Au Québec, un populisme distinct

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Entendu à gauche : « Populaire, c’est un retour à l’essentiel. C’est pour ça que Québec solidaire a été créé, pour donner une voix au peuple », a dit Manon Massé, porte-parole de la formation politique en campagne électorale.

Entendu à droite : « Quand on se compare aux autres [partis], nous sommes de loin [celui] qui a la plateforme la plus connectée sur les préoccupations du vrai monde », a laissé tomber Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec, en campagne électorale pour la Coalition avenir Québec (CAQ), lors d’une rencontre couverte par L’Éclaireur Progrès de Beauce.

Le « moment populiste » que vit le monde occidental aujourd’hui en faisant apparaître et en ouvrant même les portes du pouvoir à des partis populistes n’épargne pas le Québec. Mais sa résonance ici serait au final moins forte, plus soft qu’ailleurs dans le monde, estiment plusieurs observateurs des mutations sociales et politiques. À cause du plein-emploi et du filet social ? Oui, mais pas seulement.

Le populisme se nourrit des « sentiments d’injustice, de la peur d’être déclassé ou d’être méprisé », mais alimente également ces sentiments par ses discours, fait remarquer Chantal Benoit-Barne, experte en rhétorique politique au Département de communication de l’Université de Montréal. Des sentiments qui se sont ancrés à la fin du siècle dernier dans les fondements de la mondialisation et qui se sont accentués avec la crise économique de 2008 et ses conséquences sur une frange silencieuse de la société.

Après avoir subi les conséquences de ces mutations, par le chômage ou l’exclusion, ce « peuple » malmené a décidé de se faire de plus en plus audible.

« Nous avons sans doute moins souffert que d’autres », admet Catherine Côté, qui enseigne à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, pour expliquer la distance entre le Québec et le populisme. « Il y a au Québec un bouquet de mesures sociales qui a un réel impact », et un contexte économique qui peut en laisser quelques-uns dans la marge, certes, mais dans une proportion moindre.

Les politiciens ne sont pas forcément si éloignés que ça de la réalité des citoyens

Cette semaine, dans son bilan annuel sur l’emploi, l’Institut du Québec a indiqué qu’en 2018, le taux de postes vacants au Québec a été pour la première fois inférieur à la moyenne canadienne, à 3,2 % contre 3,3 %. Et ce, après trois années de création d’emplois — principalement à temps plein — consécutives entre 2015 et 2017.

Natifs et immigrants

Mieux, l’écart entre le chômage des natifs et des immigrants diminue, dans une province où « la croissance annuelle du nombre de postes vacants s’est avérée la plus élevée depuis un an », peut-on lire dans son rapport.

« Le Québec inc. n’a pas réussi à mettre complètement à terre le modèle québécois [cette conception d’une société sociale-démocrate qui combat les inégalités et réduit les disparités entre les plus riches et les plus pauvres] », résume Ricardo Peñafiel, professeur au Département de sciences politiques de l’UQAM, en rappelant au passage que « le populisme est le symptôme d’une crise de la démocratie, plutôt que la cause », et que cette démocratie n’est sans doute pas tant à plaindre ici comparativement à d’autres endroits dans le monde.

Pare-feu social

« Dans notre démocratie du consensus, nous avons conservé des institutions démocratiques qui laissent les opposants s’exprimer, qui permettent aux syndicats de parler et qui ont une horizontalité plus grande », horizontalité face à laquelle « le populisme de renversement », dont la parole a été libérée ailleurs, peine à trouver ses prises pour grimper ici.

L’élite déconnectée d’un « peuple vrai » qui serait méprisé par le pouvoir : cette dualité qui donne du carburant aux populismes français, italien, américain, brésilien… serait également moins palpable dans une société distincte comme l’est le Québec, où « les politiciens ne sont pas forcément si éloignés que ça de la réalité des citoyens», dit Catherine Côté. Il y a une certaine ouverture des élites qui, comme le reste de la société, ont une meilleure écoute envers « le sens commun, l’importance de valoriser les savoirs vernaculaires, le bon sens, les expériences citoyennes, le local », ajoute Chantal Benoit-Barne.

Elle estime que ces composantes du discours induisent moins de tension ici puisqu’elles donnent l’impression d’être « moins méprisés » et « mieux représentés » dans les mots et les gestes des élites.

Un populisme soft

Tout ça mis ensemble, « nous sommes face à du populisme soft au Québec, fait remarquer Ricardo Peñafiel, un populisme qui ne remet pas en question les institutions, mais qui appelle à une refondation des institutions qui nous ont bien servis par le passé ».

« À gauche, nous avons Québec solidaire qui se montre moins manichéen dans son populisme, qui arrive en disant qu’il a la meilleure option et qu’il va tout faire pour convaincre le peuple de le suivre, dans le respect des institutions », ajoute-t-il. Une attitude qui relève d’un populisme pédagogue, mais qui reste dangereuse, souligne Catherine Côté, puisque trop d’éducation et de pédagogie peut finir par ressembler à du mépris envers un peuple qui pourrait alors se rebiffer. En théorie.

C’est que l’appel à la transformation des institutions, par le populisme de droite ou de gauche, pourrait bien finir par s’essouffler au Québec avec l’arrivée dans les arcanes du pouvoir de la génération Y, les millénariaux, ces 15-37 ans « qui sont plus politisés, qui se méfient des institutions actuelles et qui vont chercher eux aussi à les modifier », poursuit l’universitaire.

Cette génération va porter « de nouvelles représentations politiques » qui pourraient répondre à celles que le peuple indigné aimerait voir apparaître aujourd’hui pour mieux envisager demain.

« Et si l’on se sent bien représenté, le populisme, alors, nous n’en avons plus besoin », conclut-elle.


Une version précédente de cet article affirmait que le taux de chômage au Québec en 2018 était de 3,2 %. Il s’agit plutôt du taux de postes vacants. Nos excuses.

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Le populisme est une constante dans l’histoire canadienne

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L’arrivée spectaculaire sur la scène fédérale du Parti populaire du Canada ayant pour chef Maxime Bernier a encouragé plusieurs à prédire la montée du populisme au Canada. Ce serait finalement l’arrivée ici d’une tendance mondiale. Le terme populisme est pourtant polysémique. Alors que pour certains il s’agirait d’une étiquette péjorative pour décrire les menaces à nos démocraties venues de l’extrême droite, d’autres y trouvent des vertus politiques ouvrant un champ des possibles en matière de participation citoyenne. Qu’en est-il ?

La littérature en science politique nous propose plusieurs définitions du populisme. On peut toutefois, en synthétisant un peu, les résumer à trois aspects essentiels. Le populisme est tout d’abord une idéologie qui met en scène un corps social imaginé qui serait mû par des passions et des valeurs communes. C’est pourquoi des expressions telles « la rue », « le peuple » et « le vrai monde » sont souvent mobilisées. Ce peuple imaginé est évidemment en opposition aux élites et aux institutions mises en place par celles-ci. Finalement, les populistes recherchent l’efficacité politique en passant soit par des leaderships personnalisés (une ou plusieurs figures emblématiques), soit par des mécanismes décisionnels simplifiés (les référendums d’initiative populaire par exemple), soit par une combinaison des deux.

Le populisme n’est ni de droite ni de gauche. Ses appuis électoraux viennent d’ailleurs de gens se trouvant un peu partout sur le spectre politique. Il y a la France insoumise, Podemos ou Die Linke d’un côté, et le Rassemblement national, Vox ou l’Alternative pour l’Allemagne de l’autre. Bien que ces partis européens soient pour certains récents, le populisme est présent depuis longtemps dans nos démocraties représentatives. Et le Canada en sait quelque chose.

Une longue histoire

En effet, le populisme est une constante dans l’histoire politique canadienne depuis cent ans. Il y a eu le Parti progressiste dans les années 1920, un parti de l’Ouest issu du mouvement agraire. Le mouvement finit par intégrer le Parti conservateur. Il y eut par la suite le CCF, encore une fois ancré dans le mouvement agraire, mais de gauche, qui se transforma en parti travailliste traditionnel pour devenir le Nouveau Parti démocratique. Il y eut aussi le Crédit social, qui connut une percée électorale peu de temps après avec un programme politique iconoclaste. Finalement, le Parti réformiste profita de la déconfiture des progressistes-conservateurs pour devenir un acteur important de notre vie politique pour un temps.

En ce sens, le Parti populaire n’est pas une anomalie de notre vie politique, mais plutôt une expression récente mais assez traditionnelle de l’insatisfaction d’une frange de l’électorat vis-à-vis de nos institutions et de nos élus.

Les causes de la présence régulière du populisme au Canada sont multiples. S’il faut en nommer deux, les principaux suspects seraient l’hétérogénéité du Canada et la domination constante des élites traditionnelles. La très grande variété de tissus économiques créée toujours de l’aliénation. Il y a les gagnants et les perdants dans chaque choix politique, de l’extraction des ressources jusqu’aux investissements en infrastructures. Cette insatisfaction est amplifiée par le sentiment que les mêmes réseaux construits autour de Montréal, Ottawa et Toronto contrôlent le jeu politique. Il y a la présence de dynasties politiques (les Mackenzie, Martin, MacKay, Layton, Trudeau, Mulcair, Mulroney, etc.), mais aussi une impression persistante que les périphéries sont laissées pour compte. Que cette frustration soit justifiée ou non n’est pas le propos. Ce qui compte, c’est de voir qu’elle permet le développement de réponses populistes.

Malgré tout, force est de reconnaître que les partis populistes semblent destinés à des destins tragiques. Deux raisons expliquent cela. Premièrement, l’apparition du NPD dès les années 1950 a permis la mise en place d’une option politique de gauche certes, mais qui ne rejette pas le jeu démocratique et ses institutions. Deuxièmement, notre mode de scrutin complique sérieusement la tâche aux populistes qui doivent croître rapidement pour assurer leur survie. Ce n’est pas le cas sur le continent européen.

Une fois ces constats faits, y a-t-il une place pour le Parti populaire ? Si le passé est garant de l’avenir, le parti de Maxime Bernier a un potentiel de croissance réel à court terme. Surtout s’il réussit à percer chez un électorat ouvrier ayant abandonné le NPD. Mais il est difficile d’imaginer que ce parti puisse se tailler une place incontournable comme en Allemagne, en Italie ou encore en Espagne. Notre mode de scrutin n’accepte pas les demi-mesures. Et remplacer les partis établis semble impossible dans le contexte canadien.

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Vers un populisme de gauche au Québec?

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Comme on a pu le constater lors de la dernière élection provinciale, le Québec (et dans une moindre mesure le Canada) résiste pour l’instant relativement bien à la dérive populiste observée en Europe, aux États-Unis et en Amérique du Sud. En ce sens, François Legault, il faut bien l’avouer, ne ressemble en rien à son voisin ontarien Doug Ford et ne peut être comparé à Donald Trump ou à Marine Le Pen. En fait, s’il y a une leçon que l’on doit tirer des résultats du 1er octobre, c’est peut-être justement le rejet au Québec de ce « populisme » qui caractérise portant si bien la trame politique de ce début de XXIe siècle. Cette résistance est-elle le résultat du « modèle québécois » ou encore de la croissance économique et du plein emploi qui agiraient ici comme des remparts devant ce phénomène global ? Peut-être…

Chose certaine, le Québec n’est pas totalement imperméable au phénomène, et la lourde sanction des Québécois à l’égard des partis politiques traditionnels prouve bien qu’il y a ici, comme ailleurs, un rejet envers le système actuel et les élites politiques. Québec solidaire est d’ailleurs le parti qui agite actuellement le plus l’épouvantail populiste avec un discours certes percutant, mais trop souvent réducteur. La question se pose donc, le populisme si bien incarné par la droite américaine et Donald Trump pourrait-il s’articuler autour du discours de gauche au Québec ?

Un concept flou

Le populisme est un concept fourre-tout souvent imprécis qui renvoie à cette idée générale que le peuple est spolié par les élites politiques et économiques. Pour les populistes, il faut combattre le système duquel le peuple est exclu et redonner le pouvoir à la majorité souvent mal représentée dans la démocratie libérale et le système représentatif. La trame narrative du populisme est d’être une voix qui permet finalement à la « majorité silencieuse » de reprendre le contrôle de la vie politique. Il peut par ailleurs varier en fonction de la culture, de l’époque ou du contexte dans lequel il s’exprime. Par exemple, le populisme républicain de Donald Trump et de Joseph McCarthy a une connotation plutôt négative alors que le populisme démocrate de Bernie Sanders ou de William Jennings Bryan est vu comme un idéal. Pourtant, Sanders, tout comme Trump, critiquait fortement les « élites » de Washington. Le populisme est donc un concept à géométrie variable qui n’est pas seulement l’apanage d’un discours réactionnaire et qui peut être habilement utilisé autant par la gauche que par la droite.

Une gauche anti-système

Avec l’effondrement du bloc communiste au début des années 1990, la gauche est entrée dans une profonde remise en question et elle a progressivement abandonné son idéal révolutionnaire. Cet abandon a mené, dans un premier temps, à une « troisième voie » empruntée notamment par Tony Blair. Cette option, moins radicale et plus au centre, a influé sur les politiques de Lucien Bouchard dans les années 1990 et 2000 et a mené au fameux syndicalisme de « partenariat ». La grande crise de 2007-2008 a cependant montré les limites du modèle et ravivé le discours de la gauche radicale. Cette dernière, revigorée par les abus du capitalisme, par la croissance des inégalités et par les soulèvements violents du monde arabe a vu là une manière de réactiver le discours contestataire.

Ce discours s’est cependant écarté de la « gauche classique » axée sur le prolétariat, le salariat et la logique marchande. Pour la nouvelle gauche, il ne faut plus abolir les classes sociales, mais plutôt réunir la pluralité des exclus à travers un discours anti-système centré sur la déconstruction et le rejet des structures. Bref, la clé de la mobilisation ne repose plus sur la lutte des classes, jugée trop abstraite, mais plutôt dans un antagonisme entre le peuple et l’élite politique (Martelli, 2017). C’est dans cette perspective que s’inscrit la stratégie de la gauche au Québec et tout porte à croire qu’il y a là un puissant agent mobilisateur. Pour la gauche, il faut donc opposer au populisme réactionnaire et « antidiversitaire », un populisme multiculturaliste qui conteste les élites capitalistes. Comme le Québec semble tourner le dos à la première forme du populisme (la peur de l’autre), il est plus réceptif à la seconde qui s’appuie sur un idéal moral socialement plus acceptable.

Dans tous les cas, le populisme favorise rarement l’équilibre et permet simplement d’exprimer un mécontentement. Si le populisme est le catalyseur d’une problématique, trop souvent il facilite des réponses simplistes à des problèmes complexes. Mettre fin au pétrole en dix ans ou construire un mur pour contrer l’immigration relève soit de l’utopie, soit de de la démagogie, mais dans les deux cas il s’agit de position « déséquilibrée ». Le Québec semble heureusement avoir résisté à ce genre de discours, souhaitons simplement qu’il poursuive dans cette voie.

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Le populisme, maladie infantile de la démocratie

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Le populisme surgit dès que la démocratie attrape la grippe. C’est une éruption de fièvre qui a du bon parce qu’elle secoue la léthargie des gouvernants. Depuis une vingtaine d’années, le populisme progresse dans les démocraties européennes et américaines en même temps que s’intensifient les migrations venues du sud et de l’est, et que les sociétés sont secouées par la transformation rapide des moeurs et des moyens de communication. L’irruption au sein de nos sociétés des médias électroniques, l’afflux parfois incontrôlé de migrants différents par la couleur de leur peau, la pratique religieuse, la langue et la culture, le contraste entre la modernité occidentale et les mentalités traditionnelles de ces migrants, créent des frictions, des antagonismes, non seulement entre les nationaux et les immigrants, mais aussi, parmi les nationaux, entre ceux qui sont favorables au métissage culturel et ceux qui s’accrochent à leur culture propre.

Le populisme naît du sentiment confus éprouvé par ses adeptes d’être en porte-à-faux avec l’esprit du temps, en décalage avec les politiques qui ne tiennent pas compte des traditions, des représentations populaires, des doléances de gens ordinaires. Il devient protagoniste de la vie publique quand ce sentiment se transforme en réaction de peur face aux changements démographiques ou aux innovations technologiques ou aux avancements relatifs au mode de vie, au statut de la femme et au mariage. Le populiste voit ou croit voir son monde se fissurer, se déliter et, à terme, se désagréger sous la poussée de forces qu’il ne maîtrise pas.

S’en moquer serait une faute, car le débat politique n’a aucun sens s’il se fait entre citoyens de même opinion. Le populisme et la démocratie s’influencent mutuellement, l’apport populaire nourrissant les élites de ses coups de gueule, et les élites s’imprégnant des doléances des gens pour gouverner. Le populisme peut toutefois altérer les institutions démocratiques pour peu qu’il ait recours à la violence et qu’il ne respecte pas les usages et les règles de jeu.

Nouveau choc culturel

Le Québec, beaucoup plus que le reste du Canada, est saisi par le nouveau choc culturel que représentent l’effacement progressif des particularismes nationaux et des traditions séculaires ainsi que l’uniformisation des cultures sous l’influence de la technologie de masse. Alors que le Québec est menacé dans sa langue et sa culture par la civilisation anglo-américaine qui l’entoure et le submerge, le repli sur soi identitaire est une tentation permanente, car nous ne sommes pas à l’abri d’une éruption populiste comme cela a eu lieu récemment en Allemagne, en Autriche, en France, en Hongrie, en Pologne, aux États-Unis et au Brésil. Le ras-le-bol populaire n’est ni à occulter ni à combattre de front. Si le populisme est la maladie infantile de la démocratie, seule la démocratie peut apporter le remède nécessaire à la résolution de nos problèmes.

Pour rappel, la démocratie libérale a apporté aux peuples les libertés individuelles, l’égalité de tous devant la loi, la reconnaissance de la femme en tant que telle avec tout ce que cela implique pour elle d’autonomie et de libre choix, la fin ou du moins le déclin des tabous et des dogmes liés aux morales traditionnelles, la protection de nos droits par une magistrature indépendante, le bien-être matériel et la sécurité sociale. Nos dirigeants sont médiocres ? Nos taxes sont élevées ? Nos hôpitaux manquent de moyens ? Au moins, nous avons la possibilité de nous exprimer en toute liberté, d’exiger de nos dirigeants de modifier leurs politiques et de les remplacer par d’autres. Mille fois les insuffisances de la démocratie libérale plutôt que les sirènes de la démocratie autoritaire ! À trop courir derrière le tribun qui nous promet monts et merveilles au mépris de la vérité, il y a le risque de perdre et la liberté et la sécurité : « Un président audacieux se sachant appuyé par une majorité de l’opinion serait tenté d’outrepasser la loi et de priver les minorités de la protection que la loi leur assure. Il pourrait devenir un tyran non pas contre les masses, mais avec l’appui des masses » (James Bryce, The American Commonwealth, 1888).

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Le populisme d’extrême droite est un danger pour la planète

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Un fervent défenseur de la dictature vient d’être assermenté à la tête de la huitième économie mondiale, le Brésil, qui possède aussi ce qui reste du plus grand poumon vert de notre planète : la forêt amazonienne. Ce n’est que la dernière d’une suite de victoires de l’extrême droite et de la droite populiste un peu partout sur la planète.

Au-delà du danger qu’un président se disant antiamérindien et pour la torture pose pour les droits de la personne et la paix sociale, il illustre une nouvelle vérité qui a de quoi déranger : le populisme de droite menace les piliers fondamentaux de notre civilisation : la science, l’État de droit, l’espace démocratique et les libertés individuelles. Sa progression au sein des sociétés occidentales, dont le président Trump est l’incarnation la plus spectaculaire, met en péril l’avenir de l’humanité à un moment crucial où nous devons nous unir pour préserver notre climat.

Comment s’est-on rendus là ?

La méfiance grandissante à l’égard des institutions de l’État et des acteurs de la société civile profite aux leaders populistes, souvent porteurs d’idées simplificatrices et réfractaires à la science. Nous l’observons ailleurs dans le monde, mais aussi au Canada, où l’on n’est certainement pas aussi à l’abri qu’on voudrait le croire.

Le dénigrement de nos institutions contribue en même temps au désengagement des citoyens de la vie démocratique. Un récent sondage montre que 18 % des jeunes de moins de 30 ans aux États-Unis accepteraient d’avoir un gouvernement militaire dans ce pays que certains appellent encore « la plus grande démocratie du monde ». Ayant moi-même porté secours dans plusieurs autocraties et pays de non-droit avec Médecins sans frontières, j’imagine bien qu’ils ignorent la valeur de leurs libertés individuelles, ce qui représente un risque pour toute la collectivité.

D’une manière directe, les populistes d’extrême droite mettent en péril l’avenir de notre Terre, de ses écosystèmes et de son climat puisqu’ils érodent les fondements mêmes de notre capacité à stopper l’effondrement écologique : la primauté de la science, les institutions démocratiques et la coopération multilatérale internationale. Ce mouvement n’aura pas besoin de déclencher une guerre mondiale — comme l’ont fait les régimes fascistes au XXe siècle — pour faire des millions de victimes, puisqu’il aura déjà déclenché une guerre contre la planète.

« Nous » contre « eux »

C’est ainsi que la montée du populisme d’extrême droite sur notre continent et du néofascisme en Europe ne se contentera pas de nous diviser et de promouvoir la montée de la haine et du racisme : il aura aussi des conséquences graves et potentiellement irréversibles sur le sort de l’environnement, et donc sur les générations à venir. Sa puissance destructrice sera découplée, car des millions de vies, autant dans les sociétés directement concernées par ces régimes qu’ailleurs dans le monde, dépendent de ces écosystèmes.

Malheureusement, ces mouvements soi-disant « pour le peuple » sont basés sur l’opposition de « nous » contre « eux ». Cet « autre » démuni, Autochtone, migrant, journaliste, intellectuel ou écologiste, devient semi-humain, cible de prédilection de la haine et des attaques venant d’un « nous » fictif et réducteur.

L’humanité, l’empathie et le « village global » seront les premières victimes de la montée du populisme d’extrême droite. Suivra le monde naturel avec lequel nous sommes complètement interdépendants. Cette dystopie se dressera sur les épaves de l’ordre actuel, sans donner aucune réponse aux défaillances réelles du système prédominant qui a lui-même créé tant d’inégalités.

Faute d’un réel plan d’action, le danger pour les humains et l’environnement augmente. Les leaders populistes nous l’ont clairement dit : ils ne s’occuperont point des réfugiés qui cognent à nos portes, ni des minorités, ni de la déforestation, ni des émissions de carbone climaticides, ni de la surpêche, ni des pesticides qui empoisonnent nos corps. Ce sont tous des problèmes planétaires qui ne peuvent attendre le retour du pendule politique. Même s’il est vrai que ce ne sont pas tous les mouvements populistes d’extrême droite qui dégénèrent en autocraties, ce risque requiert une réponse immédiate et proportionnelle.

Le moment est venu pour tous les citoyens et citoyennes de défendre haut et fort les valeurs humanistes, la dignité humaine, la tolérance et l’inclusion, et de dénoncer avec autant de vigueur le dénigrement de l’autre, l’inaction climatique et les attaques contre l’environnement que fait craindre la montée de cette nouvelle vague d’extrême droite.

Toutes ces luttes sont dorénavant inséparables.

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Populisme mexicain | Le Devoir

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Le plus grand pays hispanophone du monde vient d’installer au pouvoir, pour un mandat unique de six ans, un président, Andrés Manuel López Obrador, surnommé AMLO, qui ne promet rien de moins qu’un « changement de régime politique » au Mexique.

L’éternel opposant de gauche, qui avait amèrement contesté ses élections perdues en 2006 et 2012, arrive aujourd’hui au pouvoir avec une légitimité démocratique incontestable, avec plus de la moitié des suffrages exprimés le 1er juillet dernier (l’interrègne au Mexique est très long : cinq mois s’écoulent entre l’élection d’un président et son intronisation).

Samedi à Mexico, entre le Palais législatif de San Lázaro, où il s’est adressé aux élus et aux représentants étrangers (dont la fille du président américain Ivanka Trump), et le Zócalo, l’immense place centrale de la capitale où il a parlé à son peuple, il a fait un spectacle réussi de son entrée en fonction.

Dans un discours-fleuve aux accents de campagne électorale, très marqué à gauche, il a aligné des dizaines de promesses : un système de santé digne des pays nordiques, une amnistie des prisonniers politiques victimes de caciques locaux, l’abolition de la censure, etc.

Il a vilipendé le néolibéralisme comme aucun dirigeant latino-américain élu démocratiquement ne l’avait fait depuis longtemps et promis un changement « radical ».

« Cela peut sembler prétentieux ou exagéré, a-t-il dit, mais aujourd’hui, on n’inaugure pas seulement un nouveau gouvernement. Ce qui commence, c’est un changement de régime politique. La corruption et l’impunité qui entravent la renaissance du Mexique seront éradiquées. »

« Nous voulons transformer l’honnêteté et la fraternité en mode de vie, en manière de gouverner. Il ne s’agit pas ici de rhétorique ou de propagande. […] La crise mexicaine est née non seulement de l’échec du modèle néolibéral, mais également de la corruption la plus immonde qui soit. Rien n’a plus nui au Mexique que la malhonnêteté de ses dirigeants. »

Après avoir symboliquement reçu le bâton de commandement de représentants des peuples autochtones, il s’est écrié : « Nous bâtirons une modernité forgée par le bas. Ce que nous voulons, c’est la purification de la vie publique au Mexique. […] Je ne m’appartiens plus, je viens du peuple mexicain, je suis à vous. Sans vous, les conservateurs m’écraseraient. »

 

Ces longues citations pour bien situer le personnage qui va diriger le Mexique, et souligner la persistance du mythe messianique dans la politique latino-américaine. La « fraternité comme manière de gouverner », le « changement de régime », la « purification » évoquent irrésistiblement, à l’oreille avertie, les envolées lyriques d’un Hugo Chávez lors de sa première élection, il y a vingt ans presque jour pour jour. On sait ce qu’il advint par la suite au Venezuela.

Ce 1er décembre a été une journée remplie de symboles et de gestes qui visaient à souligner la proximité du nouveau président avec le peuple, contrastant avec la hauteur et l’inaccessibilité de ses prédécesseurs dans leurs « bulles » de luxe et d’argent — dont Enrique Peña Nieto représentait une véritable caricature.

Des milliers de personnes ont ainsi pu visiter, hier, la résidence présidentielle de Los Pinos, qu’AMLO n’occupera pas. Transformée en une sorte de complexe muséal et culturel, elle deviendra plutôt une « maison du peuple ».

Se promenant dans sa voiture blanche avec un appareil de sécurité délibérément réduit au minimum, AMLO, pour son intronisation, a admirablement joué le leader à l’écoute des citoyens ordinaires, comme ce cycliste qui a lancé vers le véhicule présidentiel : « Tu n’as pas le droit de nous décevoir ! »

Formule que le nouveau président, dans son discours du Zócalo, a obligeamment reprise après avoir serré des centaines de mains au hasard.

Mais entre le caractère symbolique d’une première journée aux accents euphoriques et la dure réalité qui l’attend, que sera, que fera le président López Obrador ?

Les électeurs du nouveau président, les populations révoltées par la pauvreté, les inégalités, les guerres meurtrières entre cartels et polices, la corruption généralisée, sont remplis d’espoir devant de si énormes ambitions.

Mais la grandiloquence d’AMLO alimente aussi les critiques de ses détracteurs, qui y voient plus prosaïquement un populiste — un de plus — en train d’enivrer les foules avec une litanie de promesses intenables.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à ICI Radio-Canada.

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État de droit, démocratie et populisme

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Dans son texte du 3 novembre dernier paru dans Le Devoir, Christian Nadeau fait de l’État de droit le principe fondamental de la démocratie. Sur la base de cette corrélation entre les deux, il voit conséquemment dans toute contestation du rôle politique exercé par les tribunaux une menace pour celle-ci. Or, il me paraîtrait plus juste de dire que les régimes démocratiques modernes sont nés d’une tension entre, d’une part, la démocratie proprement dite, c’est-à-dire le pouvoir du peuple (qui se manifeste à travers élections, référendums, consultations diverses, protestations, etc.) ; et, d’autre part, cet État de droit (qui protège l’individu contre l’arbitraire du pouvoir et les minorités contre l’oppression de la majorité).

Il me semble également qu’on ne peut pas comprendre l’émergence actuelle de ce qu’il est convenu d’appeler le « populisme » si on ne prend pas en compte le fait que, depuis environ trois décennies, dans la plupart des pays occidentaux, l’équilibre (toujours instable) entre cet État de droit et le pouvoir théoriquement dévolu au demos a été rompu en faveur du premier.

Plusieurs phénomènes ont contribué à engendrer un tel déséquilibre : principalement, le carcan réglementaire que les accords économiques internationaux ont imposé aux États, pour l’essentiel au profit des multinationales (à quoi il faudrait ajouter, pour ce qui est de l’Europe, toutes sortes de règles décidées par la Commission de Bruxelles, en dehors de tout contrôle démocratique réel, et qui pourtant ont force de loi) ; mais aussi une « politique des droits », qui, conjuguée à un activisme des juges, contribue à imposer, en faveur de certaines minorités, et contre la volonté souvent manifeste de la population, des décisions dont celle-ci ne veut pas (pensons, au Québec, à la décision de la Cour suprême concernant le port du kirpan). Ces deux phénomènes concourent à une érosion de l’espace dévolu au débat démocratique et réduisent d’autant l’expression d’une volonté populaire qui ne trouve plus à s’exprimer que sur des enjeux sans consistance, tandis qu’échappent à son contrôle des pans entiers de l’ordre politique et social.

Souveraineté populaire

Dans ces circonstances, qui prédominent depuis plus de trente ans, la souveraineté populaire, qui est en principe au fondement de nos démocraties, a tout désormais d’une peau de chagrin. D’un côté s’imposent aux peuples des règles du commerce international et des accords multinationaux qui ne font jamais l’objet de véritables débats, et qui sont toujours présentés à l’opinion publique à la fois comme inévitables et comme facteurs d’une prospérité à venir qui se fait cependant attendre, tandis que se détériorent sensiblement les conditions de vie de la majeure partie de la population. De l’autre, la rhétorique des droits délégitime le rôle politique des majorités historiques au profit des tribunaux et des groupuscules militants, tout en leur suggérant qu’elles n’ont plus vraiment voix au chapitre et en les dessaisissant sur le plan symbolique (à travers entre autres les attaques menées au nom de la diversité contre la nation) de toute maîtrise de leur destinée.

Il en résulte, particulièrement dans les couches économiquement les plus menacées de ces populations, un désintérêt pour la politique et les politiciens traditionnels, qui ont causé leur propre impuissance en enfermant leurs pays dans ce carcan de fer dont ils se montrent bien incapables de retrouver la clé, ainsi qu’un sentiment oppressant de fatalité, puisqu’il ne semble y avoir d’autres solutions que de se soumettre et de s’adapter à ces nouvelles réalités économiques (achat des compagnies locales par des intérêts étrangers, délocalisations, détérioration des conditions de travail, etc.) et de céder devant les revendications de plus en plus extrêmes des minorités religieuses ou ethniques issues de l’immigration (accommodements dits raisonnables, quotas à l’embauche, appropriation culturelle, etc.).

Se reprendre en main ?

Face à une telle situation de blocage et à un tel sentiment de dépossession, il n’est pas si étonnant que bien des électeurs se tournent alors vers des partis qui se prétendent « antisystème » et surtout vers des leaders charismatiques qui leur donnent l’illusion de pouvoir reprendre politiquement la main, la sensation de retrouver la capacité de lutter contre toutes ces évolutions sociales qui leur sont toujours présentées comme indiscutables et fatales. À travers ce populisme s’expriment certes de la rancoeur et de la colère — émotions dangereuses en politique —, mais aussi une revendication démocratique, celle de voir la politique renouer avec une certaine liberté.

En diabolisant leurs adversaires politiques, et leurs électeurs, en les qualifiant de « fascistes » de manière à se faire croire à eux-mêmes qu’ils sont partie prenante dans la lutte éternelle et héroïque de la Résistance et de la Bête immonde, en faisant du populisme et du nationalisme le repoussoir idéal afin de gagner les élections et de se maintenir au pouvoir (pensons à Macron, en France, qui, en chute dans les sondages, essaie de convaincre les Français que c’est lui ou Le Pen et qu’il n’y a pas d’autre option), les libéraux jouent à un jeu dangereux. Ils continuent en fait à alimenter les conditions (entre autres le mépris des élites à l’égard des craintes ressenties par bien des gens modestes) qui ont politiquement propulsé le populisme et ses solutions simplistes sur le devant de la scène (car si elles sont souvent simplistes, elles se donnent au moins pour des façons de régler des problèmes sur lesquels les dirigeants libéraux préfèrent quant à eux fermer les yeux).

Ne devraient-ils pas plutôt descendre de leur tour d’ivoire et daigner écouter les craintes des gens ordinaires qui ne sont pas toutes infondées ; condescendre à laisser de côté les deux ou trois slogans (ouverture, vivre-ensemble, compétitivité) qui leur tiennent lieu de seul programme ; tenter de revivifier, enfin, la démocratie elle-même afin qu’elle retrouve un peu de lustre et de vigueur (réforme du mode de scrutin — n’est-ce pas, Monsieur Trudeau ? — ; introduction du référendum d’initiative populaire — pourquoi pas ? — ; réhabilitation aussi de la souveraineté nationale, la nation étant, jusqu’à preuve du contraire, le seul espace où peut s’exprimer démocratiquement la souveraineté populaire) ?

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