Sexe et cannabis : mélange miraculeux ou poison pour le couple ?

En termes de sexe et de weed, il y a deux écoles. Certains prêtent à la célèbre plante des vertus aphrodisiaques miraculeuses, quand d’autres y voient le démon qui a réduit leur vie intime à néant. Si le sujet est de base plutôt complexe, de nombreuses études scientifiques – bien souvent contradictoires – viennent semer un peu plus le trouble dans cette fumeuse affaire. C’est simple, on lit tout et son contraire : le cannabis est tantôt un broyeur de libido, tantôt un euphorisant redoutable ; une menace pour l’érection de ces messieurs ou un formidable facilitateur d’orgasmes. Dans toute cette pagaille, comment dissocier les mythes de la réalité ? Le mieux reste de demander l’avis aux spécialistes : les fumeurs de pétards.

Fumer désinhibe et décuple les sens

Jeanne n’a pas touché au joint depuis la fac. À l’époque, elle se considérait pourtant comme une « grosse fumeuse ». « Ça n’avait aucun impact sur ma scolarité donc je m’en donnais à coeur joie », résume-t-elle. Elle est encore au lycée quand le cannabis s’invite dans sa vie sexuelle. « Avec mon ex, on a fini par inclure le joint à nos rapports de manière épisodique. Je me souviens très bien d’une scène où on fumait pendant des préliminaires, on trouvait ça très excitant. Se faire passer le joint quand on s’embrassait, faire fumer l’autre, jouer avec la fumée sur le corps de l’autre… Il y a des gens qui font des jeux de rôle ou qui incluent des objets dans leurs relations sexuelles, nous c’était la weed. »

L’interaction du THC contenu dans un joint avec notre système endocannabinoïde est connu pour augmenter l’acuité sensorielle, offrant ainsi une perception différente de l’environnement. Les couleurs semblent plus vives, la musique plus enivrante et le toucher est exacerbé. « C’est vraiment une drogue qui développe tes sensations, confirme Jeanne. Je me souviens qu’on pouvait passer des heures à se caresser tellement j’avais l’impression de mieux sentir ses mains sur ma peau. »

Pour Nolwenn, fumeuse occasionnelle de 26 ans, l’herbe est surtout un moyen de se désinhiber sous la couette avec son copain. « Il y a une différence quand on fait l’amour en ayant consommé et sans avoir consommé, affirme-t-elle. Les deux sont agréables, mais avec le joint, à petite dose, je me sens bien plus décomplexée. Je vais plus facilement me lâcher et essayer de nouvelles choses. Je trouve même que l’orgasme est meilleur… c’est comme si je le vivais plus pleinement. »

D’après une étude américaine parue en 2019 dans la revue scientifique Sexual Medicine, le cannabis aurait bien un effet sur l’intensité de l’orgasme féminin. Les chercheurs ont mené une expérience auprès de 373 femmes bénévoles. Parmi elles, 127 étaient des consommatrices de marijuana. L’expérience a conclu que les femmes ayant consommé du cannabis juste avant un rapport avaient 2,13 fois plus de chances d’avoir un orgasme satisfaisant que leurs consœurs n’ayant rien consommé.

Les hommes et les femmes sont-ils égaux face au cannabis ?

Avant cette étude menée en 2019, peu de recherches ont été faites au sujet des effets du cannabis sur la sexualité des femmes. Certes, on rapporte des orgasmes plus intenses, une perte ou une hausse de la libido et des problèmes de sécheresse vaginale (dans certains cas), mais c’est à peu près tout . L’impact du joint sur la sexualité est plus fréquemment évoqué du côté de la gent masculine. Peut-être parce que les effets sont plus radicaux que chez les femmes ? Ou parce que les hommes ont tendance à être de plus gros consommateurs ? Oui et non. En réalité, tout dépend de la quantité de cannabis consommée (fumer beaucoup, chez les deux sexes, risque d’être un frein à la motivation sexuelle), mais aussi de la fréquence à laquelle on fume.

« Évidemment qu’un joint peut, occasionnellement, désinhiber, euphoriser et émoustiller, concède Hélène Donnadieu-Rigole, cheffe du service addictologie au CHU de Montpellier. Mais il y a un risque, sur le long terme, d’observer de nombreuses complications. Chez les hommes, par exemple, il a largement été prouvé que le cannabis fumé avait des conséquences délétères sur la qualité de l’érection et la motivation sexuelle. »

D’après les résultats d’une étude menée en 2009 par des chercheurs canadiens, la fréquence des troubles érectiles serait deux fois plus importante chez les fumeurs d’herbe que chez les non-fumeurs. On explique ce phénomène par l’endommagement de l’endothélium (le tissu qui tapisse les vaisseaux sanguins). Cette dégradation entraîne une diminution de l’afflux du sang au niveau du pénis.

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