capacité de mobilisation des femmes, advenant la confirmation de Kavanaugh. Il se pourrait qu’ils minorent la peur des femmes, face au spectre qui planera sur le droit à l’avortement… ou leur colère quant au mépris des victimes d’agressions sexuelles qui a transparu dans l’enceinte sénatoriale. Mais il est également envisageable qu’on surestime la rage des femmes, d’autant que le discours sur la « peur des hommes » est susceptible de trouver un écho chez les mama grizzliessoccer moms comme dans l’électorat américain… simplement parce que parler de consentement n’est pas chose aisée.

Jamais la volatilité de l’électorat (et sa faible prédictibilité) n’a été aussi palpable.

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