Bernard Landry et l’économie québécoise

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De 1978 à 1982, j’ai fait partie de la poignée de fonctionnaires constituant le Secrétariat au développement économique qui tenait lieu de ministère pour le ministre d’État au Développement économique dont Bernard Landry était le premier titulaire. C’est durant ces années que furent publiés sous sa signature Bâtir le Québec et Le Virage technologique, deux ouvrages de planification économique faisant au total plus de 750 pages. Deux décennies plus tard, au ministère de l’Industrie et du Commerce, j’ai travaillé à l’examen des possibilités de développement de filières industrielles, à la suite d’une demande expresse qu’il avait formulé aux autorités du ministère.

Bernard Landry était une rare exception à une époque où les politiciens du monde entier s’étaient largement ralliés à la doxa néo libérale à l’effet que l’État n’avait rien à faire dans le développement économique. Pour lui, il ne faisait aucun doute que l’État pouvait et devait orienter le développement économique. Bâtir le Québec et Le Virage technologique témoignaient déjà de son intérêt pour la planification ambitieuse. Plus tard, au ministère des Finances, il produisit des discours sur le budget qui avaient la saveur d’énoncés de politique économique portant successivement sur la nouvelle économie, le développement des régions et le développement technologique. Dans ces budgets, il fit un usage très extensif des crédits d’impôts ou des déductions fiscales destinés à inciter les entreprises à investir dans tel secteur ou dans telle région, ou à créer des emplois, ou à faire de la recherche-développement.

Son bilan en matière économique est fait de succès et d’échecs, mais on ne peut pas reprocher à Landry de ne pas avoir tout essayé. Il a été nettement plus imaginatif que la vaste cohorte des politiciens québécois qui n’ont souvent de politique économique que la baisse des impôts et le harnachement des rivières.

Landry n’a cependant pas réussi à faire reconnaître la compétence du Parti Québécois en matière économique. Beaucoup moins interventionniste, le Parti libéral de Robert Bourassa, de Jean Charest et de Philippe Couillard est toujours apparu aux yeux d’une bonne partie de l’électorat comme plus compétent que le Parti Québécois de Jacques Parizeau et de Bernard Landry pour assurer la prospérité du Québec.

Malgré cet échec, je crois que par ses réalisations et par son verbe passionné, Landry a beaucoup contribué à donner confiance aux Québécois dans le potentiel de leur économie et à leur insuffler une fierté et une assurance qui leur manquaient en tant que peuple.

Ses interventions parvenaient toujours à me convaincre que les Québécois avaient du talent et qu’ils faisaient des choses remarquables malgré les handicaps de la langue et de la géographie. Cela faisait du bien d’entendre un personnage public qui ne tombait pas dans la facilité habituelle de déplorer, à partir d’indicateurs bien choisis, que l’économie québécoise soit le cancre de l’Amérique du Nord. J’aimais aussi qu’il se démarque de bon nombre de ses opposants politiques en s’adressant à l’intelligence des citoyens plutôt qu’à leurs peurs et à leur intérêt matériel. C’est de cet appel vers le haut que je suis le plus reconnaissant à Bernard Landry et c’est ce pour quoi je le regretterai le plus.

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Landry, ce patron d’exception | Le Devoir

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Dans les heures et les jours qui ont suivi l’annonce du décès de Bernard Landry, je me suis employé, en ma qualité d’ancien attaché de presse de ce grand patriote, à multiplier les entrevues médiatiques pour rappeler combien il avait été un serviteur de l’État exemplaire et un remarquable premier ministre. Mon devoir moral. Mais ce faisant, je me suis privé de lui rendre personnellement hommage en illustrant combien il avait défini qui je suis, déterminé ma trajectoire et changé ma vie.

J’avais 27 ans lorsque j’ai commencé à oeuvrer pour Bernard Landry. J’étais un ti-cul. J’habitais encore chez mes parents et ma blonde de l’époque était anglophone, fédéraliste et travaillait à Ottawa ! Je portais des noeuds papillon pour avoir l’air plus smatte. En m’invitant à faire partie de son cabinet, Bernard Landry allait me tracer le chemin…

Nos premiers pas ensemble furent laborieux. Il me parlait peu ou pas, ne lisait que rarement ses notes de breffage, à l’exception des résultats mensuels sur l’emploi, pour lesquels il entretenait une véritable obsession. Il se foutait éperdument de mes prudents conseils de retenue par rapport aux dossiers de ses collègues ministres, jusqu’au jour où survient une déclaration fracassante de sa part, comme lui seul savait le faire. À une dernière question dans une mêlée de presse, Landry lança cette salve : « Le Québec n’est pas à vendre et ne fera pas le trottoir pour quelques bouts de chiffons rouges » ! Alea jacta est. Il n’était pas encore premier ministre que nous faisions déjà la une de tous les journaux au Canada, sans exception.

Je n’ai jamais vu quelqu’un se défendre avec autant de pugnacité. Cela a duré des semaines, voire des mois. C’est alors que j’ai compris que Landry était un battant. Et que si nous avions des convictions, il nous fallait les défendre.

L’homme d’une seule cause

Bernard Landry fut l’homme d’une cause, d’une seule cause : l’indépendance nationale. Et pour la réaliser, il croyait à juste titre que les Québécois devaient avoir confiance en leur capacité de faire de grandes choses. Que la nation québécoise d’un point de vue économique pouvait rivaliser avec les autres grandes nations du monde. C’est dans cet esprit qu’il s’employa à convaincre ses compatriotes que le Québec était une puissance économique sans complexe. Désormais, grâce en partie à sa détermination, le Québec possède tous les moyens de ses ambitions.

Dans le sillage de son décès, plusieurs acteurs ont évoqué son testament politique : Paix des Braves, orphelins de Duplessis, déficit zéro, Fête des patriotes et surtout ses écrits phares sur lesquels est ancré solidement, encore aujourd’hui, le socle de notre économie nationale : Bâtir le Québec et le Virage technologique. Il n’y a d’ailleurs pas un jour où je ne vante pas, dans le cadre de mes fonctions, les avantages de Montréal et du Québec qui découlent de son héritage et de sa vision.

Oui, les crédits d’impôt pour les titres multimédias ont permis d’attirer et de faire naître une industrie florissante qui compte aujourd’hui plus de 12 000 emplois. Oui, l’audace de Bernard Landry et de Sylvain Vaugeois (l’instigateur de la rencontre avec les frères Guillemot) a mené à l’établissement d’Ubisoft, le plus important studio de jeux vidéo au monde… Mais dans les faits, cette mesure fiscale, elle aura aussi et surtout permis de revitaliser des quartiers moribonds de la métropole et de la capitale nationale. Il faut marcher aujourd’hui dans le Vieux-Montréal, dans le Mile-End ou dans le quartier St-Roch à Québec pour y constater la formidable activité économique qui s’y dégage. Elle est là, la véritable contribution à l’économie québécoise de Bernard Landry.

De Robert Bourassa à Lucien Bouchard, les premiers ministres du Québec ont eu leurs bureaux dans un édifice hideux de la Grande Allée, maladroitement appelé le « Bunker » ou le « Calorifère ». C’est grâce à Landry si aujourd’hui, le premier ministre s’assoit devant le même pupitre que Duplessis et que l’édifice Honoré-Mercier est redevenu le haut lieu de pouvoir où se tient la plus importante réunion hebdomadaire au Québec, le Conseil des ministres. C’est aussi grâce à lui si le premier ministre jouit d’une résidence officielle à Québec, un appartement de fonction sobre et de bon goût, avec une vue imprenable sur le majestueux fleuve Saint-Laurent.

J’ai partagé avec Bernard Landry des moments intenses de bonheur et de déception. Lors de l’échec électoral, dont la douleur ne pouvait être mieux transmise qu’à travers la caméra de Jean-Claude Labrecque. Lors de mon trentième anniversaire, à mes côtés jusqu’au petit matin. Lors de mon retour aux études, avec une lettre de recommandation qui aurait pu me dispenser des examens d’entrée. Lors de mon mariage. Lors du décès de ma mère, survenu la veille de la naissance de mon premier enfant ; il m’avait serré dans ses bras, comme un fils. Il a toujours été là pour moi.

Bernard Landry a changé ma vie. À l’occasion de la commémoration des luttes des patriotes de 1837, j’irai saluer l’oeuvre de sa vie : le combat pour la liberté.

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Bernard Landry aimait l’Académie | Le Devoir

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Dans Le Devoir d’hier, on annonce la disparition de la plus ancienne institution littéraire du Québec. Sur la photo qui accompagne l’article de Stéphane Baillargeon — photo faite lors de la fondation, le 8 décembre 1944 —, je reconnais au premier plan à gauche Alain Grandbois, le poète des Îles de la nuit. En face de lui, Robert Charbonneau, l’auteur de Fontile, Guy Frégault, auteur de mille études historiques, Robert Choquette, auteur de La pension Velder ; plus loin, Rina Lasnier, poète de La Malemer, Germaine Guèvremont, autrice du Survenant, puis le Ringuet des Trente arpents ; à côté de lui, l’initiateur de l’événement, Victor Barbeau, auteur des Cahiers de Turc. Enfin, au fond de l’image, Lionel Groulx, historien fondateur de l’Institut de l’Amérique française. Pour qualifier tous ces noms et ces titres, j’aurais pu ajouter « célèbre ».

Le journaliste ne mentionne toutefois que le nom de Groulx, dont la tête se penche au fond de l’image. D’où mon énumération. Pour mémoire. À sa fondation, l’Académie réunissait la fine fleur de notre monde littéraire, mariant la tradition à une modernité dominante (eh oui !) des idées et des pratiques. Dès sa fondation, celle qui succédait à l’École littéraire de Québec donnait au mot « académie » tout son sens noble, moqué des philistins, ragotins et autres ignares. Grandbois a universalisé notre expression nationale. Charbonneau et Choquette ont contribué fortement à la création et à l’épanouissement de Radio-Canada, de son information et de ses téléromans. Frégault a donné naissance au ministère de la Culture du Québec. Groulx et Barbeau ont animé la vie culturelle à leur manière souvent polémique. L’Académie a toujours réuni des gens de plume parmi les plus reconnus et honorés par tous les prix, mais tout aussi bien des gens d’action (eh oui !). Hier comme aujourd’hui.

Promesse de reconnaissance

Est-ce tout cela que savait le premier ministre Bernard Landry quand il nous a reçus, Jean Royer, André Ricard et moi, à son bureau de l’édifice d’Hydro-Québec ? Sans doute, si l’on se fie à sa grande culture et à celle du sous-ministre, Yves Martin, alors présent. M. Landry nous a alors promis, à nous responsables de l’Académie, la reconnaissance officielle et prochaine par son gouvernement. C’était en 2003, avant qu’il ne perde malheureusement le pouvoir à l’élection qui a suivi. Ensuite en place, les gouvernements libéraux ont ignoré nos démarches officielles et privées. Il y a eu là quelque chose comme du mépris. Jusqu’à la fin avec M. Couillard, soi-disant lettré. Mépris de qui, de quoi ? De tous ces écrivains autrement si salués et décorés ? Mépris de leurs oeuvres ?

Depuis une quinzaine d’années, l’Académie a continué plus que jamais de travailler à sa reconnaissance, en assumant, dans le désert médiatique, sa mission d’animation intellectuelle et littéraire du milieu, de représentation et de consultation auprès des corps publics nationaux ou étrangers. Ses responsables bénévoles, beaucoup de ses membres, presque tous, à quelque titre, ont contribué de leur temps (souvent de leur poche !) à son maintien. Que ce soit à la gestion, en fournissant aux Conseils des arts programmes, budgets, plans triennaux et toutes autres planifications stratégiques inventées par des fonctionnaires très créatifs. Que ce soit dans les interventions publiques, les colloques annuels sur la langue et la culture, la Rencontre internationale des écrivains, avec la revue Les Écrits, les salons du Musée des beaux-arts de Montréal, avec les poèmes qui, là, accompagnent désormais des oeuvres d’art, ou les lectures-spectacles de la Grande Bibliothèque. Je puis en témoigner depuis 2001, année de mon entrée, nous n’avons cessé de maintenir le cap.

Le gouvernement Legault nous entendra-t-il ? M. Macron a évoqué la rencontre à venir de toutes les académies de la francophonie. Y serons-nous, Québécois ?

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Funérailles d’État de Bernard Landry: le Québec dit adieu au patriote

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Uni pour célébrer un homme plus grand que les autres: le Québec politique rend un dernier hommage à Bernard Landry mardi après-midi.

Les funérailles d’État pour l’ancien premier ministre ont débuté à 14h dans la Basilique Notre-Dame, en plein coeur de Montréal. Des centaines de dignitaires sont présents, dont le premier ministre François Legault et plusieurs prédécesseurs. Lucien Bouchard, Pauline Marois et Jean Charest ont notamment franchi les portes de l’église, sous une fine pluie froide.

Parmi les témoignages prévus en cours de cérémonie, on note ceux que MM. Legault, Charest et Bouchard; ceux, aussi, de membres de l’ancienne famille politique de M. Landry, les péquistes Pascal Bérubé, Louise Harel et Pierre Karl Péladeau. Au total moins une quinzaine de personnes prendront la parole.

La cérémonie doit durer près de 2h30.

D’autres détails suivront.

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Chapelle ardente pour Bernard Landry à Montréal

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Photo: Clement Allard La Presse canadienne

Les Québécois pourront rendre un ultime hommage à l’ancien premier ministre Bernard Landry lors d’une chapelle ardente organisée lundi à la basilique Notre-Dame de Montréal, de 10 h à 18 h. Des funérailles nationales auront lieu le lendemain, mardi, toujours à la basilique, à 14 h. Samedi, des Québécois ont déjà pu venir saluer l’homme politique lors d’une chapelle ardente au Salon rouge de l’Assemblée nationale. Toute la journée, dignitaires et citoyens ont défilé devant le cercueil recouvert du fleurdelisé, avant de présenter leurs condoléances aux proches du disparu, sa veuve, Chantal Renaud, et ses trois enfants, Julie, Philippe et Pascale, nés d’une union précédente avec la juge Lorraine Laporte, décédée en 1999.

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Bernard Landry dans ses mots

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Quelques mois avant le référendum de 1995, Bernard Landry accordait au chercheur Pierre Noreau (maintenant professeur de droit à l’Université de Montréal) une longue entrevue dont nous publions des extraits inédits. M. Noreau préparait alors un ouvrage sur les conditions politiques et juridiques de réalisation du projet souverainiste. Si ce projet d’ouvrage n’a jamais abouti, les propos recueillis à l’époque permettent aujourd’hui de saisir la profondeur de la vision de celui qui était alors vice-premier ministre.

La souveraineté s’est imposée comme le produit d’un enchaînement logique d’idées. J’ai eu la conscience depuis très longtemps que les Québécois et les Québécoises formaient un peuple. Cela m’est toujours apparu évident, même à l’époque où j’étais fédéraliste. Parce que pour les gens de ma génération — lorsque nous avions 15 ou 20 ans —, être fédéraliste, c’était participer à un grand pays binational, biculturel et bilingue.

Aussi, que ma nation fasse partie de ce grand pays ne me choquait pas outre mesure, d’autant plus qu’à cette époque, nous avions le sentiment de former le tiers de la population et il était raisonnable de croire que notre peuple finirait par trouver son épanouissement dans le Canada. Mais, plus les années passaient, plus le reste du Canada révélait n’avoir jamais cru — ou ne plus croire — à l’existence des deux peuples.

On comptait évidemment quelques exceptions ; le Parti conservateur a essayé, avec monsieur Robert Stanfield et Marcel Faribeau, de remettre en avant l’idée des deux nations ; mais ce faisant, ils n’ont fait que mettre en lumière le fait qu’il n’y avait que le Québec qui y croyait, et quelques marginaux issus du Canada anglais. Le Canada cessait donc d’être une grande aventure binationale ; le Québec n’était qu’une « province », un mot qui est déjà assez odieux et réducteur, et qui était prononcé avec un accent encore plus odieux et réducteur par Maurice Duplessis et un certain nombre d’autres. Une province avec d’autres provinces. Déjà il y avait une injustice là, et c’était choquant pour l’esprit. Car si le Canada était une affaire de « provinces », comment se faisait-il que les anglophones les contrôlaient toutes sauf une ?

La quête nationale du Québec

Il en est résulté une quête : celle d’un statut national qui s’opposait au statut provincial. Elle fut soutenue par les mouvements politiques du temps de la Révolution tranquille, mais également par les Jean Lesage — « Maîtres chez nous » —, René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie, père de la doctrine Gérin-Lajoie, qui fonde l’existence internationale du Québec. Nous entretenions certains espoirs que ce qui avait été oublié des origines du Canada pouvait renaître… mais la période Trudeau a balayé tout ça !

Et toute cette évolution a culminé avec le rapatriement unilatéral de la Constitution, qui était préparé depuis des années. En vérité, c’était une forme de mépris du Québec et de ses aspirations comme nation et comme peuple, et une « provincialisation » non seulement effective, mais juridique et institutionnelle. Aussi, après le rapatriement de 1982, il est devenu très clair que ce mouvement de centralisation, que nous avions senti venir d’Ottawa, se confirmait.

Il consacrait l’existence d’un Canada multiculturel, formé de provinces égales et animé par la présence parfois assez spectaculaire de Québécois à Ottawa ; mais cet état de fait mettait fin à l’aventure nationale québécoise au sein de la population et des institutions canadiennes. Évidemment, c’est inacceptable sur le plan des idées et sur le plan des concepts. Mais tout cela déborde rapidement sur les plans de la dignité. Pour une nation, accepter de se faire rayer de la carte comme ça, et d’être évincée des institutions qu’elle a aidé à mettre sur pied, c’est difficile à prendre.

[…] Je suis un ancien fédéraliste, comme tout le monde. J’ai même eu un certain attachement sentimental à ce pays ; mais je m’en suis détaché complètement et je suis maintenant persuadé, plus que jamais, que le Québec doit vivre son destin de peuple à la manière d’un peuple, c’est-à-dire dans l’égalité avec les autres peuples et non pas dans l’égalité avec l’Île-du-Prince-Édouard ou le Nouveau-Brunswick, sans aucune agressivité d’ailleurs pour ces deux provinces particulières. […]

Le danger de l’homogénéisation des cultures

La souveraineté doit permettre au Québec de se tenir dans les grandes lignes de force contemporaines et de s’inscrire dans la globalisation des marchés. Elle suppose l’abolition des frontières à la circulation des biens matériels, des services, des capitaux, voire des personnes, comme c’est le cas en Europe ; mais elle nécessite en même temps un renforcement des identités nationales comme contrepoids.

Alors là, il y a convergence historique. Ceux qui, comme moi, appuient à fond la globalisation des marchés ne peuvent que développer, en même temps, le désir d’un tel contrepoids parce qu’ils savent que l’homogénéisation des cultures et des identités nationales serait une régression pour l’espèce humaine. Le jour où nous regarderons tous, par le même satellite géostationnaire, Dallas et Dynastie, en anglais, est-ce que l’humanité aura progressé ? La réponse, c’est non.

En vérité, c’était une forme de mépris du Québec et de ses aspirations comme nation et comme peuple, et une « provincialisation » non seulement effective, mais juridique et institutionnelle

S’il y a une conférence à Rio sur la biodiversité, à plus forte raison la diversité des cultures et des identités s’impose. C’est mon « équation », actuellement ; mon arrimage entre la cause québécoise et le réel planétaire contemporain ! […]

L’échec du multiculturalisme, ce « poison »

[Au Canada anglais], ils se sont fait très mal avec le multiculturalisme, c’est vrai. Mais le multiculturalisme est actuellement vigoureusement critiqué par les Canadiens anglais eux-mêmes. Les anglophones commencent à réaliser que ce poison que Trudeau voulait inoculer au Canada français a contaminé la seringue et que le virus leur a également été inoculé.

Aussi, le multiculturalisme est actuellement à l’examen. Et je pense que c’est un signe de santé. On ne peut pas construire un pays en subventionnant et en magnifiant la différence. Il existe suffisamment de différences comme ça, dans la réalité, sans qu’on en invente d’autres.

Pour toutes ces raisons, le départ du Québec est un moment rêvé pour le Canada anglais. C’est l’occasion d’un examen de conscience. […]

L’immigration, la religion et le projet indépendantiste

La situation des immigrés est différente de celle des anglophones et des aborigènes. Je suis parfois obligé de le rappeler et je le fais en mon âme et conscience à l’encontre des demandes de certains groupes qui protestent contre le fait qu’il n’y ait de statut que pour les anglophones et les aborigènes. Lorsqu’on change de pays, ce n’est pas pour transporter dans un nouveau pays le pays d’où on vient. Cela dit, l’immigration est un enrichissement pour le Québec. C’est une ventilation perpétuelle et très positive que des gens viennent de la terre entière vivre à Montréal ; que plusieurs Montréalais soient polyglottes, c’est également extraordinaire.

Mais il faut comprendre que nous ne construirons jamais un pays équilibré et dépourvu d’amertume si ce pays ne parvient pas à intégrer ses immigrants. Nous voulons construire ici une société de droit, une société égalitaire qui tient compte de deux exceptions historiques : les anglophones et les aborigènes. Mais pour tout ce qui concerne le reste, nous avons tous et toutes les mêmes droits. Ce qui inclut, sur le plan individuel, le droit de pratiquer toutes les langues qu’on voudra et toutes les religions : c’est la Charte des droits qui s’applique alors.

Mais de droits collectifs autrement que pour les anglophones et les aborigènes, il ne doit pas y en avoir. […] Voulons-nous vraiment une juxtaposition de ghettos ou une société civile et égalitaire ? Poser la question, c’est y répondre.

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C’était Bernard Landry | Le Devoir

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S’il est une chose difficile à cultiver en politique — et après elle —, c’est bien l’amitié, trop souvent circonstancielle ou éphémère. Pourtant, nous avons, Bernard et moi, noué des liens qui ont su durer au-delà de la défaite, en 1985, comme en 2003. Peut-être parce que nous avons mené ensemble tant de batailles, dans une réelle complicité.

Je revois la scène. Je suis ministre de la Culture et je défends auprès du gouvernement l’idée d’établir une redevance sur les entrées au cinéma. L’initiative, qui permet encore aujourd’hui à la France d’avoir une industrie cinématographique nationale florissante, a ceci de bien : en l’appliquant à l’ensemble des films présentés en salle, pour la grande majorité des productions américaines, nous financerons de façon durable notre cinéma québécois à coups de vingt-cinq cents.

Les propriétaires de salles s’y opposent férocement et menacent d’ajouter un court message publicitaire, au début des projections, dénonçant cette nouvelle forme de « taxe » du gouvernement Bouchard. En année préélectorale, c’est risqué. Le premier ministre nous convoque, Bernard, alors ministre des Finances, et moi-même, pour discuter de solutions possibles, ne sachant pas qu’entre-temps ce même Bernard m’avait demandé ce que vaudraient les redevances et qu’il avait décidé d’ajouter le montant équivalent au budget de la SODEC. Réalisant que tout avait été réglé et qu’un communiqué de presse avait même été diffusé, le chef de cabinet du premier ministre lève la réunion avant même qu’elle commence. Bernard et moi étions stupéfaits, mais satisfaits !

Voilà qui illustre bien qui était Bernard Landry. Un homme de culture qui émaillait ses discours de citations de Gaston Miron et de bien d’autres, mais qui, au surplus, alignait, avec détermination, les cordons de la bourse avec les discours. Tout ministre de la Culture souhaiterait avoir un tel allié en son ministre des Finances, encore aujourd’hui. Sans Lucien Bouchard, mais aussi Bernard Landry pour former avec moi un trio, la Grande Bibliothèque n’aurait jamais vu le jour. L’homme avait une telle conviction, un tel préjugé favorable envers la culture et la langue française, qu’il pouvait aussi, à quelques minutes de « fermer » son budget, vous trouver in extremis 2 millions pour maintenir intacte l’enveloppe de l’Office québécois de la langue française.

Homme de culture

Bernard croyait qu’il fallait défendre la culture ici et dans le monde. Pour lui, il était indispensable d’inclure l’exception culturelle dans les accords internationaux de commerce, et ce, bien qu’il fût, depuis la première heure, un chantre du libre-échange. C’est avec lui, encore, que nous avons dès mars 1998 pris position en faveur de cette même exception culturelle, en étant l’un des premiers gouvernements dans le monde à le faire. Puis, nous avons poussé le dossier, avec la France, jusqu’au Sommet de la Francophonie à Beyrouth, en 2002. Là, avec le représentant du Maroc, le premier ministre Landry a saisi les dirigeants des propositions qui ont mené l’Organisation internationale de la Francophonie à jouer un rôle prépondérant dans le dossier et à faire en sorte que la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelle aboutisse à l’UNESCO et soit adoptée par tous les pays présents, sauf les États-Unis et Israël.

Sa foi dans le libre-échange n’était donc pas aveugle. S’il écrivait avant l’accord avec les États-Unis qu’il avait la « conviction que le libre-échange convenablement préparé et vécu peut produire des fruits », quinze ans plus tard, durant son mandat, il envoyait la ministre des Finances, Pauline Marois, à Davos, pendant que moi, ministre des Relations internationales, je me pointais au Forum social mondial, à Porto Alegre, au Brésil. Ainsi, ensemble, nous avions défini, face à ce libre-échange, une forme de « oui, mais… ». Une position équilibrée, quoi !

Bernard croyait qu’il fallait défendre la culture ici et dans le monde. Pour lui, il était indispensable d’inclure l’exception culturelle dans les accords internationaux de commerce, et ce, bien qu’il fût, depuis la première heure, un chantre du libre-échange.

Je le revois, dans mon bureau, en avril 2001, lors du Sommet des Amériques à Québec, regarder le déroulement des manifestations dans le parc de l’Amérique-Française par les fenêtres qui offraient alors la meilleure vue en ville. Quelques semaines avant, nous avions en vain mené une bataille, une autre, afin que lui, premier ministre du Québec, puisse souhaiter la bienvenue aux dirigeants des Amériques, tous réunis dans la capitale nationale, avant d’être cavalièrement « retournés » par le gouvernement fédéral, comme si le Québec n’existait tout simplement pas.

Depuis la fin de nos carrières politiques respectives, nous avions nos habitudes, loin des batailles d’antan. À Paris, quand on s’y trouvait en même temps, lui avec Chantal et moi avec François, nous allions prendre l’apéro au Café de Flore, et ensuite dîner tout près, dans Saint-Germain-des-Prés. Bernard, mon ami, là comme ailleurs, tu vas me manquer.

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La culture souveraine de Bernard Landry

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On le croisait souvent à des premières de films, de spectacles, présent aussi à l’ouverture de festivals, lors de lancements littéraires. N’avait-il pas pour compagne l’actrice et chanteuse Chantal Renaud ? Homme de culture, Bernard Landry ? Et comment !

Mélomane, grand lecteur, collectionneur d’art québécois dans sa propriété patrimoniale de Verchères restaurée avec amour, féru d’histoire et passionné de Napoléon, fou de la poésie de Gaston Miron que ce souverainiste convaincu adorait citer : « Je n’ai jamais voyagé vers autre pays que toi mon pays. »

Bernard Landry goûtait la résonance des mots accrochés à son rêve jamais remisé d’une patrie à bâtir, projet culturel suprême du Québec, à ses yeux.

Il m’avait demandé en 2002 de le rencontrer pour causer culture. « Parce que les journalistes m’interviewent trop peu sur la question », de préciser alors le premier ministre. Rendez-vous avait été pris au Café Méliès du défunt Excentris, entre les dîneurs curieux et des gardes du corps essaimés dans les coins.

« Je suis par nécessité un homme d’économie, m’assurait-il. René Lévesque m’a condamné à ça, mais j’ai toujours pensé que, dans un pays avancé, la culture arrivait en premier. » Il voyait celle-ci flotter au-dessus des lois du marché, en des zones où un peuple s’identifie et se définit.

Sa vision romantique du Québec cachée sous le pragmatisme, nourrie par sa fierté de voir des artistes comme Robert Lepage, Céline Dion, Luc Plamondon ou le Cirque du Soleil porter haut la fleur de lys, se teintait d’inquiétude, tant il jugeait démesurée l’importance de l’humour dans l’arène culturelle. Cet admirateur d’Yvon Deschamps trouvait bien courte la voie du comique à tout prix. « Mais s’il y a un domaine où le public est roi, c’est bien dans celui de ses choix culturels », ajoutait le grand démocrate, en soulignant l’importance de l’art populaire.

Ce qui ne l’empêchait pas de rêver à un éventail élargi de propositions artistiques : plus d’orchestres symphoniques et de jazz, plus de films d’auteur. C’était avant que la révolution numérique ne change la donne en multipliant les plateformes du chacun-pour-soi.

Bernard Landry avait fait ses humanités, comme on dit. Dommage, au fait, que le cours classique, qui offrit aux « élites » une formation si poussée, n’ait pas servi en partie de modèle aux différentes réformes de l’éducation, lesquelles ont bien abaissé leurs critères par la suite. Il s’en montrait conscient : « Autrefois, les collèges classiques possédaient chacun leur orchestre, leur chorale, leur ciné-club… Mieux vaudrait revenir un peu à cette formule-là. L’école secondaire doit être une voie universelle au sens profond du terme. »

L’érudition paraît suspecte à bien des électeurs dans la bouche de leurs dirigeants, ce qui contribue à une marginalisation de la culture, ouvre la porte à tous les populismes et n’aide au fond personne. La difficile fonction exige d’être au-dessus de la mêlée. Trump, sans conscience ni hauteur de vue, fait la joie de ses partisans tandis que les grands chefs d’État se voient tassés vite fait faute de tendre un parfait miroir à leur société.

Bernard Landry, qui parlait français, anglais et espagnol, au langage châtié, aurait eu intérêt à ne pas trop montrer son savoir, il est vrai parfois pesant. Sauf que les références historiques ou autres sortaient de sa bouche sans prévenir, en bribes intimes de lui-même. Fallait-il les renier ? Euh… oui.

Pourtant, sa fameuse phrase latine tant décriée, Audi alteram partem (Entendre l’autre partie), au même titre que les termes casus belli et habeas corpus, est une locution juridique courante. Après tout, Bernard Landry avait fait son droit. Mais elle n’aura suscité que railleries sur son passage. Notre caricaturiste Garnotte la lui remit en bouche mercredi face à saint Pierre sur son nuage. Drôle !

Après l’annonce de sa mort, j’ai revu À hauteur d’homme, le documentaire de Jean-Claude Labrecque sur les dessous de la campagne électorale de Landry en 2003. Y explosent de nombreux « Audi alteram partem » invitant les journalistes à écouter ce que Jacques Parizeau avait à dire sur son ancienne déclaration postréférendaire.

En tant qu’acteur, pour ainsi dire, Bernard Landry n’avait guère aimé sa prestation dans ce film-là, où il pestait contre les médias devant sa garde rapprochée et où son caractère bouillant jaillissait comme un geyser, mais le public y sentit vibrer un homme qui lui semblait au départ trop distant. Soudain humain, sacres y compris, vulnérable, loyal, doté d’une éthique comme de courage. Et cette élection qu’il avait perdue lui aura ouvert le coeur de son peuple après coup, par la grâce de l’art, grand compagnon de sa vie.

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Tutoyer M. Landry | Le Devoir

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Cinq ans après mon arrivée au Québec au tout début des années 1980, j’ai connu M. Landry. Au début, on se vouvoyait, petit à petit on a commencé à échanger et de plus en plus, les liens d’amitié se consolidaient. De par sa simplicité et son approche terre-à-terre, je me suis rendu compte que je le tutoyais. Ayant essayé de réparer ma bourde, il m’a mis à l’aise. Avant que nous nous séparions, il m’a dit : « C’est comme toi que j’aime le Québec. » Pour un immigré, c’est des paroles qui marquent. Les rencontres se succédaient avec notre ami commun Claude H. Roy jusqu’au décès de ce dernier et après. Il y a trois semaines, je lui ai parlé en apprenant la mauvaise nouvelle, dans les journaux, sur son état de santé. […]

Aujourd’hui, c’est à mon tour de te dire que « c’est comme toi que j’aime les Québécois ». À notre amitié éternelle, repose en paix cher ami.

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Landry et Nadeau-Dubois | Le Devoir

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Pour souligner le décès de Bernard Landry, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, y est allé d’un bon mot : « Bernard Landry fait partie de la génération des bâtisseurs du Québec moderne. Son sens de l’État, sa grande culture et son infatigable dévouement pour le Québec nous manqueront. »

Voilà qui nous change de sa déclaration de l’année dernière voulant que la classe politique des trente dernières années ait trahi le Québec, ce qui avait notamment scandalisé M. Landry, qui avait alors rappelé certaines des réalisations du gouvernement du Parti québécois (les CPE, la Paix des Braves et le rattrapage économique par rapport à l’Ontario) et déclaré : « Quand il aura fait le quart du huitième de ça, il pourra en reparler. »

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