Un nouveau conformisme à l’ère des médias sociaux

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La manière dont est produit le conformisme actuel tient dans une importante mesure au fonctionnement même des médias sociaux, et plus précisément à des biais cognitifs auxquels ils peuvent nous faire succomber. Le point de vue de Deb Roy, un spécialiste américain de la question, est aussi le mien : « Nous nous sommes tous retirés dans des recoins virtuels ultrapartisans, ceci en bonne partie à cause de ces compagnies possédant Internet et les médias sociaux, lesquelles déterminent ce que nous voyons en fonction de ce sur quoi nous avons préalablement cliqué et qui nous redonnent ensuite plus de contenu similaire. En bout de piste, les points de vue opposés aux nôtres sont écartés et nous nous retrouvons uniquement avec du contenu qui renforce ce que nous pensions dès le début. » […] À cause de nos biais cognitifs, nous tendons à ne plus voir ou entendre que ce qui confirme notre position, et à ne plus voir ni entendre ce qui risquerait de l’infirmer ou de nous amener à la nuancer. Nous tendons à adopter une même solution ou une même réponse face à un problème donné, et à l’appliquer systématiquement […].

Ces effets sont bien documentés et nous font courir un grave danger : celui de devenir aveugles à ce qui pourrait bien ne pas conforter notre point de vue ou notre vision des choses mais serait néanmoins vrai, ou partiellement vrai. Pensez à cette masse d’informations qui passent devant nos yeux et qu’on « retweete », republie ou commente, parfois instantanément ou presque. La conversation démocratique est ici autant mise à mal que la pensée critique individuelle. Une étude récente parue dans Nature mettait d’ailleurs en garde contre le fait que le faux, dans ce monde virtuel, se propage plus rapidement que le vrai, toutes catégories d’informations confondues (et plus encore le faux concernant le politique…), et que ce sont les humains, et pas les robots, qui en sont la cause. […] Je soutiens que la polarisation et la radicalisation sont des effets probables de ces modes de pensée, de discussion et d’interaction et que le conformisme prend alors des formes passablement inédites, et pas seulement par leur ampleur.

Théories de l’identité

Mais il me semble que, à en rester là, on manque quelque chose d’important qui caractérise le conformisme actuel ; et c’est pour le mettre en évidence que j’avance ma deuxième hypothèse, qui concerne les théories dites de l’identité. […] Le postmodernisme désigne, comme on le sait, un ensemble de thèses avancées par des auteurs français à partir des années 60 et qui se sont répandues dans les universités, puis ailleurs dans notre culture. […]

S’expriment aussi dans le postmodernisme une grande sensibilité envers le langage en tant qu’il déploie le pouvoir ; l’idée que les idéaux des Lumières, malgré ce qu’il peut sembler, sont en réalité oppressifs et constituent le masque du colonialisme, du sexisme, du patriarcat, du capitalisme, du racisme et ainsi de suite ; un relativisme des valeurs fondé sur un rejet de l’idée de progrès chère aux Lumières parce qu’elle serait illusoire ; un rejet du libéralisme politique et de sa prétention universelle ; et une prééminence accordée à la subjectivité. Ces idées ont ouvert la voie aux politiques actuelles de l’identité. Elles modifient considérablement les termes dans lesquels se conçoivent et se mènent les luttes sociales et politiques. Là où, au nom d’un universalisme libéral, on réclamait pour l’individu la fin des injustices qu’il subissait par défaut d’étendre à lui ce qu’avance cet universalisme, on en vient à ne considérer l’individu qu’en tant que membre d’un sous-groupe donné, à demander que l’on accorde de la valeur, voire toute la valeur à ce qui caractérise ce groupe et son expérience particulière. […] Je ne peux pas me risquer ici à soupeser les mérites respectifs de ces deux approches, l’universalisme libéral, largement inspiré des Lumières, et les politiques de l’identité, inspirées du postmodernisme. Mais il me semble clair que les théories de l’identité, en l’absence de critères objectifs de vérité et de valeur, risquent fort de conduire à des discussions très polarisées, où la sensibilité au langage occupe une grande place, et où des accusations de faute morale sur fond de vertu autoproclamée prendront aisément la place des faits et des arguments.

Le conformisme actuel ressemble souvent à cela, chacun étant renvoyé à son groupe et sommé de s’y identifier et d’entrer dans la lutte — à partir d’injonctions morales données comme aussi vertueuses que décisives et de sommations à se taire adressées aux récalcitrants. Les appels à l’émotion, les postures victimaires, l’invocation de l’expérience personnelle, la censure tiennent alors trop souvent lieu d’arguments.

 

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Le service public en culture à l’ère numérique

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À l’instar des grands mouvements tectoniques qui ont façonné les continents il y a de cela des millions d’années, les avancées des 25 dernières années en matière de technologies connectées ont bouleversé de manière fondamentale, structurelle et irréversible les industries de la création et de la distribution médiatiques et culturelles.

La multiplication des écrans et des points d’accès au réseau a rendu Internet omniprésent dans nos communications sociales, dans la diffusion de l’information et dans le partage des contenus.

L’environnement de la création et de la distribution médiatiques et culturelles n’a jamais été aussi complexe. À la mondialisation des marchés, il faut ajouter l’effacement des frontières entre la création professionnelle et amateur, entre l’information et la fausse nouvelle, entre le divertissement et la responsabilité sociale, entre les sphères privée et publique.

Et quelles sont les exigences de nos sociétés en 2018 envers le service public ? Elles réclament plus de cohérence, d’authenticité, de respect et d’écoute, de transparence. Les jeunes générations exigent particulièrement de toutes les marques, notamment les marques citoyennes, une véritable relation de confiance et d’écoute.

La légitimité des services publics tient toujours à leur mission première. Mais elle repose aussi beaucoup aujourd’hui sur leur manière d’être. Leur manière d’agir sur nos sociétés et de se comporter, non seulement comme des institutions exemplaires, mais comme de véritables catalyseurs de changements. Les médias de service public doivent sur ce plan accepter de causer parfois des « dérangements utiles » par rapport au statu quo ambiant du fait de leurs décisions de gestion, de leur façon d’exercer leurs activités.

Car l’« intention » des services publics n’est pas centrée sur la seule recherche du profit ou de la productivité. Elle est fondée sur la recherche du « bien commun », du « mieux-être » d’un secteur ou d’une partie de la société.

À l’ONF, nous avons choisi d’assumer un leadership très clair à l’égard de ce besoin de changement. Dans notre cas, c’est dans l’univers audiovisuel et cinématographique.

L’ONF représente toutes les voix qui font du Canada ce qu’il est. Notre mission est de raconter des histoires qui reflètent des perspectives originales à travers des oeuvres audacieuses et engageantes qui sont reconnues, comprises et appréciées par l’ensemble des Canadiens et Canadiennes.

Ce savoir-être, partie intégrante de notre identité, s’illustre entre autres par nos prises de position sur de grands enjeux de société comme la parité hommes-femmes, la représentation des minorités ou la place accordée aux peuples autochtones, dans notre programmation comme au sein de notre institution. Beaucoup de travail reste à faire, mais les bases et la volonté sont là pour aménager et favoriser un espace de création propice à la « conversation ».

Il s’agit d’un précieux héritage légué par plusieurs générations d’artistes et d’artisans qui croient au pouvoir du cinéma. C’est un pouvoir respectueux ancré dans la compréhension mutuelle de la diversité de notre pays comme source de cohésion sociale.

En 2019, l’Office emménagera dans un nouvel immeuble au coeur du Quartier des spectacles de Montréal. Au-delà d’un projet immobilier, ces nouvelles installations incarneront toute la vitalité et toutes les promesses de l’ONF, ce formidable outil d’ouverture et de compréhension que s’est donné la population canadienne.

Nous ferons en sorte que l’impulsion engendrée par ce déménagement soit ressentie dans chacun de nos studios à travers le pays, dans chacun de nos points de contact au Canada et à l’étranger pour continuer à produire et à distribuer les oeuvres audacieuses de créatrices et créateurs canadiens, mais aussi à déranger, à interroger, à témoigner et à agir dans un monde en transformation.

C’est notre défi à tous. Et c’est notre façon de respecter l’héritage de cette institution qui, depuis sa création, a toujours été à l’avant-garde des avancées de la société canadienne.

 

Ce texte est tiré d’une intervention aux Entretiens Jacques-Cartier, le 12 novembre dernier à Lyon, sur le thème des nouvelles légitimités des médias de service public.

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Le combat de Franco-Ontariens à l’ère du numérique | L’Ontario et les services en français

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Un texte de Maud Cucchi

Carole Lafrenière-Noël anime avec deux autres administrateurs le groupe « Franco-Ontariens du Nord de l’Ontario » sur Facebook. Elle évalue à 500 personnes le nombre de nouveaux abonnés ayant rejoint, en cinq jours seulement, son groupe public.

Les gens ne sont pas aussi volubiles que ça d’habitude, mais là tu vois qu’ils échangent, ils sont passionnés, ils veulent mettre leur grain de sel, dire qu’ils sont fiers d’être Franco-Ontariens.

Carole Lafrenière-Noël, administratrice de Franco-Ontariens du Nord de l’Ontario

Son groupe Facebook réunissait initialement les bien convaincus de la francophonie. Elle remarque désormais qu’il attire aussi des gens qui parlent français, mais rarement, qui ont été élevés en français, l’ont perdu, mais s’intéressent toujours aux affaires francophones.

Au service du citoyen connecté

Avec les innombrables commentaires publiés, les gazouillis, les groupes et événements, les réseaux sociaux sont devenus un immense espace public, une agora privilégiée où l’on échange informations et réactions pour dénoncer, proposer ou même influencer.

Martin Normand, de l’Université d’Ottawa Photo : Radio-Canada

Martin Normand, stagiaire post-doctorant à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa, observe que l’outil numérique constitue un moyen de pression direct et spontané auprès des dirigeants politiques.

Au lendemain de l’annonce des compressions, la pétition « Rétablissez nos acquis ! » a été mise en ligne sur le site change.org. Elle a permis de recueillir 3000 signataires en 24 heures. En moins d’une semaine, le nombre de signatures a quadruplé.

C’est une initiative individuelle, mais les gens ont rapidement embarqué dans cette stratégie-là. Une stratégie très simple, mais qui peut rejoindre facilement la population.

Martin Normand, stagiaire post-doctorant de l’Université d’Ottawa, spécialisé en francophonie et politiques publiques

La militante franco-ontarienne, Gisèle Lalonde. Photo : Radio-Canada

À chaque époque, ses outils de mobilisation. Gisèle Lalonde, figure de proue du mouvement SOS Montfort, se souvient des débuts laborieux de ce mouvement franco-ontarien en 1997. Les appels à passer, la communauté à mobiliser par le bouche-à-oreille.

Elle évoque la forte solidarité provoquée par la décision controversée, qui s’est ensuite concrétisée par le rassemblement de près de 10 000 personnes environ, un mois après l’annonce de la fermeture de l’hôpital.

Ça a été long au tout début, mais lorsqu’on a vraiment eu la foule avec nous, […] ça a vraiment secoué le gouvernement.

Gisèle Lalonde

Un outil de recrutement efficace

Les associations francophones impliquées savent bien comment mettre à profit cet engouement soudain des internautes. Ajà Besler, directrice générale de l’Association des communautés francophones d’Ottawa, utilise les réseaux sociaux aussi bien pour la mobilisation que pour recruter de nouveaux abonnés.

Ajà Besler, de l’Association des communautés francophones d’Ottawa Photo : Radio-Canada/Godefroy Chabi

On essaie de bonifier les listes d’envoi, pour avoir des façons de contacter ces gens-là.

Ajà Besler, directrice générale de l’ACFO Ottawa

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a lancé un formulaire d’adhésion « Joignez-vous à la résistance » avec l’objectif de recruter de nouveaux abonnés. Elle les informe également des manifestations prévues dans leur région.

Revers des réseaux

Les réseaux sociaux sont toutefois accusés d’enfermer l’internaute dans une bulle qui déforme sa vision du monde. Facebook classe en effet les contenus selon un algorithme et met de l’avant ceux qui devraient plaire le plus à l’usager.

C’est souvent en vase clos. On se parle entre nous, très souvent on se parle entre convaincus. Ce sont les autres qu’il faut aller rejoindre pour donner une ampleur plus grande à cette mobilisation-là.

Martin Normand, stagiaire post-doctorant de l’Université d’Ottawa, spécialisé en francophonie et politiques publiques

L’immédiateté d’aujourd’hui peut donner une impression d’efficacité. Une semaine après les annonces du gouvernement Ford, les premières mobilisations peinent toutefois à se concrétiser sur le terrain. Une manifestation devait avoir lieu vendredi midi, à Ottawa. À 48 h de l’événement, elle a été reportée au 1er décembre.

Quand tu veux mobiliser toute une province et des centaines de milliers d’individus, c’est pas instantané, ça prend une certaine coordination, ça prend du temps d’aligner tous les engrenages dans la machine, conclut Ajà Besler.

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