Rahaf Mohammed al-Qunun accueillie au Canada: et les autres réfugiés?

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Sans critiquer le programme de protection d’urgence qui a permis à la jeune Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun de trouver rapidement refuge au Canada, les organismes d’aide aux réfugiés demandent à Ottawa d’investir des ressources supplémentaires pour traiter plus rapidement les dizaines de milliers de demandes d’asile qui s’accumulent depuis des années sur les bureaux des fonctionnaires.

En ce moment, les délais normaux pour obtenir une audience pour un demandeur d’asile sont d’environ deux ou trois ans, un délai « beaucoup trop long » selon Paul Clarke, directeur d’Action Réfugiés Montréal. « Je suis content que le Canada puisse accueillir quelqu’un qui a besoin de protection urgente, affirme-t-il. Mais si le Canada veut se donner cette image, il faut qu’il mette les ressources nécessaires à tous les niveaux, tant pour ceux qui font des demandes d’asile à l’interne que pour ceux qui sont en attente de parrainage. Il y a des besoins urgents partout, et il faut offrir une protection plus rapide pour tout le monde. »

Alors qu’on lui demandait pourquoi cette jeune Saoudienne avait obtenu un traitement plus rapide, le premier ministre Justin Trudeau a répondu avoir travaillé en collaboration avec le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies. « Nous savons que c’est un cas un peu exceptionnel, mais le Canada sera toujours là pour aider les gens en situation de difficulté », a soutenu Justin Trudeau.

Rahaf Mohammed al-Qunun a pu bénéficier d’un programme de protection urgente, qui permet d’agir très rapidement dans certains cas précis où l’on craint pour la vie d’une personne, confirme Jean-Nicolas Beuze, représentant du Canada pour le HCR.

Dans ce cas précis, c’est le HCR qui a rencontré la jeune femme en Thaïlande et qui a contacté différents pays partenaires. Le Canada a répondu positivement. « Ce n’est pas exceptionnel, mais ce sont des cas qui sont assez rares, précise M. Beuze. On parle d’entre 100 et 200 personnes qui peuvent arriver dans ces conditions. »

Rahaf Mohammed al-Qunun a obtenu son statut de réfugiée par le HCR et n’aura pas à repasser à travers tout le processus au Canada, ajoute M. Beuze. « Ce n’est pas la situation des demandeurs d’asile qui arrivent par le chemin Roxham. Le Canada compte sur le HCR pour avoir fait le travail. Rahaf va être résidente permanente et pourra devenir citoyenne canadienne. »

Mais la médiatisation de ce cas met de la pression sur le Canada, qui n’arrive pas à traiter ses demandes ordinaires dans des délais raisonnables, constate Janet Dench du Conseil canadien pour les réfugiés. « Certains cas doivent être traités de façon prioritaire, et c’est encourageant de voir que le Canada a répondu rapidement. On n’a pas de problème à ce qu’il y ait deux volets, mais les longs délais de traitement pour les cas ordinaires, c’est quelque chose qui suscite énormément de préoccupations. »

À la Commission de l’immigration et du statut de réfugiés, on avait en juin dernier près de 64 000 demandes en attente de traitement. Cet important arriéré a été provoqué notamment par une augmentation de 82 % des demandes d’asiles déposées entre juin 2017 et juin 2018. Au printemps 2017, une équipe spéciale avait été créée avec « le mandat d’éliminer dans un délai de deux ans le reste des cas ayant été déférés avant 2012 ». En juin 2018, 63 % des cas datant d’avant 2012 avaient été réglés.

Il y a quelques jours, La Presse canadienne révélait que la Commission avait demandé au gouvernement fédéral quatre fois plus d’argent que ce qui lui a été accordé pour venir à bout de cet arriéré. Un budget spécial de 74 millions sur deux ans a été accordé à la commission, alors que celle-ci estimait qu’il lui faudrait 140 millions par année.

Mme Mohammed al-Qunun a reçu un message de sa famille dans les derniers jours, daté de samedi, indiquant qu’elle était répudiée en raison de sa désobéissance.

Dans l’entrevue, où elle s’est exprimée en arabe, la réfugiée a conseillé aux Saoudiennes de se battre pour leurs droits. Elle ne leur recommande toutefois pas de fuir le pays comme elle, puisque cela comporte de très grands risques. Cette option ne doit être utilisée qu’en dernier ressort, a-t-elle dit.

Avec Marie Vastel

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Réfugiés: des fonds insuffisants | Le Devoir

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Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Ottawa — La Commission de l’immigration et du statut de réfugié estime qu’il lui faudrait deux fois plus d’argent pour s’attaquer sérieusement à l’arriéré important de demandes d’asile, retard causé en partie par l’arrivée soudaine de migrants qui ont franchi la frontière de façon irrégulière. La Commission, une agence indépendante, estimait en novembre 2017 qu’il lui faudrait 140 millions par an — auxquels s’ajouteraient 40 millions pour des coûts non récurrents supplémentaires — pour régler 36 000 dossiers de réfugiés supplémentaires chaque année. C’est le nombre de dossiers que la Commission devrait régler pour réduire l’arriéré et pour faire face au nombre actuel de nouvelles demandes d’asile.

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Violences en Haïti: demande de moratoire sur les expulsions des réfugiés

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Les Haïtiens qui devaient être expulsés ces jours-ci pourront rester au Canada encore un peu. Le Devoir a appris que l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a suspendu temporairement les renvois vers ce pays des Caraïbes en raison du climat de tension qui y règne actuellement. Mais cette mesure en vigueur depuis le 18 novembre dernier ne durera qu’une semaine, soit jusqu’au 25 novembre, un délai qui semble beaucoup trop court pour la communauté haïtienne, qui réclame carrément un moratoire des renvois vers ce pays.

« La situation en Haïti est de plus en plus trouble, il y a des coups de feu tirés partout, des gens sont assassinés dans les rues, ce n’est pas un endroit où renvoyer des gens », a déclaré Marjorie Villefranche, la directrice de la Maison d’Haïti, qui a envoyé une lettre au gouvernement fédéral pour le prier de suspendre tout renvoi jusqu’à ce qu’une « analyse approfondie » soit faite de la situation. Les récentes émeutes en Haïti auraient fait une dizaine de morts jusqu’ici.

Mercredi en fin de journée, l’ASFC a confirmé au Devoir que « certains renvois » avaient bel et bien été suspendus, citant la « possibilité de manifestations massives et de violence les 17 et 18 novembre ». Toutefois, son porte-parole a bien précisé que ce ne sont que des reports et que ces renvois seraient effectués « dès que possible ». Et dans ce cas-ci, il ne s’agirait même pas d’un sursis administratif aux renvois (SAR), une décision ponctuelle et temporaire prise lorsqu’il y a une crise humanitaire, comme c’est le cas en Syrie, par exemple.

Le SAR est pourtant nécessaire, a plaidé par voie de communiqué l’Association québécoise des avocats et des avocates en droit de l’immigration (AQAADI). « En droit canadien, on ne peut pas renvoyer quelqu’un dans une situation de guerre civile. On n’en est peut-être pas là en Haïti, mais depuis dimanche, on est rendus à une dizaine de morts et les tensions augmentent », a dit le président, Guillaume Cliche-Rivard.

Un sursis qui ne soulage pas

Arrivé au Québec avec sa famille en 2017, Lesly Guillaume est un de ceux qui l’ont échappé belle. Après le refus de sa demande d’asile et même de l’appel, il devait être renvoyé avec sa femme enceinte de deux mois et ses trois enfants le 18 novembre dernier, mais il a reçu deux jours avant un appel téléphonique de l’ASFC l’informant qu’on reportait son départ à une date indéterminée. Mais vu le caractère très temporaire de la mesure, il n’ose même pas se dire soulagé. « Ça n’enlève pas la peur. Haïti est un pays fermé depuis dimanche. Vous avez vu les vidéos ? On y brûle des humains ! »

M. Guillaume, qui a travaillé pour les Nations unies à l’international, dit surtout craindre les représailles des gangs qui ont proféré des menaces envers lui, tenté de l’extorquer et de kidnapper sa femme et ont violé sa cousine, qui vit dans sa maison en son absence. Un « enfer » qui n’a pas convaincu le commissaire qui a jugé son cas, déplore-t-il. Stressé et inquiet, l’homme a vécu deux malaises cardiaques le mois dernier, quelques jours après avoir appris qu’on lui avait fixé une date de renvoi. « Pourquoi on nous chasse ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je travaille, ma femme aussi, on a nos permis de conduire, mes enfants vont à l’école, on parle tous trois langues, je fais même du bénévolat ! »

La crainte du renvoi persiste

Dans la cuisine du demi-sous-sol où il habite, Nathaniel Bazelais se pose la même question. « Pourquoi on nous renvoie ? Je travaille, je contribue à la société et à l’économie », dit-il l’homme qui a vécu deux ans au Brésil avant de fuir aux États-Unis et d’arriver avec sa femme et sa fille par le chemin Roxham l’été dernier. Ce père d’un bébé de deux mois s’est vu refuser l’asile, et sa demande d’appel a aussi été rejetée. Depuis le début de 2018 jusqu’au 30 septembre, 90 % des demandes d’asile haïtiennes déférées à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié ont été refusées.

Il y a quelques semaines, l’ASFC l’a convoqué début décembre pour une date de renvoi en Haïti « possiblement en janvier » lui a-t-on dit. Depuis, il ne dort plus.

« Ce que je crains si j’y retourne ? La mort. On tue maintenant les gens avec des machettes », raconte-t-il la peur dans les yeux. « La crise du prix de l’essence cet été, ce n’était rien comparé à maintenant. » Pour avoir soutenu son beau-père qui se présentait en politique et sa mère qui venait en aide aux femmes victimes de viol, il craint surtout que des gangs criminalisées de l’opposition lui fassent la vie dure. « J’ai peur pour mes enfants, je veux leur donner un meilleur avenir. »

Un lien spécial avec Haïti

Le président de l’AQAADI déplore que le gouvernement canadien ait augmenté sa cible à 10 000 expulsions par année, selon ce que révélaient Radio-Canada et CBC le mois dernier. Ces renvois visent un grand nombre de Haïtiens, qui ont pourtant une certaine proximité avec le Québec. « Il y a déjà eu des programmes spéciaux entre Haïti et le Québec. […] On a les mêmes référents, c’est le même continent, beaucoup ont de la famille ici. Même sous les conservateurs, ce lien-là était reconnu. C’est dommage de voir le contre-effet d’un gouvernement qui devrait être plus ouvert que le précédent », a dit Me Cliche-Rivard.

La directrice de la Maison d’Haïti ne comprend pas qu’on puisse réserver ce traitement aux Haïtiens, en cette situation de pénurie de main-d’oeuvre. « C’est vrai que ce ne sont pas des immigrants qui ont été sélectionnés, mais ils correspondent quand même au profil des gens qu’on recherche. Ils sont jeunes, ils travaillent, ils parlent le français et ont de jeunes enfants. Que veut-on de plus ? »

L’ASFC n’a pas été en mesure de fournir au Devoir le nombre de Haïtiens qui ont été expulsés durant l’année 2018 ni le pourcentage de tous les renvois qu’ils représentent.

 


 

Une version précédente de cet article, qui contenait un bas de vignette affirmant erronément que l’homme sur la photo était Lesly Guillaume, a été corrigée.

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