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Pour une autre vision en patrimoine

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Je faisais le constat cette année que, pour la région de Charlevoix, sur une dizaine de bâtiments classés à titre de monuments historiques par nos gouvernements, trois étaient dans un état jugé inquiétant : le moulin César de Baie-Saint-Paul, la maison Leclerc à l’île aux Coudres, la maison René-Richard aussi à Baie-Saint-Paul. Notons que deux de ces bâtiments sont situés à Baie-Saint-Paul, une municipalité que les supposés spécialistes en patrimoine considèrent comme soucieuse de son passé.

Pour le reste, les autres « monuments historiques », même en meilleur état, sont délaissés sans beaucoup d’animation, à part peut-être le moulin de la Rémy de Baie-Saint-Paul, sauvegardé par Héritage Charlevoix. Notre Société d’histoire de Charlevoix, pour sa part, a sauvegardé un bâtiment cité, soit la forge Riverin de La Malbaie, d’une démolition certaine et a procédé, avec ses propres moyens, à sa restauration au cours des deux dernières années.

Où étaient les supposés spécialistes du patrimoine pour nous aider à sauver la forge Riverin ? Nulle part. Nous les avons interpellés pourtant, et seul le journal Le Devoir a apporté quelques échos à notre lutte face à une municipalité (celle de La Malbaie) qui a d’ailleurs démoli trois maisons historiques en moins de deux ans. C’est que l’édifice de la forge Riverin est peut-être jugé trop « humble » pour intéresser ces spécialistes. Il faut sans doute, à tout le moins, une maison du temps des patriotes pour qu’ils s’émeuvent. Ils ne nous ont même pas invités pour parler du cas de La Malbaie lors d’un grand colloque sur le patrimoine tenu il n’y a pas si longtemps, à grands frais sans doute, au Stade olympique de Montréal.

C’est que les visions en patrimoine sont encore et toujours surtout élitistes. Elles n’impliquent que peu nos bâtiments plus modestes et qui s’enracinent pourtant dans le vécu de nos localités. Sans doute cela explique-t-il pourquoi nos « monuments historiques » paraissent si décrochés de la réalité de nos municipalités et suscitent finalement bien peu d’intérêt.

Bien sûr, les spécialistes du patrimoine se désolent parfois pour l’une ou l’autre de leurs maisons jugées historiques que souvent seuls les experts en patrimoine trouvent intéressantes et, selon des vagues médiatiques intermittentes, nous assomment d’interventions inutiles après que le fait est accompli. Où étaient-ils lorsqu’il était temps ? Considèrent-ils vraiment avec attention des maisons ou des édifices qui disparaissent dans l’oubli le plus complet ?

Ces spécialistes du patrimoine attaquent les municipalités et les gouvernements. Où sont-ils pour faire bouger les choses réellement ? Ne serait-il pas temps de réviser des critères de sélection élitistes, peut-être même dépassés, et envisager des actions plus globales comme la préservation d’une rue dans son ensemble ou même de quartiers plutôt que de bâtiments esseulés et qui souvent ne peuvent faire autrement que d’être appelés à disparaître faute de moyens financiers ?

Pour notre part, nous avons sauvé la forge Riverin de La Malbaie. Pour un temps. Il nous faudrait de l’appui pour l’animer, la mettre en valeur, mais il n’existe aucun programme pour cela. Et pendant ce temps, la rue Saint-Étienne de La Malbaie, où se trouve notre forge, s’étiole doucement et le bâti historique de cette artère se dégrade inévitablement. Comment faire pour incarner une réelle politique du patrimoine au Québec ? Certainement pas en conservant un point de vue élitiste et en intervenant toujours seulement quand il est déjà trop tard…



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Opinions

Vie privée et ordis partagés

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Dans l’acquittement de Thomas Reeves prononcé jeudi dernier, la Cour suprême a précisé la portée de la protection de la vie privée découlant de la Charte canadienne des droits et libertés garantissant à chacun la protection contre les fouilles, les perquisitions et les saisies abusives par des agents de l’État. À une époque où se multiplient les objets informatiques souvent utilisés par une pluralité d’individus, cette décision de la Cour vient fixer des balises rassurantes.

Des policiers ont découvert de la pornographie juvénile dans l’ordinateur que Reeves partageait avec sa conjointe. Celle-ci avait consenti à ce qu’un policier entre sans mandat dans le domicile et y prenne l’ordinateur. Accusé de possession de pornographie juvénile, Reeves prétendait que la police avait obtenu les éléments de preuve tendant à l’incriminer au moyen d’une perquisition abusive interdite par la Charte des droits.

La Cour lui a donné raison et a décidé que ces éléments de preuve devraient être écartés. Évidemment, la Cour convient d’entrée de jeu que les infractions de pornographie juvénile sont graves et que « le public a un intérêt considérable à ce qu’elles fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites ». Mais lorsqu’il s’agit d’évaluer si une perquisition est abusive, il ne faut pas se demander si la personne visée a enfreint la loi, mais plutôt « si la police a outrepassé les limites du pouvoir de l’État ». En précisant les limites des pouvoirs policiers lorsqu’ils envisagent d’accéder au contenu d’un ordinateur partagé entre plusieurs personnes, la Cour a clarifié la portée du droit à la vie privée de tous les Canadiens à l’égard des ordinateurs personnels partagés.

L’attente raisonnable de vie privée

Dans cette affaire, il s’agissait de savoir si le policier pouvait s’autoriser du consentement de la conjointe de Reeves pour prendre l’ordinateur partagé situé dans leur domicile. Or, même s’il partageait l’appareil, Reeves avait une attente raisonnable quant au respect de sa vie privée à l’égard de ce qui lui appartenait dans cet ordinateur. Le consentement de sa conjointe n’a pas entraîné une renonciation à ses droits. Donc, la saisie de l’ordinateur sans mandat et la fouille de celui-ci sans mandat valide étaient abusives. Il en découle que les éléments de preuve de pornographie juvénile deviennent légalement inadmissibles devant le Tribunal, car cela est susceptible de déconsidérer l’administration de la justice.

Il est bien établi qu’une fouille, une perquisition ou une saisie effectuée sans mandat est présumée avoir un caractère abusif ; c’est à la Couronne qu’il incombe d’en démontrer le caractère non abusif. La fouille, perquisition ou saisie ne sera pas abusive « si elle est autorisée par la loi, si la loi elle-même n’a rien d’abusif et si la fouille, la perquisition ou la saisie n’a pas été effectuée d’une manière abusive ».

La Cour explique que « les ordinateurs personnels contiennent des renseignements éminemment intimes ». Elle rappelle que les « ordinateurs contiennent souvent notre correspondance la plus intime. Ils renferment les détails de notre situation financière, médicale et personnelle. Ils révèlent même nos intérêts particuliers, préférences et propensions ». Ils servent de portails donnant accès à des renseignements stockés dans de nombreux emplacements différents. Ils « renferment des données qui sont générées automatiquement, souvent à l’insu de l’utilisateur ». De plus, les ordinateurs conservent des renseignements que l’utilisateur peut croire supprimés. La saisie d’un tel objet prive le citoyen de sa capacité de « contrôle à l’égard de renseignements de nature éminemment intime, notamment de la possibilité de les supprimer ».

La nécessité d’un mandat

Étant donné l’ampleur des enjeux, une autorisation judiciaire préalable est nécessaire avant de fouiller un ordinateur. Une telle exigence permet d’accroître la prévisibilité du travail des policiers et limiter les risques d’arbitraire. Pour la Cour, l’obligation imposée aux forces de police de détenir un mandat s’explique par la nécessité d’accorder une solide protection au droit à la vie privée à l’égard des données figurant dans un ordinateur personnel. En imposant aux forces de l’ordre le devoir d’obtenir une autorisation légale d’agir, on contribue à garantir le respect de droit à la vie privée de tous lors de l’usage d’ordinateurs personnels. Les saisies en vue de lutter contre des crimes comme la possession de matériel illégal ne sont pas interdites. Elles doivent toutefois être pratiquées sous la supervision d’un juge.

Les objets ayant des capacités de traiter des masses d’informations sont au coeur de notre quotidien. Baliser la capacité de l’État d’y accéder est plus essentiel que jamais. Les précisions de la Cour sur la portée des garanties de la vie privée délimitent les conditions dans lesquelles nous utilisons ces outils connectés.



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COP24: la colère de Greta

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S’il faut retenir un geste d’éclat porteur d’espoir dans la morosité honteuse qui émane des conclusions de la COP24, ce sera celui de la jeune Suédoise Greta Thunberg, dont l’allocution prononcée en finale de conférence semonçait avec courage les dirigeants de la planète pour leur inconsidération menant la planète tout droit vers la catastrophe. Ce discours poignant et solennel, qui a eu tôt fait de rouler sur tout le globe, ne pouvait offrir contraste plus vif avec cet air de contentement et les applaudissements nourris émanant des auteurs d’un accord… vide.

Aux puissances du monde réunies en Pologne pour pointer les mesures concrètes de lutte contre les changements climatiques, la jeune Greta de 15 ans est venue dire en somme : mais comment pouvez-vous sombrer dans une indolence crasse et vous en féliciter alors que tout milite pour une action radicale et collective ? « Vous dites que vous aimez vos enfants plus que tout, mais vous détruisez leur futur devant leurs yeux », a-t-elle plaidé, sombre, grave, imposante de cohérence, alors que l’auditoire s’attendait peut-être à un plaidoyer vert tout mignon et tout inoffensif. Il n’en fut rien. Comment ne rien faire lorsqu’il est encore possible d’agir ? implora-t-elle. Et sa conclusion, implacable : « Nous sommes venus ici pour vous informer que le changement s’annonce, que cela vous plaise ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple. »

« Immoral ». « Suicidaire ». Sur le même ton, ce sont les mots qu’avait employés António Guterres, secrétaire général de l’ONU, la semaine dernière, pour qualifier l’absence possible de consensus sur les règles de mise en oeuvre de l’accord. Que dire alors d’une entente édentée et d’une conférence qui n’a même pas su de manière claire accueillir favorablement les dernières conclusions du GIEC, dans le sillage climato-négationniste des États-Unis de Trump ?

En octobre, le GIEC avait insisté sur l’urgence de réduire de manière radicale les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour freiner l’emballement climatique. L’accord de Paris visait une augmentation « idéale » de 1,5 °C, « minimale » de 2 °C, mais hélas, les tractations des deux dernières semaines maintiennent plutôt un rythme d’au moins 3 °C, ce qui annonce une détérioration galopante de conditions pourtant déjà jugées irréversibles. Bien sûr que non, l’entente de samedi ne freinera en rien les changements climatiques. Aucun engagement concret de réduction des GES ne fut adopté. Une fronde lamentable de trois pays (États-Unis, Arabie saoudite et Russie) a empêché la reconnaissance des fondements du dernier rapport du GIEC.

Les lamentations des pays en développement subissant avec rudesse les contrecoups des mauvaises manières polluantes des grandes puissances n’ont pas été entendues. Les discussions portant sur l’accroissement des contributions volontaires pour diminuer les émissions de GES d’ici à 2025 ont été reportées à septembre 2019, à New York. Les États-Unis, la Russie, le Koweït et l’Arabie saoudite, tous associés à un vif marché du pétrole, ont empêché la rédaction d’une entente finale consacrant l’urgence de la situation. Les experts avaient prédit ce pétard mouillé, compte tenu de la complexité de la toile géopolitique sur laquelle trônait cette conférence pourtant cruciale. L’incapacité d’agir avec vélocité choque néanmoins.

Pendant que les citoyens du globe s’interrogent sur ce qu’ils peuvent bien mettre en oeuvre pour participer à l’effort collectif à coups de « pacte » et autres initiatives citoyennes rafraîchissantes, les politiques dont ils dépendent ne parviennent même pas à reconnaître la nature de l’urgence. On peut donc comprendre les Greta de ce monde de grogner haut et fort au nom des générations futures, qui auront pour demeure une planète en déroute.

La colère de Greta Thunberg connaît ses échos jusqu’ici, où Environnement Jeunesse espère le feu vert de la Cour pour une action collective qui dénoncerait au nom de tous les jeunes de 35 ans et moins le manque d’ambition climatique du Canada brimant les droits fondamentaux des jeunes. Les solutions s’écriront-elles par la voix des citoyens et la voie des tribunaux ?



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Le voile est un moyen de contrôle du corps de la femme

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Lettre ouverte à Catherine Dorion, députée

Dans votre vidéo qui porte sur le voile et que vous adressez « aux nouveaux curés », vous parlez d’une religion qui s’appelle islam. Mais plus je vous écoutais, plus je découvrais votre ignorance abyssale de cette religion dans les pays où elle est force de loi, et surtout du combat des femmes qui y vivent !

Avec cette vidéo, vous n’apportez rien de nouveau dans ce débat de société légitime et indispensable, si ce n’est de répandre des faussetés qui dénaturent ma religion et celle de mes parents. Ce n’est pas parce qu’on répète une fausseté qu’elle finit par devenir vérité.

Dans votre vidéo, vous intervenez en tant que députée et non comme auteure. En tant que députée, vous ne pouvez pas vous permettre de froisser une communauté. Ici, il s’agit de la communauté musulmane. Celle-ci, loin d’être monolithique, est traversée par plusieurs courants.

J’ai grandi dans une famille musulmane traditionaliste et pratiquante. Mon père était autodidacte, ma mère et ma grand-mère illettrées. Ce sont ces personnes qui m’ont appris l’islam et qui m’ont poussée à le lire, à le comprendre, mais surtout à ne pas m’arrêter à la lecture littérale et encore moins de colporter les faussetés qui sont préjudiciables aux femmes surtout.

Il est vrai que toutes les religions n’offrent aux femmes que des strapontins. Et c’est aussi dans cette famille que j’ai appris à me servir de l’ijtihad (effort intellectuel qui est issu de la tradition islamique depuis de nombreux siècles) pour lutter contre les dogmes et les blocages dans l’interprétation du Coran.

Le voile fait justement partie de ces erreurs d’interprétation. Ainsi, le voile que des femmes portent sur la tête et que vous semblez trouver anodin, sachez qu’il n’a aucune existence dans le Coran.

Vous gagneriez à lire sur ce sujet que vous défendez au nom du droit à la différence. Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes. Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans. C’est cette vision islamiste qui a fait que j’ai dû quitter mon Algérie pour me réfugier au Québec pour échapper à mon exécution, cette vision fondamentaliste que votre parti semble avoir adoptée en son sein sans même en comprendre les dangers.

Il n’y a aucun rapprochement à faire entre porter un piercing ou une tuque et porter un voile : ne pas les porter n’entraîne pas la mort pour les premiers, alors que déroger à une interprétation fondamentaliste de l’islam, comme c’est le cas pour le voile, peut mener la femme au fouet, à la prison, voire à la mort.

Dans les pays où l’islamisme s’est imposé, les femmes prennent le risque d’une agression chaque jour non pour une faute commise, mais tout simplement parce qu’elles sont femmes.

Ces femmes, je les admire pour ce qu’elles osent entreprendre dans un pays où le 911 n’existe pas. Pourriez-vous les regarder dans les yeux et leur dire que le voile que vous défendez au Québec a une autre connotation, qu’il est le symbole du libre choix ?

Ma mère qui le portait par tradition imposée l’a toujours haï. Nous, les filles de l’indépendance, nous ne l’avons jamais porté. C’était une époque où les hommes de ma société étaient plus attachés à la modernité et au progrès qu’aux cheveux de la femme, devenus source de perversion.

Chaque geste que vous poserez ici pour rendre l’islam politique acceptable fera reculer le combat de ces femmes et fera la joie des islamistes qui imposent ce voile dans les pays musulmans. Si vous étiez mère de deux filles comme je le suis, trouveriez-vous normal qu’elles doivent se cacher les cheveux pour qu’elles ne souillent pas la pensée des garçons qu’elles côtoient ? En fait, le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme.

Il était de tradition chez la gauche de porter la cause des opprimées où qu’elle soit. Aujourd’hui, nous constatons que cet idéal est remplacé par le relativisme culturel, qui, pour nous, les musulmanes, est la plus haute forme de mépris, puisque ici, nous sommes invisibles et inaudibles si nous ne sommes pas voilées.

Prenez le temps de lire Olfa Youssef, Ani Zonneveld, Fatima Mernissi, Mohammed Arkoun, Rachid Benzine, Soheib Bencheikh, Tahar Haddad, Chahla Chafiq, pour ne citer que ces quelques réformistes, qui sont de plus en plus nombreuses et nombreux et qui font face à l’islam politique commandité à coups de pétrodollars et relayé par la gauche communautariste.

Les religions nous ont assez asservies, et votre rôle de députée n’est point de nous y emprisonner. Votre rôle ne devrait-il pas consister à nous aider à nous affranchir de cette déviance sociale ?



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