Le repentir des esprits créatifs

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Un drôle de goût du déjà vu m’est venu en lisant la lettre de contrition de Robert Lepage à propos du spectacle SLĀV. Cet acte de repentance m’a replongé dans mon adolescence tchécoslovaque des années 1960.

Si un auteur ne faisait pas une place importante au prolétariat dans son oeuvre, il avait le choix : se repentir et produire une oeuvre qui ne correspondait pas à ses intentions artistiques ou se trouver à l’index et au chômage. Le résultat : la production d’oeuvres lisses, impersonnelles, ennuyantes à souhait d’une part et l’émigration des artistes qui ne voulaient pas se soumettre aux diktats du régime d’autre part. Ce fut le sort de Milan Kundera, de Milos Forman et de Josef Skvorecky, pour ne rappeler que les émigrés les plus illustres.

La justification de cette censure — non qualifiée comme telle, bien entendu — tenait la route : elle servait le bien du peuple, participait à son éducation et à la formation de « l’homme nouveau ». L’implication obligatoire du prolétariat là-bas, des minorités discriminées ici.

Ici, au Québec, dans une contrée réputée libre, une frange de la population a jugé que le spectacle de Robert Lepage contrevenait aux codes socioculturels attendus. Le spectacle fut annulé, puis remanié, et seulement ceux, peu nombreux, qui en ont vu la première mouture pourront juger de l’ampleur des ajustements.

Ai-je écrit « un drôle de goût » ? Non, il s’agit plutôt d’une franche épouvante devant la soumission d’un immense auteur, maintenant quelque peu rapetissé par son repentir, et devant le danger d’autocensure de tous les artistes.

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