COP24: la colère de Greta

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S’il faut retenir un geste d’éclat porteur d’espoir dans la morosité honteuse qui émane des conclusions de la COP24, ce sera celui de la jeune Suédoise Greta Thunberg, dont l’allocution prononcée en finale de conférence semonçait avec courage les dirigeants de la planète pour leur inconsidération menant la planète tout droit vers la catastrophe. Ce discours poignant et solennel, qui a eu tôt fait de rouler sur tout le globe, ne pouvait offrir contraste plus vif avec cet air de contentement et les applaudissements nourris émanant des auteurs d’un accord… vide.

Aux puissances du monde réunies en Pologne pour pointer les mesures concrètes de lutte contre les changements climatiques, la jeune Greta de 15 ans est venue dire en somme : mais comment pouvez-vous sombrer dans une indolence crasse et vous en féliciter alors que tout milite pour une action radicale et collective ? « Vous dites que vous aimez vos enfants plus que tout, mais vous détruisez leur futur devant leurs yeux », a-t-elle plaidé, sombre, grave, imposante de cohérence, alors que l’auditoire s’attendait peut-être à un plaidoyer vert tout mignon et tout inoffensif. Il n’en fut rien. Comment ne rien faire lorsqu’il est encore possible d’agir ? implora-t-elle. Et sa conclusion, implacable : « Nous sommes venus ici pour vous informer que le changement s’annonce, que cela vous plaise ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple. »

« Immoral ». « Suicidaire ». Sur le même ton, ce sont les mots qu’avait employés António Guterres, secrétaire général de l’ONU, la semaine dernière, pour qualifier l’absence possible de consensus sur les règles de mise en oeuvre de l’accord. Que dire alors d’une entente édentée et d’une conférence qui n’a même pas su de manière claire accueillir favorablement les dernières conclusions du GIEC, dans le sillage climato-négationniste des États-Unis de Trump ?

En octobre, le GIEC avait insisté sur l’urgence de réduire de manière radicale les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour freiner l’emballement climatique. L’accord de Paris visait une augmentation « idéale » de 1,5 °C, « minimale » de 2 °C, mais hélas, les tractations des deux dernières semaines maintiennent plutôt un rythme d’au moins 3 °C, ce qui annonce une détérioration galopante de conditions pourtant déjà jugées irréversibles. Bien sûr que non, l’entente de samedi ne freinera en rien les changements climatiques. Aucun engagement concret de réduction des GES ne fut adopté. Une fronde lamentable de trois pays (États-Unis, Arabie saoudite et Russie) a empêché la reconnaissance des fondements du dernier rapport du GIEC.

Les lamentations des pays en développement subissant avec rudesse les contrecoups des mauvaises manières polluantes des grandes puissances n’ont pas été entendues. Les discussions portant sur l’accroissement des contributions volontaires pour diminuer les émissions de GES d’ici à 2025 ont été reportées à septembre 2019, à New York. Les États-Unis, la Russie, le Koweït et l’Arabie saoudite, tous associés à un vif marché du pétrole, ont empêché la rédaction d’une entente finale consacrant l’urgence de la situation. Les experts avaient prédit ce pétard mouillé, compte tenu de la complexité de la toile géopolitique sur laquelle trônait cette conférence pourtant cruciale. L’incapacité d’agir avec vélocité choque néanmoins.

Pendant que les citoyens du globe s’interrogent sur ce qu’ils peuvent bien mettre en oeuvre pour participer à l’effort collectif à coups de « pacte » et autres initiatives citoyennes rafraîchissantes, les politiques dont ils dépendent ne parviennent même pas à reconnaître la nature de l’urgence. On peut donc comprendre les Greta de ce monde de grogner haut et fort au nom des générations futures, qui auront pour demeure une planète en déroute.

La colère de Greta Thunberg connaît ses échos jusqu’ici, où Environnement Jeunesse espère le feu vert de la Cour pour une action collective qui dénoncerait au nom de tous les jeunes de 35 ans et moins le manque d’ambition climatique du Canada brimant les droits fondamentaux des jeunes. Les solutions s’écriront-elles par la voix des citoyens et la voie des tribunaux ?

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