Crise migratoire: deux revers à la médaille

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L’année 2018 fut marquée sur tous les continents par des récits migratoires à relater sous l’angle du pays fui ou du pays convoité, des histoires à analyser par la lorgnette du migrant quittant les périls de sa nation mère ou par celle du dirigeant préoccupé par la sécurité de ses frontières. Petite invitation à ne pas négliger l’un ou l’autre revers de la médaille.

En l’espace de trois semaines, deux enfants fuyant le Guatemala avec leur famille sont décédés à la frontière mexicano-américaine, après avoir été arrêtés et placés en centre de détention. Jakelin Caal, âgée de sept ans, serait morte de déshydratation. La veille de Noël, Felipe Gomez, huit ans, succombait à une affection d’abord diagnostiquée comme un simple « rhume ».

On ne peut trouver plus triste fable. Fuir son pays en quête d’un avenir meilleur, traverser une frontière de manière illégale, frapper aux portes d’une nation obsédée par l’étanchéité de son territoire, être arrêté sitôt franchie la ligne d’arrivée, être détenu dans des conditions avoisinant la négligence, puis décéder. Tout cela avant huit ans.

Une combinaison d’horreur et d’émotion survenue en pleine magie du temps des Fêtes ? Il n’en fallait pas plus pour que la planète connaisse un petit sursaut d’émoi et d’indignation — pourtant, les migrants meurent par milliers partout ailleurs et ne font plus la manchette. Les États-Unis ont réagi en jouant la politique du « trop peu trop tard » : des examens médicaux seront systématisés pour tous les enfants en centres de détention. En toile de fond, il y a ce shutdown paralysant l’Administration américaine pour le financement d’un mur (5 milliards $US) à la frontière mexicaine destiné à contrer l’immigration clandestine.

Voilà l’illustration parfaite de récits au dénouement tragique mais auxquels il manque le commencement : les familles Caal et Gomez ont-elles quitté le Guatemala et marché vers le nord pour quitter violence, corruption et pauvreté ? Si oui, les vociférations menaçantes d’un Trump populiste ne leur font pas peur, car leur enfer à fuir est bien pire. Mais on ne le saura pas. Car leur départ s’est fondu dans l’anonymat d’une « caravane de migrants », colonne dépersonnalisée de quelque 6000 personnes fuyant parfois l’indicible. Leurs journaux intimes restés secrets ne font pas le poids à côté du porte-voix tonitruant nommé Trump. Déshumaniser le sort de ces gens rend la criminalisation plus… humaine.

De passage au Devoir tout juste avant le congé des Fêtes, la présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF), Joanne Liu, plaidait pour que le discours portant sur les migrants soit teinté justement d’une plus grande humanité. Pour la pédiatre, 2018 marque une « année bascule », car l’obsession sécuritaire et la peur ont pris le pas sur les obligations humanitaires. Le président Trump en est l’illustration la plus éloquente, mais au Canada, le chef conservateur Andrew Sheer nourrit de manière malsaine méfiance et inquiétude. Pour Joanne Liu, rien ne vaut pourtant le symbole des clés de maison glissées dans le baluchon pour comprendre que les gens ne migrent pas de gaieté de coeur : « Ils partent tous convaincus qu’ils reviendront un jour à la maison. » Pour affronter une route vers l’exil aussi périlleuse, personne ne quitte son pays sous la force d’un caprice.

Une fois arrivés aux portes du pays d’accueil, c’est la criminalisation qui attend nombre de ces humains en exil, et maintenant aussi certains travailleurs de l’humanitaire forcés d’abdiquer leur mission de sauvetage. C’est ainsi que l’Aquarius, en mer Méditerranée, a cessé ses activités début décembre après une campagne de dénigrement menée par les autorités italiennes. Dans ce contexte de grande morosité et de crise, 2018 se termine avec le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, auquel ont adhéré 152 nations, dont le Canada — mais pas les États-Unis. Il s’agit d’une déclaration d’intention, sans véritable contrainte juridique, et toute la force de ce pacte réside donc dans sa mise en oeuvre concrète. Pour 2019, souhaitons qu’il permette de replacer la dignité humaine au centre des priorités des nations d’accueil.

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