La restitution d’oeuvres d’art vers l’Afrique: oui, mais à quel prix?

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La restitution d’oeuvres d’art africain est un dossier dans lequel le mot « pillage » se situe à l’épicentre d’un « scandale moral » qui n’est pas sans évoquer les généraux romains paradant vers le Capitole en traînant avec eux les richesses subtilisées à l’ennemi vaincu. Si depuis une dizaine d’années, de nombreux objets réalisés au sud du Sahara ont atteint des sommes considérables lors de ventes publiques à Paris comme à New York, ce phénomène aurait été impossible à prévoir il y a un siècle, surtout qu’il s’agit en grande partie de créations faites de bois, d’argile, de cornes d’antilope, de fibres de raphia et d’alliages cuivreux.

On a entre autres accusé les Européens d’avoir constitué leurs collections en « abusant de la naïveté des vendeurs », mais cette opinion nie la réalité d’un continent doué pour le commerce et qui a tôt su implanter des réseaux de vente d’objets destinés aux étrangers de passage, les créations proposées pouvant être authentiques, fantaisistes, voire d’habiles contrefaçons. Il est clair que l’acquisition de ces « souvenirs » permettait aux vendeurs de s’approvisionner en importations prestigieuses pouvant à leur tour être intégrées dans la réalisation d’autres créations artistiques : perles de verre, clous de laiton, pièces de monnaie, etc.

Pour mieux saisir le caractère unique de l’art africain, il faut comprendre que la relation à l’objet reste complexe et n’est pas calquée sur les conventions de l’art occidental ; par exemple, certains masques étaient abandonnés en brousse sitôt le rituel terminé, des objets personnels pouvaient être enterrés (ou brûlées) lors de funérailles alors que dans le cas de certains tambours royaux du Cameroun, on les laissait se dégrader comme le corps du souverain défunt auquel il avait jadis appartenu.

Les conditions climatiques et la présence de termites ont aussi milité en défaveur de la préservation d’oeuvres d’art sur le long terme. De plus, moult artefacts ont été victimes de mouvements messianiques désireux d’imposer un nouvel ordre religieux […]

Si les mouvements religieux, tant messianiques que monothéistes, se sont attaqués aux manifestations de la culture matérielle traditionnelle, plusieurs événements survenus aux XXe et XXIe siècles ont aussi joué un rôle important dans l’appauvrissement du patrimoine ; on n’a qu’à penser aux heures sombres du régime de Sékou Touré en Guinée, à la guerre du Biafra (pendant laquelle la majorité des figures d’ancêtres du Musée d’Oron avaient servi de bois de chauffage aux camps de réfugiés), à l’avenir incertain du Musée national Boganda (fermé à la suite de la guerre civile en République Centrafricaine de 2013-2014) ainsi qu’au « transfert » de pièces vers le Zaïre de Mobutu et dont plus de 25 000 pièces ayant été restituées à l’époque auraient « disparu » de Kinshasa en 2003.

Il est certes permis de se demander comment ces objets sans lien avec les racines judéo-chrétiennes de l’Occident auraient pu éveiller tant de convoitise, surtout en l’absence de pierres précieuses et en raison de la rareté relative de l’or — métal habituellement jugé néfaste sur une grande partie de la masse continentale ; on notera qu’à la création de l’État Ashanti en 1701, toutes les parures royales de ce peuple vénérant ce métal précieux avaient été fondues de manière à ce qu’on le récupère pour produire des oeuvres nouvelles en témoignage d’une vigueur créatrice axée sur le temps présent.

Parmi les nombreuses doléances formulées par les apologistes de la restitution, on a accusé l’Occident de corrompre les objets africains en les « blanchissant », en les « dénaturant » et en les « décontextualisant » ; si tel est le cas, les institutions africaines auront un défi de taille à relever, soit celui de diffuser et de « contextualiser » à partir des musées (appropriation culturelle) des masques sacrés qui, à l’origine, ne devaient être vus ni par les femmes, ni par les enfants, ni par les non-initiés, sans compter d’innombrables sculptures réservées aux sociétés secrètes, de même qu’aux chefs et aux membres de la royauté.

On a enfin accusé l’homme blanc d’avoir perverti les objets en les transformant en « biens de consommation » pour individus en mal d’exotisme — l’authenticité se mesurant selon cette vision par une production faite strictement « par et pour la tribu ». Ironiquement et malgré cette définition étriquée qui suggère une imperméabilité au monde extérieur, les toutes premières oeuvres africaines parvenues en Europe au XVIe siècle étaient précisément fabriquées dans une optique commerciale ; ces objets d’ivoire étaient spécialement exécutés par des artistes de la côte de Guinée pour le bon plaisir des monarques de la Renaissance.

En conclusion, je me positionne sans réserve du côté de l’oeuvre d’art qui, ayant survécu à ce jour, mérite de témoigner du génie créatif des Africains. Ayant été promu au patrimoine de l’Humanité, et ce, pour qu’elle y reste, il importe d’extirper de ce débat des concepts confondant à la fois vengeance et justice.

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Environnement: l’Afrique laissée à elle-même

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Le lac Tchad est l’un des plus grands lacs du continent africain. Ou plutôt l’était, puisqu’il a perdu 90 % de sa superficie en 40 ans. Une catastrophe attribuable à une conjugaison de facteurs cumulatifs : maldéveloppement social et mauvaise gestion de l’eau, croissance démographique, réchauffement climatique… Autant de facteurs qui traduisent beaucoup d’aveuglement et très peu de clairvoyance.

La population habitant autour et sur le lac a doublé à 40 millions de personnes au cours des dernières décennies, et l’ONU évalue que le quart d’entre elles ont aujourd’hui besoin d’aide alimentaire d’urgence. Boko Haram a troué un vivier de djihadistes dans les agriculteurs et les pêcheurs qui vivent de ce qui reste de ce lac à cheval sur le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria.

La calamité a fait récemment renaître un mégaprojet de régénération, imaginé dans les années 1980 : celui d’un canal de 2600 km qui partirait du fleuve Congo, en RDC. Le projet est aussi irréaliste qu’il y a 40 ans. S’il refait aujourd’hui surface, c’est parce que la multinationale chinoise PowerChina a décidé de s’y intéresser.

Le sort du lac Tchad encapsule celui qui attend l’ensemble du continent, pour ne pas dire du monde si rien n’est fait pour articuler les enjeux de développement socio-économique en fonction de la lutte contre le réchauffement climatique. À l’échelle de la planète, la situation est telle que l’humanité s’expose à un déficit en eau de 40 % d’ici 2030, dans un contexte où la demande bondira par ailleurs de 55 %, affirment les experts du GIEC.

L’Afrique australe et la Corne de l’Afrique ont été frappées ces dernières années par de graves sécheresses menaçant de pénuries et de famine des dizaines de millions de personnes — nommément les petits paysans oubliés par l’agro-industrie mondialisée. Les conflits armés et l’incurie des gouvernements viennent jeter de l’huile sur le feu. L’horizon est d’autant plus inquiétant que l’Afrique subsaharienne doit composer avec une démographie galopante : on évalue que sa population augmentant de plus du double, à 1,4 milliard de personnes d’ici le milieu du siècle.

Or, la COP24, qui vient d’avoir lieu en Pologne, a donné des résultats minimaux pour aider les pays pauvres à se prémunir. Posture criminelle quand on sait que cette Afrique en déshérence, la région du monde qui pourtant produit le moins de GES, est paradoxalement la plus affectée par le réchauffement. Par la médiocrité de leurs engagements, les pays développés, y compris le Canada, auront fait honte à voir à Katowice.

Autre facteur aggravant : cette indifférence collective vient se jouxter à la logique de rivalité tous azimuts que Donald Trump, par ailleurs climatonégationniste, ne fait pas secret de vouloir appliquer envers la Chine, partout et n’importe comment. Ses coupes draconiennes dans les budgets américains d’aide au développement montrent que le préoccupe moins l’avenir des Africains que les « pratiques prédatrices » de Pékin sur le continent, pour reprendre les mots de John Bolton, le faucon qui lui tient lieu de conseiller à la sécurité nationale.

Si bien qu’entre les États-Unis de M. Trump et une Chine qui investit le continent économiquement (mais aussi militairement, avec une première base à Djibouti) sur fond d’insensibilité notoire pour les droits de la personne, il est pour le moins dérisoire de penser dans l’ordre actuel des choses que l’un ou l’autre fasse une contribution utile aux efforts de démocratisation et de développement durable de l’Afrique.

 

Madagascar, où s’est tenue à la mi-décembre une présidentielle qui ne changera rien à l’instabilité politique chronique de l’île, constitue aussi un microcosme malheureusement trop représentatif de l’état du continent (comme en est aussi un exemple l’immense RDC, où ont laborieusement eu lieu dimanche, avec deux ans de retard, des élections dont le résultat sera forcément peu crédible).

Madagascar, une ancienne colonie française, pourrait être — aurait pu devenir — un extraordinaire laboratoire de développement durable. Elle souffre au contraire d’une déforestation extrême. Elle est un pays encore beau de 25 millions d’habitants, mais qui, écologiquement, agonise, livré en pâture aux investisseurs étrangers. L’île est dirigée par une clique de corrompus tournés sur eux-mêmes, c’est-à-dire vers Paris, imperméables à la pauvreté dans laquelle se trouvent la majorité des Malgaches — sauf en période électorale, bien entendu, le moment venu de prétendre légitimer leur pouvoir.

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L’Afrodisiac, l’Afrique c’est chic

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C’EST NOUVEAU – Rare dans la capitale, la cuisine africaine s’invite dans le IIe et met à l’honneur classiques terre-mer d’entre Congo et Côte d’Ivoire.

Genre: toujours aussi timide au buffet parisien, l’Afrique s’offre ici une petite invitation qui, sans se fouler de confort, convoque, dans leur vérité roborative, les classiques terre-mer d’entre Congo et Côte d’Ivoire. Les moins aventureux (dommage) trouveront un exotisme plus docile aux braisés des grillades.

Prix: env. 30 €. Pastel au poisson (petit feuilleté en pâte à brick): surtout dans le croustillant. Poulet Directeur Général (poulet braisé, légumes et bananes plantain): sacré ragoût. Saka saka: épinards bouillis et goûteux. Thiaori (yaourt au mil et ananas): un petit côté bonbec.

Avec qui? Une black beauty.

Bonne table: la 2 en bas ou celles de l’étage.

Service: en paix, prêt à guider les novices.

L’Afrodisiac. 16-18, rue Thorel (IIe). Tél.: 09 51 91 72 18. Tlj (jusqu’à 2 h les ven. et sam.). Métro: Bonne Nouvelle.

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La population de l’Afrique doublera et aura faim : la technologie est-elle la solution?

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Un reportage de Vincent Champagne

Il suffit de quelques clics pour atterrir sur la plateforme Agribusiness TV. Les vidéos qui y sont présentées sont courtes et bien faites. Ce mois-ci, Serge Trésor Ngatchi est en vedette. En cinq minutes, nous savons tout, ou presque, de ce jeune éleveur de poulets camerounais.

Agribusiness TV est un portail de reportages dynamiques voué à la promotion de l’agriculture en Afrique. Résolument moderne, au fait de la technologie, ce média indépendant a un objectif bien clair en tête : « On voudrait tout simplement rendre l’agriculture sexy, rendre l’agriculture cool », dit Inoussa Maïga, son fondateur.

« J’ai toujours voulu faire quelque chose qui me rendrait libre », dit Serge Trésor Ngatchi, qui a créé « Allo poulet », une entreprise de production aviaire. Photo : Agribusiness TV

« L’agriculture en Afrique souffre d’un problème d’image, qui fait que les jeunes ne s’intéressent plus beaucoup à ce secteur-là », ajoute M. Maïga.

Nous, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. Montrer que c’est possible de prospérer de l’agriculture en Afrique.

Inoussa Maïga, fondateur d’Agribusiness TV

Nawsheen Hosenally et Inoussa Maïga ont fondé Agribusiness TV pour présenter de façon positive le travail des jeunes entrepreneurs africains en agriculture. Photo : Getty Images/AFP/Ahmed Ouoba

La petite entreprise compte six employés au siège social de Ouagadougou, ainsi qu’une douzaine de correspondants dans autant de pays africains. La plateforme, conçue principalement pour le mobile, a un certain succès. Dans un continent où l’accès à Internet n’est pas généralisé, elle peut s’enorgueillir de centaines de milliers de vues de ses vidéos.

Des initiatives comme celle d’Agribusiness TV, il va en falloir plusieurs au cours des prochaines années et des prochaines décennies si le continent africain veut éviter l’accumulation de drames.

Nourrir l’Afrique

Les changements climatiques et de nombreux problèmes structurels entravent le développement de l’agriculture africaine, d’où le besoin de la transformer rapidement par les nouvelles technologies, clame la Banque mondiale. Photo : Getty Images/AFP/Issouf Sanogo

Selon les perspectives des Nations unies, la population africaine va plus que doubler au cours des 40 prochaines années. Elle devrait passer des quelque 1,2 milliard d’individus aujourd’hui à plus de 2,5 milliards à l’orée de 2050. Ce sera, littéralement, un Terrien sur quatre.

Il faudra les nourrir. « Avec les technologies actuelles, ce sera impossible », affirme sans détour Simeon Ehui, directeur du pôle mondial d’expertise en agriculture à la Banque mondiale. « Et les défis actuels sont assez nombreux » pour y arriver, ajoute-t-il.

Les changements climatiques affectent déjà l’ensemble des cultures, note M. Ehui. Des études scientifiques montrent que la production du maïs, parmi d’autres céréales, pourrait chuter de 40 % d’ici 2050. Et cela dans un contexte où l’Afrique est un importateur net de denrées alimentaires. La situation est intenable.

« Les devises que les pays africains gagnent sont dépensées, pour la plupart pour l’importation d’aliments, au lieu de servir à développer des secteurs publics qui pourraient améliorer d’autres capacités », comme l’éducation et la construction d’infrastructures, dit M. Ehui.

Cette femme ghanéenne bénéficie d’un soutien du gouvernement pour développer la culture de son champ. Photo : Getty Images/AFP/Cristina Aldhuela

Plus de 60 % de la population africaine travaille dans le monde agricole. C’est la plus importante activité économique en Afrique en ce qui concerne la main-d’œuvre, et l’une des plus importantes en termes de revenus.

La filière agricole contribue en effet à environ 15 % à 20 % du PIB à l’échelle du continent et génère des revenus de plus de 130 milliards de dollars canadiens, selon la Banque mondiale.

Il n’en reste pas moins que c’est une agriculture de subsistance.

Des solutions « technos » variées

L’Afrique ne dispose, en moyenne, que de 13 tracteurs pour 100 000 km carrés, selon la Banque mondiale, alors que la moyenne à l’échelle de la planète est plutôt de 200 tracteurs. Photo : Getty Images/Dan Kitwood

L’un des problèmes les plus importants, « c’est d’abord le manque d’accès aux nouvelles technologies qui pourraient permettre aux paysans de développer leur productivité », clame M. Ehui. « Les technologies numériques, c’est l’avenir. Si nous continuons comme nous le faisons aujourd’hui, nous n’allons pas développer une agriculture modernisée en Afrique. »

La Banque mondiale a des plans importants en ce sens. Au cours de la dernière décennie, elle a doublé ses investissements en agriculture. Pour la seule année financière 2018-2019, elle a investi plus de 4,6 milliards de dollars canadiens à l’échelle du continent, notamment dans des projets à haute portée technologique.

M. Ehui cite le déploiement de capteurs automatiques d’humidité des sols combinés à des services infonuagiques d’analyse des données, qui permettent de procéder à de la micro-irrigation. La technologie économise l’eau, denrée rare dans les zones sèches du sub-Sahara.

Les technologies sont variées.

  • L’entreprise Hello Tractor s’est inspirée d’Uber et d’AirBnB pour permettre aux paysans qui ne disposent pas d’un tracteur d’en louer un à travers une plateforme simple d’utilisation.
  • Une entreprise indienne, Digital Green, offre depuis quelques années en Afrique de la formation agricole vulgarisée en ligne.
  • La société émergente AgroCenta, du Ghana, a créé une plateforme web et mobile qui permet aux petits producteurs de connaître les prix du marché de leurs céréales ou de leur bétail, et de les vendre directement sans intermédiaire.
  • Au Kenya, la compagnie SolarFreeze transforme de vieux conteneurs en réfrigérateurs mobiles fonctionnant à l’énergie solaire. Les agriculteurs peuvent surveiller leur cargaison à travers une application mobile.

Les Africains y croient

En adoptant des techniques de culture modernes, les paysans espèrent augmenter leur productivité, comme ici, au Ghana. Photo : Getty Images/AFP/Cristina Aldehuela

Voilà autant d’exemples qui suscitent un certain espoir. Assez en tout cas pour que la Banque africaine de développement (BAD) projette d’investir 31,6 milliards de dollars canadiens dans le secteur agricole d’ici 2025. Le plan est vaste et touche à plusieurs pans de l’industrie. La Banque note toutefois que « les nouvelles technologies […] offrent de nouveaux moyens de garantir et d’amplifier le succès. »

« Il est temps pour l’Afrique de prendre résolument parti de son secteur agricole, affirme le président de la BAD Akinwumi A. Adesina. L’agriculture devrait maintenant être considérée comme une entreprise, pas un mode de vie », clame-t-il. En se transformant, il espère que l’Afrique deviendra « un grenier pour le monde ».

Les investissements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement seront-ils suffisants pour atteindre ce louable objectif?

Les gouvernements doivent fournir leur part d’efforts et, pour le moment, ils peinent à investir suffisamment dans la transition technologique de leur secteur agricole. En 2003, lors d’un sommet au Mozambique, les pays de l’Union africaine s’étaient engagés à consacrer au moins 10 % de leur budget national à l’agriculture. Si certains l’ont fait, la moyenne continentale est bien en deçà.

Ces sommes permettraient notamment de renforcer le déploiement d’Internet jusque dans les zones les plus reculées. Elles pourraient aussi renforcer la formation, et permettre aux quelque 10 à 20 millions de jeunes qui accèdent au marché du travail chaque année de faire leur place. La population africaine est la plus jeune de la planète.

C’est une « base énorme en termes de travailleurs », dit Inoussa Maïga, d’Agribusiness TV. Elle sait « créer de la valeur ». « On a une jeunesse qui est une force », dit-il.

Si elle n’est pas exploitée, elle devient une « bombe à retardement », plaide l’entrepreneur. Mais si les bons investissements permettent de transformer l’agriculture du continent, ils répondront présents pour surmonter ses nombreux défis, plutôt que de chercher une meilleure vie ailleurs.

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L’Afrique du Sud à petite vapeur

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Pour parcourir l’Afrique australe, prenez donc le train plutôt que le 4 × 4. Entre Pretoria et Le Cap, le « Pride of Africa » de la mythique ligne privée Rovos traverse en grand luxe les vastes solitudes du désert du Karoo.

Boiseries au teint rougeaud, appliques électriques en porcelaine, portemanteaux au cuivre rutilant, abat-jour Art nouveau penchés au-dessus d’un couvre-lit damassé comme jadis chez mamie… Le train est encore à quai que le voyage – dans le temps – a déjà commencé. De la chaude et désuète décoration édouardienne transpire un subtil parfum d’empire sur le point de sombrer. Dans les étroits couloirs du wagon, on s’attend à croiser entre deux cahots les moustaches d’Hercule Poirot.

Finalement, on tombe sur l’élégante barbiche de Gareth, le train manager, responsable des quatorze voitures d’un train qui met un peu plus de deux jours pour couvrir les 1600 km entre Pretoria et Le Cap. «Rien à voir avec le Blue Train qui fait le même trajet à plus de 100 km/h. Nous faisons des pointes à 60 km/h mais la plupart du temps nous ne dépassons pas le 30 km/h. Le Rovos entend bien prendre tout son temps!», déclare Gareth.

La locomotive du Rovos.
La locomotive du Rovos. Christophe Migeon

Palaces roulants

Rovos: derrière ce nom se cache un certain Rohan Vos, mécanicien passionné de tortillards qui, en 1987, a décidé de racheter des wagons et des locomotives à la fois à la National Rhodesian Railways, à la compagnie ferroviaire sud-africaine et à des collectionneurs privés. Son objectif: remettre sur les rails ces palaces roulants de l’entre-deux-guerres afin, dit-il, «de découvrir la magie et le mystère de l’Afrique dans une ambiance détendue et élégante». Mais les terribles couinements des voitures en bois ont fini par éreinter les tympans des passagers. «Leur suspension sur ressorts donnait même le mal de mer! En 1994, elles ont été remplacées par des wagons des années 1970, métalliques et à suspension hydraulique», poursuit Gareth.

Plomberie, électricité, décoration… tout l’intérieur a été entièrement refait à la mode des années 1920 tandis qu’une climatisation était installée dans chaque cabine et qu’un réservoir de 1800 litres était fixé sous chaque wagon permettant ainsi – comme l’assure la brochure – «l’alliance entre l’opulence d’un temps révolu et les innovations subtiles de la modernité».

Le Rovos dans le Karoo. Ligne Pretoria-Le Cap. Afrique du Sud.
Le Rovos dans le Karoo. Ligne Pretoria-Le Cap. Afrique du Sud. Christophe Migeon

Pour ne pas rompre ce charme délicieusement suranné, le téléphone portable et autres monstrueuses tablettes sont bannis des espaces communs et tout juste tolérés dans l’intimité des cabines. La douce lenteur du convoi conjuguée à l’absence revendiquée de tout Wi-Fi, télévision ou radio, invite à baisser sa fenêtre et observer l’envoûtant défilé de la nature africaine: le veld, la vaste prairie piquetée d’acacias et d’épineux, déroule son tapis d’herbes sèches jusqu’aux dernières ondulations des collines, là-bas sur l’horizon. Des zébus aux bosses alanguies somnolent entre les termitières. Plus loin, une antilope couleur châtaigne avec les oreilles du prince Charles disparaît dans un voile de poussière. Mais, comme dans la plupart des trains, «È pericoloso sporgersi» («il est dangereux de se pencher»)! Alors pour sortir la tête au dehors, on trouvera dans le tiroir de la commode des lunettes de protection destinées à protéger non pas des escarbilles, désormais disparues, mais des insectes volants aux trajectoires suicidaires. Les locomotives du Rovos sont désormais au diesel. Toutes les vieilles machines à vapeur ont été remisées pour le plus grand bonheur des passagers et des chauffeurs. «La suie rentrait par les fenêtres fermées. Les costards blancs ne le restaient pas longtemps!», rigole le conducteur Gert van Vuuren qui a passé près de quinze ans aux commandes d’une motrice à vapeur.

«J’ai commencé comme stoker, celui qui alimente la chaudière. C’était un boulot vraiment épuisant. En une nuit, il fallait enfourner douze tonnes de charbon! Normalement on restait cinq ans à ce poste et après on devenait conducteur», ajoute-t-il d’une voix décapée par des décennies de tabac, aussi rugueuse qu’une pelletée de charbon.

Au pays de la soif

Bientôt, le train s’arrête dans une longue complainte de mâchoires de freins et d’essieux malmenés. À chaque jour, son escale. Aujourd’hui Kimberley et son musée du diamant, demain Matjiesfontein, un petit village de cottages victoriens toujours dans son jus. De retour à bord, rien de tel qu’un passage au bar et les petites histoires qui s’y distillent pour faire couler la poussière de l’excursion. Celui du Rovos est situé dans la voiture d’observation, tout en queue de convoi.

L’heure du thé, 17 heures, est aussi celle à laquelle les grands fauves vont boire. Un long cortège de messieurs cravatés à la dignité bien amidonnée descend alors les couloirs, en compagnie de leurs dames en robe de soirée pour rejoindre la dernière voiture. Tout ce petit monde semble avoir bien soif et fait le siège de Ruan, un doux colosse de barman qui n’a pas son pareil pour servir cognacs et whiskies hors d’âge, dans les règles de l’art en dépit des soubresauts de la voiture. Ruan travaillait il y a encore un an dans un pub de Pretoria. Il s’est plutôt bien accommodé à son nouveau rythme, trois jours de voyage aller, trois jours retour suivis d’une journée de congé. «Le Rovos est une formule all inclusive avec boissons à volonté, alors il faut parfois raccompagner à leur cabine quelques hôtes “désorientés”. Mais il n’y a jamais d’esclandre… Et puis les pourboires sont cinq fois plus généreux que dans le pub où je travaillais avant!», se satisfait-il.

Autruches et vins du Cap

Pour une ambiance plus paisible, Ruan recommande la voiture lounge et son ambiance «radio classique». On est toujours assuré d’y trouver une assiette de macarons à la pistache ou de tartelettes aux kiwis. À côté d’un jeu de Scrabble vintage trônent d’épais coffee table books aux titres aussi inspirants que Steam Train Romance, Top Golf Courses of the World, Empire, War and Cricket in South Africa. Vers 19 h 30, les passagers remontent le train en direction de la voiture-restaurant où les attend un dîner servi à l’assiette émaillé de homards du Cap ou d’agneaux du Karoo. Parmi les vingt-neuf crus de la copieuse carte des vins, il nous tarde de goûter le Raka Sangiovese, au moins pour son descriptif qui évoque une couleur framboise, un plaisant nez de groseille, des pointes de cerises et un long palais de noix grillées. Derrière la vitre, le soleil se meurt en lueurs de veilleuse sur des solitudes semées de springboks et d’autruches. Demain, il se lèvera sur les contreforts de la chaîne du Western Cape, auxquels succéderont les grands vignobles de la région de Stellenbosch. Demain nous arriverons au Cap, aboutissement et dénouement d’un continent. Le Cap, terminus, tout le monde descend.

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D’un océan à l’autre, l’inédite traversée

Pour la première fois au monde, en juillet prochain, un train va effectuer la traversée du continent africain d’est en ouest. Le coup de sifflet du départ est prévu en gare de Dar es-Salaam, en Tanzanie, dans les chaudes rumeurs de l’océan Indien. Après un safari dans la réserve animalière de Selous, le convoi traversera la Zambie où il s’arrêtera notamment aux chutes de Chisimba et à la réserve de Mfuwe, avant de poursuivre vers les mines de cuivre de la République démocratique du Congo. Cette épopée ferroviaire s’achèvera en Angola sur la côte atlantique. Tout le voyage s’effectuera à bord des voitures Pullman du fameux train privé Rovos, dans un confort et un raffinement rarement égalés sur des rails. Le circuit «D’un océan à l’autre» est à réserver chez Connaisseurs du Voyage, le spécialiste des tours du monde sur mesure et des grands trains du monde. À partir de 16.300 euros (tout compris hors visas obligatoires) pour 15 jours à bord du Rovos du 16 au 30 juillet 2019 ou, pour le voyage en sens inverse, de Lobito à Dar es-Salaam, du 2 au 20 août 2019, www.connaisseursvoyage.fr


Carnet de route

Y ALLER

Paris-Le Cap avec Air France, qui fait une escale à Amsterdam, à partir de 460 € l’A/R, (www.airfrance.fr). Puis Le Cap-Pretoria en aller simple avec South African Airways à partir de 65 € (www.flysaa.com/za/fr).

EN VOITURE!

TUI propose un circuit sur mesure Pretoria-Le Cap sur le Rovos 3 jours/2 nuits en suite 5 étoiles, en formule pension complète, incluant les vols A/R au départ de Paris. À partir de 1 990 € par personne en chambre double (tél.: 0 825 000 825, www.tui.fr).

Le POD Boutique Hôtel situé dans le superbe quartier de Camps Bay.
Le POD Boutique Hôtel situé dans le superbe quartier de Camps Bay. Christophe Migeon

SE LOGER

Dans la banlieue huppée de Pretoria, tout près de la réserve naturelle Groenkloof, l’hôtel-boutique 131 on Herbert Baker permet de se remettre du voyage en avion. Chambres et suites à partir de 120 € (tél.: + 27(0) 12 751 2070, www.131.co.za) Une fois rendu au Cap, direction le POD Boutique Hôtel situé dans le superbe quartier de Camps Bay entre l’océan et les montagnes des Douze-Apôtres. Dix-sept chambres design à partir de 150 € la chambre double (tél.: + 27(0) 21 438 8550, www.pod.co.za)

À FAIRE AU CAP

Du côté de la péninsule du Cap, l’Afrique s’offre un dernier baroud d’honneur au cœur d’un décor grandiose. On peut y passer une journée complète avec une visite de la colonie de manchots de Boulders Beach, une balade à vélo dans la réserve naturelle du cap de Bonne-Espérance, suivie d’un pique-nique dans la réserve et d’une visite du phare de Cape Point. Environ 40 € avec Cape Point Route (té.l: + 27 (0)21 789 0093, www.capepointroute.co.za).

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