Véganisme: l’identité d’un pois chiche

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Je me demandais de quelle façon on allait attaquer cette vague idéologique qui consiste à privilégier une diète à base de plantes plutôt que de cadavres. Parce qu’en général, tout ce qui est vertueux dérange, autant que ce qui ne l’est pas.

On ne peut tout de même pas reprocher aux véganes leur manque de considération morale, éthique, écologique, voire politique, et leur cohérence. Ni même inculper leur santé, qui pèse moins lourd sur le portefeuille commun à l’heure où l’alimentation est un facteur aggravant pour une foule de maladies chroniques, y compris l’esprit réac qui carbure aux énergies fossiles.

On s’en prend au « fanatisme » de ces « terroristes qui aident les animaux » et, tenez-vous bien, parce que cela tient sur un cure-dent : à l’identitaire. Le troupeau du terroir urbain (et rural) qui brandit bien haut le drapeau de notre identité culturelle se sent menacé. C’est l’essence même de la French Canadian pea soup qui est mise à mal par la culture des pois chiches et du soja.

Lorsqu’une tradition est injuste, nous avons la responsabilité de la remettre en question et, lorsque nous ne pouvons la justifier, nous devons la contester et nous y opposer

Comme si les vaches n’en mangeaient pas. Comme si le carnivorisme n’était pas la norme radicale socialement acceptable, le système par défaut qu’on ose remettre en question.

On défend son gagne-bifteck comme on peut. Une bonne polémique sur les questions de panse et d’identitaire, ça vous aiguise la canine friande d’hémoglobine.

Au risque de me répéter ici, mon arrière-grand-père Philias, père de 15 enfants, a inventé la soupe aux pois Habitant (j’ai gardé le chaudron) ; j’ai grandi avec le congélateur rempli de chevreuils et de lièvres ; je chéris le grimoire de recettes manuscrites de ma grand-mère gaspésienne qui cuisinait cretons et graisse de rôti.

Sans céder un pouce de ma souche, je suis végé depuis huit ans, sans écoeurer le peuple, par convictions morales, environnementales, politiques, par souci de santé, d’éducation surtout, car nos enfants se bâtissent des souvenirs gustatifs et olfactifs à travers nos repas du dimanche et du lundi sans viande.

La souffrance d’un animal est plus importante que le goût d’un aliment

En général — mais en particulier, je suis une foutue mécréante —, je me tiens le plus loin possible des produits animaux et marins. Tous. Cela ne fait pas de moi une renégate, ni du passé ni du Guide alimentaire canadien (le nouveau, qui fait hurler les producteurs laitiers). Et je constate avec bonheur que je n’ai plus besoin d’expliquer ce choix comme il y a huit ans ; je ne suis plus « la » casseuse de digestion insouciante. Je broute, je mange mou, et c’est délicieux aussi.

L’argument du plaisir

Dans le dernier roman de Houellebecq, Sérotonine, le narrateur, un agronome, ne s’émeut plus des visites de poulaillers industriels où les poussins mâles inutiles sont broyés vivants, où 300 000 volatiles déplumés et décharnés suffoquent dans un entrepôt de terreur qu’on appelle « élevage », au milieu de cadavres en décomposition. Oui, en effet, acheter une douzaine d’oeufs est devenu un geste politique. Ce ne l’était pas du temps de ma grand-mère, mais tout change si vite, monsieur chose, même les poules peuvent avoir des dents.

Tiens, dans l’essai intitulé La philosophie à l’abattoir, les philosophes Christiane Bailey et Jean-François Labonté soulignent que le débat sur le spécisme et nos relations tordues avec les animaux (qui mangerait son chat, ou le ferait dormir dans ses excréments ?) s’annonce l’un des plus importants de ce siècle.

Ne serait-ce qu’en regard du nombre, déjà : « 70 % des oiseaux sur la planète naissent dans des élevages ; seuls 4 % des mammifères sont des animaux sauvages (60 % sont domestiqués et les 36 % restants sont humains). » L’ONU prévoit même que la quantité d’animaux d’élevage pourrait doubler d’ici 2050.

La responsabilité consiste à réfléchir en toutes circonstances aux conséquences de ses actes sur autrui

Notez que chez les véganes, on parle d’animaux humains et non humains. Mais comme le disait Mme de Staël, plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien.

De tous les arguments qui militeraient en faveur d’un régime carné — et j’en ai entendu beaucoup —, celui du plaisir revient souvent, comme si nous avions été mis sur cette terre pour jouir de tout et n’être responsables de rien. Je réponds invariablement à ces « épicuriens » (Épicure était plus sobre, cela dit) que le conducteur de motoneige éprouve lui aussi du plaisir.

Faire boucherie du vivant

Dans son dernier opus, le véganarchiste et journaliste Aymeric Caron traite du Vivant, c’est le titre. Il n’y va pas avec le dos de la fourchette pour exprimer le dépit que lui inspire notre espèce, tortionnaire, prédatrice à grande échelle et dominante. Il consacre même un chapitre au mot « génocide », qui, étymologiquement, désigne le massacre d’une espèce. Nous exterminons chaque année 70 milliards d’animaux terrestres et de 1000 à 3000 milliards d’animaux marins. En Europe et en Asie centrale, « 42 % des animaux terrestres et des plantes ont déjà disparu au cours des dix dernières années ». Et nos fonds marins sont en danger eux aussi.

Caron rêve déjà d’un Homo éthicus : « Pour qu’un homme soit vivant, il lui faut la liberté, la volonté, la résistance, l’altruisme, la singularité. Nous sommes entrés dans une ère qui combat ces valeurs, perçues par l’ordre dominant comme autant de menaces. Le totalitarisme soft des fausses démocraties bâillonne les esprits et réduit les citoyens à l’état de zombies. »

Bref, on nous a placé un pois chiche (patriotique) à la place du cerveau. L’activiste Noam Chomsky évoque le « lavage de cerveau en liberté ». Notre dissonance cognitive face à ce que nous ingérons ne nous pose aucun problème : « Il en a toujours été ainsi » ; « Nous sommes des omnivores » ; « C’est la loi de la nature » ; « Même les carottes souffrent » ; « Et la B12, hein ? » ; tous les poncifs y passent, et Caron répond à chaque objection, implacable de logique et d’un ras-le-bol légitime.

Au final, et en regard de l’évolution assez rapide des mentalités, je me risque à prédire que dans dix ans, déguster de la chair morte sera beaucoup moins prisé. Mais bouffer de son prochain, ça ne risque pas de diminuer.

Le glyphosate aime les carnivores

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La dissolution de l’identité canadienne préfigure un triste destin

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En décembre 2015, le premier ministre Justin Trudeau déclarait dans une entrevue au New York Times Magazine que son pays était le premier État « postnational ». Il s’en expliquait ainsi : « Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées — ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État postnational. » Si l’affirmation a pu alors surprendre, elle aurait sans doute paru évidente aux yeux du philosophe canadien-anglais George Parkin Grant (1908-1988), dont les réflexions peuvent servir d’avertissement en ce qui concerne le destin du Québec.

Grant est connu comme un nationaliste conservateur avec la particularité, de plus en plus rare aujourd’hui, d’être un « red tory », c’est-à-dire un conservateur embrassant à la fois les valeurs du conservatisme et l’interventionnisme d’État. Cette vision des choses est exposée dans son ouvrage qui, à ce jour, est peut-être le plus connu : Lament for a Nation, publié en 1965. Dans cet ouvrage, Grant y va d’une charge à fond de train contre les gouvernements libéraux et conservateurs des années 1940 et 1950 qui auraient, pour des raisons essentiellement économiques et militaires, mis au rancart les fondements de l’identité de la société canadienne en évacuant tout nationalisme de leur politique au profit d’un continentalisme nord-américain et d’une homogénéisation culturelle avec les États-Unis. […]

Adhérant à la conception dualiste des deux peuples fondateurs, Grant voyait le fait français comme la clef de voûte de la nation canadienne. Sauf que les gouvernements ont adopté une vision de l’unité canadienne faisant primer les droits individuels sur les droits collectifs. La suite des choses va confirmer le constat que Grant posait en 1965. D’une part, le Canada va poursuivre dans les décennies qui suivent son intégration économique et culturelle avec les États-Unis. Mais surtout, à la faveur de l’entreprise de construction nationale mise en oeuvre par le Parti libéral de Pierre Elliott Trudeau, le Canada va définitivement tourner le dos à son identité traditionnelle, du moins au sens où l’entendait Grant. Cette entreprise de construction nationale, que le politologue Kenneth McRoberts appelle « la nouvelle orthodoxie canadienne », rompt avec la vision dualiste du Canada et repose sur trois nouveaux piliers : la Loi sur les langues officielles de 1969, la Politique du multiculturalisme de 1971 ainsi que l’adoption de la Charte des droits et libertés de 1982 et son enchâssement dans la Constitution qui vient donner une valeur immuable à la vision trudeauiste du Canada.

50 ans plus tard

Plus de cinquante ans après la publication de Lament for a Nation, le Canada est peut-être le premier État postnational dans l’esprit de Justin Trudeau, mais c’est aussi, par là même, un État à l’identité incertaine. Certes, les Canadiens peuvent s’identifier à un certain nombre de symboles nationaux qui sont abondamment utilisés par le gouvernement fédéral afin d’assurer l’« unité nationale » : le drapeau et la feuille d’érable, l’hymne national, le hockey et maintenant… la poutine. On notera en passant que la plupart de ces symboles sont d’origine canadienne-française. Mais ces symboles forment un bien mince vernis sur l’identité canadienne, dont la substance est profondément minée par des politiques autrement plus concrètes, qui oeuvrent activement à la dissolution du Canada dans les États-Unis. […]

George Grant exprimait une certaine sympathie pour le nationalisme canadien-français tel qu’il se manifestait au Québec dans les années 1960 et y voyait une possible bouée de sauvetage pour le Canada : « Le nationalisme canadien-français constitue une ultime résistance. Au moins, les Français canadiens, sur ce continent, disparaîtront de l’histoire autrement qu’avec le sourire suffisant et les pleurnicheries de leurs compatriotes de langue anglaise — leurs drapeaux claquant au vent et même avec quelques coups de fusil. » Or, la confiance affichée par Grant dans le nationalisme des Québécois semble de moins en moins fondée et en ce sens, sa pensée a le mérite de nous faire comprendre que la dissolution de l’identité canadienne à la faveur d’une intégration culturelle et économique aux États-Unis et d’un légalisme abstrait préfigure un triste destin pour le Québec.

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