L’action communautaire victime de l’austérité

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Travailler au sein d’un organisme d’action communautaire autonome (ACA) s’avère la plupart du temps très stimulant. Faire avancer les droits dans la société, agir avec les populations plus démunies pour améliorer leur sort, bâtir un projet social qui ne laisse personne de côté s’avère un puissant antidote au défaitisme et au cynisme ambiant. Combien de fois ces mêmes personnes se sont fait dire par des gens malheureux au travail à quel point elles étaient chanceuses d’occuper un tel emploi !

Cette gratification est toutefois rarement accompagnée de conditions de travail équivalentes à celles des emplois similaires dans les secteurs public et privé, et surtout pas à la mesure des défis rencontrés. Lors de la tournée de la Commission populaire pour l’ACA en 2015-2016, plusieurs organismes ont témoigné du « fait qu’ils luttent contre la pauvreté, mais sont eux-mêmes dans l’impossibilité d’offrir des conditions de travail intéressantes à leurs propres travailleuses conformes à leur niveau de formation, leur expérience de travail et leurs compétences ».

À preuve, le salaire horaire moyen pour les postes à temps plein dans le communautaire est de 18,71 $ alors qu’il est de 25,56 $ pour l’ensemble du Québec. Dur constat pour des femmes, majoritaires dans le communautaire, qui, dans les deux tiers des cas, détiennent un diplôme collégial ou universitaire.

Une situation encore plus préoccupante est le nombre d’organismes communautaires qui offrent un taux horaire inférieur à 15 $ : 34 % pour les postes à temps plein et 59 % pour les postes à temps partiel. On comprend que la revendication d’un salaire minimum à 15 $ l’heure, réclamé dans plusieurs milieux, ne passe pas la rampe dans une partie du mouvement. Et ce n’est pas par pingrerie. Un grand nombre d’organismes doit composer avec un budget limité et des demandes accrues, dus en grande partie à une hausse des besoins exprimés dans les communautés alors que le financement gouvernemental stagne.

Plusieurs stratégies appliquées par les organismes communautaires pour améliorer les conditions de travail sont liées à des avantages non financiers. On pense, par exemple, à l’ajout de congés sociaux, de vacances, de temps de formation ou de reprise des heures supplémentaires. S’ajoutent d’autres dispositions dont bénéficie le secteur communautaire : responsabilité, autonomie, diversification des tâches, participation aux décisions, outils de circulation de l’information, sécurité sur le lieu de travail, formation, mesures pour favoriser la conciliation travail-études, etc.

Il s’agit d’avantages non négligeables qui favorisent une meilleure qualité de vie au travail, mais qui ne peuvent compenser les effets de la pauvreté vécue par les personnes concernées, dont la majorité sont des femmes. Cette pauvreté va d’ailleurs s’accentuer à la retraite, puisque les deux tiers des organismes ne contribuent à aucun régime de retraite collectif ni à aucun régime enregistré d’épargne-retraite (REER) collectif. C’est souvent la rançon d’un emploi qu’on aime.

À quand la fin de l’austérité

Parce que les besoins de soutien de la population augmentent parallèlement à l’effritement du filet social, les organismes d’ACA sont de plus en plus sollicités, sans avoir les moyens de faire pleinement leur travail.

Les équipes de travail dans les organismes d’ACA sont alors débordées, car s’ajoutent aux tâches reliées à la réalisation de leur mission celles de courir après le financement et de lutter contre l’austérité afin d’éviter que la situation ne dégénère davantage. Faute de financement adéquat, elles doivent en plus faire face à des diminutions d’heures de travail et des fermetures temporaires pour des raisons économiques, parfois même des fermetures définitives malgré les besoins de la population.

Dans un tel contexte, les travailleuses et les travailleurs quittent parfois leur emploi, à la recherche de conditions de travail plus intéressantes ailleurs, ce qui contribue à une perte d’expertise pour les organismes et à mettre plus de pression sur le personnel encore en poste.

Celles et ceux qui demeurent en place voient alors leurs conditions de travail se détériorer. Dans ce contexte, comment espérer avancer et évoluer vers des conditions de vie équitables et plus de justice sociale ? Faudra-t-il de nouveau envisager la grève et dépasser le stade de la fermeture des portes et l’interruption de services pendant deux à trois jours, comme ce fut le cas en 2015 et 2016 ?

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Gilbert Rozon s’estime victime d’une «injustice»

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Le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, estime que l’action collective du groupe de présumées victimes d’agressions sexuelles qui le vise est « une injustice » qui le force « à dépenser des sommes substantielles », selon son mémoire d’appel déposé lundi.

Selon l’ancien magnat de l’humour, le juge Donald Bisson, de la Cour supérieure du Québec, a commis plusieurs erreurs en autorisant la requête des Courageuses.

« L’action collective est ici utilisée comme un outil permettant à des personnes de se regrouper dans le but de dénoncer, stigmatiser et punir un individu, le tout sans soulever de questions identiques ou suffisamment similaires […] pour lui permettre de se défendre adéquatement », peut-on lire dans le document d’une trentaine de pages.

Les Courageuses est un groupe qui a été créé à la suite des révélations du Devoir et du 98,5 FM à propos d’allégations d’agressions sexuelles portées par neuf femmes contre Gilbert Rozon, en octobre 2017.

« Les faits reprochés à [M. Rozon], bien qu’ils puissent globalement être qualifiés d’inconduite sexuelle, sont éminemment et fondamentalement singuliers et particularisés […] Ils s’opposent, par leur nature même, à une démarche?collective?puisque?chaque membre du groupe a nécessairement une cause d’action distincte à l’endroit de [M. Rozon] », font valoir ses avocats.

En août dernier, le plus haut tribunal de la province a donné le feu vert à M. Rozon pour contester le jugement rendu en mai par le juge Bisson. Celui-ci a autorisé « Les Courageuses » à aller de l’avant avec leur action pour obtenir jusqu’à 10 millions de dollars.

« Si la demanderesse n’était pas autorisée à intenter la présente action collective, il est fort probable que de très nombreuses victimes seraient privées de l’exercice de leur droit en justice », avait conclu le juge Bisson.

Les Courageuses disent avoir trouvé au moins 20 victimes qui ont été agressées ou harcelées par M. Rozon sur une période qui s’échelonne sur trois décennies, soit de 1982 à 2016.

« Il n’est pas sans pertinence de mentionner que ce jugement est sans précédent : il s’agit de la première fois au Canada qu’un individu fait personnellement face à une action collective en responsabilité civile extracontractuelle pour des actes allégués d’agression et/ou de harcèlement sexuel sans qu’une institution ou un employeur ne soit en même temps interpellé […] », soulignent les avocats de M. Rozon.

Pour l’instant, aucune accusation criminelle n’a été portée contre Gilbert Rozon. Les Courageuses auront quant à elles jusqu’au 15 novembre pour répondre à la contestation.

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