«Paris a besoin de super-héros»

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INTERVIEW – Romancier, scénariste, Serge Lehman est l’auteur de nombreux ouvrages et l’un des premiers auteurs à réintroduire la figure d’un justicier français dans la bande dessinée Masqué, créée avec Stéphane Créty. Un héros parisien doté de super-pouvoirs.

FIGAROSCOPE. – Quel a été votre premier contact avec les super-héros?

Serge LEHMAN. – J’ai découvert, les yeux émerveillés, les planches de Spider-Man ou de Iron Man par le biais des Éditions Lug, qui ont été les premiers à publier des comics américains en France. D’ailleurs, cette année, le Festival BD d’Angoulême célèbre avec raison le 80e anniversaire de Batman, créé en 1939 par Bob Kane.

Qu’est-ce qui explique l’engouement et l’attachement des lecteurs à ces figures urbaines?

Ce qui fait l’importance de ces personnages, c’est leur faculté à susciter une identification. Un étudiant comme Spider-Man, un journaliste comme Clark Kent, on peut facilement s’identifier à eux. La redescente a été douloureuse quand j’ai compris qu’il n’y avait pas d’équivalent français. Pourtant, il existe bien des personnages iconiques et des héros oubliés. Ainsi a commencé ma quête des super-héros français.

Dites-nous en plus sur ces personnages?

Ce sont avant tout des héros littéraires et pas dessinés. Il existait jusqu’à la Première Guerre mondiale des héros bien français comme Arsène Lupin ou Fantômas. Des sortes de gentlemans criminels, des proto-super-héros.

Comment vous est venue l’idée de créer un héros français au cœur de Paris?

La construction des personnages de super-héros américains est très liée aux grandes villes, qu’elles soient imaginaires (Central City, Metropolis, Gotham) ou existantes (New York) et à leurs architectures verticales faites de vertigineux buildings. On ne verrait pas Captain America apparaître sur les toits d’un immeuble haussmannien. Tout est donc parti des résultats du concours du Grand Paris, en 2008-2009. Je suis parisien depuis 1984 et l’image d’Épinal d’un Paris romantique m’ennuyait. Les toits en zinc, les immeubles haussmanniens, les places, tout est charmant… Mais avec ce projet naissait devant moi une autre perspective de ce que pourrait être la capitale. Je me suis dit que Paris avait besoin de super-héros. Aux États-Unis, les «supers» sont liés au ciel, à l’aérien. La perspective du Grand Paris a redonné à la capitale, à la fois une grandeur architecturale moderne et un côté sauvage. Un fabuleux terrain de jeu pour un super-héros en somme!

Comment est né Masqué?

Avant Masqué, j’avais été l’un des premiers à réintroduire l’idée de héros français grâce à La Brigade chimérique avec Fabrice Colin, en 2010. Par le biais de mon éditeur (Delcourt), j’ai rencontré le dessinateur Stéphane Créty avec qui nous nous sommes tout de suite bien entendus. C’est un fou de comics américains. Il a accepté d’utiliser comme base graphique les plans du Grand Paris. Son travail est imprégné de l’émotion des comics. Loin du Superdupont de Gotlib, trop comique et distancié, mon super-héros, je l’ai baptisé «l’Optimum», avec un jeu de mots sur «um» qui s’entend «homme» et fait écho aux «man» des justiciers américains.

Au-delà de son esthétique, quelle est l’importance de l’image du super-héros dans la société?

Aux États-Unis, les super-héros incarnent le peuple. Ils sont joyeux même s’ils font usage de la force, ce qu’on leur concède car c’est toujours au service du bien. En France, c’est un concept avec lequel on a beaucoup de mal. La force au service du droit. La dernière fois que j’ai senti que les Français pourraient être mus par cette idée du super-héros, c’était le 11 janvier 2015, pendant la marche pour Charlie Hebdo, quand la foule s’est écartée pour saluer les policiers et les tireurs d’élite postés sur les toits. Comme des super-héros, ils ont été acclamés et considérés comme des protecteurs du peuple. Et peut-être qu’aujourd’hui nos héros se situent plus parmi les concitoyens comme les pompiers, les flics ou encore les médecins. Des héros du quotidien. 

«Masqué», tomes I, II, III et IV, de Serge Lehman et Stéphane Créty, Éd. Delcourt.

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