Il faut stopper l’étalement urbain à Montréal

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En matière de congestion, de pollution et d’étendue des réseaux viaires à entretenir et à déneiger, l’aire métropolitaine de Montréal souffre gravement du fait qu’elle est deux fois plus étalée que sa concurrente torontoise.

Rappelons qu’en appliquant la même méthode pour délimiter les aires métropolitaines de Montréal et de Toronto, on observe qu’alors que la population de l’aire métropolitaine de Toronto est 37,5 % plus grande que celle de l’aire métropolitaine de Montréal, la superficie de cette dernière est 29 % plus grande que celle de sa rivale torontoise. En d’autres mots, le Toronto métropolitain est 1,8 fois plus dense que le Montréal métropolitain.

Toute personne consciente de ces choses devrait conclure que la priorité absolue de la région métropolitaine de Montréal devrait être de stopper l’étalement urbain et de densifier le centre de l’agglomération beaucoup plus vite que sa périphérie. Or, nos politiciens font l’inverse en proposant pour Montréal des prolongements d’autoroutes et un REM se rendant jusqu’à Chambly.

Nos politiciens ont leurs responsabilités, mais les groupes de pression ont aussi les leurs. Il n’y a qu’à comparer les cas du projet DIX30, projet tablant sur l’étalement urbain, et du projet 15/40 (Royalmount), visant une densification résidentielle et commerciale du centre. La levée de boucliers suscitée par ce dernier projet n’a aucune commune mesure avec les quelques protestations suscitées il y a 15 ans par le projet DIX30.

Entre ces deux projets, le plus néfaste en matière d’étalement urbain, d’allongement et de multiplication des déplacements en automobile, de pollution et de coûts futurs d’entretien des réseaux est incontestablement le DIX30 ; pourtant, il est passé comme une lettre à la poste. Où sont les groupes de pression prônant une planification métropolitaine sensée ? Je pose la question.

Le principal problème posé par le projet Royalmount concerne le fait qu’il augmenterait la congestion dans la zone où les autoroutes 15 et 40 se rencontrent. Ce problème est réel et il existe depuis des décennies. Il n’a rien à voir avec le projet Royalmount. Il découle de la plus grande erreur de planification des transports des 60 dernières années à Montréal, soit la décision de ne pas faire se croiser les autoroutes 15 et 40.

À cause de cette décision parfaitement absurde, depuis l’ouverture de l’autoroute Décarie en 1967, les trafics autoroutiers nord-sud et est-ouest sont contraints d’emprunter les mêmes voies sur 2,5 kilomètres entre Rockland et Décarie, ce qui fait de ce tronçon de la 40 un bouchon perpétuel du lever au coucher du soleil.

Le plus incroyable, c’est qu’une solution existe à ce problème gravissime. Elle consiste à relier directement l’échangeur Décarie/40 à l’autoroute 15 en suivant le tracé de la voie ferrée passant tout près de l’échangeur Décarie/40 et touchant presque à l’autoroute 15, plus au nord, à la hauteur d’Henri-Bourassa, là où se trouve la gare du Ruisseau de la ligne du train de banlieue Deux-Montagnes. Le lien proposé fait seulement quatre kilomètres.

Cette solution a un coût, mais ce dernier est infiniment moindre que celui que nous payons actuellement pour construire le REM qui favorise l’étalement urbain. Il aurait un effet important sur la consolidation du centre, sur la fluidité automobile, sur la rationalisation de la planification métropolitaine et sur la compétitivité de Montréal.

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La vraie cause de l’étalement urbain

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Peu après sa nomination, le nouveau ministre des Transports du Québec, M. Bonnardel, annonçait l’intention de son gouvernement d’aller de l’avant avec le prolongement, entre autres, des autoroutes 13 et 19, de même qu’avec l’ajout de voies sur la 30 ou même la construction du « troisième lien » entre Québec et Lévis.

Il n’en fallait pas plus pour que plusieurs organisent les funérailles de nos terres agricoles. Pour beaucoup, l’élargissement ou le prolongement d’autoroutes, ou la construction de réseaux de transport comme le REM, engendreront nécessairement un saccage en règle de nos terres agricoles, sur lesquelles on fera pousser des bungalows plutôt que des haricots.

L’histoire récente le démontre : que ce soit avec l’élargissement de l’autoroute 15 vers Saint-Jérôme ou avec le prolongement du métro vers Laval, l’amélioration des modes de transport vers les banlieues induit un fort déplacement de la population.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les dix années qui ont suivi l’élargissement de la 15, la population de Mirabel, dans les Laurentides, a augmenté d’environ 45 % et a généré la construction de plus de 5000 habitations, très majoritairement des bungalows. Il suffit de regarder les abords des stations de métro à Laval pour y voir pousser des tours d’habitation.

Or, il est faux d’affirmer que l’amélioration d’une offre de transport provoque, en soi, de l’étalement. Cela n’est vrai qu’à cause de la législation particulière qui encadre la protection des terres agricoles au Québec.

Le problème de l’étalement urbain, au Québec, est dû aux dispositions de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA). Cette loi, instituée en 1978 par le ministre Jean Garon, a été instituée après des rapports dévastateurs concluant que si rien n’était fait pour protéger les terres agricoles au Québec, celles-ci auraient pratiquement disparu au tournant des années 2000. Le gouvernement devait agir.

Pourtant, l’opposition était extrêmement forte, et la loi fut très difficile à faire adopter. Pour aider à faire accepter cette nouvelle loi, le gouvernement Lévesque a permis aux villes et aux municipalités régionales de comté (MRC) de demander une extension de leur territoire constructible. Celles-ci, généralement, se basent sur la croissance de la population au courant des cinq à dix années précédentes et projettent ces chiffres dans le futur. On demandera à la Commission de protection du territoire agricole du Québec un dézonage en se basant sur l’espace requis pour loger toute la population à venir.

Impact sur les terres agricoles

On peut s’attendre à ce que des villes comme Mirabel se servent de cela pour demander un maximum de terres agricoles, tout en sachant que, dans son cas, les chiffres sont faussés par l’élargissement ponctuel de l’autoroute 15. Si l’extension de sa zone « blanche » est accordée, on peut s’attendre à voir des milliers de bungalows se construire sur les meilleures terres arables de la province.

Heureusement que la Commission fait en sorte que ces villes sont obligées de négocier. Depuis les années 1990, celle-ci a refusé des autorisations sur plus de 80 000 hectares. Bien qu’officiellement, la superficie totale de la zone agricole n’ait à peu près pas changé depuis des années, on omet l’ensemble des zones qui n’ont pas été protégées. Là, c’est l’hécatombe : plus de 66 000 hectares de terres agricoles ont été détruits depuis 30 ans.

Il ne faut pas se surprendre qu’on entende aujourd’hui des maires de la Rive-Nord faire front commun pour demander la construction de nouvelles autoroutes. Dans les dernières années, ces mêmes maires ont laissé des milliers de nouveaux habitants s’installer chez eux pour profiter des bas prix et, visiblement, aucun de ces nouveaux habitants n’a réalisé qu’ils sont eux-mêmes la cause de la prolifération des bouchons de circulation.

Pourtant, cette problématique de l’étalement n’en serait plus une si on modifiait simplement la loi. Il serait possible, gratuitement, de geler le périmètre d’urbanisation de villes de banlieue, ce qui ne leur laisserait aucun autre choix que de densifier leur bâti en stoppant net l’étalement urbain. Rappelons aussi que le Québec s’est doté de cibles de réduction d’émissions de gaz à effet de serre qu’il est en voie de manquer.

Évidemment, ce genre de mesure prendrait un courage politique énorme. Les différents gouvernements provinciaux l’ont toujours su : la densification du bâti dans les villes de banlieue, bien que nécessaire, leur ferait perdre en attractivité, car les grands espaces bordés de grands boulevards sont exactement la raison qui nourrit leur croissance et qui fait le bonheur de leurs habitants. Le nouveau gouvernement agira-t-il pour le bien à long terme de tous les Québécois ? Malheureusement, on pourrait penser que la réponse est négative, attendu que plusieurs des villes qui grugent la terre ont formé le terreau de sa victoire.

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