Une action concertée contre la justice sociale au Brésil

[ad_1]

Le 14 mars dernier était assassinée Marielle Franco, conseillère municipale brésilienne, militante pour les droits des femmes, des afrodescendant.e.s, des membres de la communauté LGBTQ+, et des favelas (bidonvilles). Sa mort, loin d’être inhabituelle dans le contexte brésilien (chaque année, des dizaines de défenseur.e.s des droits de la personne et de l’environnement sont assassiné.e.s au Brésil, selon Amnesty International), a causé une forte indignation dans son pays d’origine et à travers le monde. À Montréal, notamment, près d’une centaine de personnes se sont réunies pour manifester leur indignation face à cet assassinat politique, rejoignant un mouvement mondial de contestation.

L’enquête concernant la mort de Marielle Franco, ainsi que celle d’Anderson Gomes, qui était au volant de la voiture dans laquelle ils ont été fusillés, montre récemment que l’une des plus puissantes milices de Rio de Janeiro pourrait être responsable de l’assassinat. Cette milice, nommée « Bureau du crime » (Escritório do crime), est particulièrement active dans certaines favelas de la ville, où elle extorque financièrement les commerçant.e.s et résident.e.s en échange d’une soi-disant protection contre le narcotrafic. Cette milice, comme d’autres milices à Rio de Janeiro, est formée de policiers, d’ex-policiers et de mercenaires privés. Des dirigeants de l’Escritório do crime, on compte Adriano Magalhães da Nóbrega, ex-capitaine du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police), un bataillon de la police militaire spécialisé dans la « guerre urbaine » et réputé pour ses interventions brutales dans les favelas.

La semaine dernière, des journaux brésiliens ont révélé que le fils du nouveau président d’extrême droite, Flávio Bolsonaro, a entretenu par le passé une relation avec cet ex-capitaine connu pour son implication dans les milices (qui, il faut le rappeler, sont illégales). Plus précisément, il aurait engagé la mère et l’épouse de celui-ci, Raimunda Veras Magalhães et Danielle Mendonça da Costa da Nóbrega, dans son cabinet lorsqu’il était député à l’Assemblée législative de l’État de Rio. C’est toutefois son conseiller de l’époque, Fabrício Queiroz, qui a employé les deux femmes « par compassion », alors qu’Andriano était emprisonné pour un assassinat commis dans le cadre de ses fonctions de policier.

Rappelons que Marielle a à de nombreuses occasions dénoncé les opérations policières dans les favelas. Elle a notamment signalé les agissements du BOPE dans une favela de la zone nord de la ville quelques jours avant son assassinat. Pour de nombreux proches et observateur.rice.s, il ne fait pas de doute que l’assassinat de Marielle ait été commandité par l’élite politique de Rio, les policiers ou les milices. Il apparaît aujourd’hui qu’il s’agit probablement d’un effort concerté entre ces différents acteurs qui sont de toute évidence de connivence.

Au Brésil, le discours sur la corruption a permis la destitution d’une présidente élue, Dilma Roussef, et l’élection d’un homme ouvertement affilié à des groupes réactionnaires et conservateurs, Jair Bolsonaro. Aujourd’hui, nous apprenons que des miliciens et policiers emprisonnés pour meurtres font aussi partie de son entourage politique. Il n’est pas étonnant, bien que triste, d’apprendre que le député Jean Wyllys (issu du même parti de gauche que Marielle, le PSOL, et ouvertement homosexuel) ait décidé de ne pas honorer son mandat comme député fédéral, ce dernier craignait pour sa vie après qu’on l’eut menacé de mort. Tout porte à croire que malgré la volonté partagée par de nombreux et de nombreuses Brésilien.ne.s de voir les institutions politiques de solidifier pour se débarrasser de la corruption, celles-ci sont gangrénées.

La décision de Jean Wyllys de rester hors du Brésil est le résultat d’un contexte politique extrêmement violent, non seulement contre les élu.e.s de gauche, mais aussi contre divers groupes de la population, comme les membres de la communauté LGBTQ+, les afrodescendant.e.s, les Autochtones, les femmes, les résident.e.s de favela, et bien plus encore. Il est en ce sens inquiétant de constater l’indifférence des institutions étatiques, voire leur complicité dans les crimes perpétrés à leur encontre. Il est toutefois tout aussi inquiétant, voire plus, de constater que les gens ordinaires se mettent de la partie, que ce soit pour battre à mort une personne transsexuelle dans la rue ou encore pour physiquement attaquer des opposant.e.s politiques. Les temps sont sombres pour le Brésil, mais aussi pour l’ensemble des personnes qui constatent l’incapacité d’institutions politiques à garantir les droits fondamentaux. Les institutions reflètent nécessairement les sociétés dans lesquelles elles évoluent. En ce sens, tant qu’une proportion importante de la population va adhérer à des idéologies sexistes, racistes, homophobes et classistes, nous courrons le risque de voir des « Jair Bolsonaro » à la tête d’États, même les plus « progressistes ».

 

[ad_2]

Source link

قالب وردپرس

Des nouvelles encourageantes pour l’innovation sociale

[ad_1]

L’énoncé budgétaire du ministre des Finances du Canada présenté le 21 novembre dernier contenait des nouvelles majeures qui sont passées presque sous silence dans les médias québécois et canadiens. Pourtant, certaines mesures annoncées laissent espérer des avancées importantes pour l’innovation sociale et la finance sociale au Québec et se situent dans la lignée de démarches qui ont permis l’essor de l’économie sociale, chez nous, dans les vingt dernières années.

Parmi plusieurs annonces, l’énoncé fédéral incluait les premières mesures d’une stratégie d’innovation sociale et de finance sociale à venir — dont la création d’un fonds de finance sociale de 755 millions est l’élément central. L’innovation sociale, c’est-à-dire de nouvelles façons de faire face à des défis collectifs persistants, émerge un peu partout sur la planète comme une priorité, tout autant que l’innovation technologique, face à la dégradation environnementale et à la croissance des inégalités. L’engagement du gouvernement du Canada à mettre en place une stratégie en innovation sociale et finance sociale, qui fait suite au rapport du Groupe directeur pour la co-création d’une telle stratégie, constitue une bonne nouvelle. Quatorze ans après la première intervention fédérale en économie sociale par le gouvernement de Paul Martin en 2004, cette annonce ouvre la voie à une contribution fédérale à l’écosystème de soutien à la prise en charge collective dont le Québec s’est doté et qui est devenu un point de référence non seulement au Canada, mais à l’international.

Le rôle de l’économie sociale dans le développement socioéconomique du Québec est maintenant largement reconnu au Québec, comme en fait foi l’adoption à l’unanimité par l’Assemblée nationale d’une loi-cadre en 2013. La place importante qu’occupe l’économie sociale dans notre économie (plus de 10 % du PIB) et le rôle stratégique que joue la finance sociale dans le développement de nos villes et régions font du Québec un leader sur la scène mondiale dans ce domaine. À cet égard, le Québec a plusieurs longueurs d’avance sur les autres provinces canadiennes et a servi, au cours des dernières décennies, de source d’inspiration pour beaucoup d’acteurs à travers le Canada.

Nouvelles initiatives collectives

Ce positionnement de chef de file s’explique en partie par la place d’organisations centenaires comme Desjardins et la Coop fédérée et l’expérience unique d’autres leviers importants du développement collectif que sont nos fonds de travailleurs, le Fonds de solidarité FTQ et FondAction. Il s’explique aussi par la mise sur pied, au cours des vingt dernières années, d’organismes au service du développement de nouvelles initiatives collectives. Qu’il s’agisse des outils consacrés à la finance sociale, comme le Réseau d’investissement social du Québec (RISQ) ou la Fiducie du Chantier de l’économie sociale, des organisations de transfert de bonnes pratiques, comme l’organisme Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS), ou des Pôles régionaux d’économie sociale présents dans toutes les régions du Québec, ces organisations, gouvernées par des représentants issus de l’économie sociale et leurs partenaires, ont permis la création et le développement d’initiatives innovantes qui n’auraient pas vu le jour autrement.

L’émergence de cet écosystème est aussi le résultat de la création, par les acteurs sur le terrain, d’une structure de concertation, de promotion et de développement du mouvement, le Chantier de l’économie sociale. Par cette structure de concertation, le dialogue social et les processus de co-construction de politiques publiques se sont enracinés dans nos façons de faire et ont eu pour résultat la création d’outils efficaces en réponse aux besoins sur le terrain.

La création d’un groupe directeur chargé de la cocréation d’une stratégie en innovation sociale et en finance sociale par le gouvernement du Canada en juin 2017 a suscité ainsi des attentes importantes au Québec, mais également certaines inquiétudes. Au cours des consultations menées par le comité, les acteurs du Québec ont été unanimes à souligner la pertinence des outils existant ici et l’importance que toute intervention fédérale reconnaisse les valeurs de prise en charge collective, de gouvernance partagée et de subsidiarité qui les caractérisent.

La mise à jour budgétaire vient confirmer non seulement un regain d’intérêt du gouvernement fédéral pour soutenir l’innovation au service des communautés en concordance avec ces principes, mais également une volonté de reconnaître les outils pertinents dont l’impact est démontré, entre autres la Fiducie du Chantier. Ces investissements importants renforceront, partout au Canada, les capacités des acteurs qui oeuvrent à générer une croissance plus inclusive.

Pour le Québec, cet aspect représente une continuité dans des démarches de co-construction, avec les acteurs du terrain et des outils au service de l’économie sociale. De façon tout aussi importante, cette mise à jour budgétaire représente une reconnaissance de la part du gouvernement fédéral et de nos partenaires canadiens des valeurs qui ont soutenu le développement de nos outils et de leur impact. On ne peut que s’en réjouir. Et offrir notre pleine collaboration pour la suite des choses.

[ad_2]

Source link

قالب وردپرس

Lutte écologique et lutte contre l’injustice sociale

[ad_1]

Il est tentant de se demander ce que Guy Laliberté va faire de son île polynésienne et de son jet privé maintenant qu’il a signé ce « Pacte pour la transition » qui circule au Québec depuis peu. Cela ne va pas être simple pour notre cracheur de feu milliardaire de réduire son empreinte carbone à un niveau considéré comme compatible avec les limites biophysiques planétaires. Toutefois, puisque le pacte en question autorise l’achat de crédits carbone compensatoires (ces permis de détruire offerts à un prix dérisoire aux plus offrants), il devrait s’en sortir sans trop de mal et avec bonne conscience. On peut s’inquiéter en revanche de la manière dont cet appel lancé par 400 personnalités québécoises sera reçu par celles et ceux dont le niveau de vie est à l’opposé de celui de monsieur Laliberté et que l’invitation à signer ce « pacte » semble exclure.

Comment en effet s’engager à utiliser moins sa voiture ou à acheter une automobile électrique quand on dispose à peine de quoi se payer une carte mensuelle d’autobus (ou quand il n’existe pas d’autobus) ? Comment promettre de prendre l’avion moins souvent quand l’idée même de pouvoir monter un jour dans l’une de ces machines constitue un rêve impossible ? Comment penser à améliorer « la performance écoénergétique » de son logement quand on loue un appartement vétuste à un « marchand de sommeil » ? Comment se préoccuper de désinvestir son épargne du secteur des énergies fossiles quand on gagne trop peu d’argent pour mettre un seul sou de côté ? Comment jurer de consommer autant que possible bio et local quand on parvient tout juste en fin de mois à s’acheter un Kraft Dinner au dépanneur du coin, en plein désert alimentaire ?

Une affaire de riches ?

La plupart de ces femmes et de ces hommes à qui notre société ne garantit pas des conditions matérielles d’existence décentes vont sans doute ignorer cet appel — ils ont bien d’autres chats à fouetter. Mais il est probable que certaines et certains d’entre eux le jugeront indécent et qu’ils en concluront que l’écologie est décidément une affaire de riches (citadins). Ils n’auront pas tout à fait tort. Après d’autres, Hervé Kempf a bien montré Comment les riches détruisent la planète (Seuil, 2007). Et les voilà aujourd’hui, ces membres de l’élite, exhortant le peuple à adopter des comportements plus « écologiques » qui ne vont pas leur coûter grand-chose sur le plan matériel et leur rapporter éventuellement quelques bénéfices sur le plan symbolique. Il est donc bien tentant de les envoyer au diable et de vaquer à ses occupations quotidiennes.

Le problème est que la catastrophe écologique nous menace effectivement toutes et tous, à commencer par les moins nantis d’entre nous. L’idée d’un pacte contre la poursuite du désastre en cours n’est donc pas si mauvaise. Comment toutefois ne pas en exclure d’emblée une partie de la population québécoise, celle qui n’a pas les moyens de se payer le luxe de ces actions individuelles « vertueuses » que les signataires du pacte doivent s’engager à accomplir ? La solution n’est pas très compliquée. La destruction de notre planète et les conditions de vie indignes qui sont imposées à une partie de nos concitoyennes et concitoyens ont une même cause. Il faut commencer par la nommer : elle s’appelle « capitalisme ». Il faut ensuite que ce pacte réaffirme l’incompatibilité fondamentale entre cette forme de vie sociale et la préservation de la vie sur terre, d’une part, la justice sociale, d’autre part. Il faut enfin que les signataires n’aient à s’engager que sur une action individuelle, qui pourrait être formulée ainsi : « Je m’engage dans la mesure de mes moyens à tout mettre en oeuvre pour en finir au plus vite avec le capitalisme et contribuer à bâtir des collectivités humaines soutenables, égalitaires et démocratiques. »

Évidemment, on peut faire l’hypothèse que cette reformulation du « Pacte pour la transition » lui ferait perdre quelques-uns de ses soutiens actuels… Mais elle en rallierait bien d’autres, pour qui la lutte écologique est inséparable de la lutte contre l’injustice sociale, et qui sont très impatients d’agir vraiment pour accomplir cette transformation radicale de notre société que la situation exige. On découvrirait alors sans doute qu’ils et elles sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense.

[ad_2]

Source link

قالب وردپرس