Contrepoints sur l’affaire «SLĀV» | Le Devoir

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Hormis pour sa reprise de 887, la dernière fois que Robert Lepage avait présenté un spectacle au TNM, c’était SLĀV, en juin dernier sous hauts cris et retrait de la pièce. Son Coriolan de Shakespeare, lancé au Festival de Stratford et acclamé pour son impressionnante mise en scène, s’offre cette fois des enjeux purement artistiques. La pièce, sous traduction de Michel Garneau et nouvelle équipe québécoise à roder, ramène cette semaine dans l’établissement de la rue Sainte-Catherine un homme de scène qui y aura connu plus de triomphes que d’échecs.

Assez pour relancer dans son sillage le souvenir de la polémique. L’écho de celle-ci s’était-il vraiment assourdi, au fait ?

Voici d’ailleurs SLĀV, pièce en musique sur l’esclavage, reprise en tournée au Québec depuis mercredi (départ à Sherbrooke), dans une version bien différente de celle, mal ficelée, à laquelle on avait assisté en juin dernier. Tant mieux…

 
 

Pourtant, depuis que Robert Lepage a signé une lettre le 28 janvier dernier, en revenant sur ses positions d’origine quant à l’annulation de SLĀV, plusieurs de ceux qui avaient défendu son droit à la liberté d’expression devant les accusations d’appropriation culturelle se sont de toute évidence sentis trahis par sa volte-face.

Le créateur de Vinci et de 887, transformé par sa rencontre avec le groupe SLĀV Résistance, avouait que la représentation de la pièce était loin d’être aboutie et que ce n’était peut-être pas un hasard si les problèmes dramaturgiques du spectacle correspondaient aux problèmes éthiques reprochés.

Ceux-là mêmes qui l’avaient dépeint six mois plus tôt en génie incompris, victime de la rectitude ambiante, n’eurent soudain pas de mots assez durs, à pleins journaux et médias sociaux, pour condamner sa reddition sur l’autel de la censure triomphante.

Mais chacun peut changer d’idée. Et pas si folle, sa lettre…

Les problèmes dramaturgiques et éthiques se confondaient vraiment dans le SLĀV d’origine pour cause de faible représentation noire sur scène et plus encore. Voir une femme blanche monopoliser la parole sur le sujet de l’esclavage, souvent de façon didactique, alors que le reste de la distribution avait si peu à dire, faisait tiquer. Lepage, qui a tant de fers au feu, avait échappé celui-ci, et misons sur sa nouvelle version plus éclairée.

Quant à l’appropriation culturelle, elle était au départ un sujet occulté, comme la sous-représentation des comédiens issus des minorités visibles. Les voici désormais sur la table et commentés par tous. Bonne affaire !

 
 

Cette semaine, Artv diffusait le documentaire Entends ma voix. Il avait le grand mérite de tendre le micro aux différents protagonistes de l’affaire SLĀV en réunissant des personnes longtemps en affrontement. Betty Bonifassi entre autres, qui s’était faite longtemps discrète. Moins établie, elle avait plus à perdre dans ce tourbillon que Lepage, Ex Machina, le TNM et le Festival de jazz, vraies institutions roulant à pleins gaz. On se réjouissait de la voir garder le tonus. Mais qui croire parfois ?

Jacques-André Dupont, le directeur du Festival de jazz, y assurait que la chanteuse voulait se retirer de la pièce (interprète principale, Bonifassi s’était blessée) ; des propos qu’elle réfute au cours du documentaire… Parole de l’une contre parole de l’autre. Tant de pans d’ombre demeurent de cette crise-là, tant de blessures mal cicatrisées, tant d’incompréhensions réciproques.

 
 

Bien sûr, tous les héritages culturels se fécondent les uns les autres. Le hip-hop afro-américain, le jazz et le reggae n’ont pas fini de nourrir la planète musicale. Et comment reprocher à Chloé Sainte-Marie de chanter en innu, après avoir appris cette langue et s’être imprégnée de culture autochtone ? La décision absurde du bar montréalais La coop les Récoltes d’exclure de sa scène l’humoriste blanc Zach Poitras parce qu’il porte des dreads comme les rastas, auxquels il rend ainsi hommage, ne fait qu’attiser les hargnes et desservir la cause du bon sens. Le monde du spectacle se cherche et des dérapages font écran aux enjeux importants.

La représentation visuelle et la remontée historique sans apport des populations brimées mises en cause desservaient SLĀV et Kanata, aux visées plus ambitieuses que des dreads aux cheveux ou des chants. Reste à faire la part des choses en tâtonnant.

Du moins, le tourbillon qui entoura ces pièces de Lepage nous permit d’entendre les voix issues des groupes noirs et autochtones évoquer leur passé de tragédie longtemps muette. Ce brouhaha servit à éclairer les esprits. Non pour avaliser la censure ni pour empêcher des comédiens de jouer « l’autre » ou de lui tirer son chapeau, mais afin d’appeler au dialogue à l’heure de monter des propositions artistiques aussi délicates que celles-là.

 

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