L’affable jubilé du «Bye bye»

[ad_1]

Il ne nous reste pas tant de rituels, alors le glorieux Bye bye fait frétiller les Québécois bien avant le party. Après aussi, bien entendu… Gravé dans les annales radio-canadiennes, le souvenir cuisant du cru 2008 avec griefs de racisme et de vulgarité. Dix ans plus tard, signe des temps, les blagueurs ne marchent plus sur quelques oeufs pourris d’écueils à éviter, mais sur un tapis ovoïde à perte de vue. L’exercice de leur fonction en est un d’équilibriste. Autant saluer bien bas le courage des héros.

L’équipe aux commandes se doit de satisfaire tout le monde et son père : les beaufs et les branchés, les matantes et les évaporées, les cyniques et les ingénus, les sobres et les paquetés, les jeunes et les grabataires. Casse-gueule, dites-vous ? On comprend Dominique Michel d’avoir juré tant de fois et lundi dernier avec plus de conviction encore : « C’est vraiment mon dernier Bye bye ! »

Un demi-siècle de l’émission culte à évoquer en jubilé sans trop appuyer la note nostalgique, avec des musts de 2018 à placer dans les cases : méchant casse-tête !

D’avancées en reculs stratégiques, elle ne passera pas à l’histoire comme la plus décapante, cette 50e édition lisse et affable, sans recevoir trop de tomates non plus. Huilée, bien jouée, avec Claude Legault en solide recrue et la toujours formidable Anne Dorval. En renfort musclé aussi : l’arrière-ban des étoiles des Bye bye passés, dont Michel Côté et Marc Messier dans un des sketches les plus désopilants du cru sur la grève de la SAQ.

Reste qu’on sentait l’armée d’avocats en amont, rognant ceci, coupant cela pour la bonne bouche. Et puis trop de gags se succédaient à l’écran pour s’y voir développés. D’où cet élégant jeu de surface consensuel et prévisible. Place au pari impossible lancé à Rock et Belles Oreilles d’y résumer la politique internationale de l’année en 3 minutes, 25 secondes. Défilaient sous nos yeux les flashs visuels de cohortes coréennes, de Syriens parmi les ruines, de Saoudiens à keffiehs devant leurs sacs verts croulant sous les restes de Jamal Khashoggi, de Britanniques en danse du Brexit (drôle, surtout Guy A. Lepage en vieille Anglaise). De bonnes idées parfois, top chrono au pas de charge. Au suivant !

À chacun ses sketches préférés. L’humoriste écarlate, parodie de La servante écarlate sur les dangers du gag chez des farceurs traqués, aura franchement fait rigoler. Tout comme ce Robert Lepage montant au TNM la pièce Black Panther sans comédiens noirs à sa distribution. N’empêche, prudence… L’épisode théâtral avançait sur la pointe des pieds entre les camps dressés autour des affaires SL?V et Kanata. Par ailleurs, aléa de l’actualité impossible à prévoir à l’heure des enregistrements pré-Bye bye, le récent mea culpa de Lepage desservait le sketch à sa charge. Meilleure chance aux scénaristes la prochaine fois !

De trop puissants modèles

Drame de nos temps absurdes, plusieurs personnalités imitées au Bye bye,comme en diverses revues de l’année, se seront rendues si follement ridicules au long des mois que toute parodie pâlissait devant l’ampleur comique de leurs exploits. Intoxiqués que nous sommes par d’inénarrables et funestes spectacles jour après jour, qui pourrait nous servir mieux ?

Prenez les amours de Trump avec Kim Jong-un, deux caricatures faites hommes, issues — tout le crie — de l’imagination d’un bédéiste gelé comme une barre. L’imitation ne peut que demeurer en deçà de leurs dérapages incontrôlés comme de leurs looks ahurissants. À lui seul, le twitteur en chef à la Maison-Blanche est devenu un abondant fonds de commerce pour humoristes — hélas ! recalés d’avance, faute de pouvoir rivaliser avec un modèle orange aussi gratiné.

N’allons pas jeter la pierre aux interprètes grimés et inspirés qui s’y frottent. Ils ont vraiment affaire à trop forte partie… Vrai, on compatit.

Difficile aussi d’égaler en kitsch nouvel âge l’épopée costumée, toutes couleurs unies, de Justin Trudeau en Inde, même en lui en faisant fumer du bon avant un voyage onirique et en lui offrant le concours de danses bollywoodiennes. Quant à la députée solidaire Catherine Dorion en t-shirt, ici guitare en main pour l’hymne à sa propre gloire, elle ressemblait trop à la vraie pour étonner son monde. Idem du côté du chanteur Hubert Lenoir si déjanté au dernier Gala de l’ADISQ. Comment surpasser ses accoutrements exotiques non genrés et son avalement du trophée en gorge profonde, même avec tout le talent d’Anne Dorval ? Peine perdue !

Ce n’est pas la rectitude politique qui enverra bientôt au chômage des champions humoristes. C’est la concurrence déloyale au long de l’année des guignols qui nous gouvernent et des vedettes en autocuiseur, si forts du gag qu’ils coiffent au poteau tous les professionnels du rire. Y a pas de justice !

[ad_2]

Source link

قالب وردپرس