Maisons «shoebox»: sortir de la boîte

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Depuis le mois de mai 2018, les demandes de permis pour des projets de transformation et de démolition des maisons dites shoebox ont été gelées par les élus dans l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, afin de prendre le temps d’élaborer un règlement qui les encadrerait. […]

Selon l’arrondissement, il semble que, bon an mal an, de 6 à 12 maisons de ce type font place à de nouvelles constructions. À ce rythme, on voit d’abord mal l’urgence d’imposer soudainement un moratoire aussi total, alors qu’il y en a environ 560 dans Rosemont–La Petite-Patrie seulement et plusieurs centaines d’autres dans le reste de la ville. Une urgence d’autant plus discutable lorsqu’on sait que près de 40 % de ces maisons de l’arrondissement sont déjà en grande partie protégées, puisqu’elles sont situées dans des « secteurs significatifs », rendant leur démolition déjà très compliquée.

Ensuite, le projet de règlement qui a finalement été présenté le 2 octobre vise à conserver la presque totalité des façades actuelles, tout en permettant des agrandissements de deux à trois étages de hauteur, en retrait de la façade préservée. Par une série de règles strictes, il enfermerait dans un carcan tous les projets d’agrandissement ou de transformation, en imposant une recette rigide qui enlèverait toute possibilité de solution architecturale originale ou créative à chacune.

Précisons que ce projet fut rédigé à l’interne, sans consultation auprès des propriétaires, ni auprès d’architectes externes ou d’organismes de protection du patrimoine. L’intention des élus est d’étendre par la suite ce règlement à l’ensemble des autres arrondissements.

Valorisation

Mais à la base, de quoi parle-t-on au juste ?

Les particularités architecturales principales des façades des shoebox sont d’être composées d’un seul étage, d’avoir une porte au centre d’un parement de brique et d’être munies de deux fenêtres souvent de petites dimensions de chaque côté de la porte. Ces particularités valent-elles vraiment la peine d’être sauvegardées ? Ces caractéristiques enrichissent-elles tant le paysage urbain qu’il vaille la peine d’imposer aux propriétaires un règlement particulier, en plus de ceux qui existent déjà, pour les perpétuer?

Malgré toute l’estime que nous pouvons porter aux ouvriers qui sont venus s’établir dans le quartier au début du XXe siècle et qui ont construit ces maisons pour se loger du mieux qu’ils le pouvaient, force est de constater que ces habitations ont été bâties avec des matériaux modestes et économiques qui n’étaient certainement pas destinés à perdurer plusieurs décennies.

Ces maisons ont-elles une valeur sociale ou historique ? C’est une question qui pourrait être posée à des spécialistes de ces domaines. Mais ont-elles une valeur architecturale hors du commun ?

Quand nous pensons à une shoebox, certains voient une petite maison munie d’un joli couronnement, une façade avec un jeu de briques élaboré, une belle marquise de bois, parfois une galerie et un escalier invitant. Bien qu’une partie de ces maisons possèdent ces particularités, la réalité est tout autre pour la grande majorité d’entre elles. La plupart ont aussi subi plusieurs transformations au cours des décennies, parfois heureuses, mais souvent pauvres et sans considération pour le bâti d’origine.

Non seulement ce règlement empêcherait de créer de nouveaux bâtiments harmonieux qui répondraient aux besoins de leurs propriétaires, mais il mettrait plutôt en valeur des façades en fait banales et sans intérêt architectural véritable, dans une étrange nouvelle typologie stéréotypée, un « façadisme » qui ne serait satisfaisant pour personne.

La grande majorité des propriétaires n’ont jamais pensé un seul instant qu’ils acquéraient un bien patrimonial en achetant une modeste shoebox, pour la simple et bonne raison que la grande majorité n’en a pas les qualifications. Plusieurs les ont acquises parce qu’elles permettent des agrandissements et des transformations intéressantes pour eux et leur famille, en tenant compte des normes énergétiques du XXIe siècle et non celles du siècle passé. Le règlement leur imposerait soudainement des contraintes importantes et souvent même insurmontables, à grands frais et à l’encontre de leurs objectifs légitimes. Il serait aujourd’hui injuste de leur faire porter tout le poids financier d’une restauration et d’une cristallisation sentimentale que les élus veulent imposer, alors qu’aucune étude historique sérieuse ni aucune étude d’impact économique sur la valeur de leurs propriétés n’a été faite.

Pour valoriser ces habitations et leur donner leur juste place, il serait plus judicieux de les documenter par des relevés photographiques exhaustifs et d’encourager les propriétaires, par des incitatifs financiers et sur une base volontaire, à restaurer les quelques maisons — et autant que possible pas juste les façades — qui en valent vraiment la peine.

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