« Ligue du LOL » : des journalistes cyberharceleurs mis à pied

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Vagues de harcèlement, insultes sexistes et racistes : l’ambiance toxique des réseaux sociaux est au coeur du scandale en France de la « Ligue du LOL ».

C’est un article du site de vérification des faits de Libération, Checknews, qui a révélé vendredi l’existence d’un groupe Facebook privé baptisé « Ligue du LOL », soit une trentaine de journalistes et communicants accusés d’avoir harcelé d’autres journalistes et blogueurs, en particulier des femmes et des militantes féministes, dans le petit milieu du Twitter parisien du début des années 2010.

« Un groupe composé d’hommes blancs journalistes, Parisiens et, aujourd’hui, bien en place dans de grands médias », remarque l’une de leurs victimes, Mélanie Wanga, créatrice du Podcast Pop Tchip, harcelée, selon elle, « parce que femme et parce que Noire ».

Comme elle, plusieurs personnes ont témoigné ces derniers jours sur les réseaux sociaux. L’ex-blogueuse Capucine Piot a raconté avoir été la cible de montages photo ou vidéo « pendant des années ».

Ça a été très dur dans ma construction de jeune femme. À force de lire des saletés sur moi partout sur les réseaux, j’ai été convaincue que je ne valais rien.

Capucine Piot, ex-blogueuse

« J’étais grosse, j’étais une femme, j’étais féministe, cela suffisait à les faire rire », témoigne encore Daria Marx, qui milite contre la grossophobie.

Le blogueur Matthias Jambon-Puillet a également rendu compte, sur le site Medium, d’insultes anonymes, d’« enregistrements sarcastiques » et de photomontages dont un, pornographique, envoyé en son nom à des mineurs.

« J’aimerais que vous fassiez état de vos regrets, de vos excuses, du début d’une prise de conscience et j’aimerais que vous démissionniez et que vous encouragiez la candidature de consoeurs féministes », a lancé sur Twitter la vidéaste Florence Porcel, qui prétend avoir été victime de la Ligue et intimidée « physiquement sur son lieu de travail ».

Mises à pied en cascade et examen de conscience

Plusieurs membres de ce « boys club » ont été rattrapés par leur passé de cyberharceleurs. La direction du quotidien Libération a annoncé lundi la mise à pied « à titre conservatoire » du journaliste Alexandre Hervaud, ainsi que celle du pigiste Vincent Glad, également impliqué dans cette affaire. Le journal a ouvert une enquête interne. Le magazine culturel Les Inrocks a quant à lui licencié son rédacteur en chef, David Doucet, et le journaliste François-Luc Doyez, d’anciens membres de la « Ligue du LOL ».

La société Qualiter, maison de production de podcasts, a annoncé mardi que Sylvain Paley, membre fondateur de la « Ligue du LOL », associé de la société et chroniqueur de l’émission Studio 404, « quitte la société Qualiter et n’y est plus associé ».

Stephen des Aulnois, fondateur du magazine en ligne de culture porno Le tag parfait, a annoncé qu’il quittait son poste de rédacteur en chef.

Plusieurs membres de cette « Ligue du LOL » tentent aujourd’hui de s’expliquer.

« J’ai vu que certaines personnes étaient régulièrement prises pour cible, mais je ne devinais pas l’ampleur et les traumas subis », se justifie David Doucet, qui admet « deux canulars téléphoniques ».

« Je m’en excuse auprès de tous ceux qui ont pu se sentir harcelés, a fait valoir l’initiateur du groupe, Vincent Glad. Mais je ne peux pas assumer moi-même toutes les conneries qu’ont pu faire des gens à l’époque sur Internet ».

Les dérives de la « LOL culture »

Les horreurs lancées comme des bons mots renvoient à une « culture du LOL » (pour « laughing out loud », soit « rire à gorge déployée »), comme l’a analysé entre autres la sociologue Monique Dagnaud. Avec son humour particulier, ses communautés, ses attaques contre une victime désignée, ses conversations en continu, cette culture a façonné le ton des conversations sur les réseaux sociaux, toutes générations confondues.

Aux débuts de Twitter, « on était dans un contexte de far west, avec un environnement assez peu régulé », souligne Arnaud Mercier, professeur en communication politique. « Chacun poussait les limites de l’objet avec le sentiment de faire partie d’une « communauté de rieurs » ». Depuis, ces gazouillis « considérés comme étant sans conséquence » ont fait irruption dans la « vraie vie » .

La LOL culture, c’est se présenter avec autodérision, être prêt à se damner pour un bon mot. On crée une communauté de rieurs et l’humour devient un cache-sexe : on tolère alors des propos intolérants.

Arnaud Mercier, professeur en communication politique

Aux États-Unis, en 2014, un débat sur les liens entre journalistes et créateurs de jeux vidéo s’était notamment transformé en menaces de viol et de meurtre contre une développeuse indépendante : l’affaire avait été baptisée « Gamergate ».

L’ère #MoiAussi

Les scandales liés au mouvement #MoiAussi ont occasionné une prise de conscience et une analyse a posteriori des conséquences du harcèlement pour certaines des victimes sur la construction de leur personnalité et de leur carrière.

Selon la journaliste Marie Kirschen, « avec d’autres, la Ligue du LOL a contribué à faire de Twitter un terrain d’entre-soi masculin, hostile aux femmes, a fortiori féministes, aux personnes racisées, aux LGBTQ+, aux hommes qui ne sont pas dans la masculinité toxique… »

Aujourd’hui encore, être un agresseur n’est pas du tout un stigmate social. C’est une manière de construire sa reconnaissance et sa carrière, il serait temps d’inverser les choses.

Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole du groupe Osez le féminisme

Dans le secteur des médias français, le site Vice et le Huffington Post ont licencié des responsables accusés d’avoir importé cet esprit au sein de leur rédaction, excluant et insultant notamment des collègues féminines.

Loi consacrée à la lutte contre la haine sur Internet

De nombreuses personnalités ont décidé de se mettre en retrait des réseaux sociaux. Pour ceux qui décident de rester, le gouvernement français prépare pour 2019 une loi consacrée à la lutte contre la haine sur Internet, qui pourrait se baser sur un rapport d’une députée de la majorité, Laetitia Avia.

Parmi les voies envisagées : responsabiliser les plateformes de réseaux sociaux pour qu’elles suppriment plus vite les contenus haineux et faciliter les dépôts de plainte. Certains voudraient aussi mettre fin à l’anonymat sur les réseaux.

« Avant, on pouvait dire qu’on ne savait pas. Qu’on n’imaginait pas qu’un simple commentaire sur un forum puisse mener au tribunal », écrivait Vincent Glad dans Libération, fin 2018, en tirant le portrait de Nadia Daam, une des premières victimes à faire condamner des internautes harceleurs.

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La fois où des journalistes (dont moi!) ont partagé une fausse nouvelle

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Dans le contexte d’une chronique à l’émission Corde sensible, sur ICI Première, j’ai demandé à des collègues du milieu journalistique de me faire part d’un moment où ils se sont fait prendre par une fausse nouvelle. L’objectif? Voir les leçons que l’on pourrait tous en tirer, parce que les pièges classiques de la désinformation guettent tout le monde.

On commence par moi!

Jeff Yates : la vitesse

Le 2 novembre 2018, je me suis réveillé et, comme d’habitude, j’ai immédiatement consulté Twitter sur mon téléphone mobile (OK, j’ai possiblement un problème). J’ai tout de suite vu une image qui mettait dans l’embarras un conspirationniste reconnu. Je n’irai pas trop dans les détails, mais j’ai expliqué ce qui est arrivé ici (Nouvelle fenêtre).

En gros, j’ai tenté de vérifier la véracité de l’image, mais je n’arrivais pas à le faire à l’aide de mon téléphone mobile. Un peu pressé, j’ai décidé de la partager quand même, quitte à faire des vérifications par la suite, quand j’arriverais au bureau. Je me suis dit que, de toute façon, l’image devait être véritable, parce que le conspirationniste en question a le don de toujours se mettre les pieds dans les plats de cette façon. En plus, la personne qui avait publié l’image possédait un compte vérifié et avait l’air crédible.

Erreur; l’image était fausse. Je me suis excusé, j’ai retiré de Twitter mon message erroné et j’ai corrigé l’information.

La morale de l’histoire, c’est que la vitesse tue! Quand une histoire croustillante se met à circuler, plusieurs d’entre nous veulent être les premiers à la partager. Si on n’a pas le temps de valider l’information, il vaut mieux de ne pas la relayer.

Patrick Lagacé : conforter ses opinions

Comme moi, le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé n’a pas vérifié la véracité des faits avant de republier sur Twitter une photo qui montrait que le visage de la chancelière allemande, Angela Merkel, avait été masqué à la télévision lors de sa visite en Arabie saoudite, puisqu’elle ne portait pas de voile. En fait, il s’agissait d’un photomontage. M. Lagacé a effacé le message Twitter en question et a fait son mea culpa.

Mais pourquoi n’a-t-il pas vérifié si l’image était véritable? « Je crois que l’Arabie saoudite est un État barbare. Je pense que c’est un État rétrograde et [l’image] venait confirmer mes préjugés, m’a-t-il avoué. Je pense que c’est ça, la mécanique des fausses nouvelles. On s’accroche à des nouvelles qui ne sont pas vraies, bien souvent parce qu’on aimerait qu’elles le soient. »

Tout à fait! Quand une information vient confirmer ce que l’on savait déjà, qu’elle conforte notre opinion ou encore qu’elle suscite une vive réaction, on devrait faire encore plus attention.

Vous pouvez écouter ma conversation avec Marie-Eve Tremblay, ainsi que des extraits de mes entrevues avec les journalistes, à l’émission Corde sensible en cliquant ici.

Brigitte Noël : la crédibilité des pairs

La journaliste du Journal de Montréal Brigitte Noël connaît très bien le monde de la désinformation. Pourtant, elle s’est fait avoir par une campagne de marketing d’Arcade Fire basée sur la propagation de fausses nouvelles. L’histoire voulait que le groupe ait dépensé des millions de dollars pour tourner un vidéoclip avec le cinéaste Terry Gilliam, et que ce clip n’eût jamais abouti. Tout était faux. Le groupe a ici voulu faire une campagne douteuse pour jouer sur la mode des fausses nouvelles.

Dans le cas de Mme Noël, c’est un ami qui lui avait parlé de l’histoire. Le pire, c’est toutefois que l’article qu’elle a relayé provenait du National Post, un média canadien très sérieux. Une des journalistes de ce quotidien avait cru à un faux communiqué de presse émis par le groupe.

« J’y réfléchis maintenant, et c’est vraiment parce que c’était un article qui provenait d’une source crédible. Je n’ai pas pensé à faire une contre-vérification », m’a-t-elle expliqué.

En effet, l’histoire de Mme Noël nous montre qu’il faut faire attention, même quand la source semble fiable. De plus, elle démontre qu’on a souvent tendance à prêter plus de crédibilité aux histoires qui nous sont relayées par nos amis.

Gérald Fillion : l’influence des algorithmes

Au lendemain de l’assermentation du nouveau Conseil des ministres du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), un compte Twitter au nom du nouveau ministre de l’Économie, Éric Girard, est apparu. L’algorithme du site a suggéré au journaliste économique de Radio-Canada, Gérald Fillion, de suivre le compte en question. Puisque c’est son travail de surveiller ce que fait le ministre de l’Économie, M. Fillion a accepté la suggestion, puis a averti ses abonnés que M. Girard avait un nouveau compte. Or, c’était un faux profil, qui a finalement servi à tenter de propager une fausse nouvelle sur la mort de la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde.

« Je me suis dit, « Éric Girard s’est fait avoir, lui qui vient d’arriver sur Twitter! » », m’a raconté M. Fillion. ll a réalisé peu de temps après que le compte était faux.

Attention à l’algorithme de suggestions! Celui-ci tente de nous montrer du contenu qui saurait nous plaire. Dans le cas de M. Filion, l’algorithme a bien saisi qu’il serait intéressé à suivre les publications de M. Girard. Par contre, en raison de son empressement à nous faire plaisir, l’algorithme n’est pas assez intelligent pour départager le vrai du faux. Cette responsabilité nous appartient.

Stéphane Giroux : la difficulté de valider les faits

Dans les jours qui ont suivi la légalisation du cannabis au Canada, en octobre 2018, les files d’attente à la Société québécoise du cannabis (SQDC) faisaient bien jaser. Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et journaliste à CTV, Stéphane Giroux, a vu passer sur Facebook une photo montrant une file d’attente monstre à la Commission des liqueurs, le jour de l’abolition de la prohibition de l’alcool au Québec, en 1921.

« Je trouvais ça cute. Je trouvais qu’on voyait des échos de cette nouvelle-là, 80 ans plus tard, m’a relaté M. Giroux. J’avais eu un petit doute. J’avais googlé la photo, mais je ne voyais pas de résultats très clairs. »

En fait, la photo ne montrait pas du tout la fin de la prohibition au Québec, mais bien celle aux États-Unis, 12 ans plus tard. Et les gens dans la file attendaient pour acheter un permis de vente d’alcool, comme j’ai fait remarquer à M. Giroux dans les commentaires sur sa page Facebook. Ne vous inquiétez pas, nous sommes toujours amis!

M. Giroux a tenté de valider la véracité de l’image, mais n’a pas réussi à trouver une réponse. Dans ce cas-là, il vaut mieux ne tout simplement pas partager l’information. Rien ne nous oblige à relayer quoi que ce soit sur nos réseaux sociaux! On devrait réserver cet honneur aux informations validées.

Vous avez vu circuler une info douteuse, une photo louche ou une citation peu crédible? Envoyez-la-moi! Vous pouvez m’écrire un courriel ou me joindre sur Facebook ou Twitter.

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