Du Kanada de Berlin à l’art des rues

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À Berlin, dominant la Leipzeiger Platz, une immense affiche arbore le mot « Kanada », avec le K de la langue germanique, et une feuille d’érable en dessous. À défaut de discrétion, elle nous rappelle aux bons souvenirs des Berlinois à deux pas de l’incontournable Potsdamer Platz, nombril de la capitale allemande. Allez la rater…

Depuis près de deux ans, Stéphane Dion y est l’ambassadeur du Canada. L’ancien ministre libéral avait accepté le poste à reculons, mais semble mieux aimer son sort aujourd’hui, pratique la langue, savoure la qualité extrême des concerts et des oeuvres des grands musées. Stéphane Dion considère l’Allemagne comme un pays de hautes affinités avec le Canada : « Il y a une réelle curiosité pour notre pays, qui s’est renforcée ces dernières années, avec un intérêt très fort pour les enjeux d’aujourd’hui. On a un éclairage intéressant qui les intrigue. »

Je suis allée le rencontrer là-bas, curieuse de comprendre quel rôle occupe la diplomatie culturelle dans les fonctions d’un ambassadeur. « La diplomatie culturelle, c’est tout, répond-il : un moyen pour le tourisme, les échanges commerciaux. Ça ouvre les portes et les esprits. »

Une ambassade n’est pas là pour promouvoir des créateurs. Stéphane Dion s’en explique : « On travaille plutôt avec des institutions allemandes en leur disant : voici les artistes canadiens qui vont venir. On essaie de voir quelles sont les occasions de faire du renforcement. Si l’occasion s’y prête et si ma présence peut aider… »

À la Berlinale, l’ambassadeur est venu assister à la première du film Répertoire des villes disparues, heureux de voir un artiste comme Denis Côté évoquer en Allemagne la question de l’étranger et de la communauté. Il rappelle cet Ours de cristal remporté l’an dernier au même festival par Les rois mongols de Luc Picard. Le fait que la Foire du livre de Francfort ait choisi le Canada comme pays à l’honneur en 2020 sera une occasion en or pour faire le maximum d’échanges. L’art est un liant entre les peuples.

 
 

Berlin. Dans cette drôle de métropole hétéroclite, moderne et vibrante, aspirée vers le futur mais qui s’enfarge dans son passé, l’ancienne démarcation ouest-est du Mur fait encore souffrir la ville, membre fantôme de toutes ses constructions nouvelles.

« Les Allemands, à cause de leur histoire, ont un tel besoin d’être aimés par les autres peuples… », estime Stéphane Dion. Il dit « les Allemands » en général, en évoquant surtout le milieu artistique. Cette tache sur leur passé, le nazisme, les porterait selon lui à s’ouvrir. Paradoxalement, le vaste héritage culturel de la patrie de Goethe et de Beethoven lui serait aussi glorieux que lourd à porter.

« La culture allemande possède un corpus unique par sa richesse : une portion immense du patrimoine mondial. Les gens en sont tellement conscients qu’ils ont peur d’être tournés vers le passé et de manquer quelque chose, de rater la richesse des autres. Ça nous donne une chance… »

Le 18 janvier dernier, l’ambassadeur assistait à Staastsoper Berlin à l’opéra Kopernikus, rituel de mort du défunt compositeur québécois Claude Vivier composé en 1980. Un amateur éclairé avait pris un an à le monter, avec ce désir-là très allemand de connaître la culture d’autrui.

 
 

« Il y a des Québécois qui viennent à Berlin pour l’art de rue », m’a dit l’ambassadeur canadien. Et pour cause. Quand on a longtemps vécu à l’ombre d’un mur peint des deux côtés au fil des ans, les fresques, les graffitis d’unification et d’évasion, ça connaît son Berlinois.

L’autre jour, je suis allée visiter un musée apparu en 2017, Urban Nation sur Bülowstrasse. Sa façade, comme plusieurs autres aux alentours, est recouverte de fresques qui embellissent le coin. Et dans ses espaces intérieurs, des oeuvres gigantesques, des installations, des vidéos, des bonbonnes de peinture acrylique, des crayons-feutres, etc., présentent les outils et la matière de l’art en dialogue constant.

« Depuis la chute du mur de Berlin et sans doute depuis plus longtemps que ça, la capitale allemande est un point chaud international pour le mouvement artistique, qui utilise la ville comme son canevas », ont écrit ses fondateurs, en dédiant le musée au peuple de la ville de Berlin.

Et on décèle au Urban Nation des connivences avec Montréal, où, dans le Mile-End, le musée Romeo’s destiné au « street art » a ouvert ses portes en septembre dernier. Pont entre les villes pour toutes les générations, l’art est sans doute le meilleur ambassadeur de paix qui soit. Stéphane Dion en convient.

On le sent d’autant plus dans cette ville au passé noir, brisée, reconstruite, aux antennes dressées, où l’art se pose partout : sur l’héritage des siècles, sur les fragments du Mur encore debout, sur ceux des lendemains possibles, avec une politique de main tendue qui fait sa grandeur aujourd’hui.

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L’art de marier le marine et le marron

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LA CHRONIQUE DE JULIEN SCAVINI – La première est une teinte plutôt urbaine, qui sied bien aux pardessus et aux costumes, tandis que la seconde convient mieux à la campagne et aux tenues de sport.

Sacré mélange des genres que d’associer le bleu marine et le marron sur une même tenue, voire sur un même vêtement. Il est vrai que les deux couleurs sont de registres plutôt opposés. La première est une teinte plutôt urbaine, qui sied bien aux pardessus et aux costumes.

A l’inverse, la deuxième convient mieux à la campagne et aux tenues de sport: idéale pour des pantalons
de velours ou des parkas en coton huilé. Les associer, c’est donc rechercher un nouvel esprit, débarrassé de la vieille opposition des garde-robes de tradition britannique. Alors que les années 1990 avaient vu un certain formalisme prévaloir (mocassins à pompons, cravates club, bretelles, blazers croisés, etc.),
le nouveau sportswear des années 2000 plaît aux hommes qui délaissent les harmonies classiques. Alors qu’il reste toujours difficile de faire de la fantaisie pour les messieurs, le mariage du marine et du marron, plutôt foncés et discrets, s’avère commode.

Les fabricants de cravates l’utilisent pour les clubs, c’est parfait avec le blazer. Les drapiers s’emparent
de cet esprit et composent des draps pour les vestes. Le plus classique? Sur un fond marron foncé, un carreau-fenêtre marine qui s’accorde avec le pantalon en vogue: le jean. Composer un fond de penderie
sur ces deux couleurs permet beaucoup de maniabilité. Le pantalon de velours marron va bien avec un pull-over marine. Et le pantalon bleu avec un Barbour châtaigne. Les marques, surtout italiennes comme Boggi, ont bien compris les avantages de cet attelage qui permet de nombreuses déclinaisons. Des parkas matelassées associent flanelle bleu marine et empiècements divers en suède marron. Enfin la mode des souliers en veau velours, petits derbys ou baskets suit ce mouvement.

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L’art de la destruction | Le Devoir

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À l’automne, Christie’s New York mettait pour la première fois en vente une oeuvre créée par l’intelligence artificielle. Du moins, c’est ainsi qu’on présentait Portrait of Edmond Bellamy, un portrait fantomatique qu’on croirait tout droit sorti d’une nouvelle de Maupassant, produit par Obvious, un collectif parisien se vantant d’avoir enseigné à une machine à créer sans intervention humaine. L’oeuvre, signée par un algorithme, a été vendue pour 432 500 $.

Sauf que l’affaire relève surtout du coup de marketing : le procédé utilisé était en fait bien connu dans le monde du machine learning et on a exagéré l’autonomie du geste artistique de la machine. Pour générer le portrait, Obvious a simplement repris un code écrit par un adolescent américain, Robbie Barrat, qui, lui, ne touchera pas un sou sur la vente.

Il serait trop facile (et tentant) d’invoquer cette imposture pour discréditer toute démarche artistique intégrant l’IA. Sauf que l’art a bien raison de s’intéresser à une technologie qui, adossée à une quantité délirante de capitaux, façonne déjà notre monde. Tant qu’il le fait pour résister à la dissolution de la sensibilité humaine et des liens sociaux dans les systèmes et le pouvoir, du moins. Cet épisode révèle cependant la naïveté avec laquelle on aborde l’intelligence artificielle, qu’il soit question d’art ou de pure business.

Apprenant que Christie’s vendait une oeuvre générée par l’intelligence artificielle, on a claironné que « l’IA débarque dans le monde de l’art », pour ensuite gloser superficiellement sur « la créativité de la machine », ne soulignant pas que ce type de création nous convie d’abord à une réflexion sur la créativité humaine. Pointer le ciel, regarder le doigt ; c’est la norme, semble-t-il, lorsqu’il est question d’IA.

Nous le voyons chez nous, alors que Montréal se transforme en « pôle d’innovation » pour cette industrie, sous les auspices du trésor public. On célèbre candidement l’arrivée des technos, rompus que nous sommes à la vulgate du progrès, et à court d’arguments à opposer aux promesses de croissance économique. Qui oserait être contre la vertu, ou pire, contre le capital ? Pour se donner un air averti, on se dit plutôt sensible aux « possibles dérapages », répétant qu’il faut être attentif aux implications éthiques du développement de l’IA — ce qui sert surtout à ne pas aborder l’économie politique de cette industrie.

À échelle humaine, c’est pourtant ce qui compte — si bien sûr les humains nous intéressent encore, ce dont je doute souvent. Partout où il se déploie, le secteur des technologies de pointe impose son écosystème, lequel s’harmonise bien mal avec la vie des collectivités, où des gens ayant un intérêt pour les nouvelles technologies proportionnel à l’usage réel qu’ils en font tentent d’aménager leur existence en commun.

Lundi, on inaugurait les bureaux de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), dans le Mile-Ex. À un jet de pierre des ateliers Belleville, dont je vous parlais récemment, qu’on va raser pour construire des infrastructures du pôle de l’IA. Présent, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, s’est empressé de rappeler que son gouvernement veillait au développement « éthique et moral » de l’intelligence artificielle. On comprend toutefois que ce souci éthique et moral n’inclut pas, par exemple, la pression effectuée par le développement de ce secteur sur le coût de la vie dans la métropole, ou le risque, pour une collectivité, d’être ainsi placée à la remorque d’un secteur misant sur la compétition, la flexibilité et la spéculation, qui socialise l’essentiel des coûts et privatise ses gains. Rien à ce sujet. Et de toute façon, on ne lui a pas posé la question. À peine le ruban coupé, on parlait de la nécessité d’investir plus pour soutenir la croissance à long terme.

La semaine dernière, votre Devoir rapportait qu’une résidence d’artiste sur l’intelligence artificielle, dont les entreprises Google et Element AI sont partenaires, peine à attirer les candidatures. On semble mystifié par le fait que les artistes ne se ruent pas sur l’occasion, ce qui contribuerait soi-disant à construire une alliance entre l’industrie de l’IA, les artistes et les citoyens.

Mais de quelle nature est cette alliance qu’on imagine, au juste ? S’agit-il de plaquer les intérêts d’un secteur économiquement névralgique sur la pratique artistique et la vie citoyenne, pour lui donner des airs socialement respectables ?

Si l’art, lorsqu’il se saisit de l’IA, peut nous renseigner un peu plus sur la créativité humaine, il faudrait aussi se demander comment ces industries, en l’état, peuvent réellement nous aider à répondre aux besoins d’une collectivité. La réponse décevrait sans doute les plus techno-enthousiastes d’entre nous.

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L’art de la tempête | Le Devoir

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La neige hurle. La neige devient menace. C’est la neige des récits de tempête, du jour pétrifié où l’on ne distingue plus le ciel de la terre. Voilà l’hiver qui emporte aux enfers François Paradis et les rêves de son amour dans Maria Chapdelaine. Celui encore du désert de glace auquel se conjugue le Kamouraska d’Anne Hébert.

L’expression du tragique dans l’hiver est un genre qui nous vient de loin. La bourrasque, une nouvelle de Pouchkine, en donne les balises premières que le grand Tolstoï élargit jusqu’à la sphère des sentiments dans des récits d’hiver comme La tempête de neige ou certains passages d’Anna Karénine.

En 1915, l’immense popularité de ce grand roman qu’est Anna Karénine encourage l’industrie naissante du cinéma américain à financer la réalisation d’une première adaptation. Une équipe de tournage des studios Fox met le cap au nord pour se rendre à Montréal, ville natale du réalisateur Gordon Edwards, dans l’espoir d’y trouver un hiver tolstoïen.

En partie à cause des célébrations répétées d’un carnaval aujourd’hui oublié, Montréal était alors perçue comme une reine des neiges. Les assises de cette réputation tenaient aussi à la représentation hivernale qu’en a donnée, grâce à des manipulations de ses images, le photographe William Notman, alors l’un des plus réputés d’Amérique. Mais à l’heure du tournage, la neige à Montréal n’est que pluie, glace, gadoue, catastrophe liquide qui noie tous les espoirs.

Les tableaux hivernaux de Jean-Paul Lemieux appartiennent à cette même tradition et auraient bien pu, au fond, servir à illustrer Tolstoï. Comme l’écrivain, le peintre joue de sa maîtrise des règles de la perspective pour stimuler, dans l’esprit de celui qui contemple, un sentiment d’infinie profondeur attachée à l’hiver. Dans ces scènes de déserts gelés, la maîtrise technique du peintre parvient jusqu’à détruire l’artifice de la perspective afin de nous faire éprouver en bloc l’immensité de la solitude au milieu du grand silence blanc.

Au-delà de ces images existentielles et romantiques que l’hiver cristallise dans une longue tradition de représentations dont nous, gens du Nord, sommes les héritiers, la tempête est devenue un révélateur nouveau devant lequel nous semblons pourtant volontiers nous aveugler.

À la moindre bordée de neige, toutes les rues s’étranglent désormais comme jamais à cause des automobiles. Année après année, l’augmentation constante du nombre de véhicules ne fait qu’ajouter aux difficultés.

Pourtant les bulletins météo nous laissent l’impression que, si l’engorgement routier existe, cela tient forcément à la tempête, à mauvaise gestion du déneigement, à des infrastructures routières négligées, à des précipitations qui flirtent avec de nouveaux records, dont on révise toujours les critères afin d’en augmenter le nombre. Au nom de cette météo qui réduit notre conscience de l’hiver à un chapelet de statistiques, on se dispense de tout un travail de réflexion pour comprendre les effets de cette saison dans un monde qui a changé.

Nos hivers se résument en gros à ce qu’en disait Pascal, non le philosophe mais le caricaturiste, qui l’est tout de même toujours (philosophe) un peu à sa manière. À la suite d’une récente bordée, ce caricaturiste du Devoir faisait dire ceci à son personnage baptisé le Grincheux : « On n’a pas battu de record de froid, ou de chute de neige, mais c’était un record de froid et de chute de neige… Les deux combinés, vous voyez ? » Et le personnage, pour ajouter à cette manifestation ridicule d’un vain besoin de records, précise qu’il n’a jamais été aussi vieux tout en pelletant que ce jour-là…

Tandis qu’on s’affaire à pelleter et à maugréer en écoutant en boucle des bulletins météo sans cesse rafraîchis, l’avenir de nos déplacements par pareil temps ne semble pas nous effleurer l’esprit.

Dans ces bulletins, les jours s’enchaînent. Ils constituent l’illustration parfaite d’une information de plus en plus consensuelle, dépolitisée des enjeux sociaux qu’elle devrait soulever. Cette psalmodie de la météo, ce vide renouvelé dont on nous invite partout à faire le plein, n’a plus seulement pour fonction de nous renseigner du temps qu’il fait, mais de nous gaver de cette information omnibus qui se refuse à exposer des problèmes en termes d’histoire, de politique, de société.

Nous voudrions nous croire encore au milieu de la plaine, dans un traîneau conduit par l’imagination de Tolstoï, en route pour retrouver une bien-aimée qui nous aidera à gagner l’illusion d’échapper pour un temps à la mort. Or le sentiment de la mort qu’avive l’hiver, le voilà qui prend une place jamais vue dans nos vies et que nous refusons pourtant de considérer. Comment ne pas envisager par exemple, sinon par un phénomène d’aveuglement volontaire, de quoi aura l’air la circulation d’hiver autour de ces nouvelles constructions, comme ce projet de centre commercial pharaonique baptisé Royalmount ?

Ce fait d’hiver, la neige, a vu bien sûr de tout temps les humains, épouvantés par sa dureté, en tirer des présages proportionnés à leurs craintes de la vie. Les hommes « se figurent que l’univers est une tarte que l’hiver sucre pour l’avaler », résumait si bien Cyrano de Bergerac.

Ne pas parvenir aujourd’hui à voir dans l’hiver plus que de la neige tombée et des camions qui ne parviennent pas à la ramasser indique quelque chose de troublant sur ce temps d’aveuglements qu’est le nôtre.

 

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L’art de perdre | Le Devoir

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La reprise du très controversé SLĀV, le spectacle de Betty Bonifassi et Robert Lepage annulé en juillet dernier, toujours difficilement accepté aujourd’hui, sans oublier l’humoriste (blanc) exclu de soirées d’humour pour cause de dreadlocks, la semaine dernière, nous replonge dans le bain-marie de l’appropriation culturelle. Fut un temps où le terme « accommodements raisonnables » délimitait au Québec la zone rouge des rapports interethniques. Aujourd’hui, ce sont les mots « appropriation culturelle » qui agissent comme clignotants. Danger pour quiconque s’y aventure…

Personnellement, je m’interroge sur le fossé qui sépare, encore aujourd’hui, ceux qui voient l’appropriation culturelle comme un geste de bonne volonté, un désir de comprendre, et ceux qui le conçoivent comme un vol, au mieux, une caricature. On croit tendre la main et l’autre le reçoit comme une gifle. Comment arrive-t-on à se mécomprendre à ce point ? À la sortie de la nouvelle mouture de SLĀV, jeudi soir dernier, on comptait beaucoup de spectateurs satisfaits et, en même temps, on entendait un des premiers dénonciateurs du spectacle, Lucas Charlie Rose, répéter que les artistes n’avaient toujours « pas compris ».

Pas compris ? Robert Lepage a pourtant fait son mea culpa, SLĀV a été revu et corrigé, et un documentaire (Entends ma voix) s’est fait un devoir de claironner les points de vue de tout un chacun. Que nous reste-t-il à comprendre sinon le besoin de certains militants de tracer une ligne dans le sable indépendamment des compromis envisagés ou des gestes posés ? Se complaire dans le rôle de victime serait-il, en fait, ce qu’il faudrait comprendre ?

Je n’essaie pas de ridiculiser ici un discours par moments intransigeant, certes, parfois même aberrant, d’autres le font déjà trop. Je comprends l’urgence de dénoncer « l’oppression », ce qu’on qualifie aujourd’hui de rapport de domination. Bien qu’on ait de la difficulté à l’admettre, le racisme est un vrai problème au Québec ; il est plus que temps de le crier sur la place publique. Je comprends aussi la difficulté de « contrôler son message », d’en dire trop ou de ne pas toujours avoir les bons mots. Nous sommes nombreux à être montés aux barricades pour une cause ou pour une autre, afin de dénoncer les rapports de classe ou ceux de genre, mus par ce besoin récurrent de « changer le monde », sans toujours savoir ce qu’on cherchait précisément. Je comprends la confusion qui peut nous étreindre à de tels moments.

Je sais aussi que pour être entendu, il faut mettre les poings sur la table. Si la locomotive s’apprête à sortir de la gare, il faut faire soupirer dans les chaumières. Une cause qui n’est pas perçue comme « radicale », à ses débuts, prend difficilement son envol. Mais encore faut-il savoir adapter son jeu au fur et à mesure que le train prend de la vitesse, que les gens montent à bord, que la scène évolue. C’est là, immanquablement, où le bât blesse : on a tendance à défendre sa cause comme on fait ses prières, avec les mêmes mots et la même prostration, sans admettre que les choses ont changé ou peuvent changer.

Cette difficulté de sortir de la victimisation n’est pas spécifique des jeunes militants de la trempe de Lucas Charlie Rose. Qu’il s’agisse du mouvement féministe ou syndical, des droits civiques aux États-Unis ou du nationalisme ici, rien n’est plus difficile pour un mouvement politique, surtout s’il repose sur une question identitaire (le sexe, la race, la classe sociale, la nationalité, etc.), de savoir quand changer de refrain. Quand adapter son discours à une situation qui évolue, en d’autres mots. Ce n’est pas uniquement un manque d’imagination ou de vocabulaire. C’est aussi que le seul pouvoir de tels mouvements, leur seul rapport de forces tient à leur capacité de mettre le doigt sur le bobo, d’identifier ceux et celles à qui la société tourne le dos, de rendre visible ce qui l’est pas encore. Bref, de se transformer en chantre de la dépossession.

Cette tendance à frapper inlassablement sur le même clou n’est pas spécifique non plus de la gauche. On la retrouve également au sein du mouvement souverainiste. De tous nos mouvements idéologiques, c’est celui pour qui un renouvellement de discours fait le plus cruellement défaut. Sans doute parce qu’il s’agit de la situation qui a le plus évolué au cours des dernières années. En 1960, on pouvait encore parler des « nègres blancs d’Amérique » et s’offusquer de la domination anglophone sur la minorité francophone au Québec. Mais aujourd’hui ? On a beau diaboliser le gouvernement fédéral tant qu’on peut, le gros méchant loup n’existe plus. Alors que les inégalités restent quand même vives pour les femmes, les Noirs, les travailleurs, les immigrants… on peut difficilement voir les Québécois francophones comme des losers. Tout le problème du mouvement nationaliste est là.

Peut-être faudrait-il s’inspirer de Martin Luther King, dont on célébrait l’anniversaire lundi, et de son « I have a dream ». Peut-être faudrait-il regarder plus souvent devant plutôt que toujours derrière, se rappeler là où l’on veut aller, pas seulement là d’où on vient.

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L’art en aquarium | Le Devoir

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Cette semaine, des artistes montréalais rassemblés sous la bannière #NosAteliers sont montés au créneau pour défendre leurs ateliers menacés par le développement immobilier. Après les ateliers du 305 Bellechasse, puis ceux de l’ancienne usine Cadbury et de l’édifice Grover, ce sont les Ateliers Belleville, dans Mile-Ex, qui risquent de disparaître puisqu’ils occupent un site convoité pour installer le pôle de l’intelligence artificielle.

Montréal, on le sait, été désignée par Québec et Ottawa comme terreau idéal pour la « supergrappe d’innovation et d’intelligence artificielle ». Le scénario devient clair : des sites peu densifiés, un peu bric-à-brac, mais jouissant d’une aura cool sont achetés par des promoteurs pour y implanter des projets au potentiel économique considérable, même s’ils jurent avec le tissu social, la trame urbaine et les pratiques vernaculaires. Les artistes, souvent installés sur ces sites vu leur caractère abordable, se trouvent alors coincés dans un pénible manège, où ils doivent courir devant la vague du développement pour installer leurs ateliers. À peine a-t-on le temps de s’approprier un endroit, de constituer une petite communauté, qu’il faut déjà partir. Et chaque fois, il est plus difficile de trouver des espaces abordables. Étant donné la précarité dans laquelle vivent la plupart des artistes, c’est une épine au pied dont on se passerait.

Mais pourquoi faudrait-il tant défendre ces espaces face aux promesses de développement économique considérable faites par le secteur des nouvelles technologies ? Si l’on appréhende la ville avant tout comme un terreau pour la croissance économique, comme un support pour l’industrie, évidemment, les ateliers d’artistes ne font pas le poids. N’empêche.

J’ai rencontré cette semaine Jonathan Villeneuve, Alexis Bellavance et Dominique Pétin, du regroupement #NosAteliers, aux Ateliers Belleville. L’espace est parfait pour permettre une mixité des usages ; plusieurs artistes utilisent les locaux, on peut y faire de l’art textile, préparer des installations, faire du bruit, pas besoin de ménager le parquet… Mais au-delà du loyer abordable et de la commodité, c’est surtout la communauté qui se constitue autour de tels espaces qui importe. Les ateliers d’artistes ne sont pas que des bureaux. Ce sont des pôles où l’on fabrique l’imaginaire, l’âme et le patrimoine immatériel d’une collectivité. Si le Mile-Ex apparaît aujourd’hui si attrayant pour les promoteurs, c’est aussi précisément parce qu’on y rencontre une foule d’initiatives créatives et étonnantes, menées par ceux qui l’habitent et y travaillent depuis quelques années. Cet esprit underground participe de la création de la valeur. Il n’y a qu’à voir avec quelle voracité les entreprises branchées, les jeunes professionnels bon chic bon genre et tous les « créa » de ce monde ont pris d’assaut le Mile-End ces dernières années (l’aseptisant au passage, et chassant sa population traditionnelle).

En ce sens, on peut voir les artistes comme vecteurs d’embourgeoisement. Mais ils peuvent aussi constituer un bastion de résistance à la gentrification. Ça, les gens de #NosAteliers l’ont bien compris. « En tant qu’artistes, on vit tous dans la précarité. Pourtant, plein de gens font de l’argent avec nous. Aujourd’hui, on réclame la valeur du capital qu’on génère », souligne à juste titre Jonathan Villeneuve. Dans une publication sur sa page Facebook en octobre, il remarquait aussi que « [l]a Ville ne peut pas simplement continuer à nous mettre en vitrine pour attirer les touristes sans porter attention au fait que nous sommes constamment poussés hors de nos espaces de travail ».

Il ne s’agit en effet pas simplement de faire un peu de place aux artistes dans un projet prévu ; de mettre l’art dans un aquarium pour se donner une belle jambe. Ce serait succomber à la vision de la ville comme bar ouvert pour le développement économique, et se résigner à ce que les présages de croissance l’emportent sur la préservation des milieux de vie. Il faut aussi voir que le sort réservé aux ateliers d’artiste — qui eux attirent l’attention médiatique — est emblématique du problème général de la gentrification et des violences qu’elle induit. « À côté du Mile-Ex, c’est Parc-Extension, remarque Dominique Pétin. Imaginons un instant l’effet sur les loyers de l’implantation du pôle de l’intelligence artificielle… »

Montréal arrive aujourd’hui à un tournant. La situation du logement — je vous en parlais récemment — est déjà difficile et les couronnes de banlieues, saturées. Or, à mesure que la ville se positionne comme championne des nouvelles technologies, on se rapproche de la fin pure et simple de la ville abordable. La mobilisation des artistes ne se limite donc pas à la défense de quelques espaces pour bricoler. Elle braque le projecteur sur l’avenir de nos espaces communs.

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L’art abstrait mis en valeur à la résidence du premier ministre

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La porte de l’ascenseur réservé à la famille primoministérielle s’ouvre au 16e étage de l’édifice Price. C’est le branle-bas dans le vestibule. Des employés du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) accrochent minutieusement Tacalamine de Jacques Hurtubise au mur de pierres. Le niveau à bulle donne sa bénédiction. Ils font un pas de recul. Explosion de couleurs à l’entrée de la résidence officielle du premier ministre.

« Ça dit : on est modernes. Ça dit : on est ouverts », lance la conjointe de François Legault, Isabelle Brais.

À l’intérieur, la toile Il y eut un blanc, aussi de Jacques Hurtubise, accapare le regard de ceux qui jettent un oeil dans la pièce principale de l’appartement de fonction, dans laquelle une salle à manger et un salon ont été aménagés.

Au mur opposé, la pièce No 13 de Kittie Bruneau triomphe avec l’éclat du soleil d’hiver, au-dessus d’un buffet. Mme Brais l’avait aperçue à l’intérieur du bureau du directeur de cabinet du premier ministre. Conquise, elle l’a choisie pour donner vie à son pied-à-terre dans la capitale.

L’acrylique sur toile noir et blanc « permettait d’équilibrer le salon, avant de placer des pièces qui allaient faire des souffles », explique la conservatrice de la collection Prêt d’oeuvres d’art au MNBAQ, Maude Lévesque. Elle a accompagné le couple Legault-Brais dans le choix des oeuvres qui ornent aujourd’hui les appartements du chef du gouvernement dans l’édifice Price ainsi que dans l’édifice Honoré-Mercier, à Québec.

À l’instar d’autres mandataires de l’État — le président de l’Assemblée nationale, son secrétaire et les chefs d’opposition, par exemple —, le premier ministre peut décorer son bureau en réquisitionnant des oeuvres de la collection permanente du MNBAQ. « Privilège du prince », il peut aussi se tourner vers lui pour décorer la résidence officielle.

« C’est un immense privilège », souligne Mme Brais, qui s’est vu remettre un double des clés de l’édifice Price après la victoire électorale de la Coalition avenir Québec.

La transition au sommet de l’État québécois a été l’occasion de rajeunir quelque peu la pièce principale de la résidence, qui est fenestrée sur trois côtés, en la dépouillant du papier peint, des rideaux et des tentures qui l’alourdissaient.« C’est la première fois aussi qu’on a un espace aussi accueillant pour des oeuvres d’art, fait remarquer Mme Lévesque. Avant, c’était propice à l’art ancien à cause du décor. On n’aurait pas pu arriver avec une pièce comme celle de Jacques Hurtubise, parce que cela aurait été un peu déstabilisant. »

À coup d’oeuvres d’art abstrait, Mme Brais a voulu créer « une ambiance de joie, de sensibilité », dans le logement prêté par l’État. Pour y arriver, elle a aussi fait appel aux pièces No 78-249 de Louise Robert, Drift de Rita Letendre et à la série d’acryliques Paquet de nerfs de Monique Regimbald-Zeiber.

« Tu ne peux pas rester insensible. Tu regardes cela et tu es tellement de bonne humeur. L’art rend heureux », soutient Mme Brais, tout en pointant la pièce Il y eut un blanc.

« Avec ce mouvement-là, Hurtubise crée quelque chose de tellement fort », dit la grande amatrice d’art contemporain, les yeux brillants.

« Pas de kitch »

L’ancien directeur du MNBAQ, John R. Porter, qualifie le choix fait par le couple primoministériel d’« articulé », voire, à différents égards, d’« audacieux ». « Il n’y a pas de kitch là-dedans », résume-t-il. Le spécialiste note une forte représentation d’artistes émergents et de femmes parmi les artistes choisis. « C’est politique », est-il d’avis.

L’historien de l’art Laurier Lacroix constate un intérêt net pour les oeuvres contemporaines. « Il y a bien sûr quelques classiques, bien reconnus du marché et de la critique, comme Bellefleur, Daudelin, Letendre, Sullivan, Hurtubise, Goodwin, mais aussi des oeuvres qui représentent un goût plus personnel, comme Lasnier, Bruneau et Louise Robert. »

En gagnant son bureau, le premier ministre peut admirer la verdure luxuriante des toiles de Marc-Aurèle Fortin. « Il y a peut-être une sensibilité écologique », avance M. Porter. M. Legault semble encore une fois privilégier la nature avec l’huile J’herborise d’Alfred Pellan, que l’on retrouve accrochée au-dessus de l’un des fauteuils. La toile a accompagné pendant quelques jours le mystérieux Code No 2 de Charles Gagnon. Celui-ci n’a cependant pas réussi à gagner le premier ministre. « Pour son bureau, l’image est plus conservatrice », constate Laurier Lacroix.

À l’instar de ses prédécesseurs, le premier ministre accorde une place de choix à la nordicité dans son bureau principal, ouvrant ses portes à la sculpture Chasseur s’attaquant à un morsede Charlie Inukpuk et à Surfer sur le Web, pour une abeille, de Mattiusi Iyaituk. « On remarque les oeuvres inuites de service, mentionne M. Lacroix. On n’est pas encore passé aux artistes issus des communautés autochtones et des minorités visibles. »

« Là où c’est le plus significatif, c’est toujours dans le bureau même du premier ministre et dans la salle de réunion. Ça, généralement, ce sont les tableaux les plus forts sur le plan de ce qu’ils veulent déclarer ou affirmer », rappelle John R. Porter.

Le choix des oeuvres n’a pas été guidé par des considérations politiques, soutient Isabelle Brais. Cela dit, « François est le premier ministre de tous les Québécois », souligne-t-elle.

Les choix de Mme Brais tranchent avec ceux qu’ont faits les premiers ministres jusqu’ici. D’ailleurs, celle-ci attendait avec une certaine appréhension la réaction de son conjoint, qui était à l’extérieur durant l’installation des oeuvres qu’elle a choisies. « J’ai des Hurtubise, rien de trop beau. J’avoue que je suis gâté », a lancé M. Legault dans une entrevue radio le lendemain matin.

John R. Porter met en garde les personnes autorisées à faire un emprunt dans la collection nationale contre tout « attachement particulier » à une oeuvre. Le retour de pièces ne s’effectue pas toujours sans douleur. « Les gens s’accrochaient tellement à tel ou tel tableau que [certains] s’organisaient pour garder l’oeuvre plus longtemps », relate-t-il.

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L’art de se faire des amis

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François Legault ne connaît pas très bien le Canada anglais. Pour un homme qui est en politique depuis 20 ans, il était pour le moins étonnant qu’il soit incapable de nommer la seule province officiellement bilingue.

Le premier ministre n’est pas non plus un virtuose de l’anglais, même s’il est parfaitement capable de se faire comprendre. Lors du débat télévisé organisé par un consortium de médias anglophones, Philippe Couillard et Jean-François Lisée étaient nettement plus à l’aise.

En cela, M. Legault est tout à fait représentatif d’un grand nombre de Québécois, qui sont plutôt indifférents à ce qui se passe dans le reste du pays et ne font pas un grand effort pour apprendre l’anglais. La différence est que ses fonctions ne lui laissent d’autre choix que d’entretenir des relations avec ses homologues canadiens et, si possible, de créer certaines complicités.

Robert Bourassa ne maîtrisait pas mieux la langue de Shakespeare et il trouvait le Canada anglais profondément ennuyeux. Il avait toutefois compris que le Québec avait besoin d’alliés. Dans les années 1970, il s’était appliqué à tisser des liens avec le premier ministre de l’Alberta, Peter Lougheed. Dans les négociations qui ont mené à l’accord du lac Meech, son plus fidèle allié, outre Brian Mulroney, avait été le premier ministre de l’Ontario, David Peterson.

M. Legault a beau être devenu un fier Canadien, il n’a pas été initié aux arcanes du fédéralisme, et pour cause ; pendant des années, la seule chose qui l’intéressait était d’en sortir. Maintenant qu’il a décidé d’y rester, il découvrira qu’il vaut mieux ne pas être isolé dans ce panier de crabes.

 

Malgré les réactions négatives qu’ont provoquées ses remarques sur l’énergie « sale » produite dans l’ouest du pays, par opposition à la propreté de notre hydroélectricité, il paraissait ravi de sa performance à la récente conférence des premiers ministres et la plupart des Québécois l’ont également appréciée.

Objectivement, M. Legault avait raison. Le pétrole tiré des sables bitumineux est indéniablement sale et il serait préférable que l’Ontario se mette à l’hydroélectricité plutôt que de rénover ses centrales nucléaires. Il est tout aussi évident que l’acceptabilité sociale qui permettrait de ressusciter le projet de pipeline Énergie Est manque totalement.

Toute vérité n’est cependant pas bonne à dire. Au moment où le Québec remportait le gros lot de la péréquation, alors que son économie et ses finances publiques font l’envie de plusieurs, il aurait été plus avisé de conserver un profil bas.

Déjà le Québec traîne la réputation d’être l’enfant gâté de la fédération.

Il est sans doute enrageant de se voir reprocher de profiter de la péréquation, alors qu’Ottawa favorise depuis des décennies le développement industriel de l’Ontario et le pétrole de l’Ouest, mais la fanfaronnade n’effacera pas les préjugés. Elle ne peut que les alimenter.

La mémoire collective peut être très longue. Clyde Wells, qui s’était allié à Jean Chrétien pour torpiller l’accord du lac Meech, était sans doute un trudeauiste convaincu, mais l’opinion publique terre-neuvienne avait aussi sur le coeur le contrat de Churchill Falls, qu’elle voit toujours comme une arnaque.

 

Le « nouveau projet pour les nationalistes du Québec », que M. Legault avait présenté avec enthousiasme en congrès caquiste, contenait des demandes qui pouvaient faire l’objet de négociations bilatérales entre Québec et Ottawa, mais bon nombre d’entre elles ne pourraient être satisfaites qu’avec l’accord de sept provinces totalisant 50 % de la population canadienne, tandis que d’autres nécessiteraient l’unanimité. Cela suppose que le Québec trouve suffisamment d’alliés et évite autant que possible de se faire des ennemis irréductibles.

Il est vrai que le dossier constitutionnel semble loin d’être prioritaire pour le gouvernement Legault. Le premier ministre n’y a fait aucune allusion dans son discours d’ouverture, ni ailleurs. Encore un peu et il va reprendre le refrain libéral du fruit qui n’est pas encore mûr.

Les grands rendez-vous constitutionnels sont des moments exceptionnels dans la vie du merveilleux monde des relations fédérales-provinciales canadiennes. Le quotidien n’en est pas moins fait de négociations permanentes sur une infinité de sujets, dont les résultats dépendent des rapports de force et des jeux d’alliance.

M. Legault rêve du jour où le Québec pourra se passer de péréquation, mais il reconnaît qu’il faudra encore « quelques décennies » avant qu’il rejoigne le niveau de richesse du reste du Canada. Autrement dit, une éternité. Pour le moment, c’est grâce à elle que son gouvernement peut disposer de plantureux surplus.

Il y a déjà longtemps que les provinces qui ne touchent pas de péréquation dénoncent la part accaparée par le Québec, même s’il est la province bénéficiaire qui en reçoit le moins par habitant. L’Ontario de Doug Ford vient de se joindre à celles qui réclament une révision de la formule de calcul. Pour l’heure, Ottawa s’y refuse, mais ce n’est que partie remise. À ce moment-là, le Québec aura bien besoin d’alliés.

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L’art d’avoir toujours raison de Canada Carbon

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La municipalité de Grenville-sur-la-Rouge s’est tournée hier vers la Cour d’appel pour qu’elle infirme le jugement rendu le mois dernier par la Cour supérieure et qu’elle rejette la poursuite-bâillon que lui intente la minière canadienne Canada Carbon.

En déposant sa poursuite de 96 millions de dollars contre Grenville-sur-la-Rouge pour avoir fait barrage à son projet de mine à ciel ouvert, Canada Carbon avait déclaré sans rire vouloir « rétablir le dialogue » avec les 2800 citoyens de la petite municipalité des Laurentides ! C’est avec un sans-gêne tout aussi déconcertant qu’elle menace aujourd’hui de dommages et intérêts substantiels quiconque compromettrait irrémédiablement l’« acceptabilité sociale » de son projet.

Sauf à avoir le QI d’un poisson rouge, nul n’ignore que l’on n’emporte pas l’adhésion d’une communauté à coups de lettres d’avocat, de menaces en demi-teintes et de réclamations de nature à l’acculer à la ruine.

Certes, l’entreprise de Vancouver avait bien dû se parer de ses plus beaux atours pour amadouer le précédent conseil municipal de Grenville-sur-la-Rouge. Non sans succès, semble-t-il, car celui-ci avait donné son aval à l’implantation de la mine et porté en sa faveur le dossier à la Commission de la protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Mais les citoyens de Grenville-sur-la-Rouge ne devaient pas se laisser ainsi confisquer le devenir de leur communauté et de leur territoire. Leur mobilisation exemplaire allait conduire à l’élection d’un tout nouveau conseil municipal, puis à l’adoption d’un règlement de zonage visant à freiner le projet minier.

C’est alors que la « petite société minière proposant un tout petit projet minier ayant l’impact environnemental le plus bénin possible », comme elle se plaît à se présenter, s’était révélée sous les traits moins avenants d’une adversaire menaçante, aujourd’hui disposée à mettre en faillite la collectivité dont elle cherchait hier encore à conquérir « l’acceptabilité sociale ».

Voilà qui offre un aperçu du sens pour le moins cynique que revêt le concept pour la minière. Après la carotte, le bâton. À la guerre comme à la guerre. Fabriquer le consentement à coups de prospectus léchés sur papier glacé couleur, sinon à coups de plusieurs dizaines de millions de dollars en dommages et intérêts.

Passé maître dans l’art d’avoir toujours raison, Canada Carbon semble avoir médité la leçon de Schopenhauer : user de tous les stratagèmes — même les moins irréprochables — pour faire triompher coûte que coûte sa position. Il s’agit moins d’avoir raison, au sens des règles élémentaires de la logique et de la justice, que d’avoir raison de l’autre et, par tous les moyens, de lui faire entendre raison.

Un dangereux précédent

La consternation était grande le 9 novembre dernier, après que la juge Danielle Turcotte eut rejeté séance tenante la requête de la municipalité pour déclarer « abusive » la poursuite dont elle fait les frais. Envers et contre les principes qui avaient présidé à l’ajout de dispositions « anti-bâillon » dans le Code de procédure civile, le tribunal faisait complètement l’impasse sur l’effet inhibant qu’une telle procédure exerce sur le débat public. La minière obtenait également la suspension temporaire de sa poursuite en attendant l’issue d’un autre recours — non moins problématique — pour faire invalider le règlement municipal qui fait ombrage à ses desseins.

« Si nous avions voulu intimider, a plaidé l’avocat de la société, nous serions allés all-in avec des poursuites contre chacun des conseillers. » L’aveu, commode, permet de passer sous silence le fait que cet effet intimidant s’obtient par la seule menace de poursuites.

En faisant valoir son droit de réactiver sa poursuite à sa guise, voire de l’étendre à certains élus ainsi qu’à toute personne qui « discréditerait » publiquement son projet, Canada Carbon s’achète une couverture d’assurance contre la mobilisation politique et la critique. Un droit outrancier à prolonger indéfiniment le supplice de Grenville-sur-la-Rouge, tout en faisant peser un coût inacceptable sur le débat public.

Ce revers constitue un dangereux précédent pour l’ensemble des municipalités du Québec, moins assurées que jamais d’être protégées juridiquement lorsqu’elles voudront subordonner le droit des entreprises à engranger des profits à celui de protéger leur environnement et de décider collectivement des affaires communes.

Il signe un échec supplémentaire de l’institution judiciaire à protéger celles et ceux qui prennent part à la délibération publique, surtout lorsque ceux-ci ont le mauvais goût d’opposer quelque souci du bien commun aux appétits privés de ceux qui n’ont nul autre intérêt à défendre que le leur.

Canada Carbon continue de clamer que sa poursuite, désormais indéfiniment suspendue telle une épée de Damoclès au-dessus de Grenville-sur-la-Rouge, ne vise rien de plus qu’à protéger ses « droits » et à obtenir réparation pour une décision qu’elle juge « illégale ». […]

La poursuite de Canada Carbon n’est que le symptôme d’un régime qui considère la démocratie comme un irritant, dont les « excès » doivent être jugulés, neutralisés, réprimés dès lors qu’ils contrarient les exigences d’accumulation des extracteurs de la richesse commune.

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Y a-t-il crise dans le marché de l’art contemporain?

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Le Devoir nous apprenait récemment la fermeture de la Galerie Trois Points. Sa directrice, Émilie Grandmont, évoquait un épuisement après quinze ans. L’article rappelait que plusieurs galeries d’art contemporain avaient fermé leurs portes depuis deux ans. Y a-t-il une crise dans le marché de l’art contemporain, alors que l’économie du Québec se porte bien ?

Quand j’ai débuté dans cette profession il y a trente ans, l’Association des galeries d’art contemporain du Québec (AGAC) avait réalisé une étude montrant que l’espérance de vie d’une galerie était de sept ans. Objectivement, la situation s’est donc améliorée puisque les galeries qui ont fermé récemment avaient toutes dépassé ce seuil fatidique.

Certes, l’espérance de vie des galeries augmente au Québec, mais la réussite financière semble toujours aussi précaire. Pourtant, chaque printemps après la foire Papier qui attire 25 000 visiteurs, l’AGAC publie un communiqué triomphaliste annonçant des ventes dépassant le million de dollars. Ce succès de trois jours qui est bien réel ne semble pas se répéter durant le reste de l’année.

Plusieurs raisons expliquent cette situation. Il est vrai que le budget d’acquisition des musées est famélique, que les entreprises privées ne constituent plus d’importantes collections comme auparavant. Par ailleurs, le public a modifié ses habitudes de consommation. Aujourd’hui, la culture se consomme lors de grands événements. C’est le syndrome de la « festivalite » qui explique en partie le succès de la foire Papier dont j’avais eu l’idée il y a dix ans alors que j’étais administrateur de l’AGAC. Mais ce public ne revient pas en galerie voir les expositions que nous organisons.

Ce phénomène n’est pas spécifique à Montréal. Auparavant à Paris, il y avait la FIAC, qui se tenait l’automne. Puis est apparue la foire Art Paris au printemps, foire à laquelle j’ai participé à quelques reprises. Sans compter les foires spécialisées, comme celles regroupant uniquement de la photo ou le dessin contemporain. La majorité des participants à ces foires sont des galeries locales. C’est maintenant le principal moyen pour elles de rejoindre leur clientèle.

Différents facteurs

D’autres facteurs expliquent la faiblesse du marché de l’art au Québec. Nos parents ou nos grands-parents étaient principalement des ouvriers ou des agriculteurs, milieux modestes où les arts visuels étaient absents. Par ailleurs, nous sommes la première génération largement scolarisée, un facteur déterminant dans le profil des acheteurs potentiels. Une majorité des visiteurs du Musée d’art contemporain ont un diplôme universitaire.

À Montréal, nous sommes passés depuis l’an 2000 d’une population essentiellement de locataires à une forte proportion de propriétaires. Il est vrai que nous ne payons plus de loyer ; nous payons maintenant une hypothèque ! En Europe, je connais plusieurs artistes dont la maison est dans la famille depuis plus de cent ans. C’est une autre perspective financière.

Il y a aussi des facteurs géographiques. Le Québec est un vaste territoire peu peuplé. Trois fois la France en superficie, mais dix fois moins d’habitants. Le client est donc rare. Par ailleurs, la proximité du formidable marché américain est un leurre. Il faut le même temps pour se rendre de Montréal à New York en voiture que pour traverser l’Atlantique en avion.

En comparaison, la ville de Salzbourg (150 000 habitants), en Autriche, pays de huit millions d’habitants comme le Québec, est située à 145 km de Munich, 380 km de Stuttgart, 460 km de Zurich et 575 km de Milan. Et la vitesse n’est pas limitée à 100 km/heure sur les autoroutes comme ici. Il a donc été possible pour mon collègue Mario Mauroner de bâtir la galerie Academia dans cette petite ville autrichienne et d’y présenter de grosses pointures de l’art contemporain, comme le sculpteur britannique Tony Cragg. Ce ne sont pas les quelques amateurs salzbourgeois qui ont fait prospérer cette galerie, mais plutôt la proximité des grandes villes européennes ceinturant l’Autriche. Dans notre réalité géographique, Montréal est à 545 km de Toronto et, entre les deux, il n’y a pas beaucoup d’âmes qui vivent.

Je suis triste de voir des jeunes comme Dominique Bouffard ou Émilie Grandmont et Jean-Michel Bourgeois jeter l’éponge après quinze années d’efforts. Les artistes ont besoin de jeunes marchands dévoués comme ils l’ont été pour diffuser leurs oeuvres. C’est vrai que le métier n’est pas facile, que nous sommes trop souvent au bord du gouffre financier.

En créant la foire Papier, l’AGAC a permis à plusieurs de ses membres de stabiliser leur flux de trésorerie. Après dix ans, il est temps maintenant de créer un autre événement qui pourrait avoir lieu à l’automne et qui nous permettrait ensemble de poursuivre le développement d’une clientèle locale assidue et d’éviter que d’autres jeunes marchands s’épuisent à la tâche et se découragent devant les maigres résultats financiers.

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