«Fake news»: une définition s’impose

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Depuis les élections américaines de 2016, les fake news font constamment les nouvelles… mais personne ne s’entend sur leur définition. Pourtant, il est aujourd’hui essentiel de mieux caractériser cette contamination de l’espace public qui menacerait la démocratie.

[…] L’Assemblée nationale française a voté le 4 juillet 2018 une loi anti-fake news. Il s’agit, plus précisément, d’interdire « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Pourtant, l’article 27 de la Loi de juillet 1881 interdit déjà « la publication, la diffusion ou la reproduction […] de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées lorsque, faites de mauvaise foi, elles auront troublé la paix publique, ou auront été susceptibles de la troubler ». L’amende peut atteindre 45 000 euros (68 500 $).

Mais que veut interdire précisément le gouvernement français ? « L’actualité électorale récente a démontré l’existence de campagnes massives de diffusion de fausses informations destinées à modifier le cours normal du processus électoral par l’intermédiaire des services de communication en ligne », dit l’énoncé de la politique. Dans les faits, cette nouvelle disposition réglementaire changera peu de choses en temps normal, mais en période électorale et préélectorale (trois mois avant le déclenchement des élections), elle permettra à une autorité gouvernementale (le Conseil supérieur de l’audiovisuel, ou CSA) de bloquer une nouvelle […].

Il est intéressant de noter que le terme fake news est inexistant dans la loi 799 adoptée en juillet dernier. Pourtant, il est utilisé 55 fois dans le texte qui a servi à sa rédaction intitulé Les manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties. On peut y lire l’extrait suivant : « Fake news est l’expression la plus communément employée, y compris en français, où elle est parfois traduite par “fausses informations” alors qu’il faudrait plutôt parler d’informations falsifiées, contrefaites ou forgées. »

Plusieurs observateurs estiment que les fake news ne sont qu’un vieux vin dans une nouvelle bouteille. Il est vrai que la tromperie a toujours fait partie de l’arsenal des belligérants. Mais abaisser les fake news au statut de simples « fausses nouvelles », c’est ignorer le caractère sans précédent des réseaux sociaux capables de contaminer l’espace public de façon continue et massive. En diffusant quotidiennement des millions de mensonges, y compris depuis les plus hauts niveaux des autorités politiques, les fake news affectent sérieusement l’exercice de la démocratie. Pour paraphraser René Lévesque, être informé n’est pas suffisant pour être libre ; il faut être bien informé.

À l’évidence, le sens de l’expression fake news ne fait pas consensus. Et le dictionnaire n’est d’aucune utilité pour l’instant. Aucune entrée dans le Larousse illustré de 2018. Rien dans le Robert 2018. Ni dans Termium, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada. Comme si le terme était encore trop nouveau pour être acceptable. Ou qu’aucun vocable ne s’était imposé en langue française.* […] Le terme est défini comme une information « mensongère ou délibérément biaisée », servant par exemple « à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou à contrer une vérité scientifique établie », précise le Journal officiel, jeudi 4 octobre.

Les fake news peuvent-elles exister en anglais, mais pas en français ? Peu probable. Un poisson, une chaise ou un concept philosophique ont leur existence propre, peu importe les langues qui les désignent. […] S’il y a urgence d’une définition en français (et pourquoi pas d’un néologisme adéquat comme « infausse » ?), le concept lui-même n’est pas encore consensuel dans l’anglophonie. Trois auteurs, Edson Tandoc, Zheng Wei Lim et Richard Ling, ont publié dans Digital Journalism une analyse de 34 articles scientifiques ayant utilisé les termes « fake news » entre 2003 et 2017. Ils en tirent dans « Defining Fake News » une typologie en six catégories : la parodie, la satire, la fabrication, la manipulation d’image, l’opération de relations publiques et la propagande. Les auteurs rappellent que le public joue un rôle déterminant dans la dissémination des fake news. « Si les nouvelles sont construites par les journalistes, les fake news sont coconstruites par le public ; leur fausseté dépend beaucoup de sa capacité à percevoir le faux comme réel. Sans ce processus de tromperie, les fake news demeurent dans le domaine de la fiction. C’est quand le public les confond avec de vraies nouvelles qu’elles entravent la légitimité du journalisme. » En effet, les fake news soulèvent avant tout la question de la « vraie » nouvelle, basée sur un caractère inédit mais surtout sur la vérité. […]

Depuis que Facebook est devenu la première source d’information d’un bon nombre de citoyens (44 % des Américains y tirent l’essentiel de leurs informations), il faut rappeler que son contenu n’est pas filtré par des reporters, chefs de pupitre et éditeurs ayant pour principale éthique professionnelle la recherche de la vérité. Même si on a beaucoup insisté sur les erreurs déontologiques (toujours trop nombreuses) et les entorses à l’objectivité des journalistes, ces derniers demeurent en principe guidés par un idéal commun : la recherche de la vérité.

*NDLR : En octobre 2018, la Commission d’enrichissement de la langue française a choisi de traduire fake news par « information fallacieuse » ou par le néologisme « infox ». Ces traductions sont désormais en usage dans l’administration française.

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Une stratégie globale de transition énergétique s’impose

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Dans le contexte actuel de la « crise climatique », des voix multiples s’élèvent au Québec comme ailleurs pour réclamer l’adoption de vigoureuses politiques publiques favorisant une transition énergétique efficace, juste et solidaire. Pour sa part, lors de la récente rencontre fédérale-provinciale à Montréal, François Legault a réaffirmé la pertinence d’une taxe sur le carbone et, se référant au principe d’acceptabilité sociale, il a rejeté fermement tout projet de pipeline comme celui d’Énergie-Est qui acheminerait à travers le Québec l’« énergie sale » de l’Ouest — sans évoquer toutefois le mégaprojet de canalisation de l’Alberta vers le Saguenay pour alimenter la filière du gaz naturel liquéfié. En contrepartie, M. Legault a promu auprès de ses homologues l’accroissement du commerce interprovincial et l’exportation de notre hydroélectricité. Cela permettrait, selon le programme de la CAQ, d’« enrichir tous les Québécois » et constituerait « la contribution la plus importante du Québec à la lutte contre les changements climatiques ».

Or nous nous inquiétons des analyses et des arguments qui sous-tendent le discours de vente intempestive de notre « énergie propre » aux voisins canadiens et à ceux du Sud : le Québec aurait déjà d’importants surplus d’hydroélectricité et peut en produire davantage en harnachant les dernières rivières encore préservées. Le patrimoine territorial et hydroélectrique du Québec serait donc d’abord à vendre, alors qu’il devrait être utilisé prioritairement pour la nécessaire restructuration de notre propre secteur énergétique.

Dans une telle logique commerciale, les projets d’exportation massive d’électricité lancés par Hydro-Québec à l’été 2017 marquent un virage radical par rapport à toutes les exportations réalisées par la société d’État sur le marché de gros du Nord-Est depuis plus de 20 ans. Il ne s’agit plus désormais d’une croissance des ventes à court terme, contractées sur une base d’enchères quotidiennes — ce à quoi il n’y a pas lieu de s’opposer a priori — mais bien d’ententes commerciales à long terme qui engagent formellement Hydro-Québec à réserver des actifs de production hydroélectrique et de transport pour acheminer en continu pendant 20 ans des livraisons massives d’électricité du Québec jusqu’à Boston, New York ou Toronto.

L’ampleur et la portée inédites de ce type de contrats constituent indéniablement un cas sans précédent dans l’histoire des exportations commerciales d’électricité du Québec. Pour autant, ni le gouvernement ni la société d’État n’ont présenté aux citoyens quelque indication sur les tenants et aboutissants d’un surbooking précipité des « surplus » d’électricité du Québec. Le débat public sur les conséquences de ce type d’exportations massives doit être lancé dans l’intérêt de tous les citoyens et abonnés d’Hydro-Québec.

Dans le contexte actuel, les risques d’une telle stratégie commerciale sont en effet multiples. Parmi ceux-ci, il y a la perte de souveraineté juridique, énergétique et opérationnelle du Québec qui résulterait de la « dérivation » permanente de capacités hydroélectriques et de transport actuellement en exploitation, désormais asservies aux livraisons prévues dans ces contrats commerciaux. Implicitement, lorsque Hydro-Québec polarise ainsi l’essentiel de son avoir propre en direction de la construction de futurs complexes hydroélectriques, il prive la restructuration de l’économie du Québec de capitaux et de ressources stratégiques et retarde indûment la mise en oeuvre immédiate d’une véritable transition énergétique cohérente, efficace et équitable au Québec.

Alors que le développement du gisement hydraulique résiduel du Québec n’offre plus de perspectives de rentabilité commerciale et s’avère très problématique d’un point de vue écologique, nous sommes préoccupés par le fait qu’Hydro-Québec continue d’entretenir un modèle d’affaires anachronique tourné vers la construction de futurs complexes hydroélectriques désormais toujours plus coûteux et éloignés, et qui soulèvent la question des droits autochtones. D’autres technologies, tant du côté de l’offre que de la demande, ouvrent assurément de meilleures perspectives.

À cet effet, l’idée selon laquelle les surplus énergétiques d’Hydro-Québec empêchent actuellement la mise en oeuvre d’un projet éolien comme celui d’Apuiat est une véritable imposture. D’une part, la diversité des approvisionnements en fonction des contextes est un principe à mettre en oeuvre — d’un point de vue tant écologique qu’économique — sur l’ensemble du territoire québécois. D’autre part, si on tient compte de l’évolution technologique contemporaine, l’éolien représente aujourd’hui pour le Québec une option plus prudente et plus rentable que l’hydraulique pour répondre aux nouveaux besoins d’approvisionnement énergétique. Cette réalité était déjà démontrée sur une base de comparaison à service équivalent en 2008, ce qui n’a malheureusement pas empêché la construction du complexe La Romaine. Il serait déplorable de répéter une telle erreur alors que l’urgence climatique requiert une transition énergétique basée sur la diversification des sources d’énergie renouvelable comme sur la réduction et l’efficacité énergétiques.

Par ailleurs, devant l’accélération des projets de la filière du gaz naturel liquéfié au Québec, nous tenons à rappeler que le gaz naturel — très lourd en carbone et requérant des investissements colossaux — ne fait pas partie d’une stratégie de diversification énergétique responsable pour le Québec. Le titre d’« énergie de transition » que la Politique énergétique 2030 lui a consenti mine la crédibilité internationale du plan d’action du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques.

En somme, c’est l’ensemble de cette politique qui est à revoir. La mise en oeuvre audacieuse d’une stratégie globale de transition énergétique est non seulement possible au Québec, mais elle s’impose comme le premier projet de société capable de restructurer notre économie pour le long terme et de répondre à l’incontournable exigence écologique contemporaine.

* Membres du collectif : Bernard Saulnier, ing. retraité, Lucie Sauvé, Marc Brullemans. En collaboration avec Laurence Brière, Élyse-Anne Faubert, Louis-Étienne Boudreault, Carol Saucier, Johanne Béliveau.

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