Pour cesser de tourner en rond

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On doit en convenir, le Québec a beaucoup avancé sur la voie de la laïcité depuis la publication du Refus global. Nos politiciens n’ont plus à porter le crucifix au cou pour gagner leurs élections ; l’État a maintenant la main haute sur les systèmes d’éducation et de santé ; et à peu près tout le monde se réjouit que le clergé fasse maintenant preuve de retenue quant aux décisions de l’État. Cette révolution n’a pas été imposée de haut en bas, mais plutôt de bas en haut. Les mentalités ont changé, et l’État, tout comme le clergé, a dû s’y ajuster.

Alors qu’on croyait cette révolution à peu près accomplie au siècle dernier, voilà que beaucoup de Québécois (surtout de souche) se sentent indisposés par la remise en question de ces avancées par de nouveaux arrivants qui souhaitent non seulement maintenir leurs traditions religieuses, mais demandent aussi des accommodements en ce sens. Au moindre accommodement, les réactions se font vives. On a vu surgir le code de conduite d’Hérouxville, de même que la mise sur pied de la commission Bouchard-Taylor dans le but de calmer une foire d’empoigne concernant ces questions, mais il faut admettre aujourd’hui que le problème de la cohabitation entre la population sécularisée et sa frange religieuse (surtout non chrétienne) reste entier.

À bien y regarder, on se rend compte que l’État n’a jamais eu de plan directeur concernant la place que doivent occuper les religions dans notre société. L’État s’est contenté de réagir au cas par cas, au fur et à mesure que les problèmes surgissaient. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Si on s’aventurait à construire un édifice ou un pont en adoptant une telle démarche, il ne faudrait pas s’étonner qu’on puisse arriver à un point où il faille tout jeter par terre pour recommencer à zéro. Alors qu’on s’apprête encore à légiférer pour régler les derniers cas qui fâchent, il me semble qu’il serait plus que temps de cesser de marcher dans le brouillard en ce domaine en se donnant une véritable orientation : une charte de la laïcité spécifiant les principes directeurs sur lesquels doit s’appuyer l’État pour composer avec les aspects religieux qui se manifestent dans la société.

Un exercice politique

Un tel projet de charte ne doit pas être le projet d’un parti politique, mais un exercice démocratique mettant à contribution l’ensemble de la collectivité. Cet exercice consisterait à dégager le plus large consensus sur les principes qui devraient guider l’État sur tout ce qui concerne sa propre gouvernance en regard des dimensions religieuses qui se manifestent sous toutes les formes dans la société. Toute une série de réflexions devrait y être abordée. Qu’il s’agisse de la reconnaissance ou non par l’État des services civiques (baptême, mariage, funérailles, etc.) rendus par les institutions religieuses ; les avantages que doit ou non accorder l’État aux institutions religieuses (exemption de taxes foncières, subvention à l’enseignement de la théologie, etc.) ; l’arbitrage à faire concernant le patrimoine religieux entre l’expression publique de l’histoire et la neutralité de l’État dans le domaine religieux ; le statut des religions en tant qu’institutions ; la politique des jours fériés ; définir clairement ce qu’est le prosélytisme religieux, de même que les balises qui doivent être établies à son égard s’il y a lieu ; etc.

Bref, un exercice plutôt abstrait, mais qui aurait pour conséquence de simplifier la vie des gouvernements qui se succèdent, puisqu’il s’agirait par la suite de légiférer sur ces questions en se conformant aux principes établis démocratiquement dans cette charte, et non plus se faire l’arbitre entre des groupes d’intérêts opposés. Quoique le gouvernement pourrait aussi se voir forcé d’agir, via les tribunaux, pour corriger une situation qui dérogerait aux principes établis dans une telle charte.

Le moment choisi pour emprunter une telle avenue ne saurait être meilleur que le moment actuel, parce qu’il y a actuellement un large consensus sur la nécessité d’un État véritablement laïque, et non seulement qu’en apparence, alors que sur certains aspects plus concrets, tels que le port du hidjab dans les institutions publiques et le crucifix de l’Assemblée nationale, les opinions sont beaucoup plus partagées. Bref, profitons de ce contexte favorable pour faire le ménage dans nos principes, plutôt que de réagir à l’aveuglette chaque fois qu’il se présente un problème.

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