Le Québec doit redéfinir sa spécificité au sein de la Francophonie

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Lors du sommet francophone d’Erevan, les 11 et 12 octobre, l’attention des observateurs sera d’abord fixée sur l’élection de la secrétaire générale de la Francophonie. Pour le Québec, cependant, l’enjeu principal réside ailleurs.

Depuis les tout premiers jours, le Québec a été un acteur central de la Francophonie institutionnelle, à l’origine de la création de plusieurs de ses institutions. La tenue du premier sommet francophone, c’est-à-dire de la Francophonie politique, était conditionnelle à la présence du Québec à la table des chefs d’État. Jean-Marc Léger, Jean-Louis Roy et Clément Duhaime restent des figures historiques du mouvement francophone.

Cet élan des débuts, héritage de la Révolution tranquille, apparaît aujourd’hui compromis, comme si les aspirations des années 1960 et 1970 avaient été peu à peu ruinées. Un mélange de léthargie et d’immobilisme marque à présent la présence du Québec en francophonie. Le Québec est devenu un membre parmi d’autres, qui s’est banalisé lui-même à force de rabaisser sans cesse ses ambitions.

En novembre 2016, lors du sommet de Madagascar, plusieurs délégués m’ont fait part de leur étonnement, voire de leur inquiétude devant l’effacement du Québec dans les différentes commissions de l’OIF et son incapacité à y exercer le leadership qui fut longtemps le sien.

Ce phénomène de rapetissement de notre présence n’est pas seulement imputable à la seule équipe en place et à la légèreté des nominations successives. Il est d’abord le fait d’un engagement flageolant des autorités politiques.

Le gouvernement du Québec ne sait plus quel sens et quelle direction imprimer à son action en francophonie. Il répète ad nauseam le même cortège de formules fatiguées, émaillant au besoin son discours des mots à la mode (numérique, intelligence artificielle, actions transversales, etc.) comme autant de sous neufs destinés à créer l’illusion de la nouveauté. Nos représentants parisiens à la DGQP sont devenus une simple équipe de manoeuvriers, égarés dans une agitation routinière au sein des instances, sans véritable projet. Le Québec perpétue de sommet en sommet son manque d’imagination et d’ambition, sans comprendre réellement l’importance politique majeure que représentent son rôle et sa présence au sein de la Francophonie multilatérale. La Francophonie est pourtant le seul forum politique qui lui permet, jour après jour, de conduire des échanges directs avec une multitude d’États étrangers.

Au lieu de continuer à jouer les prédicateurs de bonnes moeurs linguistiques, le Québec devrait s’employer à remettre d’aplomb son action et son rôle en francophonie.

Certes, la langue française fut l’un des éléments fondateurs de la Charte de la Francophonie adoptée à Hanoï en 1997. Depuis cette date, la francophonie est devenue un espace multilingue où le français est presque partout minoritaire et cohabite avec une pluralité de langues nationales, notamment en Afrique. Malgré les projections euphoriques sur la progression du nombre de locuteurs francophones sur ce continent, le français y restera une langue étrangère à l’horizon 2050. Affirmer à la suite du président Macron que le français est appelé à devenir la « première langue de l’Afrique » témoigne d’une incompréhension profonde de l’histoire et de la dynamique du continent, en même temps qu’un mépris à peine voilé de la multitude des langues nationales africaines.

L’expansion du français en Afrique est indissociable de la vitalité de l’enseignement des langues nationales, c’est-à-dire de la transmission du savoir et des cultures du continent. Cessons de demander à l’Afrique de mener en notre nom les combats que nous avons renoncé à conduire chez nous, faute de volonté politique. Compter sur l’Afrique pour affirmer la présence internationale du français n’est rien d’autre qu’une paresseuse utopie et une façon de tourner le dos à notre propre responsabilité comme nation francophone minoritaire.

À Erevan, il ne suffira pas au premier ministre du Québec de marteler, comme à chaque sommet, que le français est la maison commune de la Francophonie, alors même que la francisation des immigrants est un échec au Québec selon le diagnostic de la vérificatrice générale. Il est temps pour le Québec de redéfinir sa présence et sa spécificité au sein de la Francophonie, bien au-delà de son appartenance à la langue française. Quel y est son rôle aujourd’hui, après un demi-siècle d’innovations, de réformes et d’avancées ? Comment le Québec peut-il contribuer à l’émancipation de l’espace francophone dans le contexte de cette véritable guerre culturelle qu’impose à tous la culture anglo-saxonne dominante ? Le Québec doit se réapproprier, comme il sut le faire au moment de la création de l’ACTT, ce monde sans frontières qu’est devenue la Francophonie pour en faire un instrument véritablement utile, ancré dans la modernité, plutôt qu’une amicale impuissante que les peuples observent avec indifférence et trop souvent moqueries.

Tant et aussi longtemps que l’absence d’un projet articulé de coopération multilatérale francophone continuera d’animer la présence du Québec en Francophonie, celui-ci ne sera qu’un acteur aux bras raccourcis. Pour l’instant, rien n’indique que le Québec a pris la mesure du défi à venir et qu’il entend réaffirmer, ou mieux, redéfinir une place qui lui soit propre au sein de l’alliance francophone. Il est temps, presque cinquante ans après sa création, de donner un nouveau souffle à la Francophonie. L’heure est advenue pour le Québec de s’y réinventer pour s’extirper enfin de cette grande fatigue politique où il a trouvé refuge.

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