Le rouleau compresseur | Le Devoir

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La nouvelle ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a fait une entrée remarquée avec sa déclaration sur le hidjab, dans lequel elle a dit voir un signe d’« oppression ». Les quelques réserves manifestées par ses collègues du gouvernement traduisaient cependant moins un désaccord sur le fond qu’un doute sur l’à-propos d’une telle déclaration à la veille de la présentation du projet sur les signes religieux.

Depuis le caucus présessionnel qui a été tenu à Gatineau il y a deux semaines, le gouvernement manifeste de moins en moins d’inhibitions sur cette question, plus convaincu que jamais d’avoir l’appui non seulement de la base caquiste, mais aussi d’une grande partie de la population, qu’un excès de timidité pourrait décevoir.

Quand le premier ministre avait parlé de la nécessité d’être « rassembleur », plusieurs avaient cru y voir un appel à la modération. Les signaux envoyés au cours des derniers jours vont plutôt dans le sens de la fermeté.

Alors que M. Legault avait promis que les 18 000 demandes d’immigration accumulées au cours des dernières années seraient traitées selon les règles en vigueur au moment où elles ont été faites, le projet de loi présenté jeudi par le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, les a purement et simplement annulées, moyennant dans certains cas une compensation de 1000 $.

Le « test des valeurs », qui a été une source d’embarras pour la CAQ depuis que M. Legault en a lancé l’idée, fera également partie des conditions du maintien de la résidence permanente qu’il entend négocier avec le gouvernement fédéral. Même Québec solidaire, qui s’oppose à un tel test, estime que le Québec devrait pouvoir décider seul de l’imposer ou non. Ottawa n’a cependant pas tardé à opposer une fin de non-recevoir particulièrement expéditive, même si elle était prévisible.

 

M. Jolin-Barrette sera un homme très occupé au cours des prochaines semaines. Le projet de loi sur la laïcité sera vraisemblablement présenté d’ici trois semaines, avant que l’Assemblée nationale fasse relâche jusqu’à la mi-mars. Compte tenu du temps requis par le débat sur le discours du budget, la fenêtre pour faire adopter le projet de loi avant l’ajournement de juin, comme M. Legault le désire ardemment, sera très étroite.

Cela suppose que les différentes étapes prévues au règlement devront être franchies au pas de course, et le gouvernement semble disposé à agir comme un rouleau compresseur. Il n’entend surtout pas revivre le cirque auquel avaient donné lieu certains témoignages durant les audiences publiques sur la charte de la laïcité du gouvernement Marois. On souhaiterait même faire l’économie de consultations dites « particulières », beaucoup plus limitées.

On voit cependant mal comment le projet de loi pourrait être considéré comme une simple modification de la loi sur les services à visage découvert que le gouvernement Couillard avait fait adopter à grand-peine, malgré son insignifiance. L’interdiction du port de signes religieux est au coeur du débat sur la laïcité depuis la commission Bouchard-Taylor. Vouloir trancher la question sans donner la parole à la société civile et vraisemblablement en imposant le bâillon à l’Assemblée nationale soulèverait à coup sûr un tollé.

 

L’indignation sera encore plus vive si le gouvernement décide d’inclure dans le projet de loi une disposition de dérogation qui le soustrairait aux dispositions des chartes canadienne et québécoise des droits afin de prévenir un recours aux tribunaux. Si tel était le cas, l’avocat Julius Grey a déjà averti qu’il était prêt à en référer aux Nations unies.

Cela pourrait toutefois être le prix à payer pour en finir avec ce débat pendant au moins cinq ans, après quoi il faudra décider si la disposition de dérogation doit être renouvelée. Laisser aux opposants la possibilité de contester la loi donnerait lieu à des causes hautement médiatisées qui ne feraient qu’entretenir le débat. Qui plus est, la conclusion du processus en Cour suprême pourrait survenir à la veille de l’élection de 2022, en faisant dès lors un enjeu incontournable de la campagne.

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Il vaut peut-être mieux en finir d’un coup, comme on l’a fait en éliminant froidement d’un trait de plume les 18 000 demandes d’immigration qui auraient retardé la mise en place des nouvelles politiques de la CAQ.

Au Canada anglais, où la disposition de dérogation est perçue comme une invention du diable, cela provoquerait à coup sûr une levée de boucliers. Déjà considéré comme un parasite vivant aux crochets de la fédération, le Québec se verrait de nouveau accusé de tous les péchés du monde.

À Ottawa et dans le reste du pays, on perdrait toute envie de faire des concessions au Québec, de la même façon que la disposition de dérogation par le gouvernement de Robert Bourassa en 1988 avait signifié l’arrêt de mort de l’accord du lac Meech. M. Legault a peut-être déjà réalisé qu’il n’obtiendrait rien de toute façon et qu’il vaut mieux penser à sa réélection.

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Prix littéraire des collégiens: sous le rouleau compresseur

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Sans tambour ni trompette, le Prix littéraire des collégiens s’est associé cette année à un partenaire financier qui, sur le fil fragile du milieu littéraire, fait figure de rouleau compresseur. Ce géant de la vente en ligne au rabais est nul autre qu’Amazon.

Annoncée jeudi en même temps que les titres des finalistes du prix littéraire, cette alliance a eu l’effet d’une douche froide. Des auteurs aux libraires, une chaîne du livre en émoi a dénoncé l’incursion à pas feutrés, dans le giron d’un prix chouchou, de ce géant planant sur la survie des petits joueurs indépendants.

Depuis ses débuts au tournant des années 2000, Le Devoir soutient le Prix des collégiens, dont le prestige n’a d’égal que la noblesse de sa mission : dans les suites du Goncourt des lycéens en France, il promeut la littérature québécoise auprès des étudiants des collèges, dans un alliage tout aussi rare qu’exemplaire d’éducation et de culture. Le Devoir savait-il que le géant Amazon, membre de la confrérie GAFA qui roule aussi sur notre industrie son compresseur à milliards, allait s’associer au Prix des collégiens ? Non. Nous l’avons appris alors que c’était chose faite. Mais qu’on se rassure : nous honorerons notre engagement de partenaire diffuseur, comme convenu.

Derrière cette « histoire de gros sous », quel symbole ! Un géant du commerce électronique accusé par les libraires de concurrence déloyale soutient un prix dont l’objectif est la circulation des oeuvres québécoises. L’association avec les cégépiens frappe l’imaginaire quand on sait que trois jeunes de 18-34 ans sur quatre ont acheté en ligne en 2017 — et que deux Québécois sur cinq magasinent sur Amazon une fois par mois au moins.

L’organisation n’a pas choisi le partenaire idéal, disons-le, ni non plus raffiné ses techniques de communication. Sa décision contrevient à sa mission et plonge le milieu du livre en plein malaise : le voilà contraint de dénoncer un prix qu’il affectionne.

L’union est on ne peut plus malheureuse. Mais peut-on reprocher au Prix des collégiens de chercher la pérennité là où les engagements financiers des joueurs essentiels manquent ? C’est dans les failles du désengagement de l’État que se posent les gros sabots des magnats du Web. Ils ont alors le champ libre pour revêtir l’habit du donateur et frapper où bon leur semble.

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Des omnipraticiens au bout du rouleau

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Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

Le système de santé québécois actuel met énormément de pression sur les épaules des médecins de famille. Selon un rapport du Programme d’aide aux médecins du Québec, « la grande majorité des clients ayant consulté le programme en 2016-2017 a évoqué les pressions du système de santé. Dans certains cas, cette pression constituait le motif principal de consultation ». « Et encore, ajoute le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on ne parle que de ceux qui ont consulté ! Malheureusement, on n’a pas de preuves scientifiques, mais on peut facilement extrapoler que le nombre de médecins qui souffrent de difficultés est encore beaucoup plus grand que le nombre de ceux qui ont consulté. »

Lorsque le Dr Godin rencontre des médecins dans leur bureau ou à l’hôpital, il est clair pour lui qu’ils ressentent une souffrance et un épuisement : « Les médecins ne savent plus comment faire pour répondre à tout ce qu’on leur demande ».

De plus, le président en est convaincu : « Ce qui aggrave ces problèmes, c’est que l’on continue de leur dire qu’ils n’en font pas assez, qu’ils ne savent pas s’organiser et qu’ils sont paresseux. » Le phénomène de la détresse se vérifie auprès des autres professionnels de la santé, « mais les gens pensent que les médecins sont au-dessus de tout ça. C’est faux ! » s’exclame-t-il.

Analyse partiale

Louis Godin assure que les omnipraticiens doivent lutter contre certaines idées reçues, dont celle que les médecins de famille ne travaillent qu’à mi-temps, d’où les problèmes d’accès : « C’était une analyse partiale de la part du ministre de la Santé, mais c’est quelque chose que tout le monde a admis. Pourtant, la réalité, c’est qu’il y a trois ans, les médecins de famille travaillaient déjà autant que tous les autres médecins au Québec ou au Canada », affirme le président. En général, la référence pour un omnipraticien correspond à un horaire de 40 à 45 heures par semaine.

L’autre élément qui influe sur la santé des médecins de famille, c’est tout l’aspect de la réforme du système : « On a créé des mégastructures, on a dépersonnalisé les institutions », explique Dr Godin. Aujourd’hui, les mégahôpitaux peuvent compter plus de 1000 médecins, « on ne peut plus s’appuyer sur la dynamique locale qui existait auparavant. Toute l’habileté qu’un milieu possédait avec sa propre façon de répondre aux besoins de sa population, on a tout brisé ça et, maintenant, les ordres viennent de Québec et il n’y a qu’un seul modèle, une seule façon de faire », ajoute-t-il.

Le président croit qu’on a ainsi enlevé beaucoup d’autorité aux médecins, surtout dans les régions où il n’y a pas un seul gros établissement, mais plusieurs hôpitaux périphériques, « aujourd’hui, c’est comme si on travaillait tous dans le même hôpital ». Un centre décisionnel parfois à plus de 150 kilomètres d’un lieu de travail et des directives qui viennent d’en haut, voilà d’autres éléments qui sont venus miner la santé des médecins.

La FMOQ n’a pas attendu la récente campagne électorale pour faire entendre ses inquiétudes au gouvernement : « Depuis trois ou quatre ans, on a fait des dizaines et des dizaines d’interventions où on mettait en avant nos propositions », explique le Dr Godin. Parmi celles-ci, le retour vers une décentralisation, une cogestion des établissements partagée avec les médecins, une prise en compte de la réalité des régions ou des sous-régions dans l’organisation du système de santé, plus de souplesse dans l’administration des groupes de médecine familiale et des supercliniques et, finalement, « qu’on reconnaisse que les médecins n’ont pas tous la même clientèle, qu’ils n’ont pas tous la même façon de travailler et qu’on ne peut pas tous travailler avec des cibles qui sont non négociables ».

L’avenir de la profession

Mais plus que tout, le souhait du Dr Godin et de la FMOQ, c’est qu’enfin change « le climat dans lequel on a évolué au cours des dernières années. Ce climat de mépris, d’obligation et de coercition, ça ne marche pas et ça ne marchera jamais à moyen et à long terme ». Le président précise que de telles mesures peuvent donner une impression de résultats à court terme, mais « ce n’est pas vrai qu’on peut forcer des professionnels à maintenir une haute qualité de services seulement avec des menaces ».

L’immense enjeu auquel fait face le système de santé aujourd’hui est la rétention des médecins : « Le problème, c’est qu’on ne réussit pas à pourvoir le nombre de postes fixés d’avance », explique le président. Pourquoi ? « On a changé les règles du jeu en cours de route et on a proposé des conditions de pratique qui ne correspondent pas aux attentes des futurs médecins », ajoute-t-il. Résultats : 65 postes étaient vacants l’an passé. Ce qui signifie que, dans deux ans, il y aura toujours 65 médecins de moins que prévu qui arriveront sur le marché du travail.

De plus, et c’est ce que cherche à préciser la FMOQ avec des données qui devraient être exploitées sous peu, « on sait qu’au cours des deux ou trois dernières années, on a eu plus de retraites que ce qu’on avait prévu », explique le Dr Godin. De ce fait, le bilan risque de s’alourdir et le fossé, de se creuser. « On est en train de recréer la pénurie qu’on a vécue dans la première décennie des années 2000. »

Selon le Dr Godin, être médecin n’est absolument pas une condition indispensable pour devenir ministre de la Santé. Toutefois, « la personne qui occupera ce poste aura un net avantage si elle connaît bien le réseau de la santé et son fonctionnement. L’important, c’est son style, sa capacité à écouter et à obtenir des consensus, et tout ça n’est pas relié au fait d’être ou non médecin ».

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