L’associé canadien | Le Devoir

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Le premier ministre Legault a profité du jugement de la Cour suprême sur le contrat de Churchill Falls pour promouvoir son projet de « Baie-James du XXIe siècle » en partenariat avec les acheteurs potentiels d’électricité, notamment l’Ontario, dont il avait déjà esquissé les grandes lignes à l’automne 2016.

Son enthousiasme avait été refroidi l’an dernier quand la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, avait nié tout intérêt pour le projet, contrairement à ce que le chef de la CAQ lui avait fait dire à l’issue de leur tête-à-tête, mais il entend reprendre bientôt la discussion avec son successeur, Doug Ford.

Pour la première fois, M. Legault a également proposé de prendre Ottawa comme associé. « Je ne serais pas gêné — et j’en ai déjà parlé à Justin Trudeau — de demander au gouvernement fédéral éventuellement une participation », a-t-il déclaré mardi. Contrairement à ce qu’il avait fait dans le cas de Mme Wynne, il ne nous a pas fait part de la réaction de M. Trudeau.

Jusqu’à présent, aucun gouvernement québécois, qu’il soit libéral ou péquiste, n’avait envisagé une participation d’Ottawa ou de qui que soit d’autre au développement de ce joyau qu’est Hydro-Québec, symbole par excellence du savoir-faire québécois et du « Maîtres chez nous ».

Hydro-Québec s’est plutôt fait reprocher son impérialisme. Terre-Neuve n’a jamais digéré son refus de renégocier le contrat de 1969, qui s’est transformé en véritable marché de dupes. En 2010, la tentative d’achat d’Énergie NB a soulevé un tollé au Nouveau-Brunswick et a contribué à la chute du premier ministre de l’époque, Shawn Graham.

 

Que l’initiative d’un nouveau partenariat pancanadien vienne d’un gouvernement qui a fait de l’autonomie sa marque de commerce est pour le moins paradoxal. Ce n’est peut-être pas un hasard si M. Legault avait dévoilé son projet de « Baie-James du XXIe siècle » lors du congrès qui avait été marqué par sa profession de foi dans le Canada. L’intégration politique du Québec à l’ensemble canadien trouverait là un prolongement économique dans un secteur où il a toujours préféré faire cavalier seul.

Certes, M. Legault a bien précisé que les installations actuelles d’Hydro-Québec demeureraient sa propriété exclusive. Le partenariat, qui pourrait prendre la forme d’une nouvelle société d’État, ne concernerait que les nouveaux équipements : barrages, parcs d’éoliennes, etc. Il n’en demeure pas moins que d’autres États seraient copropriétaires d’actifs en sol québécois.

On n’en est pas encore là. Hydro-Québec disposera encore d’importants surplus pendant de nombreuses années, mais le jour viendra inévitablement où les combustibles fossiles seront remplacés un peu partout par des sources d’énergie plus propres. Les coûts élevés de la remise à niveau des centrales nucléaires ontariennes vont également renforcer l’attrait de l’hydroélectricité québécoise. Des premières études à l’entrée en exploitation d’un barrage, il peut s’écouler une quinzaine d’années. S’il doit y avoir une autre Baie-James, il n’est pas trop tôt pour en jeter les bases.

 

L’idée d’intégrer les différents réseaux d’électricité au Canada n’est pas nouvelle. Le réseau de réflexion L’idée fédérale a publié en 2012 une étude effectuée par Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal, qui, tout en reconnaissant la logique économique d’une telle intégration et ses bienfaits pour l’environnement, soulignait les risques politiques qu’elle comportait.

« Pour les politiciens provinciaux, changer le statu quo pour une approche pancanadienne [ou une collaboration interprovinciale] représente un double risque : d’une part, les électeurs pourraient mal percevoir la “perte” de pouvoirs au profit d’un autre gouvernemen ; d’autre part, un sentiment de menace sur un service essentiel pourrait être ressenti, à cause de possibles changements de tarif ou de mode d’opération. Il est donc très délicat pour les politiciens de développer des projets conjoints, parce qu’ils représentent une sortie du statu quo qui est souvent très mal perçue par les électeurs. » Qui plus est, les gains résultant de l’intégration ne seraient réalisés qu’à long terme, alors que les échéances électorales viennent beaucoup plus rapidement.

Le professeur Pineau expliquait que les lois du marché feraient en sorte que les consommateurs des provinces productrices d’hydroélectricité verraient leur facture augmenter. « En effet, des consommateurs prêts à payer plus cher [mais moins cher que pour leur production actuelle d’électricité à partir de combustibles fossiles ou renouvelables non hydrauliques] auraient accès à cette hydroélectricité et seraient en concurrence avec les consommateurs locaux. Les consommateurs actuels d’hydroélectricité sont donc légitimement indisposés à renoncer à cet accès exclusif sous une tarification favorable. »

Depuis l’élection du 1er octobre, M. Legault semble découvrir presque chaque jour que les choses sont plus compliquées au gouvernement qu’elles ne le paraissaient dans l’opposition. Il était facile de faire miroiter une « Baie-James du XXIe siècle ». Comme de promettre de faire rendre gorge aux médecins spécialistes. Il n’est pas au bout de ses surprises.

Jusqu’à présent, aucun gouvernement québécois, qu’il soit libéral ou péquiste, n’a songé à proposer un « partenariat » qui aurait octroyé à Ottawa la moindre part de ce joyau qu’est Hydro-Québec, symbole par excellence du savoir-faire québécois et du « Maîtres chez nous ».

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