Pour une pédagogie de la diversité fondée sur les droits de l’enfant

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Dans sa lettre du 19 janvier dernier, M. Pierre Lemaire, enseignant retraité de la CSDM, soutenait l’interdiction du port de symboles religieux ostentatoires pour les enseignantes et les enseignants des niveaux primaire et secondaire au Québec. Sur la base des recommandations de la commission Bouchard-Taylor, il expliquait que les enseignantes et les enseignants n’exercent pas, contrairement aux policiers, par exemple, ce que Max Webber appelait le monopole de la violence légitime de l’État. L’interdiction ne trouverait ainsi aucun fondement en vertu du pouvoir de coercition. En réponse à ce constat, M. Lemaire avance que la laïcité scolaire devrait plutôt se justifier à partir d’un principe de protection de la jeunesse.

L’approche par compétences (APC) a été beaucoup critiquée depuis son adoption au Québec au milieu des années 1990. Malgré les critiques, plusieurs réflexions à son sujet ont amené le corps professoral et le corps non enseignant à développer de nouvelles stratégies et de nouvelles méthodes d’apprentissage pour faciliter le développement de compétences et la construction de nouvelles connaissances chez les élèves. Un principe central de l’APC est de placer l’élève au centre de son propre processus d’apprentissage, afin de développer sa capacité d’apprendre. Pour ce faire, on tend à mettre les élèves en situation authentique, vis-à-vis du monde réel, pour qu’ils comprennent (pour eux-mêmes et pour la société) l’intérêt de savoir compter, de savoir lire, de savoir travailler en équipe, etc. Dans ce cadre, le rôle des enseignantes et des enseignants n’est plus d’assurer un transfert de connaissances, à titre de titulaire du savoir, mais de créer les conditions propices à ce que les élèves développent leurs compétences par eux-mêmes et construisent leurs connaissances de manière plus autonome.

Or, former la pensée critique de futures citoyennes et de futurs citoyens ne peut se faire dans un environnement aseptisé. Être devant une enseignante ou un enseignant portant un symbole religieux ostentatoire permet (actuellement) aux élèves du Québec de prendre contact avec la diversité (le réel) de notre société. Il s’agit d’une occasion unique d’apprentissage (encadré par la laïcité de l’État) pour que les élèves puissent poser des questions aussi désintéressées qu’elles soient et établir des relations de confiance avec des personnes issues de minorités religieuses. En outre, il s’agit, pour nous collectivement, de développer des attitudes d’ouverture et des compétences communicationnelles nécessaires pour assurer la santé de notre démocratie, spécialement à un moment où le fascisme fait des percées aux quatre coins de la planète.

Les droits de l’enfant ?

En invoquant la protection de la jeunesse pour défendre l’interdiction du port de symboles religieux ostentatoires, non seulement M. Lemaire s’attaque à un danger qui n’existe pas, mais il s’en prend également au droit des enfants à penser librement. Selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, aucun incident d’embrigadement religieux ou d’abus intellectuel n’a été rapporté au sein du réseau d’éducation public au Québec au cours des dernières années. Au même titre que les demandes d’accommodements religieux, jugées problématiques en 2007-2008, il s’agit encore une fois d’un problème purement hypothétique, publicisé par les médias. Les enseignantes et les enseignants issus des minorités religieuses font très bien leur travail et, lorsqu’ils font des demandes d’accommodements, ils le font de manière raisonnable dans la très vaste majorité des cas. Pourquoi donc remettre en question leurs compétences sur la base d’une peur de la différence ?

À ce titre, que penseraient les enfants s’ils et elles perdaient leur enseignant parce qu’il porte la kippa ou le turban sikh ? Qu’est-ce que les enfants pensent du prétendu danger que représentent les symboles religieux ostentatoires ? Quelle est leur opinion ?

La Convention relative aux droits de l’enfant nous invite à ne pas considérer les enfants et les adolescents comme des objets passifs du droit, mais à les considérer plutôt comme des agents actifs de celui-ci. Certes, il est important d’avoir à l’esprit qu’en raison de leur manque de maturité physique et intellectuelle, les enfants ont besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux. Toutefois, comme l’APC, la Convention place les enfants au centre du processus en nous invitant à prendre en compte leurs opinions dans les décisions qui les concernent. Les recommandations du Comité des Nations unies sur le droit des enfants vont en ce sens. C’est pourquoi il encourage les États à ne pas nier le droit des enfants à penser librement, voire à décider pour eux-mêmes dans certaines situations, sous prétexte qu’on veille à leur intérêt supérieur.

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